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La démographiques influe-t-elle sur le chômage ?

Un sujet d’actualité :

La réforme des retraites et l’évolution du chômage sont au centre des préoccupations de nos compatriotes. Il est donc nécessaire de bien comprendre les contraintes imposées par la démographie qu’aucune politique publique ne peut ignorer.

La pyramide des âges :

Nous avons été habitués à considérer  la pyramide des âges sous une forme symétrique. L’axe vertical, correspond aux classes d’âge de zéro à 100 ans. Les populations correspondant à chaque tranche d’âge sont représentées selon l’axe horizontal. Pour chaque âge, la largeur de la pyramide représente ainsi la population correspondante.

Figure 1 : Représentation classique de la démographie.

Il est possible de superposer les courbes correspondant à deux dates (2014 en rouge, 2019 en bleu).

Figure 2 : Évolution entre 2014 et 2019.

            Courbe rouge : valeurs au 1er janvier 2014, courbe bleue : valeurs eu 1er janvier 2019.

            Par souci de simplicité, nous adopterons une représentation plus simple dans lesquelles l’axe horizontal correspond à la classe d’âge et l’axe vertical la répartition de la population entre ces classes.

Figure 3 : Représentation simplifiée des pyramides de la figure 2.

Entre 2014 et 2019, les habitants ont vieilli de cinq ans. Nous pouvons donc décaler ces courbes de façon à faire coïncider les dates de naissance. Les courbes ne coïncident pas totalement pour des raisons multiples : les effets de l’émigration et de l’immigration mais aussi les décès. Ceci est parfaitement illustré par les écarts entre 80 et 100 ans observés entre les courbes rouges et bleues.

Cinq ans plus tard, la mortalité des aînés a décalé vers le bas la courbe correspondant à 2014. Évidemment, la part de population de mois de 5 ans n’est pas prédite.

Figure 4 : Le vieillissement des classes d’âge.

  • Courbe bleue : pyramide des âges en 2014 décalée de 5 ans ;
  • Courbe bleue : pyramide des âges en 2019.

La prévision démographique à court terme :

            Pour tenir compte du vieillissement de la population, il convient de prendre en compte la mortalité de chaque tranche d’âge. Les statistiques de l’INED présentent en effet des valeurs de mortalité en fonction de l’âge.

En tenant compte de cette courbe de mortalité, il possible de prédire une partie importante des futures pyramides des âges. La pyramide réelle pourra cependant différer de cette projection en fonction du solde migratoire.  

Les données de mortalité sont établies avec un pas de 5 ans, incompatible avec un traitement de la pyramide des âges.  Elles doivent donc être interpolées avec un pas annuel. Cette interpolation correspond à la figure 5.

Figure 5 : Mortalité en fonction de l’âge.

Cette figure indique, pour chaque âge, le taux de survivants moyen. La connaissance de ce taux permet de  prédire l’évolution de la population française entre deux années, ici 2014 et 2019 (figure 6).

Figure 6 : Comparaison des valeurs prédites observées en 2019.

La courbe rouge correspond aux valeurs réelles de 2019. La courbe pointillée bleue aux valeurs prédites à partir de celles de 2014. La concordance entre les deux courbes est frappante. Les différences, notamment entre 20 et 40 ans, sont certainement dues au solde des flux migratoires.

La prévision démographique à long terme :

            L’excellente qualité de cette projection à cinq permet de faire des prévisions à plus long terme. Nous avons tenté une projection sur 15 ans, de 2014 à 2029 (figure 7). Malheureusement, ce procédé ne permet évidemment pas de prévoir les naissances futures…

Deux options sont alors possibles :

  • Supposer la natalité constante,
  • Supposer la tendance des 5 dernières années connue conservée après 2019.

 

            Les effets du « Baby Boom » de 1945 sur ces courbes sont particulièrement nets.

Figure 7 : Extrapolation de 2014 à 2029.

  • Courbe rouge : Valeurs en 2014,
  • Courbe bleue : Prévision 2019,
  • Courbe verte : Prévision 2024,
  • Courbe cyan : Prévision 2029.

Une retombée inattendue : La prévision du passé !

