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Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une interview de l’auteur publiée initialement par le site Médias-Presse-Info et repris ici le 5 juin.


À propos du Brexit : un brouhaha politico-médiatique soigneusement alimenté

Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes (Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique sur la finance internationale. L’emblématique allocution de Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la City (1). Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y a de quoi, pour le moins, sourire…

Une autre facette de la narrative politico-médiatique est l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un pays des institutions européennes (2). Le Brexit sonnerait donc le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de l’Union Européenne, dont la perte d’indépendance serait exclusivement imputable aux actuelles institutions européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union Européenne et le début d’une grande victoire générale des peuples européens sur leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.

Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un titre.

D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains − John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites européennes suite à l’inquiétant  Brexit − et la faction pro-américaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au développement de l’empire américain ; cette faction de l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il est évident que cette partie de la population, auto-proclamée élite politique, dont les éléments sont encore – pour une large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des institutions européennes ; avec au surplus un risque de contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation mondiale par cette partie de l’élite. La faction pro-américaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie ; il agit, par le biais des banques et des institutions monétaires internationales, en tout point de la planète comme s’il était chez lui.

D’autre part parce que la prochaine dislocation des institutions européennes, annoncée comme imminente par les médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis à la domination des instances technocratiques unionesques.

Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le double discours de certaines élites qui abondent dans un sens et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de conquérir le pouvoir (3). Il est loisible de soupçonner Peter Sutherland (4), mais aussi Christine Lagarde du FMI (5) de ce type de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland, il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du discours de cet individu.

D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au contraire, renforcer l’Union Européenne (6) ; de tels individus allant même jusqu’à édicter des conditions pour le renforcement de ladite union.

Les élites bancaires et financières mondiales, qui se sont appuyées pour un temps (assez long) sur la frange des partisans de la domination américaine, n’ont et n’auront jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés partisans de la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique – afin de poursuivre leur stratégie de long terme.

Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle, à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de l’Union Européenne, après le retrait anglais.

La réalité institutionnelle « européenne » post-Brexit

Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des autres pays membres de l’Union Européenne.

Le cas anglais

La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée par les principaux méfaits des institutions européennes puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro. D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que réellement à la réalité civile issue des traités européens successifs.

S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de l’Union Européenne ne changera absolument rien à la quasi fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire (7), que paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux (8).

S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant), les finances – bourse et livre sterling – britanniques, celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers chinois.

La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement, une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble (9) – à l’exception notable des récents acquéreurs de biens immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.

Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par une baisse durable de l’immobilier britannique.

Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne change, concrètement, pas grand-chose à la situation géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands capitaux prospérant à la City et à Wall Street.

Les autres pays membres de l’UE – dont la France : vers davantage d’intégration européenne et de désintégration des États-nations ?

Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine (ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas sur la longue – centenaire – histoire des institutions européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz (10), le sociologue Pierre Hillard (11), ou encore le politicien François Asselineau (12).

Peu importe donc la domination opérée par et sur la superstructure européenne, la seule domination qui compte réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce stade, certains de la validité d’une telle interprétation des choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des armées d’hommes.

Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché transatlantique est le continuum logique de ces institutions. Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question pour les instances germano-européennes de renoncer à ces grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union Européenne (13).

Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe probablement le début de la fin de l’Union Européenne sous domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de l’intégration européenne et le cortège de désintégration des États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la domination américaine sur les instances européennes va s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte. Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore plus financière, des instances européennes au détriment de la domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant plus probable que les élites dirigeantes des pays européens sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que l’on retrouve à la City).

La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libre-échange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union Européenne en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et, justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau départ européen vers d’avantage d’intégration.

Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes encore plus intégrées (14). La souveraineté de la France et des autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN, sa dissuasion nucléaire etc.

Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que nous les connaissons actuellement est leur valeur expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une expérience institutionnelle faite à un moment donné.

Ce que révèle le Brexit : une permanence de la stratégie et un changement de tactique

Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée – des processus de modifications juridiques en cours au niveau international, il apparaît utile de faire un bref tour d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel historique des principales avancées institutionnelles en matière monétaire, financière et économique au cours des derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une considérable accélération à compter de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694, 1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
  • Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale aux USA ;
  • Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et dossiers de la part d’un quelconque État ;
  • Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 : FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
  • Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
  • Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui officialisent le libre-échange en droit international public ; l’UE devenant la manifestation politique du principe du libre-échange ;
  • Création du système européen des banques centrales et de l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union Européenne ;

Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique – que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique, comportant la signature de multiples traités multilatéraux.

Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à fait improbable que le Brexit opère une quelconque modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite, qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même : la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à l’organisation d’un gouvernement mondial.

Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement de l’Union Européenne – et surtout de l’empire américain qui est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie mondialiste pour parvenir à ses fins.

Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie – qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses objectifs de long terme : moindre résistance sociale, politique et économique des peuples dominés. L’Union Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois : ils accélèrent la chute de l’empire américain (15) tout en progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue, la désintégration de la domination américaine sur l’Europe, dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait, finalement, être une étape nécessaire et indispensable.

Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que s’étonner de la permanence des méthodes de domination employées par la petite caste des dominants, représentée par les principaux propriétaires des banques internationales.

En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le phénomène du développement et de la concentration des richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de figure, un pacte oligarchique a permis le développement soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la grâce du libre-échange l’usine du monde (16). Souvenons-nous en effet que les principales élites américaines, au premier titre desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de développement industriel – combinée au principe du libre-échange rendu possible par le système politique fédéral en vigueur dans ce pays.

La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit également sa fulgurante ascension économique dans le dernier tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide financière des banques – et autres investisseurs extérieurs – et de la généralisation au niveau international cette fois-ci du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de circulation des capitaux est rendue possible par la combinaison de la généralisation du principe de libre-échange avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement entretenus dans et par les paradis fiscaux (17).

Les institutions européennes : un laboratoire in vivo

Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans le cadre de la permanence de la stratégie de planification mondiale), il est tentant de considérer les institutions européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.

D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non ruban  ou autre chose encore… –  bientôt transformé en système monétaire européen, lequel a précédé le système européen des banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de l’eurozone.

Un pas plus loin, les institutions européennes furent une expérience unique de monnaie dite commune  sans gouvernement économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.

D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la défunte URSS, la création des institutions européennes est contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ; cette particularité fait que l’Union Européenne pourrait bien préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial superposé à des structures juridiques de type fédéral composées de blocs géographiques (18) dépourvus de frontières capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être politique serait d’être des courroies de transmission pour un gouvernement central, l’ensemble du système permettant un contrôle effectif des populations.

Enfin, les institutions européennes représentent une expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation facilite la création de chocs économiques et monétaires à répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir, lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.

Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union Européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette alliance est le pendant militaire des institutions européennes (à usage civil et financier).

L’OTAN : rôle et perspective d’évolution

L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux rôles essentiels.

Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la planète en partageant les frais financier et humains avec les pays membres de l’alliance (19) ; en réalité il s’agit, de plus en plus, pour les USA de faire financer leur domination militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement, l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non américains est un moyen simple et efficace pour les USA de s’assurer de la loyauté interne des États membres de l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet aux USA de liquider le problème européen (20).

Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et économiquement condamné par les élites bancaires internationales, il devient intéressant de se poser la question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre les choses dans une perspective temporelle.

