Catégorie : Politique

La mondialisation

Du rêve mondialiste à la réalité.

Préambule :

            Maurice Allais était un libéral et un européen convaincu  jusqu’il constate que l’Union Européenne prenait une orientation contraire aux intérêts des peuples. Il publiait dès 1981 un livre intitulé : « L’Europe face à son avenir. Que faire ? ».

            L’année suivante, il publiait un autre livre au titre évocateur intitulé : « Erreurs et Impasses de la Construction Européenne ». Après la publication d’une bonne dizaine d’ouvrages, son dernier livre, intitulé « La mondialisation, La destruction des emplois et de la croissance » apporte, selon son expression, « la démonstration empirique » de la validité de ses critiques antérieures.

            Personne ne peut sincèrement nier que l’Union Européenne, l’« UE », n’a pas tenu ses promesses. Le modèle Oméga-Allais, dont les premières publications ont eu lieu dès 1990, a prouvé l’existence de lois de l’économie permettant de faire des prévisions à long terme, en l’absence de crise monétaire majeure. Le succès de ce modèle est dû à deux choix fondamentaux : affirmer le rôle essentiel de l’homme dans la conduite de l’économie, simplifier au maximum la structure du modèle de façon à rendre son comportement intelligible.

            Ces méthodes économétriques auraient-elles permis de prédire les effets à long terme du libéralisme sur les économies des pays européens ? Nous allons démontrer qu’en adoptant une approche analogue, il est possible de construire un prédicteur à long terme aussi performant dans une économie mondialisée que le modèle Oméga-Allais dans une économie indépendante. Il suffit d’adopter les mêmes méthodes pour décrire les interactions internationales.

Un état stable est-il possible ?

            Une économie réelle n’est jamais totalement stable car elle subit de nombreuses influences extérieures. En revanche, pour être validé, le modèle d’une économie  doit être stable à tout niveau d’activité et expliquer l’existence des cycles économiques qui ont été observés dans le passé. Enfin, comme l’économie elle-même, un modèle doit tenir compte des investissements passés encore productifs. Ainsi, pour faire ses prévisions, le modèle Oméga-Allais prend en compte l’activité des quinze dernières années. Ces méthodes s’appliquent également aux économies interconnectées, lorsque les échanges sont équilibrés. Dans le cas contraire, les déséquilibres se propagent d’une économie à l’autre, ce qui déstabilise l’économie mondiale.

Figure 1 : Échanges équilibrés.

            La mondialisation peut même déstabiliser le marché et même provoquer des crises locales, en particulier dans des pays spécialisés dans des productions particulières. Les états doivent donc disposer d’outils permettant de stabiliser leurs économies nationales.

Une instabilité aux origines diverses :

            La stabilisation de l’économie nécessite l’emploi de nombreux moyens permettant de compenser les déséquilibres entre les nations qui peuvent être classés de la façon suivante :

La différence des redistributions sociales :

            Dans chaque nation, les autorités  remplissent des tâches d’intérêt commun. Il s’agit évidemment des tâches régaliennes qui sont l’attribut des gouvernements, mais aussi d’une redistribution sociales des revenus  par de nombreux canaux.

En ce qui concerne la France, citons les allocations familiales, l’enseignement et ce que nous appelons les services publics. Le financement de cette redistribution sociale étant différentes selon les pays, il est difficile d’en déterminer le niveau, mais il correspond à un pourcentage très important de PIB. Nous savons qu’en France le taux des prélèvements obligatoires est proche de 50%.

            Dans chaque pays, la population active a une productivité intrinsèque qui dépend de nombreux paramètres : âge, formation…

Figure 2 : Effet des prélèvements obligatoires.

            Les charges, directes et indirectes, de toutes natures pesant sur le travail réduisent la compétitivité des entreprises. Cette réduction de la compétitivité correspond à un taux de charges dont l’effet est comparable à celui du taux de change. Son augmentation est équivalente à une hausse de la monnaie nationale. Cette compétitivité apparente influe sur les échanges entre nations, et contribue au déséquilibre des balances commerciales.

            Traditionnellement, les états pouvaient compenser les effets de ces différences grâce à deux procédés :

  • Une méthode globale : Modifier les taux de change, ce qui réduit globalement les différences de compétitivité entre les nations,
  • Des mesures sectorielles : Les droits de douane et contingents d’importation.