            La date de naissance des personnes du même âgé étant connue, il est facile de faire une estimation de la natalité des années passées.

L’utilisation en inverse de la courbe de mortalité permet ainsi de tracer une courbe de fécondité, c’est à dire le taux des naissances. La courbe exacte est certainement dans les archives de l’INED, mais une valeur crédible peut en être obtenue simplement de cette façon. Un décalage initial permet de présenter une estimation de l’année de conception, humainement plus significative.


Figure 8 : Courbe de natalité.

            On note sur cette courbe des accidents en 1918, 1940 et le « Baby Boom » de 1945.

Spécificité de la démographie française :

            La démographie française a été fortement marquée par les deux guerres mondiales. La figure 9 présente les pyramides des âges en 2014, celle prévue en 2029 et enfin celle qui correspondrait à une stabilité globale dans le temps d’une population.

Figure 9 : Prévision faite pour 2029.

  • Courbe rouge : Pyramide observée en 2014,
  • Courbe bleue : Pyramide prévue en 2029.
  • Courbe pointillée verte ; Pyramide de référence.

Il reste alors à prendre en compte les différentes hypothèses  de natalité et d’évaluer l’effet de celle-ci sur l’évolution de la pyramide des âges et l’équilibre des régimes de retraite.

Conséquences pour les régimes de retraite :

            Ces projections démographiques permettent de prévoir, en fonction des décisions politiques familiales,  la part des actifs potentiels dans la population nationale ainsi que celle des jeunes encore inactifs et des retraités. Elles permettent également de déterminer l’effet d’une entrée plus tardive dans le monde du travail ou d’un départ à la retraite plus précoce des actifs.  

Si la valeur de la population du pays était constante la pyramide des âges correspondrait à la courbe de mortalité (figure 9). Celle de la population française étant très différente, nous pouvons étudier l’évolution temporelle de la part de la population possiblement active dans la population totale.

Nous allons étudier l’évolution au cours du temps de cette part de la population sur la base de deux hypothèses de natalité :

  • Une natalité constate, conduisant à terme à une stabilisation de la population française,
  • Une décroissance de la natalité selon la tendance observée au cours des 5 dernières années.

Nous prendrons en compte trois durées d’activité :

  • 15 à 64 ans comme l’UIT,
  • 18 à 62, valeur médiane,
  • 21 à 60 ans, pour rappeler une valeur symbolique d’âge de la retraite.

 

 

Évolution prédite en supposant une natalité constante:

            Selon cette hypothèse, la part de la population française en âge de travailler se réduira au cours du temps, et ceci dans les trois hypothèses de durée d’activité retenues. Les pyramides des âges, complétées par l’estimation de la natalité future sont représentées sur la figure 10.

Figure 10 : Prévision faite pour 2029.

  • Courbe rouge : Pyramide observée en 2014,
  • Courbe bleue : Pyramide prévue en 2019.
  • Courbe verte ; Pyramide prévue en 2024.
  • Courbe cyan : Pyramide prévue pour 2029.

La figure 11 présente l’évolution au cours du temps du taux d’actifs potentiels. Les droites en pointillé correspondent au taux correspondant à une population stable, en supposant la natalité constante.

Figure 11 : Évolution au cours du temps du taux de population potentiellement active.

  • Courbes rouges : travail de 15 à 64 ans,
  • Courbes bleues : travail de 18 à 62 ans,
  • Courbes vertes : travail de 21 à 60 ans.

Il est également possible de tracer un abaque donnant l’évolution dans le temps de ce taux en fonction de l’hypothèse de durée du travail (figure 12). Les trois hypothèses de temps de travail correspondent aux abscisses 0, 1 et 2. Les droites parallèles correspondent à l’évolution temporelle de ce taux. Leur faible décalage montre que la durée du travail reste prépondérante sur l’évolution de la pyramide des âges dont l’effet sur l’évolution temporelle de la pyramide dont l’effet est bien plus limité.

Figure 12 : Effets relatifs de la durée du travail et de la pyramide des âges.

Les effets de la seconde guerre mondiale, et en particulier du « Baby-Boom » qui l’a suivie s’atténuerons. Dans cette hypothèse, les taux de population active  se stabiliseront.  Après 2029, ils seront proches de ceux d’une population de fécondité stable.