D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin – d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place centrale dans le développement du phénomène d’asservissement. Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet avenir ne se présente pas de façon favorable pour les populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante restera aux commandes du monde).

Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ? Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence des considérables avancées technologiques et robotiques ; la même tendance se dessine en matière militaire où les drones tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions, les avions.

Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité – on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer son indépendance (21), non plus de la domination américaine vouée à disparaître, mais de la domination financière, au contraire promise à un bel avenir.

Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans lequel la domination pourra être assurée non plus par des hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour où les armées composées d’humains seront reléguées dans les brocantes de l’histoire.

Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite financière internationale sans réelle attache géographique.

Un principe intangible : celui qui tient la monnaie tient les économies et les politiques

On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique, auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de conséquence, celles de la politique.

Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière (22) : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois » (23).

L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président de la Commission Européenne dans une grande banque multinationale (24) – notons au passage que ledit Barroso est passé d’un maoïsme passionné (25) à Goldman Sachs sans état d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des choses ; une sorte de corruption structurelle et non conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou de la direction de banques centrales – officiellement mais à tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de l’ancien président de la République Georges Pompidou.

La voie conceptuelle d’une sortie effective de la mondialisation oligarchique

La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la vie en société et le concept de pouvoir.

La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour devenir intégralement incluse dans les concepts économiques. Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus par les économistes – toutes écoles confondues – et les financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait économique.

Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on veut bien considérer que le fait politique est l’organisation des rapports régissant la vie en commun, le fait économique s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire dépendre le fait politique du fait économique est une très étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant – dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut que le fait politique soit intégralement soumis au fait économique. C’est à la condition de cette prise de conscience collective que la politique retrouvera ses lettres de noblesses et les humains leur droit de cité dans le gouvernement des hommes.

La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui permettra ensuite à une éventuelle volonté politique d’inverser le processus.

Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – (26) conjuguée au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement autorisé à se mettre en place (27) sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.

Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la continuation de la mise sous tutelle financière, économique, juridique et politique de ces derniers.

À moyen-terme, la suite logique sera une sorte d’internationalisation du phénomène de la crise grecque (28) et de disparition des concepts même d’État et de nation.

Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme (perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs propres vies) et la disparition de la dignité humaine continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute résistance organisée.

Valérie Bugault

 

 

 

 

 

Liens :

[1] Cf. https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une ancienne trader d’origine allemande : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx

 

[2] Cf. par exemple : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater

 

[3] Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la défaite française à la bataille de Waterloo : http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiales_a32261.html

 

[4] Cf. http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-president-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/ ; https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704

 

[5] Cf. https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revoit-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/

 

[6] Cf. Georges Soros : http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c

 

[7] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192

 

[8] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes ; http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-five-eyes/

 

[9] Cf. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-brexit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilier-londonien-2406-837843.html ; http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-immobiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6-be92-6642240b8ece/?pagination=4

 

[10] Cf. sous forme de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0 ; https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de livre : https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1960/dp/2370710012

 

[11] Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresistible_par_Pierre_Hillard-424323.html

 

[12] Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2 ; https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA

 

[13] Cf. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-transatlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-le-brexit_4967374_3234.html ; https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncker

 

[14] Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ; https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/

 

[15] Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html : Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le cheval de Troie chinois dans l’Union Européenne au détriment de la suprématie états-unienne

 

[16] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange ; ainsi que http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-propriete-privee

 

[17] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux mais aussi http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange

 

[18] Cf. Voir en ce sens, Pierre Hillard : http://www.voltairenet.org/article164176.html

 

[19] Cf. en ce sens l’amiral Debray : https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debray

 

[20] Cf. Xavier Moreau : http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotan-de-separer-la-russie-de-leurope/

 

[21] Cf. pour un exemple d’actualité : http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-le-silence/

 

[22] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild

 

[23] Cité par exemple ici : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbing-song/

 

[24] Cf. http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-barroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html ; http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de-barroso-chez-goldman-sachs-fait-polemique-09-07-2016-5955039.php

 

[25] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM

 

[26] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-du-desordre-politique-global ; http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales

 

[27] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12

 

[28] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak ; écouter Myret Zaki : https://www.youtube.com/watch?v=aovjo2zILYQ

 

 

 

Allais : psychologie en monnaie

Maurice Allais et la Science économiqueCet article (d’avril-mai 2009) a été publié en pages 113-126 sous le chapitre 6 du livre collectif « Maurice ALLAIS et la science économique » aux édition Clement Juglar en 2010.

* * *

Psychologie et Monnaie : de la critique de l’Utilité espérée à l’approche « héréditaire, relativiste et logistique » de Maurice Allais qui a révolutionné la Théorie de la Dynamique monétaire in Maurice Allais et la Science économique, sous la direction de Arnaud Diemer, Jérôme Lallement, et Bertrand Munier (pp.113-126), Clément Juglar, Paris, mai 2010.

 

 


 

 

Psychologie et Monnaie (1) : de la Critique de
l’ “Utilité Espérée” à l’approche
“Héréditaire, Relativiste et Logistique” de Maurice Allais (2),
qui a révolutionné la Théorie de la Dynamique Monétaire.

 

 

Par Philippe Bourcier de Carbon

 

Toutes les sciences ont progressé lorsque, au lieu de se quereller sur les premiers principes, on a commencé à s’attacher aux résultats. L’expérience montre que les opinions des gens “compétents” sont souvent tout à fait incompatibles avec les réalités, et que l’histoire des sciences est l’histoire des erreurs des gens “compétents”. Pour ce qui est de la “vérité” d’une théorie, nul autre critère ne peut être invoqué que sa concordance avec les faits. Entre deux théories, nous choisirons celle qui demeure au plus près de la réalité.

Vilfredo Pareto

 

 

As regards the criticism raised an in the last analysis, it would seem that the better the results of a theory, the more doubtful they should be considered. “Too good to be true”, such is the principle to which finally the scientific philosophy of the critics of the hereditary and relativistic theory seems to boil down. If science were based on this criterion, the best theories of physics, such as Newton’s theory of gravitation or Planck’s theory of quanta, would have to be rejected. But, as it would seem, the results of the commonly accepted theories are “too bad to be untrue”.

Maurice Allais, 1986 {15b} p.37.

 

 

Факти упрямая Вешь !

Vladimir Illyitch Oulianov-Lénine, 1905 in Что делать ?

 

 

 

INTRODUCTION : De la Valeur à l’Utilité et à la critique de l’Utilité Espérée

 

La quête de rationalité recelée par les comportements humains, la recherche de normes de conduite devant l’appréciation de l’incertain, de l’aléatoire, ou du différé, comme la passion de rendre compte des comportements collectifs n’ont pu manquer de placer dès l’origine l’introspection et la psychologie positive au cœur des réflexions fondatrices de la Science Économique.

Science des échanges et des lois de de la coopération organisée entre les hommes, l’Économie soulève d’abord en effet, implicitement ou explicitement, la question du processus de la formation ou de la perception de la « Valeur » au sein d’un groupe humain, notion centrale, seule à même de saisir la finalité des comportements.

