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L’œuvre méconnue de Maurice Allais, prix Nobel d’Économie. Philippe Bourcier de Carbon AIRAMA

L’AIRAMA (Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Économie), fondée dès 2004, à pour objet statutaire de promouvoir la pensée, l’œuvre et les solutions, de Maurice Allais (31 mai 1911- 9 octobre 2010), qu’il n’a cessé de proclamer en particulier dans ses « Combats pour l’Europe ». http://combats-maurice-allais.info/lassociation-airama/

Conférence du 15 mai 2018 de Philippe Bourcier de Carbon

À l’occasion de cette remise aujourd’hui du Prix Maurice ALLAIS de l’AIRAMA à notre camarade Guy BERTHAULT, je suis heureux d’être convié ici à prononcer quelques mots devant vous pour évoquer sa mémoire.

Lorsqu’en 2004, voici 14 ans, je m’étais résolu avec notre camarade Jean-Pierre BOUYSSONNIE ancien Président de Thomson et de l’AX, à fonder l’Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Économie, Maurice Allais était déjà depuis 5 années exclu des médias en France, alors qu’il avait été, à 77 ans en 1988, le seul Français à avoir jamais été distingué en Économie par l’Académie Nobel depuis 1969, date de l’institution de son Prix de Science Économique. Guy BERTHAULT fut alors parmi les tout premiers à se joindre à notre initiative.

Parmi nos objectifs, en tentant ainsi autour de Maurice Allais de mobiliser des personnalités du monde des intellectuels, de l’entreprise et de l’économie, créer l’AIRAMA nous paraissait alors de nature, sinon à mettre un terme, du moins à fissurer l’extravagant ostracisme médiatique, sournois autant que féroce, dont, force était bien de le constater, il était devenu victime en France. Il le restera pourtant jusqu’à sa disparition en 2010 à quelques mois de son centenaire, recevant néanmoins en sa qualité de Grand-Croix de la Légion d’Honneur, lors de ses obsèques dans la cour de l’hôtel des invalides, en clin d’œil de la république, l’hommage national de la ministre alors chargée de la Recherche.

Pourquoi un traitement médiatique si singulier et si soudain à son encontre en France ?

On est réduit à des conjectures, mais il nous reste des points de repères.

Alors en effet qu’au cours de ses recherches ses publications étaient réputées tant par leur rigueur que par leur caractère ardu, vers la fin de sa carrière professorale à l’École des Mines, il avait déjà en 1977 fait paraître à l’intention d’un public beaucoup plus large, éclairé mais non spécialisé, son livre sur « L’impôt sur le capital et la réforme monétaire », ce qui lui avait valu deux refus de sa candidature à l’Institut des Sciences Morales et Politiques, alors qu’elle était pourtant fortement appuyée par Raymond Aron.

Il n’y fut reçu, cette fois avec empressement, qu’en 1990, deux ans après avoir reçu en 1988 son Prix d’Économie décerné par l’Académie suédoise en mémoire d’Alfred Nobel.

Mais surtout, ce sont les deux livres qu’il a tenu à publier pour un large public en 1999 qui, ainsi qu’il le voyait lui-même, auraient entraîné, en dépit de sa reconnaissance internationale, son exclusion stricte des médias en France :

Le premier qu’il a intitulé « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique » et qu’il aura voulu dédier « aux innombrables victimes dans le monde entier de l’idéologie libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée… » par lequel il exposait la malfaisance des politiques économiques mondialistes préconisées depuis 1974 par la Commission de Bruxelles et par le GATT devenu OMC.

Et plus encore peut-être son second livre « La crise mondiale aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires » par lequel il énonçait et démontrait, pour un large public, les seuls principes des réformes capables d’empêcher la récurrence des crises et catastrophes monétaires qui bouleversent les sociétés actuelles : Il explique :

  1. « La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque Centrale doit être rendue impossible, de manière à ce que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création monétaire bancaire privée.
  2. Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme. »

« Cette double condition, écrit-il, implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui, et leur attribution selon trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

  1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;
  2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;
  3. des banques d’affaires empruntant directement auprès du public, ou aux banques de prêt, et investissant les fonds empruntés dans les entreprises. »

Dans son principe, une telle réforme rendrait impossible la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire, ainsi que l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courte que celle correspondant aux fonds empruntés.

« Les banques de prêt et les banques d’affaire serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui. »

En cela Allais s’inspirait en partie d’Irving Fisher, l’animateur du Plan de Chicago de 1933, et du Plan 100% monnaie de 1935, qui entendait compléter la réforme bancaire de 1932 du Glass-Steagall Act, déjà si difficilement imposée par l’opinion publique aux États-Unis à la suite de la grande crise de 1929, laquelle réforme légale exigeait déjà des établissements bancaires qu’ils optent exclusivement pour des fonctions, soit de banques d’affaires, soit de banques commerciales. Du reste il faut bien noter que le Glass-Steagall Act, quoique bien largement amodié, resta en vigueur 67 ans durant jusqu’en 1999, évitant ainsi aux USA le retour des crises bancaires violentes au long de cette période.

Qui ne comprendrait que Maurice Allais, Prix Nobel d’économie, par ses démonstrations et surtout par ses propositions de réforme du secteur financier et bancaire, ne mettait directement ainsi en cause publiquement des intérêts privés colossaux.

Bien qu’ostracisé de manière obscène par les médias en France, Maurice Allais aura néanmoins formé de nombreux disciples au cours des décennies de sa longue carrière de professeur, et sa pensée rigoureuse, originale et puissante aura su marquer de nombreux esprits, en France, comme à l’étranger, dans le monde francophone en particulier.

Et qui l’eût cru, c’est au pays des banques, la Suisse, que les graines qu’il aura semé avec audace et obstination, lèvent aujourd’hui : en effet, pour la première fois depuis la réforme de 1891 obtenue par référendum d’initiative populaire, une votation constitutionnelle, soigneusement préparée et organisée depuis plus de deux ans, en particulier sous les avis d’anciens banquiers et professionnels de la finance, dont plusieurs anciens disciples d’Allais, l’initiative dite « Monnaie pleine » ou « Vollgeld » va le 10 juin prochain être soumise aux suffrages des électeurs de la Confédération Helvétique, réservant l’émission du Franc Suisse à la seule banque centrale créée en 1891, la BNS ou Banque Nationale Suisse, et interdisant aux banques commerciales privées de continuer leur émission monétaire ex nihilo par les pratiques actuelles du crédit.