Un taux  de charges globalement excessif pourrait être corrigé que par une dévaluation de la monnaie, si celle-ci n’était pas aujourd’hui impossible. Grâce aux droits de douane et aux contingents d’importation, des corrections sectorielles seraient également possibles.

Face à un taux de charge supérieur à celui de ses concurrents, la politique mondialiste de l’UE ne laisse aux états qu’une solution : abandonner les entreprises pour lesquelles la notion de concurrence libre et non faussée n’est qu’un mythe.

Les conséquences des investissements nouveaux :

            Le modèle Oméga –Allais permet de calculer l’effet sur la demande d’un investissement nouveau.  Considérons l’exemple suivant : Supposons que dans une économie stable, un investissement soit décidé (figure 3).

  • Les dépenses d’investissement produisent des revenus, puis une consommation nouvelle,
  • La production n’apparaît qu’avec un certain retard sur les investissements.

Figure 3 : Effet d’un investissement.

Figure 3 : Effet d’un investissement.

            Cette figure est un exemple montrant comment un ensemble d’investissements décidés simultanément conduit à des dépenses puis à une capacité de production :

  • La courbe en pointillé bleus correspond à la demande liée à la croissance des dépenses d’investissement,
  • La courbe rouge correspond à la demande générée par cet investissement.
  • La courbe continue bleue est da demande totale.

Effet direct de l’investissement dans une économie fermée :

Dans un premier temps, l’investissement produit une demande supplémentaire liée aux revenus des entreprises produisant les machines et services nécessaires à la réalisation des projets. Ces entreprises versent des salaires qui augmentent la demande alors que la capacité de production de biens de consommation n’a pas encore augmenté.

Jusqu’au croisement des courbes pointillées bleues et rouge (approximativement quatre ans après le début des travaux), la demande dépasse la production !  L’investissement n’est possible que si les consommateurs acceptent de différer une partie de leurs dépenses, et attendent la croissance de la production pour consommer. Dans son principe, le financement des investissements nouveaux devrait donc être réalisé par des placements à terme, ce qui garantirait la réduction temporaire de consommation imposée par l’investissement.

Effet direct de l’investissement dans une économie ouverte :

            Nous supposons que l’investissement est financé par des prêts bancaires ou des fonds étrangers. Peut-on alors demander aux actifs une épargne pour un investissement sur lequel ils n’auront aucuns droits ?

            Le financement de l’investissement leur est imposé selon l’un des modes suivants :

  • La hausse des prix qui réduit leur pouvoir d’achat et ponctionne leurs compte courants,
  • L’importation qui permettra de maintenir les prix, mais au détriment de la balance commerciale. Cette importation constituera une dette qui devra être remboursée, en principal et intérêts.

Effet indirect de l’investissement dans une économie ouverte :

            Dans les deux cas, la croissance du PIB a une conséquence indirecte. Il nécessite une augmentation de la masse monétaire. En effet, le niveau de la masse monétaire nécessaire au fonctionnement de l’économie augmente avec la production.

            Jusqu’à l’abandon des DTS (droits de tirage spéciaux), l’augmentation de la masse monétaire était faite par la banque de France. L’usage normal de ce droit de battre monnaie permettait à l’état d’ajuster la masse monétaire aux besoins de l’économie.

             L’Union Européenne à transféré ce doit à la banque Centrale Européenne qui ne prête pas directement aux états, mais aux banques qui prêtent ensuite aux états. Pour ajuster la masse monétaire, les états doivent emprunter aux banques les fonds nécessaires, alors que les banques les obtiennent  gratuitement (ou presque gratuitement) auprès de la banque centrale européenne. De toutes façons, ces fonds ne sont que de la monnaie bancaire.

            Évidemment, cette anomalie n’avait pas échappé à Maurice Allais qui considérait que la dette publique de la France devait être séparée en deux :

  • Une dette réelle correspondant au financement de dépenses nationales,
  • Une dette abusive constituée par les augmentations de la masse monétaire et les intérêts payés sur les sommes prêtées par les banques à cette fin.