 

Depuis la publication du célèbre essai de Pierre Nicole La Logique ou l’Art de Penser, les mathématiciens et philosophes du XVIIème (Pascal, Fermat, Huyghens, Jacob Bernoulli…) avaient fait émerger peu à peu à partir de la notion de fréquence, le concept de Probabilité, puis celui d’Espérance mathématique et de « Valeur » d’un jeu de hasard. On sait comment, de Jacob Bernouilli à Karl Friedrich Gauss et Pierre Simon Laplace, du XVIIIème au XIXème siècle, cette démarche débouchera sur la découverte fondamentale de la Loi Normale des écarts ou Loi des grands nombres qui bouleversera définitivement le champ des Sciences.

 

Les travaux des philosophes utilitaristes anglais et écossais du XVIIIème siècle (Hume, Bentham…), avaient ouvert la voie à l’émergence de la notion d’Utilité économique, approche rationnelle et opérationnelle de la notion de Valeur économique, qui fut largement explorée au XIXème siècle par les marginalistes anglo-saxons et autrichiens (Stanley Jevons, Francis Edgeworth, Böhm-Bawerk, Von Wieser…), et fut surtout généralisée et systématisée par le Professeur de Lausanne, Vilfredo Pareto.

 

Or, dans le prolongement des réflexions sur la notion de conduite rationnelle face à l’incertain, à la suite des réflexions des « Lumières » et des mathématiciens du XVIIIème siècle (d’Alembert, Montmort, Nicolas et Daniel Bernoulli…), Daniel Bernoulli avait dû introduire, dès 1763, la notion d’Espérance morale (adoptée et généralisée au XIXème siècle par Pierre Simon Laplace) pour lever le Paradoxe de Saint Petersbourg, en proposant une règle de décision rationnelle pour le cas d’un jeu de pile ou face à l’Espérance mathématique théoriquement infinie, par la prise en compte de la fortune totale du joueur.

 

La rationalisation de la décision économique face au risque et à l’incertain procédait ainsi de la rencontre, devenue naturelle et inévitable, entre ces notions d’Utilité et d’Espérance morale : les travaux de John Von Neumann, l’inventeur de la Recherche Opérationnelle appliquée aux opérations navales du second conflit mondial, associé à Oskar Morgenstern, avaient en effet, dès avant les années 1950, étendu la théorie des jeux à l’Économie. Et, dans la ligne de ces réflexions, ce sera spécifiquement l’objet des essais de l’École américaine du début des années 50, avec M. Friedman, P. Samuelson, L. Savage, J. Marschak, que de tenter de fonder et de théoriser la notion d’Utilité Espérée.

 

 

LA RÉFUTATION PAR LA PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE : l’« Allais’ Paradox » (1952)

 

En France, le jeune Maurice Allais, ancien élève de l’École Polytechnique venait tout juste de publier son magistral « Économie et Intérêt » {3}, où il se montrait le disciple résolu de Vilfredo Pareto. Issu du corps de Ingénieurs de Mines, il avait déjà publié en 1943 un ouvrage de plus de 1.500 pages « À la Recherche d’une Discipline Économique », lequel, d’emblée, l’avait propulsé parmi les plus grands noms de l’économie de l’époque, et lui vaudra, 45 ans plus tard, à l’âge de 77 ans, d’être, enfin, le premier Français distingué par le Prix Nobel d’Économie. C’est alors que notre jeune économiste devait intervenir de manière décisive dans le débat sur l’Utilité Espérée ouvert par l’École américaine, en organisant à Paris en 1952 un colloque du CNRS sur le Risque, et en obtenant les participations de Paul Samuelson, de Milton Friedman, de Jacob Marschak, de Léonard Savage, de Bruno de Finetti, entr’autres.

 

Dédaignant en effet les délices et subtilités des appareils mathématiques, Maurice Allais porta alors d’emblée la réflexion au cœur de l’axiomatique, explicite ou implicite, qui fondait la théorie de l’Utilité Espérée proposée par l’École américaine, pour la réfuter victorieusement en mettant en évidence, à l’épreuve de l’expérience, son caractère artificiel et arbitraire, voire même, dans certaines configurations, entièrement contraire à la psychologie humaine effective {4} et {5}.

 

De fait, cherchant toujours, dans sa volonté de pragmatisme, à faire prévaloir les faits d’expérience face aux théoriciens anglo-saxons, Maurice Allais conçoit, à l’occasion de ce colloque ainsi devenu historique, des batteries de loteries simples ou conditionnelles, aux espérances mathématiquement équivalentes, auxquelles il soumet ses collègues présents au Congrès. Ce sont ces loteries, restées célèbres depuis lors, qui ont révélé expérimentalement des comportements psychologiques échappant systématiquement à l’axiomatique néo-Bernoullienne poposée par l’École Anglo-saxonne.

 

À peine la théorie de l’Utilité Espérée venait elle d’être considérée comme fermement établie par l’Establishment de la Science économique, que le désormais fameux « Allais’ Paradox » la ruinait en effet, en faisant apparaître que, contrairement à cette théorie, les comportements réels s’avéraient systématiquement déviés par un facteur psychologique proche de la préférence pour la sécurité au voisinage de la certitude {6}.

 

Cet effet, connu et enseigné depuis 50 ans outre-Atlantique, bien que toujours largement ignoré en France, hormis des initiés, a bouleversé depuis lors la théorie de la décision face au risque, et Maurice Allais en a déduit une généralisation au cas du Risque des conditions de l’Équilibre général, ainsi qu’une reformulation de son approche de l’efficacité économique maximale.

 

À 41 ans Maurice Allais venait ainsi, dès 1952, « de poser les bases d’un nouveau domaine de recherche » en introduisant les facteurs psychologiques dans l’analyse des décisions en incertitudes, et tout spécialement sous la forme de vérifications expérimentales, tant, malgré tout, force finit toujours par rester au vieil adage : Contra factum non valet argumentum !… {1}.

 

Mais notre économiste n’allait pas tarder à effectuer une nouvelle percée majeure dans le domaine de la psychologie collective expérimentale des sociétés, à l’intime des processus réels de l’économie.

 

 

LA PSYCHOLOGIE AU CŒUR DES PHÉNOMÈNES MONÉTAIRES :
La reformulation Héréditaire, Relativiste et Logistique (HRL) de la théorie quantitative {9} à {10bis}.

 

Depuis 1952 la méditation sur les lois psychologiques sous-jacentes aux notions de Valeur et d’Utilité économiques ne devait plus quitter les réflexions de notre économiste, singulièrement à propos des thèmes concernant la théorie du Capital, la théorie de l’Intérêt, et bien sûr, la théorie de la Dynamique monétaire.

 

On sait que, pour ce qui est de la monnaie, les diverses écoles économiques se sont distinguées à partir de leurs interprétations divergentes de l’équation comptable de base de la théorie quantitative de la monnaie :

MV = PQ = D

 

Cette équation en effet n’exprime qu’une simple identité comptable, à savoir qu’au cours d’une période de temps donnée, la masse M des signes monétaires immédiatement mobilisables (et mobilisés) pour réaliser une transaction, multiplié par la vitesse moyenne V de circulation de l’unité monétaire (qui est aussi l’inverse de la durée moyenne T, entre la recette et la dépense, de rétention d’une unité monétaire) n’est autre que l’ensemble des transactions Q réalisées au cours de la période, valorisées aux prix P obtenus correspondants, volume financier QP qui représente également la Dépense globale D réalisée au cours de la période.

 

Les série statistiques économiques et monétaires disponibles fournissent des évaluations régulières de la masse monétaire en circulation M(t), ainsi que des taux de croissance annuels, trimestriels ou mensuels p(t) et q(t) de l’indice des prix et de la production : p = dP/Pdt et q = dQ/Qdt.