Le site de cette initiative expose avec pédagogie tous les aspects de la réforme constitutionnelle proposée sur le lien internet suivant http://www.initiative-monnaie-pleine.ch/

Nos voisins suisses nous donnent ainsi un bel exemple de démocratie vivante et réelle, les médias de la confédération y organisant depuis quelques mois de nombreux débats sur ces questions. De fait la Suisse est devenue aujourd’hui pour nous Français un miroir particulièrement cruel, car il faut bien constater que nous n’en percevons toujours aucun écho dans nos médias français.

Je crois que Maurice Allais aurait été particulièrement satisfait de savoir que huit ans après sa disparition, son enseignement obstiné aurait enfin la perspective de s’incarner dans une loi constitutionnelle, et que de toute manière la quintessence de ses recommandations en matière financière et monétaire aura au moins été entendue par une partie importante de l’électorat suisse jusqu’alors maintenu soigneusement dans l’ignorance et l’incompréhension de la nature et des mécanismes des pratiques financières prédatrices actuelles.

Plutôt que de vous exposer ici les grandes lignes de l’œuvre économique si prodigieusement féconde et foisonnante de cet esprit exceptionnel, mort à 99 ans à sa table de travail, en ayant marqué en six décennies de publications sans doute tous les grands secteurs la Science économique, je tenais à saisir cette occasion d’évoquer devant vous d’abord l’âme de son combat intellectuel, celui qui lui aura coûté le plus cher. Par son combat intellectuel indomptable extraordinaire en effet, qui lui aura valu d’être relégué en France au Goulag médiatique, il est permis de considérer qu’en quelque sorte Maurice Allais est désormais devenu le Soljenitsyne français du capitalisme financier et de l’ultra-libéralisme mondialiste actuel.

L’aspect protéiforme de son œuvre le rend par ailleurs inclassable parmi les économistes : on pourra le qualifier de libéral en ce sens qu’il aura démontré que la liberté individuelle d’entreprendre, la propriété privée et le principe de concurrence constituent des conditions indispensables à l’efficacité des marchés économiques, à celle de l’allocation des ressources, comme à celle des processus de production des richesses. Mais on pourra aussi le classer de dirigiste par le souci qu’il place dans la pérennité des sociétés, exigeant l’existence d’un arbitre indépendant des forces économiques, régissant les règles des marchés pour maintenir leur efficience économique. Il reconnaît ainsi que le principe d’appropriation privée ne saurait être universel et doit être limité, et qu’il existe des biens collectifs par nature. On pourra même le qualifier de socialiste par son souci de limiter les inégalités sociales résultant des processus de production économiquement efficaces, en assurant des mécanismes de péréquation de la distribution des fruits de la croissance économique. Selon lui toute rente, et tout droit économique non gagné, en particulier la rente monétaire, doit être confisqué par la collectivité au bénéfice de cette péréquation. Certains ont résumé leur embarras en le qualifiant de l’oxymore « libéral socialiste ».

Je voudrais terminer en soulignant le caractère probablement le plus original de cet économiste : Dès sa jeunesse il aura été passionné par la Physique, discipline dans lequel il a toujours excellé. Il a déclaré qu’à sa sortie de l’école Polytechnique, alors qu’il pensait se destiner à la Physique, c’est lors du voyage d’étude qu’il entreprit aux États-Unis en 1933, devant le spectacle incompréhensible de ces villages de toiles abritant des familles de chômeurs et de mendiants en haillons, dressés dans les grands parcs publics des grandes villes américaines de ce continent de l’abondance, qu’il décida alors de choisir le champ des études économiques afin d’y trouver les réponses à cette énigme et de résoudre ce paradoxe. Et dès lors il s’attela d’abord à la lecture des œuvres de Walras, de Fisher et de Pareto, envers lesquels il a toujours rappelé sa filiation intellectuelle, pour finir par élaborer en 1943 son premier ouvrage de 1.200 pages « À la recherche d’une discipline économique », devenue « Traité d’économie pure ». Une refondation rigoureuse et originale, à partir de l’expérience ou de constats empiriques, de tous les grands principes de la littérature économique. C’est ce tour de force initial que l’Académie Nobel aura sans doute voulu particulièrement distinguer dans son œuvre foisonnante, quarante-cinq ans plus tard, en 1988.

Ainsi dans toute son immense œuvre économique, Maurice Allais entendait-il assurer toujours la prééminence du fait et de ses aspects constatés sur la conceptualisation, sur la formulation du principe ou sur l’élaboration de la théorie explicative. Il ne craignait pas de devoir remettre en cause, théorie, principes ou concept, dès lors que ceux-ci se révélaient incompatibles aux constats factuels.

L’économie étant historiquement un domaine intellectuel où, sous une apparence de science et de rigueur, concepts, principes et théories sont d’autant plus largement promus qu’ils justifient rationnellement des intérêts concrets socialement et politiquement puissants, cette démarche factuelle de physicien appliquée par Maurice Allais à l’économie, n’aura pas manqué de lui valoir souvent l’incompréhension, sinon l’irritation de ses collègues économistes, et plus souvent encore, l’hostilité des puissants.

Et c’est cette démarche même de Maurice Allais préservant à tout moment la prééminence du fait expérimental sur la théorie, que notre hôte Guy BERTHAULT aura scrupuleusement suivie dans ses travaux qui renouvellent désormais les principes de la sédimentologie, et pour lesquels il reçoit aujourd’hui le Prix Maurice Allais de l’AIRAMA.

Soyez remerciés pour votre attention.

Philippe BOURCIER de CARBON

Président d’honneur, fondateur de l’AIRAMA

Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Économie.

 

 

Source : https://lilianeheldkhawam.com/2019/10/09/loeuvre-meconnue-de-maurice-allais-prix-nobel-deconomie-philippe-bourcier-de-carbon/

 

 

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Les conséquences funestes d’a priori en sciences naturelles, à remplacer par des faits

 

Guy BerthaultGuy Berthault, ingénieur diplômé de l’École Polytechnique. Promotion 1945 Chevalier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite

 

 

Mes travaux ont porté sur 2 domaines pour lesquels des concepts intellectuels — à défaut d’expériences probatoires — pouvaient conduire à des déductions erronées.

