Le scientifique

Il peut sembler est un peu présomptueux d’affirmer que Maurice Allais est un des plus brillants scientifiques du vingtième siècle. Celui-ci n’a pas manqué de personnalités qui ont contribué de façon remarquable au développement de la science. L’apport de Maurice Allais en physique et en économie, ne doit pas être sous-estimé. Pour l’évaluer, nous devons nous d’abord nous poser cette question : À quels signes reconnaît-on un scientifique ?

Les origines de la science française :

Seule la connaissance de l’histoire permet de comprendre le présent et d’imaginer le futur.

La science s’est développée en France à partir de la renaissance. À la création de l’académie des sciences en 1666, les savants qui la composaient étaient des érudits dont les connaissances, à la fois éclectiques et étendues, couvraient des domaines aussi vastes que l’astronomie, les mathématiques, la physique, la botanique, la zoologie ou la chimie.

À la création de l’École Polytechnique en 1794, les élèves reçoivent une instruction en mathématiques, physique et chimie sur une période de trois ans. Le programme du concours est simple : les candidats doivent faire preuve d’intelligence…

Pendant deux siècles d’existence de l’école, les polytechniciens qui ont laissé leur nom dans l’histoire des sciences étaient à la fois géomètres, mathématiciens, astronomes, chimistes, physiciens, etc., Cela été le cas au moins jusqu’à Poincaré au début de XX° siècle.

L’explosion des connaissances interdirait-elle maintenant aux scientifiques d’avoir un savoir encyclopédique. Tout savoir sur tout n’est bien évidemment pas possible, mais cela l’a-t-il jamais été ?

Un scientifique du vingtième siècle ?

En 1931, lorsque Maurice Allais entre à l’École Polytechnique, les programmes ont bien changé depuis la création de l’école, mais l’esprit est resté le même : l’école dispensait un ensemble de cours destinés à apporter aux élèves une culture scientifique très étendue. Bien loin d’être encyclopédique, elle avait pour objectif d’apprendre aux élèves à raisonner de façon rigoureuse.

Selon beaucoup de commentateurs, la complexité de la science moderne imposerait aujourd’hui une spécialisation, aucune personne ne pouvant plus embrasser toute l’étendue du savoir. Faut-il pour cela renoncer à une réelle culture scientifique ?

Maurice Allais est le contre exemple qui suffit à démontrer l’absurdité de cette idée reçue.

Il aborde des thèmes très divers, mais toujours avec une même méthode scientifique, applicable indifféremment dans tous les domaines. Sa carrière scientifique ne sera pas linéaire, mais bifurquera au gré des circonstances qui l’amèneront à s’intéresser successivement à de très nombreuses questions.

Il était naturel qu’un élève brillant se passionne dès l’École Polytechnique pour la physique. Maurice Allais avait sans doute compris, comme beaucoup d’entre nous, que les bases de la physique étaient loin d’être aussi sûres qu’on ne le disait. Une approche dogmatique ne pouvait que cacher quelques vices congénitaux. Fort du prestige de son appartenance au corps des mines, il aurait normalement consacré sa vie à faire progresser la physique.

Un voyage aux États-Unis en décidera autrement. Frappé par les conséquences de la crise de 1929, il mesurera à quel point il est important pour l’humanité d’en identifier les causes, et se passionnera pour l’économie.

Il n’abandonnera pas pour autant la physique, et y reviendra dans la dernière partie de sa vie.

Il montre ainsi une indépendance d’esprit une capacité à changer de domaine qui ne manquera pas de lui attirer des critiques et le rejet de certains. Dans le mode moderne, est-il possible de se comporter en électron libre, passant d’une orbite à une autre sans préavis ?

Une démarche anticonformiste :

Alors que la tendance naturelle des chercheurs est d’échafauder des théories, Maurice Allais affirme la primauté des faits. Contrairement à un grand nombre de ses contemporains, il veut partir des faits pour construire une théorie, et non faire l’inverse. Cette démarche inductive s’oppose à la présentation déductive de plus en plus retenue dans l’enseignement des sciences.

Il ne pense pas que la vérité scientifique puisse découler du consensus de la communauté scientifique, mais de la seule observation des faits.

Il dira par exemple au sujet de ses travaux en économie : « Mon œuvre a ainsi représenté pour moi un long effort, souvent pénible, pour me dégager des chemins battus et des conceptions dominantes de mon temps ».

Ceci est vrai de l’ensemble de son œuvre tant économique que physique. Il dira également : « À chaque époque les conceptions nouvelles n’ont cessé d’être rejetées par la puissance tyrannique des vérités établies ».

Pour lui, l’argument d’autorité n’a pas sa place dans la science. Il ne saurait y avoir de vérité établie et qui ne puisse être contestée.

Pour cette raison, il rejette catégoriquement la pratique des revues scientifiques à comités de lecture, dont les censeurs anonymes contrôlent la diffusion des résultats scientifiques.

Aujourd’hui, aux yeux de certains physiciens, une loi ne peut être acceptée que si elle est covariante, c’est-à-dire compatible avec la théorie de la relativité.

De même, en économie, démontrer, en partant des faits, la nocivité de l’ultralibéralisme ne pouvait que lui attirer l’hostilité des promoteurs de cette théorie.

 

 

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