 

Les données statistiques disponibles présentent aussi ordinairement les séries historiques des revenus nationaux R(t) dont le taux d’expansion dR/Rdt peut être assimilé à celui de la dépense globale D(t) :

dR/Rdt = dD/Ddt

 

Les annuaires statistiques fournissent donc les taux de croissance du Revenu national R(t), tels que :

dR/Rdt = x(t) = dD/Ddt = p(t) + q(t)

 

Au cours des hyperinflations historiques, la production reste quasiment constante (q ~ 0), tandis que les prix s’envolent, et par conséquent, au cours de ces périodes le taux de croissance de la dépense globale D(t) est pratiquement équivalent à celui des prix : x(t) ~ p(t).

 

Par ailleurs, dans la pratique, les comportements psychologiques des agents économiques face à la monnaie les conduisent à désirer détenir à l’instant t un certain volume d’Encaisses monétaires, ou Encaisses désirées, en vue de réaliser leurs transactions, c’est à dire à formuler une Demande de Monnaie MD(t) peu différente de la monnaie effectivement disponible, M(t) :      MD(t) ~ M(t)

 

Dès 1953, Maurice Allais s’emploie à construire un modèle explicatif de cette demande de monnaie MD(t), qui puisse être corroboré par la confrontation avec les séries statistiques disponibles {7} et {8}.

 

Pour cela il est d’emblée amené à chercher à expliquer l’Encaisse Désirée Relative de monnaie, ou proportion ΦD(t) de la Dépense globale D(t) que les agents désirent détenir sous forme de monnaie :

MD  =  D   (ΦD>0)

 

Maurice Allais commence en effet par constater que cette variable ΦD qui constitue aussi l’inverse de la vitesse désirée de circulation VD de l’unité monétaire, ou encore la durée moyenne désirée TD de rétention de l’unité monétaire entre recettes et dépenses, n’est autre que la variable d’ajustement qui traduit la psychologie collective devant le signe monétaire du groupe confronté à la réalité de la dépense globale D(t) du moment.

C’est donc cette psychologie collective qu’il s’agit de déchiffrer.

 

Pour ce faire, il constate ensuite que seule la dépense globale D(t) du moment constitue la contrainte objective, l’invariant psychologique sur lequel seront ancrées les appréciations collectives de la situation face à la monnaie, et que ces appréciations psychologiques ne pourront ainsi manquer d’être directement tributaires du taux d’expansion x de cette dépense globale : 

x = dD/Ddt

 

Mais l’intuition première qui ne cessera depuis les années 50 de guider Maurice Allais, et qu’il ne cessera de confronter avec les séries statistiques de l’histoire monétaire des XIXème et XXème siècles, consistera à considérer que cette attitude psychologique collective ne peut que procéder d’un effet de mémoire collective, consciente ou inconsciente, des expériences passées de la société face aux taux de variation x de cette même dépense globale D : c’est l’approche « Héréditaire » de la dynamique monétaire {7b} et {8b}.

 

L’approche Héréditaire de la dynamique monétaire.

Cherchant à synthétiser le plus directement possible cet effet de mémoire collective des taux passés d’expansion de la Dépense globale, Allais construit un indicateur Z(t) — qu’il baptise « Coefficient d’expansion psychologique » basé sur la somme, jusqu’à l’instant t, des taux d’expansion passés x(t), déflatés par une fonction d’oubli de taux d’oubli instantané χ(t) qui pondère en fonction exponentielle de leur fraîcheur l’effet actuel du souvenir de ces taux passés sur l’attitude psychologique présente de la collectivité face à la monnaie.

 

Cette définition héréditaire du Coefficient d’expansion psychologique Z(t) conduit à l’équation différentielle qui traduit son caractère héréditaire, en exprimant que son accroissement instantané dZ n’est autre que l’accroissement relatif x(t)dt de la dépense globale D(t) diminué de l’oubli χ(t)Z(t)dt de Z(t), ce qui s’écrit :

dZ = (x – χZ)dt                  (1 : Équation Héréditaire) (3)

 

Le cas très particulier et tout théorique de la dynamique monétaire stationnaire, c’est à dire le cas où la Dépense globale D(t) ne dépend plus du temps, c’est à dire encore le cas où les taux d’expansion x restent toujours nuls, ne peut bien sûr manquer de constituer le terme de référence des distorsions de la psychologie collective face à la monnaie, qu’Allais cherche à modéliser, puisque ces dernières ont alors disparu, et que le « Coefficient d’expansion psychologique » Z s’est alors, évidemment, annulé lui aussi : Z0 = 0.

 

Il notera ainsi Φl’Encaisse Désirée Relative de monnaie constante, qui n’est autre que la durée moyenne désirée constante T0 de rétention de l’unité monétaire entre recettes et dépenses, adoptée par la collectivité dans ce cas du régime monétaire stationnaire, terme de référence des distorsions de la psychologie collective ; et de même il notera χ0 la valeur, alors constante elle aussi, du taux d’oubli instantané χ(t) de la fonction d’oubli de la collectivité ainsi placée dans un tel environnement monétaire stationnaire.

 

Il ressort dès lors de cette démarche, qu’à tout moment t, les rapports ΦD(t)0 (= TD(t)/T0) ou encore χ0/χ(t), ne traduisent plus que les seules distorsions psychologiques héréditaires pures de la collectivité face à la monnaie, et que par suite, ils ne constituent plus que des fonctions psychologiques pures du seul Coefficient d’expansion psychologique héréditaire Z(t) à l’instant t.

 

La dimension Relativiste de la dynamique monétaire

Maurice Allais complète alors {9b} et {10} son approche Héréditaire des phénomènes monétaires par une hypothèse Relativiste portant sur l’existence d’une échelle de temps psychologique collectif (t’).

Partant en effet du constat que

« sur le plan économique l’échelle du temps ne peut être évidemment la même pour les opérateurs exerçant au cours d’une période de stabilité des prix, et pour ceux qui doivent décider lors d’une période où les prix changent d’heure en heure, comme ce fut le cas au cours de l’hyperinflation allemande de 1923 » {10b},

il en conclut qu’il doit donc exister une échelle de temps de la psychologie collective (t’), propre aux phénomènes monétaires, qui peut être définie, par rapport au temps physique ou historique (t) en formulant l’hypothèse Relativiste de la constance de l’oubli par unité de temps psychologique t’.

Ainsi cette hypothèse naturelle de la Relativité du temps (t’) de la psychologie collective s’exprime par la relation :

χ(t)dt = χ0dt’, ou dt’ = [χ(t)/χ0]dt,

qui conduit à l’invariance dans le temps des produits :

χ(t)TD(t) = χ0T0    ou encore    χ(t)ΦD(t) = χ0Φ0.

 

L’hypothèse Relativiste de Maurice Allais revient donc à admettre à tout moment t la proportionnalité de la vitesse de circulation de l’Encaisse désirée VD(t) avec le taux d’oubli instantané χ(t), et dès lors la formulation Héréditaire et Relativiste de la théorie quantitative de la monnaie conduit à écrire à tout instant t :

ΦD0 = χ0/χ = Ψ(Z) = TD/T0     avec    Ψ0 = Ψ(0) = 1            (2 : Équation Relativiste)

 

La durée moyenne désirée TD de rétention de l’unité monétaire entre recettes et dépenses se réduisant lorsque l’expansion s’accélère, la fonction psychologique héréditaire et relativiste Ψ(Z), ne peut être qu’une fonction monotone décroissante en Z.