J’ai donc jugé nécessaire d’entreprendre, avec le concours d’organismes hautement qualifiés, des expériences de grande précision quant à leur mesure et leur objectivité.

J’en livre ici le détail, les résultats et les déductions à en tirer.


 

 

I. La conception de l’Univers à travers les âges.

 

Parlons d’abord, en Astronomie, de la conception originelle de l’Univers, fondée sur les apparences. Tout homme, naviguant sur la mer, loin des côtes, par beau temps, voit le ciel à l’horizontale, dans toutes les directions, et à la verticale. Il parle de « voûte céleste », une sphère apparente sur laquelle, par nuit claire, se déplacent, ensemble, les étoiles « portées » par elle. Ce qui fut décrit par Aristote dans son « De Coelo ».

Quatre siècles plus tard, l’astronome Claude Ptolémée, dans son ouvrage « l’Almageste », rendant compte de mesures de positions des planètes connues qu’il avait compilées, consacrait la théorie philosophique d’Aristote comme théorie scientifique, que l’on enseignait dans les Universités chrétiennes au Moyen-Âge.

Cependant, au 3ème siècle avant Jésus Christ, Aristarque de Samos, adoptant lui aussi l’existence de la sphère des étoiles fixes, postulait que le soleil en était le centre.

 

Il y avait donc, du temps de la Grèce Antique et de Rome, deux écoles philosophiques, qui s’entendaient sur l’existence de cette sphère portant les étoiles fixes, mais s’opposaient sur l’astre qui en était le centre, soit la Terre, soit le soleil. Cette querelle allait ressurgir au sein de la chrétienté, au Moyen-Âge.

 

Copernic, chanoine et astronome, s’interrogeant sur les orbites irrégulières que décrivent les planètes autour de la Terre, compléta les calculs des positions des planètes de Ptolémée et « démontra » qu’elles tournaient autour du soleil ; il leur attribua cependant, par ses calculs approximatifs de leur distance au soleil, des orbites circulaires que Kepler démontra bientôt être des ellipses dont le soleil était un foyer.

Copernic rendit compte de sa théorie dans l’ouvrage « De Revolutionibus orbium caelestium », paru en 1543, qui fut adressé après sa mort, par son ami Osiander, au Pape Paul III.

copernicDans sa Préface, Copernic, appliquant à la Terre le statut d’une planète, affirma sans le prouver qu’elle tournait autour du soleil, et que, de ce fait, c’était le soleil qui était le centre du monde, citant Trismégiste qui appelait le soleil « dieu visible ». Le Pape Paul III et ses successeurs ne réagirent pas.

 

Tycho Brahé, astronome du roi du Danemark, effectua à cette époque de très nombreuses mesures en position et distance des planètes du système solaire, que Képler utilisera et complétera par l’étude particulière de Mars, ce qui l’amènera à formuler ses trois Lois dans « Astronomia Nova » et « Harmonices Mundi ». Tycho Brahé avait justement fait remarquer que la position apparente du soleil et des planètes, vue de la Terre, restait identique, que le soleil tournât autour de la Terre ou l’inverse. Mais la tentation de considérer la Terre comme une planète quelconque était trop forte et Képler adopta l’hypothèse de Copernic.

 

Survint alors Galilée. Ce dernier, enseignant à l’Université de Padoue et se persuadant de ses succès en astronomie, s’affirma haut et fort copernicien.

L’Église réagit alors par le décret de 1616, qui condamnait deux propositions coperniciennes :

  1. Le soleil est le centre du monde, et
  2. La Terre n’est pas le centre du monde et se meut.

 

Malgré cette condamnation, Galilée écrivit « Il Dialogo » qui le fera condamner en 1633, par le Saint-Office. La  première  proposition  de  Galilée :  « Le  soleil  est  le  centre  du  monde  et  il  est  absolument  privé  de mouvement local », fut aussi condamnée par le Tribunal du Saint Office dans les termes suivants : « elle est absurde et fausse en philosophie et formellement hérétique comme contraire aux Saintes Écritures ».

La seconde proposition : « La terre n’est pas le centre du monde et elle se meut non seulement dans l’espace mais encore de mouvement diurne sur elle-même », fut aussi jugée « absurde et fausse en philosophie et (devant) être théologiquement considérée comme au moins erronée dans la foi ».

 

Galilée n’a pas démontré que le soleil était le centre du monde. Mais la condamnation de la seconde proposition, résulte de l’influence d’Aristote au sein de l’Église.

Cette condamnation créa des réactions chez les philosophes.

 

En premier lieu le « Discours de la Méthode » de Descartes (1637) qui, envisageant une mathématisation complète de la science, la fit reposer non plus sur les faits, mais d’abord sur les idées claires et distinctes, faisant de la raison la lumière naturelle, d’où la « philosophie des lumières ».

Cela ne sera pas sans conséquences sur les autres disciplines scientifiques, comme nous le verrons en géologie, car le rationalisme inverse le raisonnement scientifique, quand, au lieu de se fonder sur les faits observés et expérimentés desquels on induit des hypothèses, il privilégie les a priori de la raison comme bases : principes, postulats, lois…, et ne retient que les faits parfois mal interprétés qui les confortent.

Ainsi, de Descartes à Hegel, les rationalismes se développèrent, d’abord contre l’Église, Voltaire en est l’exemple, puis contre la monarchie, en France, où la Révolution engendre la terreur de Robespierre et les guerres de Napoléon.

 

 

II.   L’astronomie.

 

Isaac Newton
Portrait d’Isaac Newton âgé de 46 ans par Godfrey Kneller (1689).

En 1687, Newton énonça ses lois du mouvement dans ses « Principia Mathematica », avant les faits.

Loi I : « Tout corps persévère en son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme, sauf si des forces « imprimées » le contraignent d’en changer ». Ces forces étant la gravitation, sa loi ne la définit pas.

Loi II : « Le changement de mouvement est proportionnel à la force motrice imprimée et s’effectue suivant la droite par laquelle cette force est imprimée ».