            Cette modification, qui pourrait sembler anodine, dépossède en fait l’état de sa souveraineté monétaire. Elle conduit les nations à supporter une véritable taxe sur les investissements et sur la croissance du PIB.

Les transferts de capitaux :

            La libre circulation des capitaux conduit les entreprises à investir préférentiellement dans les nations dans lesquelles la rentabilité est la plus élevée. Les entreprises françaises sont donc incitées à investir à l’étranger. Si leur internationalisation présente des effets positifs, la fuite des capitaux provoque à terme une baisse de la production nationale, une croissance des importations et de la dette.

            Par ailleurs, le rapatriement des bénéfices par les actionnaires étrangers réduit la demande intérieure, et à terme la compétitivité des entreprises nationales.

La migration de travailleurs et de populations :

            La question de la main d’œuvre immigrée a provoqué une polémique intense. Tout le monde a entendu parler des travailleurs détachés qui prennent la place de travailleurs locaux. Il est certain que cette directive européenne contribue  à la hausse du chômage en France.

L’immigration de travail en  a également sa part, mais on oublie celle des importations en provenance des pays à bas coût de main d’œuvre. Une balance du travail prenant en compte tous ces éléments montrerait que le chômage de masse actuel s’explique parfaitement par ces causes.

Enfin, l’immigration de peuplement joue un rôle complexe. Elle évite une fuite des revenus, donc une réduction de la demande intérieure, mais coûte en dépenses sociales directes et indirectes dont il faut tenir compte et met en péril la base culturelle qui assure la cohésion des nations.

Les effets de la politique européenne :

            L’Europe assure vouloir qu’une concurrence libre et non faussée permette à tous les européens de bénéficier de produits et services compétitifs.

            Malheureusement ses décisions sont totalement contraires à cet objectif officiel.

La différence des redistributions sociales :

En privilégiant la concurrence, l’U.E. ne laisse aux états qu’une solution globale : réduire les prélèvements obligatoires. Ceci conduit à un nivellement par le bas des dépenses consacrées aux tâches régaliennes et à la politique sociale des pays.   

            Chacun peut avoir un avis sur le niveau souhaitable de la protection sociale et des prélèvements obligatoires associés. Ils sont sans doute trop élevés en France, mais il faut bien comprendre que la politique européenne contraint les états à les réduire.

 

Les conséquences des investissements nouveaux :

            Les nations européennes ne peuvent plus fixer le cours de leur monnaie,  n’ont plus de véritables banques nationales et doivent emprunter la monnaie bancaire nécessaire au fonctionnement de leur économie.

 

Les transferts de capitaux :

            La libre circulation des capitaux permet aux investisseurs de mettre en concurrence les nations, et de choisir la mieux disante. Les investisseurs peuvent mettre en concurrence les entreprises et sélectionner celles qui produiront les bénéfices les plus élevés. La libre circulation des capitaux conduit à maximiser les revenus du capital, face à des états impuissants.

 

La migration de travailleurs et de populations :

            La libre circulation des travailleurs tend à faire disparaitre les nations au profit d’une zone de libre échange soumise à la seule loi du marché. Le vote des étrangers serait l’aboutissement de cette destruction des états réduits au rôle de syndic de copropriété. La solidarité nationale serait alors un vain mot. Chaque habitant de l’Europe, riche ou pauvre,  pourrait choisir le pays présentant pour lui le plus d’avantages.

 

Construire un prédicteur global :

            Dans un monde ouvert, une économie nationale peut-être décrite par le modèle Oméga-Allais, à la seule condition de déterminer par ailleurs les l’influence du reste du monde sur les incitations à consommer et à investir. Il reste donc à décrire avec des méthodes analogues les interactions entre les différentes économies. Dans le cas de la France, le reste du monde pourra être assimilé à une économie unique, insensible aux fluctuations nationales.

 Bien évidemment, comme dans le modèle Oméga-Allais, toutes ces relations doivent être des fonctions temporelles faisant intervenir les valeurs passées des variables économiques.  

            Un ensemble minimal de  briques complémentaires doit permettre de modéliser les interactions internationales et de construire un prédicteur décrivant l’évolution d’une économie dans un monde  ouvert. Bien évidemment, ce modèle rendra compte des effets à moyen et long terme de politiques économiques, en particulier de celle de l’U.E.