 

Le caractère Logistique de la dynamique monétaire

Enfin, pour achever de spécifier sa modélisation de l’attitude psychologique collective de la société face à la monnaie, Maurice Allais formule la troisième hypothèse fondamentale de son approche, l’hypothèse de l’effet psychologique Logistique sur l’Encaisse désirée relative {9c}{10d} et {10bis.b}, en postulant que le taux d’expansion de l’Encaisse Désirée Relative : DDdt = dΨ/Ψdt  correspond à l’accroissement instantané du Coefficient d’expansion psychologique dZ/dt, multiplié par un facteur proportionnel à l’écart relatif entre cette Encaisse désirée relative et son maximum, supposé déterminé et fini. Cette hypothèse, qui exprime un effet de saturation de la fonction de distorsion psychologique Ψ(Z) pour les valeurs extrêmes de l’indicateur psychologique Z, conduit à écrire pour cette fonction psychologique Ψ(Z) l’équation suivante :

DDdt = dΨ/Ψdt = – α[M – Ψ)/ΨM]dZ/dt  où  0<Ψ<ΨM        (3 : Équation Logistique)

 

dont la solution Ψ(Z) est la fonction logistique à deux paramètres (α > 0, b > 0) en Z :

Ψ(Z) = (1 + b)/[1 + beαZ]    où    ΨM  = (1 + b)

 

Maurice Allais confronte alors {10c} son modèle HRL, dépendant a priori de trois paramètres positifs α, b, et χ0, et construit autour des trois équations qui expriment le plus naturellement possible les trois hypothèses qui fondent son approche Héréditaire, Relativiste et Logistique de la psychologie collective face à la monnaie, avec les données historiques de quinze séries temporelles réelles des XIXème et XXème siècles concernant la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne, ainsi que les sept hyperinflations suivantes observées sous des régimes fort différents :

  • Allemagne (1919-23),
  • Autriche (1921-22),
  • Grèce (1941-44),
  • Hongrie I (1921-24),
  • Hongrie II (1945-46),
  • Pologne (1921-24),
  • URSS (1922-24).

 

La confrontation systématique de son modèle HRL, dépendant des trois paramètres positifs α, b, et χ0, avec toutes les valeurs disponibles des données historiques réelles, conduit Maurice Allais à adopter la forme la plus simple possible pour la fonction logistique Ψ(Z), en conférant du même coup un statut universel dans le temps et dans l’espace à la relation entre les encaisses désirées relatives ΦD(Z) et le coefficient d’expansion psychologique Zc’est-à-dire en énonçant une sorte de loi universelle de la psychologie collective des sociétés humaines — par l’énoncé de trois nouveaux postulats qui déterminent les valeurs universelles de ces trois paramètres positifs α, b, et χ0.

 

Postulat asymptotique

Maurice Allais énonce d’abord son postulat asymptotique : pour les très grandes valeurs de Z, et donc lorsque la fonction logistique Ψ(Z) devient très faible, comme du reste la durée moyenne désirée TD de rétention de l’unité monétaire qui lui est proportionnelle, situation caractéristique de la fin des hyperinflations, pour lesquelles l’effet héréditaire disparaît dans les comportements, seul comptant alors la situation de l’heure, le taux d’accroissement de l’encaisse désirée DDdt (= dΨ/Ψdt) en vient à prendre une valeur postulée directement équivalente à l’opposé de l’accroissement instantané du coefficient d’expansion psychologique ( –dZ/dt).

Compte tenu de l’équation logistique 3, ce postulat fixe à l’unité la valeur du paramètre α : α = 1

 

Postulat de symétrie psychologique conjoncturelle autour de la stationnarité

Il poursuit par l’énoncé de son postulat de symétrie psychologique conjoncturelle : autour de la stabilité, pour laquelle le coefficient d’expansion psychologique est nul (Z = 0), l’intensité du comportement différentiel des opérateurs est postulée être identique pour les accroissements, comme pour les réductions, dZ du coefficient d’expansion psychologique, ce qui entraîne que la dérivée dΨ/dZ soit une fonction paire de Z au voisinage de Z = 0 (état stationnaire).

Ce postulat exige la valeur unité pour le paramètre b : b = 1 , le point Z = 0 et Ψ(0) = 1 , caractérisant l’état stationnaire, devenant dès lors le centre de symétrie de l’unique Loi logistique universelle décroissante Ψ(Z) qui traduit la distorsion psychologique collective déterminant dans toutes les sociétés humaines l’encaisse désirée relative en fonction du coefficient d’expansion psychologique Z :

Ψ(Z) = 2/[1 + eZ]  donc :  Ψ<2  (4 : Loi logistique universelle de distorsion psychologique)

 

Postulat de symétrie psychologique temporelle générale

Enfin Maurice Allais, propose son dernier postulat, qui élargit encore la portée de son approche HRL de la psychologie collective des sociétés, en énonçant son postulat de symétrie psychologique temporelle générale : les opérateurs économiques sont supposés tenir compte du passé dans leurs décisions comme il tiennent compte de l’avenir, postulat qui identifie le taux d’oubli instantané χ(t) au taux d’intérêt psychologique instantané i(t) :

χ(t) ≡ i(t) .

 

En conséquence, à partir des données financières de bonnes qualités portant sur la période 1880-1956 aux États-Unis, Maurice Allais établit une première évaluation de la valeur i0 = χ0 à environ 5% par an, ou 0,004 par mois (4), correspondant à la valeur universelle du taux d’intérêt psychologique instantané ou du taux d’oubli instantané en période de stabilité (Z = 0).

 

Du reste, une telle valeur du taux instantané d’oubli lors d’un régime monétaire stationnaire χ0, donc en l’absence de distorsion psychologique (Z = 0), de 0,004 par mois, correspond à un taux d’oubli quasi-total de la part des acteurs économiques (d’environ 99%) de la situation prévalant un siècle auparavant, soit une disparition totale de la mémoire collective au bout d’une période couvrant trois générations.

En fait la période moyenne θ0, dont la société tient habituellement compte (5) en pratique, consciemment ou non, dans ses décisions en l’absence de distorsions psychologiques (Z0 = 0), couvre environ les 20 dernières années (= 1/χ0) pour un taux d’intérêt ou d’oubli à l’équilibre i0 = χ0 = 0,004 par mois, soit environ 5% par an.

 

Mais la logistique universelle Ψ précise aussi alors que les taux psychologiques χ(t) ≡ i(t) ne peuvent être inférieurs à i0/2, soit à 0,002 par mois, c’est à dire que les taux d’intérêt psychologique instantanés restent supérieurs à 2,5% l’an, ce qui entraîne que la période prise compte en pratique par les collectivités humaines, pour le futur comme pour le passé, ne saurait en fait excéder 40 ans.

 

Cet horizon psychologique maximum correspond, aujourd’hui en France, à l’espérance de vie d’un homme de 36 à 37 ans, et d’une femme de 40 à 41 ans.

 

L’approche HRL de Maurice Allais propose ainsi — par l’énoncé de ses trois derniers postulats — de reconnaître un même modèle permanent et universel de psychologie collective à l’œuvre derrière les comportements historiques des sociétés humaines face à la monnaie réellement observés.