Si une force quelconque génère un certain mouvement, elle en génèrera deux fois plus si sa grandeur double, et trois fois si sa grandeur triple.

Dans sa PROPOSITION VI – THÉORÈME VI, Newton écrit :

« Que la chute de tous les graves sur la Terre s’effectue en des temps égaux (en faisant abstraction, du moins, du retard inégal suscité par une très faible résistance de l’air), d’autres l’ont observé depuis longtemps ».

Ce qui contredit sa loi II, selon laquelle la chute d’un corps est proportionnelle à la force imprimée, qui est le poids.

Et Newton ajoute :

« Mais c’est avec la plus grande exactitude que l’on peut connaitre l’égalité des temps avec les pendules. J’en ai fait l’expérience sur de l’or, de l’argent, du plomb, du verre, du sable, du sel commun, du bois, de l’eau et du froment. Je comparais deux petites boites de bois rondes et égales. J’en remplissais l’une de bois, et aussi exactement que possible, je suspendais au centre d’oscillation de l’autre, le même poids d’or. Les boites attachées à des fils égaux de onze pieds formaient des pendules complètement semblables, quant au poids, à la figure et à la résistance de l’air; placées l’une à côté de l’autre, elles effectuaient des oscillations semblables ».

 

Si Newton avait fait ses expériences avec des masses de poids différents suspendues à des pendules de même longueur, il aurait constaté que les oscillations étaient les mêmes quelque soit le poids suspendu.

Les chutes et les oscillations des corps suspendus sont les faits à prendre en compte.

 

Loi III : « La réaction est toujours contraire et égale à l’action ». Newton dit notamment : « Si un cheval tire une pierre attachée par une corde, il sera lui aussi, pour ainsi dire, tout autant tiré par la pierre, car la corde qui est tendue des deux côtés par le même effort de résistance à la traction subie, poussera le cheval vers la pierre et la pierre vers le cheval ».

J’observe que si le cheval, immobile, part au galop en accélérant, la corde tendue entrainera la pierre, moins lourde que le cheval, du même mouvement accéléré, et dans le même sens que le cheval. On ne peut donc pas dire, dans ce cas, que la réaction de la pierre soit égale à l’action du cheval.

 

Dans le scholie des lois, Newton dit :

« Je vais montrer maintenant brièvement qu’il en est de même dans les attractions. Concevez qu’un obstacle quelconque s’interpose entre deux corps quelconques A et B qui s’attirent mutuellement et en empêchant le choc. Si l’un des deux corps, A, est plus attiré vers l’autre corps B que B vers A, l’obstacle subira davantage la pression de A que celle de B. Et par conséquent, il ne restera pas en équilibre. La pression la plus forte prévaudra et fera se mouvoir en ligne droite le système des deux corps et de l’obstacle en direction de B et partir à l’infini dans le vide, d’un mouvement toujours plus accéléré, ce qui est absurde et contraire à la première loi. Car ce système, d’après cette loi, devra persévérer en son état de repos ou de mouvement uniforme et par conséquent, les corps exerceront une égale pression sur l’obstacle et s’attireront donc autant l’un que l’autre ».

 

Pour ma part, j’observe que si A attire B plus que l’inverse, et qu’il y a alors une force résultante, cela correspond au cas dans la loi I : « Sauf si des forces imprimées (…) ». Et dire alors « que ce système devrait persévérer dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme », c’est dire qu’il n’y a pas de changement de mouvement engendré par une force motrice imprimée, donc pas d’action et de réaction.

Newton n’a donc pas démontré l’égalité de l’action et de la réaction gravitationnelles entre deux corps distants, l’expérience qu’il a réalisée avec un aimant et du fer relevant du magnétisme, non de la gravitation.

 

 

Cela remet en question l’attraction réciproque entre deux corps distants équation, où F et F’ expriment la force réciproque d’attraction, M et M’ les masses des corps, D leur distance, et G une constante. C’est cette réciprocité qui a déterminé le calcul des masses du soleil et des planètes.

 

En février 2014, la Royal Society a réuni les principaux spécialistes mesurant la constante G, sur le thème : « La constante newtonienne de gravitation, une constante trop difficile à mesurer », dont les écarts allant de 6,672 à 6,676. La constante l’est-elle ou non ?

Ajoutons qu’à l’heure actuelle, on connait l’effet de la gravitation, mais non la cause.

 

Venons-en au Big-Bang. Tout part du fait que le spectre de la lumière émise par les galaxies lointaines présente un décalage vers le rouge.

Big-Bang

En se fondant sur l’effet Doppler, qui est la variation de fréquence apparente du sifflet d’un train qui croise l’observateur (plus aigu lorsqu’il se rapproche, plus grave lorsqu’il s’éloigne), et en l’appliquant à la lumière, on a crû démontrer la fuite des galaxies. En 1928, Hubble en formulera sa loi v=Hr, où v est la vitesse de récession de la galaxie, r sa distance, H une constante. Georges Lemaître émit alors la thèse d’une fuite des galaxies à partir d’une explosion unique, appelée Big-Bang. Ce n’est pas démontré dans les faits. Mais on peut, sur des faits, expliquer le phénomène autrement. Le soleil est jaune au zénith, rouge orangé au coucher. La couleur est fonction du trajet dans l’air atmosphérique des rayons que l’on observe. Les rayons émis par les galaxies lointaines traversent l’atmosphère gazeuse de nombreuses galaxies, d’où un décalage vers le rouge.

 

 

III.   La Géologie.

 

Venons-en à l’autre grande discipline, dont les a priori ont eu autant d’implications : la Géologie.

Son fondateur, Nicolas Stenon, qui entendait « marcher de façon très exacte et ordonnée, selon la méthode de Descartes », en définit les fondements en 1667 dans son ouvrage « Canis Calchariae », en interprétant la superposition des strates comme une succession de dépôts sédimentaires (1).

Il en déduisit en 1669, dans « Prodromus », les principes de stratigraphie, à savoir, de superposition, de continuité, d’horizontalité originelle des strates, qui sont à la base de l’échelle relative des temps géologiques.