Introduction des échanges extérieurs :

            Ceci impose quelques adjonctions au schéma et la mise au point de   relations temporelles nouvelles.

  • Demande intérieure : La valeur de la demande intérieure doit être corrigée pour prendre en compte les importations et les exportations.

  • Équilibres externes : L’ajout d’un taux de change réel, prenant en compte les écarts de compétitivité entre les nations, permet de prévoir l’évolution de la balance commerciale et d’une balance du travail non encore publiées dans les statistiques de l’INSEE.

Les importations et exportations se traduisent directement en données de la balance commerciale et de la balance du travail.

Le taux de change correspond à un taux global prenant en compte les taux de change corrigé des effets des différences entre le taux de charges français avec sa moyenne mondiale.

Les fonctions de ce module sont bien évidemment des relations temporelles qui restent à établir sur la base de l’analyse des crises passées.

  • Partage des investissements : La compétitivité entre les nations permet de répartir les investissements en tenant compte de la rentabilité espérée. Un faible taux correspondrait à la fuite des capitaux observée en 2000, lors de la libération des transferts de capitaux.

  • L’influence du chômage sur le taux de charge : plus le chômage croit, plus le taux de charges directes ou indirectes réduit la compétitivité des produits nationaux par rapport aux produits importés.

Il s’agit d’une réaction positive. Comme les autres, elle contribue à rendre l’économie de plus en plus instable.

  • La dette : Celle-ci est constituée d’un ensemble de composantes. Elle est alimentée par les flux suivants :
    • Le déficit de la balance commerciale,
    • Le déficit de l’état,
    • La fuite des capitaux,
    • Le solde des intérêts et dividendes payés à l’étranger…

 

Selon le schéma suivant, cette dette s’auto-entretient, son comportement étant également divergent :

Contrairement aux affirmations de nombreux économistes, le développement du commerce international ne contribue pas à stabiliser l’économie mondiale, mais bien au contraire de la rendre de plus en plus instable. Cette affirmation n’est basée sur aucune idéologie mais sur la modélisation des principaux mécanismes intervenant dans ces échanges.

La modélisation des relations entre les variables retenues :

            Toutes les relations temporelles entre ces variables doivent être causales. La plupart de celles-ci peuvent être estimées sur quelques exemples anciens, par exemple sur les événements de 1968 et de l’an 2000 qui sont les causes des crises de 1974 et 2007.

La libéralisation des transferts de capitaux de l’an 2000, bien qu’annoncé, a conduit de nombreux transferts pendant plus de deux années, et donc les conséquences n’ont été perçues qu’en 2007-2008, six ans plus tard.

L’analyse des transitoires observés dans les périodes de changes fixes peuvent préciser les phénomènes dynamiques à prendre en compte au cours des périodes de monnaie flottante.

Nous disposons donc d’éléments permettant de mettre au point un modèle dynamique d’économie nationale ouverte sur le monde, et de déterminer les conséquences d’une politique économique sur son évolution à long terme.

Là encore, l’U.E. ayant choisi le libéralisme interne et adopté une politique économique mondialiste, a laissé se développer, selon l’expression de Maurice Allais, le laisser-fairisme. Si rien ne change, le modèle ouvert, validé sur le passé, ne permettra que de prédire les étapes d’une faillite annoncée de notre économie.

Conclusion :

            Le modèle Oméga-Allais a démontré qu’il était possible de prédire l’évolution de l’économie française de 1968 à nos jours en ne prenant en compte que des données économiques objectives.  Le choc de 1968 n’est apparu clairement qu’en 1974, compte tenu des délais de réaction du système économique. La cassure de 1974 n’est alors que la conséquence des événements de mai 1968.

 Cette crise a été l’occasion d’un premier abandon de souveraineté, officialisé par la loi de réforme de la Banque de France de 1974, qui a imposé à l’état de recourir t aux capitaux étrangers pour financer ses dépenses.

L’intégration européenne s’est ensuite faite sur la base d’un libre échangisme européen, puis mondial. Les effets de cette politique étaient prévisibles. Maurice Allais n’a cessé de mettre en garde contre cette politique suicidaire. Pour lui, l’évidence empirique de l’absurdité de celle-ci, c’est-à-dire l’observation objective de ses résultats, aurait dû s’imposer à tous.