 

Ce modèle universel est alors synthétisé, par la loi logistique de distorsions psychologiques (équations n°4 et 3) d’une part, et par la loi héréditaire (équation n°1) d’autre part, qui est ainsi devenue :

dZ/dt = x(t) – 0.002[1 + eZ]Z

 

avec (en raison de l’équation relativiste 2 et de la fonction psychologique universelle 4) :

ΦD = Φ0Ψ(Z) = 2Φ0/[1 + eZ]

 

Les valeurs des masses monétaires (comme celles des autres éléments de la dynamique monétaire, tels les vitesses de circulation, les taux de croissance du revenu national, ou les mouvements des taux d’intérêt…) calculées selon ce modèle HRL universel, proposé par Maurice Allais, s’avèrent {2} étonnamment proches des valeurs des séries temporelles des masses monétaires réelles publiées dans les annuaires des XIXème et XXème siècles des différents pays, une fois estimées les valeurs Φ0 correspondantes, et une fois calées les valeurs initiales Z1 du coefficient Z, de telle sorte que soient pour chaque série rendues minimum les sommes des carrés des différences entre les logarithmes des valeurs calculées M* et ceux des valeurs réelles correspondantes des séries M réelles.

 

Or, une fois estimées pour chaque série les deux valeurs optimum de Φ0  et ZI, le calcul de la série des valeurs M*(t), à partir des séries réelles des revenus nationaux R(t) des annuaires (ou des P(t) dans le cas des hyperinflations pour lesquelles on ne dispose plus des séries R(t)), demeure totalement indépendant des séries des masses monétaires réelles M(t). Les processus d’ajustements du modèle HRL universel de Maurice Allais aux séries monétaires historiques réelles ne recèlent donc aucune circularité, et les coïncidences extraordinaires entre les séries calculées par le modèle universel HRL et les séries historiques réelles ne peuvent que contraindre tout esprit scientifique de bonne foi à s’interroger sur la réalité et l’universalité du phénomène de psychologie collective que ce modèle HRL de Maurice Allais met ainsi en lumière, comme l’illustre l’échantillon des deux graphiques joints en annexe.

 

Les coïncidences des séries calculées par l’approche HRL, à partir de l’estimation des deux seuls paramètres Φ0  et ZI, avec les séries temporelles historiques apparaissent en effet d’autant plus spectaculaires, si l’on considère que les plages des valeurs des séries réelles peuvent être d’ordres de grandeur très divers : ainsi, sur la période 1918-1941, l’indice du revenu national des États-Unis a évolué entre les valeurs 1,68 et 2,84 , alors que l’indice des prix a varié de 15 à 1,09.109 de décembre 1919 à octobre 1923 au cours de l’hyperinflation allemande, et même de 105 à 4.1029 (chiffre astronomique) de juillet 1945 à juillet 1946, au cours de celle de Hongrie.

 

Ces résultats démontrent que les sociétés, placées dans des contextes très divers, en situations courantes ou plongées dans l’hyperinflation, sous régimes capitalistes ou communistes, se comportent de la même façon, aujourd’hui comme par le passé, face à la monnaie, ce qui souligne bien l’existence de structures, invariantes dans l’espace et dans le temps, de la psychologie collective des sociétés face aux signes monétaires.

 

Vilfredo Pareto avait déjà du reste fait apparaître de telles structures permanentes de la psychologie collective en énonçant sa célèbre loi de répartition des revenus dans les sociétés.

 

 

VERS UNE THÉORIE GÉNÉRALE DE L’ACTUALISATION : Au cœur de la psychologie des comportements économiques  {11}{12}{13}{14} et {15}.

 

L’identité formelle de l’expression mathématique de l’hypothèse Héréditaire (équation 1) de son approche, avec celle de la valeur actuelle capitalisée V(t) d’un flux de revenus instantanés futurs r(t), lorsque l’on inverse le sens du temps, dt devenant –dt , invitait par ailleurs Maurice Allais à énoncer son postulat de symétrie psychologique temporelle générale, assimilant le taux d’oubli instantané χ au taux d’intérêt psychologique instantané i .

 

Pour le vérifier aisément, il suffit en effet d’exprimer que l’accroissement instantané dV de cette valeur actuelle capitalisée n’est autre que l’excès de l’intérêt instantané au taux i(t) produit par cette valeur actuelle capitalisée i(t)V(t)dt sur le revenu non capitalisé instantané r(t)dt attendu, ce qui s’écrit :

dV = (iV – r)dt   soit   dV = (r – iV)dτ   si τ = -t   (1’ : Équation d’actualisation)

 

En identifiant ainsi le taux d’intérêt i(t) au taux d’oubli χ(t), distordu par les effets de la valeur Z(t) prise par le coefficient d’expansion psychologique de la collectivité, Maurice Allais pose les fondements d’une théorie générale de l’actualisation psychologique du passé ou de l’avenir au sein des sociétés, c’est à dire d’une théorie temporelle de la valeur, encore à expliciter entièrement.

 

En dévoilant la nature psychologique profonde de l’intérêt, il refonde la théorie de l’intérêt qui n’est plus ontologiquement réduit à la seule valeur d’équilibre du marché de l’épargne, comme l’affirmait John Maynard Keynes.

Bien au contraire, Maurice Allais la renouvelle entièrement {12b} en soulignant que ce sont précisément les écarts des valeurs du taux d’intérêt psychologique instantané, lequel fonde la perception collective de l’intérêt, avec celles des taux d’intérêt observés sur les marchés financiers de court et de long termes, qui jouent un rôle dynamique, dès lors explicitable, dans l’évolution de ces marchés, et donc de l’économie.

 

Ce faisant, Maurice Allais refonde, sur l’expérience des séries temporelles historiques, l’intuition de Ludwig Von Mises qui soutenait que

« l’intérêt n’est pas d’abord le prix payé pour la disposition du capital, mais qu’à l’inverse, c’est le phénomène psychologique qui génère l’intérêt qui explique pourquoi des méthodes de production moins consommatrices en temps sont mises en œuvre en dépit du fait que des méthodes plus consommatrices en temps de travail pourraient être d’un meilleur rendement..(..)..L’intérêt n’est pas plus le moteur de l’épargne, qu’il n’est la récompense ou la compensation pour une consommation différée, c’est le rapport d’appréciation des biens futurs en termes de biens actuels. Le marché des capitaux ne détermine pas le taux d’intérêt : il ajuste seulement le taux d’intérêt des prêts au taux originaire d’appréciation des biens futurs en termes de biens actuels » {12c}.

 

C’est donc, pour Maurice Allais, comme pour Ludwig Von Mises, le processus psychologique collectif de l’actualisation qui fonde en réalité l’intérêt, et non l’inverse.

 

Du reste, coefficient d’expansion psychologique Z, qui peut être aisément calculé à tout instant dans une économie, fournit une mesure de l’appréciation collective de la conjoncture.

 

Il est donc certain que le calcul systématique de cet indice dans tous les pays développés, apporterait un très grand progrès dans les analyses, comme dans les prévisions économiques, et serait d’un grand secours pour les autorités dans leur définition des politiques appropriées.

 

Ainsi par exemple, les écarts entre les séries des volumes M observés et M* calculés par le modèle HRL de la masse monétaire, reflètent les écarts entre les encaisses détenues M et désirées MD.

Or cet écart (M – M*) = (M – MD), qu’Allais appelle le « gap » joue un rôle décisif, inflationniste ou déflationniste, dans la dynamique monétaire, car il demeure, en première approximation proportionnel, à l’accroissement instantané de la dépense globale D(t) :

dD = λ(M – M*)dt  [10, p.144].