 

Charles Lyell
Portrait de Charles Lyell

Charles Lyell en définit la chronologie absolue. En 1828, il parcourut l’Auvergne, et s’intéressa à des dépôts feuilletés d’eau douce. Remarquant des feuillets de moins d’un millimètre qu’il attribua à un dépôt annuel, il s’aperçut que l’ensemble (230 mètres), a nécessité des centaines de milliers d’années pour se former. Dans ses « Principes de Géologie » (1832), il constate que la faune s’est renouvelée de 5 % pendant « l’ère glaciaire ». En admettant une vitesse constante de renouvellement (hypothèse uniformitarienne), il faudra vingt fois plus de temps pour que se produise une « révolution » de la faune. Or Lyell compte quatre révolutions depuis la fin de l’ère secondaire, et huit autres pour les temps antérieurs depuis le début de l’ère primaire. Et comme son contemporain James Croll évalue, pour des raisons astronomiques, que les temps glaciaires ont duré un million d’années, Lyell fixe à 240 millions d’années la base du primaire. Durée portée à 560 millions d’années par la datation radiométrique au 20ème siècle.

 

C’est cette succession des espèces dans un temps très long qui conduisit Darwin à exprimer, en 1859, sa théorie dans son ouvrage, « L’origine des espèces ». C’est celle de la sélection naturelle des espèces par la lutte pour la vie, induisant leur évolution dans le temps.

Deux ans plus tard, Marx écrivait à Lassalle :

« Très significative est l’œuvre de Darwin, qui me convient comme fondement en sciences naturelles de la lutte des classes dans l’histoire ». Engels de son côté, dans « Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie allemande » reconnaissait « la démonstration d’ensemble faite pour la première fois par Darwin selon laquelle tous les produits de la nature qui nous environnent actuellement, y compris les hommes, sont le produit d’un long processus de développement à partir d’un petit nombre de germes unicellulaires à l’origine, et que ces derniers sont, à leur tour, issus d’un protoplasme ou d’un corps albuminoïdal constitué par voie chimique ». Et il déduisit aussitôt de cette « découverte » de Darwin une loi d’évolution des sociétés : « Mais ce qui est vrai de la nature, reconnue également de ce fait comme un processus de développement historique, l’est aussi de l’histoire de la société dans toutes ses branches et de l’ensemble de toutes les sciences qui traitent des choses humaines et divines ».

 

Charles Darwin
Charles Darwin en 1869, par J. Cameron.

Le socialisme scientifique procède donc de Darwin, de même que le national-socialisme qui prônait la suprématie de la race aryenne. D’où le Goulag, et la Shoah, qui ont fait plus de 60 millions de morts.

Quant à la Géologie historique, fondée sur l’interprétation de Stenon, celle-ci n’est pas prouvée, car nul n’a été témoin de la stratification.

C’est pourquoi j’ai entrepris un programme expérimental d’étude de la stratification en 1970.

Il existe dans les roches sédimentaires, des strates de faible épaisseur, millimétrique, ou « laminae », qui sont semblables aux « feuillets » observés par Lyell, dont j’ai parlé précédemment. J’ai prélevé un échantillon de « sable de Fontainebleau », présentant ces « laminae », faiblement cimenté. J’en ai rompu le ciment et obtenu du sable hétérogranulaire, c’est-à-dire composé de particules de tailles différentes.

J’ai laissé tomber le sable dans un tube de verre, et vu se constituer dans le dépôt, la même lamination que celle de l’échantillon, et ce, à quelque vitesse de sédimentation que j’opère. Comme le montre les photos ci- jointes. Je compris alors que ce phénomène pouvait résulter de ce que le sable est une poudre dont la mécanique est intermédiaire entre celle des liquides et celle des solides. Si, dans un tube, on laisse tomber successivement trois corps solides, ces corps se disposent dans l’ordre de leur succession. Tandis que si on laisse tomber trois liquides de densités différentes, du mercure, de l’huile, de l’eau, ils vont se superposer dans l’ordre des densités décroissantes, sous l’effet de la gravité. On pouvait donc s’attendre à ce que la gravité provoque un granoclassement répétitif des particules de sable selon leur taille. La lamination est un phénomène mécanique, et non chronologique. En conséquence de quoi, les milliers de « feuillets » observés par Lyell, ne correspondent pas à des centaines de milliers d’années.

Figure 1 – Echantillon de diatomite Figure 2 - Lamination résultant d'un écoulement à sec
Figure 1 – Échantillon de diatomite Figure 2 – Lamination résultant d’un écoulement à sec

 

Le compte-rendu de mes expériences fut présenté à l’Académie des Sciences de Paris par le Professeur Georges Millot, directeur de l’Institut de Géologie de Strasbourg, doyen de l’Université, membre de l’Institut, alors Président de la Société Géologique de France, qui le publia dans ses comptes-rendus en 1986 (2).

À la suite de quoi, le Professeur me fit admettre à la Société Géologique de France, en qualité de sédimentologue.

Je fis ensuite la même expérience avec un échantillon laminé contenant des fossiles. Le résultat fut le même, et fit également l’objet d’une publication par l’Académie des Sciences en 1988, présentée par Georges Millot (3).

 

Qu’en était-il de la stratification épaisse ?

Un compte-rendu intitulé « Bijou Creek Flood » (4), publié aux U.S.A., ayant pour auteur un géologue américain, Edwin Mac Kee, rendit compte des dépôts stratifiés sur les berges de la rivière « Bijou Creek », résultant d’une crue de la rivière à partir des montagnes Rocheuses, consécutive à la fonte des neiges, accrue par des pluies.

Ce phénomène n’a pas duré plus de 48 heures. Vu la continuité du flot, il n’était pas question de supposer qu’une première strate était devenue roche, avant que la seconde la recouvrît, comme l’eût affirmé le principe de superposition. Les strates avaient environ 10 cm d’épaisseur (voir figure 3).

Fig. 3. – a) strates alternées de sable et de sable boueux Fig. 3. – b) stratification des dépôts
a b
 Fig. 3. – Structures sédimentaires des dépôts de la crue du ruisseau « East Bijou » en 1965
a) strates alternées de sable et de sable boueux – b) stratification des dépôts

 

 

Pour expliquer le phénomène, il faut tenir compte de ce que la rivière en crue a atteint une vitesse de 7 m/s en régime turbulent, et où, en chaque lieu de la rivière, la vitesse du courant varie alternativement de la surface en profondeur. Or, des sédimentologues tels que Hjulstrom et Lichstvan-Lebedev (5), ont expérimentalement déterminé les vitesses critiques de dépôt de particules de tailles distinctes. En situation de crue, la capacité de transport sédimentaire du courant est très élevée, et la variation de vitesse en chaque lieu, lorsqu’elle devient critique, provoque la sédimentation de quantités de particules de tailles distinctes, de sorte que le granoclassement observé en eau calme devient des « strates » de plusieurs centimètres d’épaisseur.