Évolution prédite en supposant une baisse linéaire de la natalité :

La poursuite linéaire de la baisse de la natalité observée ces dernières années conduirait à une réduction des inactifs (figure 13).

Figure 13 : Hypothèse d’une baisse constante de la fécondité à partir de 2014.

Dans cette hypothèse, après un embellissement temporaire, nous retrouverions à long terme un excès de retraités et une diminution de la part des actifs, lorsque la baisse de la population n’assurera plus le remplacement des actifs mis à la retraite.

Figure 14 : Évolution au cours du temps du taux de population potentiellement active.

  • Courbes rouges : travail de 15 à 64 ans,
  • Courbes bleues : travail de 18 à 62 ans,
  • Courbes vertes : travail de 21 à 60 ans.

Une persistance anormale du chômage ?

            Comment se fait-il que la réduction du nombre des actifs potentiels n’ait pas fait baisser le taux de chômage toujours proche de 9%? La raison en est clairement à la réduction de l’emploi industriel qui n’a cessé de régresser depuis 1974 (figure 15), ceci en raison de la politique économique menée en France (voir le texte sur le chômage importé).

Figure 15 : Emploi industriel en équivalent temps plein (en milliers).

            L’emploi industriel a diminué d’un million depuis 1974 et de 20 mille par an de 2014 à 2019, soit 0,8% par an. En même temps, l’emploi total a augmenté de 28 mille par an, soit 1,3% par an. Enfin, la population a augmenté de 1,6% par an entre 2014 et 2019. Dans l’hypothèse d’une stabilité du nombre des naissances, la population ne devrait plus augmenter, hors immigration, que de  0,6% par an entre 2024 et 2029.

 

Figure 16 : Augmentation prévue de la population.

  • Courbe rouge : Augmentation prévue de la population,
  • Courbe pointillée bleue : Pente à 0,6% par an.

            Sur la période 2014-2019, au lieu de progresser, l’emploi industriel a diminué tant en valeur absolue qu’en pourcentage. Dans le même temps, la croissance des besoins liée la croissance de la population, et la constance  du nombre des actifs potentiels, aurait dû faire baisser fortement  le nombre des chômeurs, ce qui n’a pas été le cas.

            Comment se fait-il que cette politique mondialiste prônant un laisser-fairisme universel, la concurrence généralisée entre les peuples et les acteurs économiques, perdure malgré son échec évident dans tous les domaines : développement économique, justice sociale, écologie et même culture… Maurice Allais, prix Nobel d’économie français et européen convaincu, n’a-t-il pas critiqué cette politique absurde dont la nocivité est une « évidence empirique » ?

            Comment se fait-il que des « économistes » aient pu dire qu’il existait un taux minimal de chômage, le NAIRU (non accelerating inflation rate of unemployment), ou taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation ? Peut-on raisonnablement considérer que réduire l’emploi est raisonnable, alors même que l’on sait qu’un revenu décent est nécessaire à tous ceux qui ne se mettent pas volontairement en marge de la société ? Ce concept même a-t-il un sens dans les pays de l’union européenne depuis la création de l’EURO et la libération des transferts de capitaux ? Faudrait-il un taux unique de l’UE ? Comment serait-il piloté ?

            Comment se fait-il que de nombreux acteurs participent, souvent de bonne foi, à la destruction de l’économie et de la planète qu’ils prétendent protéger ? En réalité, les acteurs économiques, qu’ils soient chefs d’entreprise ou simple citoyens, décident en fonction des contraintes auxquelles ils sont soumis à court terme et de leurs projets. Ils ne sont, le plus souvent, que les acteurs involontaires d’une politique qu’ils désapprouvent.

 Ils participent ainsi, sans le savoir, non à un complot, mais à une politique dont les seuls résultats sont le pillage de la planète, parfois au nom de l’écologie, et l’enrichissement d’une toute petite partie de la population mondiale qui, dominant les états, accapare à son profit tout le pouvoir.

 

Pierre Fuerxer

Membre de l’AIRAMA.

 

 

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