 

La détermination systématique de ce « gap » est donc susceptible d’éclairer très utilement les décisions des banques centrales, dans leurs politiques monétaires.

 

Par ailleurs, l’approche HRL de la dynamique monétaire de Maurice Allais peut être appliquée au marché d’un bien quelconque, et en particulier aux marchés boursiers et financiers. Les trois principales hypothèses, héréditaires, relativistes et logistiques de cette approche sont en effet aisément transposables à de telles études, en calculant des indices d’expansion psychologique convenables pour les marchés étudiés.

 

Quoique l’on puisse penser par ailleurs du « pouvoir d’explication » des phénomènes monétaires qu’apporte l’approche HRL de Maurice Allais, le fait demeure que cette approche met bel et bien en lumière des permanences numériques extraordinaires recelées par les séries statistiques monétaires réellement observées et publiées, et que le temps finira bientôt certainement par venir, en dépit de l’opiniâtreté des résistances, où, pour mener leurs analyses, les économistes entreprendront aussi couramment des calculs d’effets de mémoire que des calculs classiques d’actualisation {15c}.

 

 

L’HÉRITAGE ACTUEL DE L’« ALLAIS PARADOX » DANS LE CHAMP DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE : Daniel Kahneman, Prix Nobel 2002.

 

Si l’approche HRL de Maurice Allais — en dépit de son efficience éclatante face aux données observées, et bien que fort bien connue de ses pairs — n’a toujours pas, depuis près de quarante ans, rencontré la reconnaissance officielle qu’elle mérite, ses travaux sur les facteurs psychologiques collectifs des comportements économiques, ont en revanche — singulièrement depuis que l’« Allais paradox » est régulièrement enseigné dans les universités anglo-saxonnes — fécondé les recherches des économistes anglophones.

 

C’est ainsi qu’en 2002, l’Académie Royale de Suède a distingué l’œuvre du Professeur de Princeton et de l’Université de Jérusalem Daniel Kahneman

« pour avoir intégré dans les sciences économiques des aperçus provenant du champ de la recherche en psychologie, tout spécialement en ce qui concerne la formation du jugement humain et la prise de décision dans un environnement incertain »

en lui décernant le Prix Nobel de Sciences Économiques particulièrement pour la théorie des perspectives, base de la finance comportementale, ce prix étant partagé cette année là avec le Professeur Vernon L. Smith de l’Université George Mason de Virginie.

 

Par ses travaux menés depuis la fin des années 70 avec Amos Tversky et d’autre psychologues, le Professeur de Princeton a en effet développé l’économie comportementale (Behavioral Economics) et a apporté des prolongements à la théorie des jugements et des décisions en univers incertain.

 

Comme le souligne l’analyse de ses apports publiée par la Revue d’Économie Politique (6), la théorie des perspectives s’inscrit comme une théorie subjective de l’Utilité Espérée, en tentant de renouveler le débat sur le sujet de l’Utilité Espérée après la réfutation expérimentale de l’axiomatique initiale de cette théorie révélée par l’ Allais’ Paradox.

 

 

CONCLUSION : La malfaisance cynique et désinvolte d’un silence consensuel.

 

Voici en effet plus de quarante ans que Maurice Allais a publié, à 55 ans, son modèle HRL universel de psychologie collective face à la monnaie qui a révolutionné la dynamique monétaire {9d}{10e} et {10bis.c}.

 

Voici plus de trois décennies qu’il n’a cessé de publier régulièrement des articles sur le sujet dans les grandes revues de l’establishment anglo-saxon de la Science économique, en ayant, dans leurs colonnes, toujours fourni tous éclaircissements demandés, et répondu publiquement, et chaque fois victorieusement, aux critiques dont il a pu être l’objet de la part de ses collègues les plus éminents… En vain, semblerait-il ?

 

Car depuis plus de 40 ans aucune reconnaissance publique de la percée HRL, décisive dans l’analyse des mécanismes de la psychologie collective des sociétés devant la monnaie, ne lui a été rendue à ce jour par la communauté des économistes.

 

À la faveur de ce silence convenu, l’approche HRL de Maurice Allais est désormais couramment, mais clandestinement, mise en œuvre par les bureaux d’analyse des banques centrales des grands pays, par ceux des grandes compagnies d’assurances, comme par les grands cabinets qui interviennent sur les marchés financiers.

 

Maintenir un silence officiel sur l’approche HRL de Maurice Allais, offre ainsi l’avantage de conserver ces clés incomparables d’analyses des marchés monétaires et financiers hors du champ des études universitaires, et donc d’en conserver le monopole en les confisquant à l’usage exclusif de clubs d’initiés. On peut comprendre tout l’intérêt d’une telle discrétion.

 

Mais, bien mieux encore, le silence de la communauté des économistes se prolongeant sur le sujet, en France, comme à l’étranger, il arrive même à présent que l’on puisse lire, dans les colonnes des grandes revues d’Économie, des analyses où l’auteur en vient à s’approprier cyniquement tel ou tel point fort et original de l’approche HRL de Maurice Allais, sans aucune référence sur l’origine de son inspiration… Est-ce ainsi désormais que carrières et réputations devraient donc se construire ?

 

Aujourd’hui en 2009, Maurice Allais, qui s’astreint à pratiquer encore la natation et l’exercice quotidien, demeurant ainsi dans une santé enviable, s’acharne à poursuivre la publication de son œuvre (7) — dans l’indifférence, semble-t-il, de ses collègues français et étrangers — à raison d’un livre de près d’un millier de pages tous les deux ou trois ans.

Il va aujourd’hui sur ses 98 ans, et les dernières tables de mortalité du moment en France publiées par l’INSEE ne lui accordent plus qu’une espérance de vie de l’ordre de 3 ans à peine…

 

Décidément, l’establishment scientifique de l’économie semblerait être devenu autiste à propos de Maurice Allais, ou serait-ce que, plus encore que d’autres milieux professionnels (8), il serait devenu désormais parfaitement indifférent au scandale ?

 

Il est vrai que les hommes exceptionnels ont toujours beaucoup dérangé….

 

Philippe Bourcier de Carbon,
président de l’AIRAMA

 

 

 

 

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Pour en savoir plus, références bibliographiques

 

               {1} Maurice Allais : Site internet « Maurice Allais » : http://allais.maurice.free.fr

               {2} Maurice Allais : « Fondements de la dynamique monétaire. », 1.302 pages, Clément Juglar, Paris, mai 2001

               {3} Maurice Allais : « Économie et Intérêt. », première édition : 2 volumes, 800 pages Imprimerie Nationale, Paris, 1947, deuxième édition avec une Introduction (pp. 19-265), ainsi que des Appréciations (111 pages), Clément Juglar, Paris, 1998.

               {4} Maurice Allais : « Le comportement de l’Homme Rationnel devant le Risque. Critique des Postulats et Axiomes de l’École Américaine. », Économetrica, octobre 1953, pp.503-546.

               {5} Maurice Allais : « La Psychologie de l’Homme Rationnel devant le Risque. La Théorie et l’Expérience (sondage sur la psychologie du risque. », Journal de la Société de Statistiques de Paris, janvier-mars 1953, pp. 47-73.