De la même manière, en 2008, la revue « Sedimentology » a publié un article sur le tsunami qui a frappé l’Asie du sud-est en 2004, qui présente des photos du dépôt laissé par le tsunami en quelques heures, montrant des strates superposées de 20 cm d’épaisseur.

 

Il me parut nécessaire d’étudier la stratification en laboratoire.

Un compte-rendu expérimental d’un groupe de sédimentologues américains opérant au laboratoire d’hydraulique de l’Université du Colorado, dans un canal circulant, montra la présence de strates dans le dépôt.

Je leur proposai donc d’en étudier les causes, et me rendis sur place à cette occasion. Je conclus un contrat avec l’Université, et ce fut l’assistant du groupe, Pierre Yves Julien, jeune hydraulicien et sédimentologue canadien, qui réalisa les expériences du contrat. Dans un canal où l’eau, mélangée à du sable dont les grosses particules sont noires et les petites blanches, est envoyée par une pompe et y revient, le circuit étant circulant. Le contraste de couleur des particules permet l’observation de la stratification dans le dépôt sédimentaire qui se développe à la fois latéralement, dans le sens du courant, et verticalement puisqu’il s’épaissit.

Le dépôt est laminé et stratifié. Une coupe latérale du dépôt montre une superposition de strates de plusieurs centimètres d’épaisseur, comme le montrent les photos ci-dessous.

 

Le compte-rendu de cette expérience a été publié en 1993 dans le Bulletin de la Société Géologique de France (6).

 

Figure 4 – Formation de couches granoclassées

Figure 4 – Formation de couches granoclassées

 

 

Figure 5 – Coupe transversale du dépôt Figure 6 – Vue longitudinale du dépôt
Figure 5 – Coupe transversale du dépôt Figure 6 – Vue longitudinale du dépôt

 

Ces données nouvelles et récentes remettent en cause l’interprétation de Stenon, de bâtir une chronologie relative sur les strates, selon ses trois principes.

Pour élaborer une chronologie issue de la sédimentation, il faut se référer, comme cause, aux mouvements marins, montants ou descendants, qui ont déposé des ensembles stratifiés appelés « séquences ».

C’est bien pour cela que de plus en plus de sédimentologues et géologues acceptent cette façon de raisonner en stratigraphie séquentielle. Mais il leur faudra aller plus avant, comme je vais le montrer.

 

Au  début  des  années  2000,  le  temps  m’est  apparu  venu  d’appliquer  les  enseignements  tirés  de  mes expériences, complétées par d’autres sources sur le terrain. Ayant 75 ans alors, il n’était pas question que je puisse y participer. Mais j’eus la chance, en me rendant à Moscou à cette époque, de faire la connaissance d’un jeune géologue et sédimentologue, Alexandre Lalomov, qui prit un grand intérêt à mes travaux publiés. Grâce à lui, je pus faire publier en 2002, sous le titre « Analysis of the main principles of stratigraphy on the basis of experimental data », dans « Lithology and mineral resources », journal de l’Académie des Sciences et de l’Institut de Géologie de Russie, un compte-rendu de nos travaux aux U.S.A (7).

En 2004, le même journal publiait de moi, « Sedimentological Interpretation of the Tonto Group », expliquant le fait que les faciès d’une série géologique soient à la fois superposés et juxtaposés sur l’aire de dépôt, ce qui est dû au courant d’apport des sédiments (8). Mes travaux firent aussi l’objet d’une publication en Chine (9).

 

Alexandre Lalomov détermina, dans plusieurs régions de Russie, la genèse hydraulique et sédimentaire des formations rocheuses, en Crimée, dans l’Oural et la région de Saint Petersburg (10).

Le plus décisif de ses travaux fut la détermination du temps de sédimentation de formations rocheuses, telles les formations de grès cambriens-ordoviciens de la région de Saint Petersbourg. La mécanique sédimentaire évalue la capacité de transport sédimentaire des courants à partir des vitesses critiques des paléo-courants, en fonction de la taille des particules. Le quotient du volume de la formation rocheuse étudiée par cette capacité, par unité de temps et de volume, indique les temps de sédimentation correspondants.

Cette méthode est appliquée par nombre de sédimentologues, aux noms desquels je citerais H.A.Einstein.

Le temps déterminé par cette méthode, appliquée aux grès cambriens-ordoviciens précités, représente 0,05% du temps de l’échelle géologique. Le compte-rendu de cette étude a été publié en 2011 dans « Lithology and Mineral Resources », journal de l’Académie des Sciences et de l’Institut de Géologie de Russie (11).

Les conditions paléo-hydrauliques, selon Alexandre Lalomov, apparaissent souvent comme catastrophiques.

 

Golovkinskii (Kazan-1868), sur les roches, et Walther (1894), sur les sédiments marins, ont établi que : « Seuls les faciès et aires de faciès juxtaposés en surface, ont pu être superposés originellement » (12). Comme il est montré, dans ma publication de 2002, les faciès, à la fois superposés et juxtaposés, constituent une séquence résultant d’une transgression ou régression marine. Une succession de séquences incluses entre une transgression suivie d’une régression finale est une « série ». Les données de la stratigraphie séquentielle et les expériences ci-dessus mentionnées, montrent qu’une série correspond à une période. Par conséquent, la séquence doit être considérée comme la référence de base de la chronologie relative, au lieu de l’étage.

 

Aujourd’hui, les sédimentologues, selon les résultats de leurs observations sous-marines et de leurs expériences de laboratoire, ont établi des relations entre conditions hydrauliques, profondeur et taille des particules. Cela permet de déterminer les vitesses critiques de transport en dessous desquelles une particule de taille donnée se sédimente.