               {6} Maurice Allais : « Expected Utility Hypothesis and the Allais Paradox ; Contemporary Discussions of Decisions under Uncertainty with Allais’ Rejoinder. », Maurice Allais and Ole Hagen Editors, Reidel Publishing Company, DordRecht, 1979, 714 pages.

               {7}{7b} Maurice Allais : « Illustration de la Théorie des Cycles Economiques par des Modèles Monétaires non Linéaires. », Communication au Congrès Européen de la Société d’Économétrie, Innsbrück 1953. Résumé publié dans Économetrica, janvier 1954, pp. 116-120.

               {8}{8b} Maurice Allais : « Explication des Cycles Économiques par un Modèle Monétaire non Linéaire à Régulation Retardée. », Mémoire présenté au Congrès Européen de la Société d’Économétrie, Uppsala 1954. Metroéconomica, volume VIII, avril 1956, Fascicule 1, pp. 4-83.

               {9}{9b}{9c}{9d} Maurice Allais : « Des Effets Héréditaires et de la Relativité du Temps dans les Sciences Sociales. Application à la Théorie des phénomènes Monétaires. », Mémoire remis au Centre National de la Recherche Scientifique, Paris, 31 décembre 1963, 1.300 pages.

               {10}{10b}{10c}{10d}{10e} Maurice Allais : « Reformulation de la Théorie Quantitative de la Monnaie. », SEDEIS, Paris, septembre 1965, 186 pages.

               {10bis}{10bis.b}{10bis.c} Maurice Allais : « A Restatement of the Quantity Theory of Money. », American Economic Review, Vol. LIV, n°5 Décembre 1966, pp. 1123-1256.

               {11} Maurice Allais : « Forgetfulness and Interest. », Journal of Money, Credit and Banking, février 1972, pp. 40-71.

               {12}{12b}{12c} Maurice Allais : « The Psychological Rate of Interest. », Journal of Money, Credit and Banking, août 1974, pp. 285-331.

               {13} Maurice Allais : « La Formulation Héréditaire et Relativiste de la Demande de Monnaie et du Taux d’Intérêt. », Conférence et Séminaire des 5 et 6 mai 1980, Département d’Économétrie de l’Université de Genève, reproduits dans « Fondements de l’Analyse Monétaire et Conjoncturelle », V, pp. 105-177, Allais, ENSMP, Paris 1980.

               {14} Maurice Allais : « A New Empirical Approache of the Hereditary and Relativistic Theory of the Demand for Money. », in Articole in Memoria di Tullio Bagiotti, A. Agnati, D. Cantarelli, et A. Montesano, edit., Rivista Internazionale di Scienze Economiche e Commerciali, Oct.-Nov. 1985, n°10-11, pp. 905-948.

               {15}{15b}{15c} Maurice Allais : « The Empirical Approaches of the Hereditary and Relativistic Theory of the Demand for Money : Results, Interpretation, Criticisms, and Rejoinders. », Economia della Scelte Pubbliche, Journal of Public Finance and Public Choice (Fondazione Luigi Einaudi), 1986, pp. 3-83.

               {16} Philippe Bourcier de Carbon : « Maurice Allais, Prix Nobel d’Économie 1988 », Revue des Deux Mondes, janvier 1990, pp. 91-105.

               {17} Philippe Bourcier de Carbon : « Enjeux économiques, financiers et éthiques dans les sociétés modernes vieillissantes : Quelques pistes de réflexion« , Communication au Colloque Enjeux financiers et Éthique du 6 novembre 2002, CNAM, CNPF, CCEF, numéro spécial de Finance et Gestion, (à paraître), Paris, Mai 2003.

 

 

 

 

 

 


[1] Les numéros placés entre accolade { } renvoient aux références bibliographiques.

[2] Cf. {2}.

[3] Dont la solution est :   équation

[4] Exactement 4,87% : cf. Maurice Allais : « The Influence of the Capital Output Ratio on the Real National Income«  Économétrica, octobre 1962, p.714.

[5] Valeur moyenne pondérée du temps t, déflaté par un taux d’oubli instantané correspondant à 0,004 par mois.

[6] Christian Gollier, Denis J. Hilton, Eric Raufaste : “Daniel Kahneman et l’analyse de la décision face au risqué”, REP, 113 (3) mai-juin 2003.

[7] Une association internationale de personnalités scientifiques françaises et étrangères s’est du reste constituée pour l’aider dans cette tâche : l’AIRAMA Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Économie :

le site de Maurice Allais : http://allais.maurice.free.fr/

le site de présentation de l’AIRAMA et de ses objectifs : http://allais.maurice.free.fr/AIRAMA/Qui.htm

http://allais.maurice.free.fr/AIRAMA/objectifs.htm

[8] Maurice Allais, qui est aussi un très grand physicien — ce qui fait de lui un économiste toujours beaucoup plus soucieux des faits d’obsevation et des enseignements de l’expérience que de la théoriea, après des difficultés réellement bien étranges, obtenu finalement de l’Académie des Sciences la publication de trois Communications au CRAS dans le domaine de la Physique :

  • – Communication du 23 Janvier 1997 : « Des régularités très significatives dans les observations interférométriques de Dayton C. Miller 1925-1926« .
  • – Communication du 26 Avril 1999 : « Nouvelles régularités très significatives dans les observations interférométriques de Dayton C. Miller 1925-1926« .
  • – Communication du de Décembre 2000 : « L’origine des régularités constatées dans les observations interférométriques de Dayton C. Miller 1925-1926 : variations de température ou anisotropie de l’espace ?  » Dans cette communication, Maurice Allais réfute toutes les critiques qui ont pu être faites sur les travaux de Miller, depuis Shankland (1955) jusqu’à nos jours.

Parallèlement à la publication de ses trois communications exceptionnelles dans le Bulletin des Compte-rendus de l’Académie des Sciences, Maurice Allais a publié, aux Éditions Clément Juglar à Paris, en mars 1997, un ouvrage de physique de 757 pages, sous le titre « L’Anisotropie de l’espace : La nécessaire révision de certains postulats des théories contemporaines. Tome I les données de l’expérience », ouvrage qui DEVAIT susciter les commentaires, remarques ou critiques des professionnels de la Physique, mais qui – là encore – n’a rencontré depuis plus de dix ans qu’un silence convenu et hostile… Décidément… !

 

 

La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse

Libre Journal des sciences et des techniques du 3 juin 2016 : “La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse”

Paul Deheuvels recevait Philippe Bourcier de Carbon, démographe, fondateur de l’AIRAMA, Christian Gomez, banquier international et François de Siebenthal, banquier international, économiste, sur le thème : « La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse ».

Première partie

 

Seconde partie

 

Compilation de Valérie Bugault sur la Monnaie

Une compilation de texte de Valérie Bugault sur la monnaie. Pour vous donner un Décryptage du système économique global – en 7 articles.

Valérie Bugault
Valérie Bugault

« Valérie Bugault est docteur en droit et avocate. Elle a travaillé dans le domaine de la fiscalité internationale, et plus précisément dans celui des prix de transfert. Depuis 2009, elle se consacre intégralement à la diffusion auprès du public de ses analyses de géopolitique économique. Dans le cadre de la campagne pour les élections européennes de 2014, elle a, notamment, animé des conférences sur les institutions de l’Union Européenne. Elle écrit de nombreux articles sur différents sites Internet traitant des sujets de droit, d’économie et de finances sous l’angle politique et géopolitique et participe à des émissions audio et vidéo concernant ces thèmes de recherche. »

Nous y reviendrons plus en détail…