 

L’Institut d’Hydraulique de Saint Petersbourg a exécuté à ma demande un programme expérimental d’érosion de roches sédimentaires par des courants puissants (v <27 m/s) pour compléter ces relations (13). D’autres devront suivre.

 

Pour information, toutes nos publications figurent sur mon site www.sedimentology.fr . En cliquant sur « Video », on peut y voir mes expériences. (Reprises ci-dessous)

 

 

 

Il en résulte que l’échelle des temps géologiques ne doit plus être fondée relativement sur la superposition des strates. Elle doit être fondée antérieurement sur la genèse sédimentaire, impliquant d’une part la gravitation, pour la formation de la lamination, et d’autre part de la vitesse du courant turbulent, pour la formation des faciès stratifiés superposés et juxtaposés, constituant les séquences.

Quant au temps absolu, les feuillets que Lyell a observés, et pris pour des dépôts annuels, sont principalement des laminae qui, comme je l’ai montré expérimentalement, ne caractérisent aucun temps absolu.

 

Il en est de même de sa chronologie de 240 millions d’année, fondée sur les « révolutions » biologiques, que le professeur Gohau a qualifié de « hypothèse uniformitarienne », non prouvée. Le Professeur Gohau dans son ouvrage « Une histoire de la Géologie » (14) dit « Ce qui mesure le temps, ce sont les durées de sédimentation et non celles des orogénèses et des « révolutions biologiques ». J’ajouterai que la datation radiométrique des roches n’est pas non plus fondée, car, la radioactivité existant dans le magma, on ne peut, dans un échantillon de roche, déterminer les quantités respectives d’éléments radioactifs produites à l’état de magma et de roche. À preuve, les datations au potassium/argon radioactifs de roches résultant d’éruptions volcaniques de dates historiques connues, indiquent parfois des millions d’années. Cela résulte d’un excès d’argon provenant en grande partie de la lave qui a donné naissance à la roche (15).

 

Christian Marchal, de l’ONERA, polytechnicien également, a fait paraître en 1996 dans le « Bulletin du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris » (complété par un erratum publié dans « Geodiversitas » – 1997), une étude intitulée « Une cause probable de grands déplacements des pôles terrestres » (16), montrant que la surrection d’un grand massif montagneux comme l’Himalaya modifie de plusieurs millionièmes les moments d’inertie de la Terre, ce qui suffit à déplacer de quelques dizaines de degrés la position d’équilibre stable des pôles. Cette étude précise qu’il résulte de ces déplacements des pôles, combinés avec la rotation de la Terre, de larges transgressions et régressions des océans, leur amplitude étant beaucoup plus grande que les variations du niveau des océans dues à la fonte des glaciers consécutive à des variations cycliques des paramètres orbitaux de la Terre. Cela peut expliquer, en plus des données de l’analyse paléo-hydraulique, l’existence de conditions diluviennes dans le passé géologique, engendrées par l’orogénèse des chaînes de montagne, outre celles attribuées à la chute de météorites.

 

Comme il est dit dans le Bulletin, à l’Eocène, le pôle nord, avant l’orogénèse himalayenne, se trouvait à l’embouchure du fleuve sibérien Ienisseï, par 72 degrés de latitude nord. Après l’orogénèse, il se trouvait dans une position voisine de l’actuelle, après un déplacement de 18 degrés.

 

La direction des transgressions et régressions suivant chacune des 19 orogénèses intervenues depuis le début de l’ère Primaire, correspond à la succession des faciès de séquence résultants, tels que grès, argile, calcaire. Un  exemple  est  celui  du  Tonto  Group,  au  Cambrien.  Il  procède  de  l’orogénèse  cadomienne,  au commencement du Cambrien, et résulte d’une transgression de l’Océan Pacifique jusqu’au Nouveau Mexique. D’autres directions peuvent être déterminées par d’autres orogénèses qui se produisirent ailleurs sur la Terre.

 

La faune marine contemporaine varie selon la profondeur, la latitude et la longitude, et une telle diversification existe dans l’échelle des temps géologiques. L’apparent changement d’organismes marins fossilisés d’une série à une autre suivant une orogénèse, peut résulter de faunes différentes, transportées par des courants provenant de différents lieux résultant d’orogénèses successives. Ce qui a été attribué à un changement biologique peut être de nature écologique, expliqué par une faune venant de différentes orogénèses, prenant en compte le temps court de sédimentation.

Ajoutons que, de nos jours, on date par radiocarbone le collagène d’os de dinosaures fossiles, ce qui ramène leur âge de 65 millions d’années à moins de 40.000 ans.

 

En conclusion du chapitre géologique, une relation peut être établie entre cause et effet. L’orogénèse, c’est-à- dire le soulèvement des montagnes, qui est contingente des éruptions volcaniques (17), est la cause des déplacements de l’axe de rotation des pôles, ce qui provoque des séries marines et crée des dépôts, donc des roches sédimentaires. La durée de ces dépôts étant beaucoup plus rapide que le temps indiqué par l’échelle des temps géologiques, cela conduit à une révision de celle-ci.

 

J’ai exprimé cette relation causale dans « Towards a refoundation of historical geology » (18), publiée dans « Georesources », journal de l’Université de Kazan (12/2012), et dans « Orogenesis, cause of sedimentary formations » [19], publiée dans « Open Journal of Geology » lors de la Conférence Internationale de Géologie et de Géophysique tenue à Pékin (06/2013) (19). Je l’ai présentée à la conférence de géologie de Kazan, en octobre 2014. Elle a été présentée également à la conférence de lithologie de Moscou (20), en octobre 2015 par une géologue américaine, Rachel Dilly, qui la diffusera aux USA ».

 

Compte tenu des faits exposés, que reste-t-il de la théorie de Darwin qui a engendré les idéologies précitées ?

 

 

IV.   Conclusion.

 

L’incidence d’a priori scientifiques et leurs conséquences funestes pour l’humanité, invitent à analyser objectivement les sciences à partir des faits observés et expérimentés, et à éprouver les théories qui, dans l’enseignement, peuvent égarer l’esprit humain dans sa recherche de vérité.

 

L’histoire des derniers siècles nous montre bien cet enchaînement. Copernic et Galilée ont affirmé, mais sans preuves, que le soleil était le centre du monde. S’ils s’étaient contentés de parler par hypothèse, ce que le cardinal Bellarmin avait demandé à Galilée de faire, ils n’auraient pas été condamnés par le Saint-Office, lequel, de ce fait, n’aurait pas récusé la mobilité alors probable de la Terre. Il n’y aurait alors pas eu de réaction contre l’Église.

 

De même Descartes, s’il s’était attaché aux faits, n’aurait pu fonder ses jugements sur les seules idées claires et distinctes, idées persuasives qui ont conduit Stenon à son a priori, et Newton à ses lois inexactes énoncées avant les preuves empiriques. Or Descartes a ainsi engendré la philosophie des lumières, laquelle, notoirement antireligieuse chez Voltaire, a conduit à la révolution de 1789 et à la chute de la monarchie des Bourbons, remplacés par Napoléon 1er et plus tard Napoléon III, qui ont déclenché des guerres. Objectivement, ces évènements n’auraient pas dû avoir lieu.

Darwin et sa théorie de l'évolution

 

Et sans une géologie historique fondée sur un a priori inexact, Darwin n’aurait pas été conduit à écrire « L’origine des espèces », postulant cette lutte pour la vie entre espèces dont Marx et Engels se sont inspirés pour prôner la lutte des classes. Alors Staline serait resté séminariste et Hitler, peintre, ce qui nous eût évité la seconde guerre mondiale.

 

Leurs a priori étant mis à jour, les incidences précédentes s’effondrent. On ne refait pas l’histoire. Mais en redevenant objectifs, nous devrions être capables de lui faire reprendre le chemin de la Vérité, tant au point de vue scientifique, politique, que moral et spirituel. Cela apparait d’autant plus nécessaire, à tout point de vue, dans la situation critique où nous vivons.

 

 

 

Références :

[1] N. Stenon and N. Stensen, “Canis Carchariae Dissectum Caput, KIUAus., lat. u. engl. The earliest geological treatise, 1667.

 

[2] B.G. Sedimentology, “Experiments on Lamination of Sediments, Resulting from a Periodic Graded-Bedding Subsequent to Deposit”, compte-rendu de l’Académie des Sciences, Paris, t. 303, Série ii, No. 17, 1986.

 

[3] G. Berthault, “Sedimentation of a Heterogranular Mixture. Experimental Lamination in Still and Running Water”, compte- rendu de l’Académie des Sciences, Paris, t. 306, Série ii, 1988, pp. 717-724.

 

[4] E.D. McKee, E.J. Crosby, H.L. Berryhill Jr, “Flood Deposits, Bijou Creek, Colorado, June 1965”, Journal of Sedimentary Petrology, Vol. 37, No. 3, 1967, pp. 829-851.

 

[5] Lischtvan-Lebediev, “Gidrologia i gidraulika v mostovom doroshnom. Straitielvie”, Leningrad, 1959.

 

[6] F.Y. Julien and L.Y., Berthault G., “Experiments on Stratification of Heterogeneous Sand Mixtures”, Bulletin de la Société Géologique de France, 1993, Vol. 164. No. 5, pp 649-660.

 

[7] G. Berthault, “Analysis of Main Principles of Stratigraphy”, Lithology and Mineral Resources, Vol. 37, No. 5, 2002, pp. 509- 515. doi : 10.1023/A:1020220232661.

 

[8] G. Berthault, “Sedimentological Interpretation of the Tonto Group Stratigraphy, Grand Canyon Colorado River”, Lithology and Mineral Resources, Vol. 39, No. 5, 2004, pp. 504-508, doi : 10.1023/B : LIMI.0000040737.85572.4c.

 

[9] G. Berthault, “Geological Dating Principles Questioned Paleohydraulics a New Approach”, Journal of Geodesy and Geodynamics, Vol. 22, No. 3, 2002, pp. 19-26.

 

[10] A. Lalomov, “Reconstruction of Paleohydrodynamic Conditions during the Formation of Upper Jurassic Conglomerates of the Crimean Peninsula”, Lithology and Mineral Resources, Vol. 42, No. 3, 2007, pp. 268-280. doi : 10.1134/S0024490207030066.

 

[11] G. Berthault, A. Lalomov and M.A. Tugarova, “Reconstruction of Paleolithodynamic Formation Conditions of Cambrian- Ordovician Sandstones in the Northwestern Russian Platform” Lithology and Mineral Resources, Vol. 46, No. 1, 2011, pp. 60- 70. doi : 10.1134/S0024490211010020.

 

[12] G.V. Middleton, “Johannes Walther’s law of the correlation of facies”, Geological Society of America Bulletin, 1973, Geological Soc America.

 

[13] G. Berthault, A.L. Veksler, V.M. Donenberg and A. Lalomov, “Research on Erosion of Consolidated and Semi-Consolidated Soils by High Speed Water Flow”, Izvestia VMG, Vol. 257, 2010, pp. 10-22.

 

[14]  G. Gohau, “Une histoire de la géologie”, Paris, Seuil, P.277. 1990.

 

[15] J.C. Funkhauser and J.J. Naughton, « Radiogenic helium and argon in ultramafic inclusions from Hawaï », Journal Geological Research, Vol. 73, 15/07/1968, pp. 4601-4607.

 

[16] C. Marchal, “Earth’s Polar Displacements of Large Amplitude. A Possible Mechanism”, Bulletin du Muséum National d’Histoire Naturelle. Paris.4th, 18, Errata Geodiversitas, Vol. 19, No. 1, 1997, p. 139.

 

[17] M.R. Rampino and A. Prokoph, “Are Mantle Plumes Periodic ?” EOS Transactions American Geophysical Union, Vol. 94, No. 12, 2013, pp. 113-120, doi : 10.1002/2013EO120001.

 

[18]  G. Berthault, “Towards a Refoundation of Historical Geology”, Georesources, 2012, pp. 4-36.

 

[19]  G. Berthault, “Orogenesis, cause of sedimentary formations”, Open Journal of Geology, Vol.3, 2013, pp. 22-24.

 

[20] R. Dilly, G. Berthault, A. Lalomov, “Orogenesis, cause of sedimentary formations”, 8ème conférence lithologique “Evolution des processus sédimentaires dans l’histoire de la terre”, Académie des Sciences et Université gouvernementale du pétrole et du gaz, Moscou (10/2015).