Nous savons maintenant que l’évolution actuelle de l’économie est parfaitement conforme aux décisions européennes. Tous pouvaient le pressentir. Il était même possible de faire des prévisions chiffrées, fiables à cinq ans, sur l’évolution de l’économie. 

En 1968, les français pouvaient préférer moins travailler pour avoir une vie meilleure.  C’était leur droit. Personne n’a voulu leur dire qu’ils ne pouvaient y parvenir sans choisir un modèle de développement, plus lent, et renoncer à une part de leurs dépenses non indispensables.

C’est pourtant ce qui s’est produit. La croissance a été divisée par deux après 1974. C’est bien le désinvestissement intervenu en 1968 qui est à l’origine de ce ralentissement, même si des explications circonstancielles comme la crise pétrolières ont pu être avancées.

La croissance continue de la dette extérieure de l’état et des entreprises a permis de maintenir le niveau de vie des français au dessus des possibilités de notre économie, mais nous disposions encore de moyens d’action sur l’économie.

L’introduction de l’EURO et la libre circulation des capitaux a détruit le reste de la croissance française. Dans les statistiques de l’INSEE, la croissance du PIB est largement due à l’évolution de son périmètre, imposée par les directives européennes.

Personne ne peut donc dire de bonne foi que cette évolution n’est pas la conséquence de la politique économique qui a été menée depuis plus de 30 ans.

La politique actuelle de l’UNION EUROPÉENNE est mauvaise :

Qu’attend-on pour en changer et prendre les mesures qui s’imposent ?

 

Pierre Fuerxer

Membre de l’AIRAMA

 

 

 

 

Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une interview de l’auteur publiée initialement par le site Médias-Presse-Info et repris ici le 5 juin.


À propos du Brexit : un brouhaha politico-médiatique soigneusement alimenté

Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes (Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique sur la finance internationale. L’emblématique allocution de Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la City (1). Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y a de quoi, pour le moins, sourire…

Une autre facette de la narrative politico-médiatique est l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un pays des institutions européennes (2). Le Brexit sonnerait donc le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de l’Union Européenne, dont la perte d’indépendance serait exclusivement imputable aux actuelles institutions européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union Européenne et le début d’une grande victoire générale des peuples européens sur leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.

Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un titre.

D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains − John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites européennes suite à l’inquiétant  Brexit − et la faction pro-américaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au développement de l’empire américain ; cette faction de l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il est évident que cette partie de la population, auto-proclamée élite politique, dont les éléments sont encore – pour une large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des institutions européennes ; avec au surplus un risque de contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation mondiale par cette partie de l’élite. La faction pro-américaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie ; il agit, par le biais des banques et des institutions monétaires internationales, en tout point de la planète comme s’il était chez lui.

D’autre part parce que la prochaine dislocation des institutions européennes, annoncée comme imminente par les médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis à la domination des instances technocratiques unionesques.

Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le double discours de certaines élites qui abondent dans un sens et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de conquérir le pouvoir (3). Il est loisible de soupçonner Peter Sutherland (4), mais aussi Christine Lagarde du FMI (5) de ce type de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland, il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du discours de cet individu.

D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au contraire, renforcer l’Union Européenne (6) ; de tels individus allant même jusqu’à édicter des conditions pour le renforcement de ladite union.

Les élites bancaires et financières mondiales, qui se sont appuyées pour un temps (assez long) sur la frange des partisans de la domination américaine, n’ont et n’auront jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés partisans de la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique – afin de poursuivre leur stratégie de long terme.

Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle, à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de l’Union Européenne, après le retrait anglais.

La réalité institutionnelle « européenne » post-Brexit

Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des autres pays membres de l’Union Européenne.

Le cas anglais

La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée par les principaux méfaits des institutions européennes puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro. D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que réellement à la réalité civile issue des traités européens successifs.

S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de l’Union Européenne ne changera absolument rien à la quasi fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire (7), que paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux (8).

S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant), les finances – bourse et livre sterling – britanniques, celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers chinois.

La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement, une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble (9) – à l’exception notable des récents acquéreurs de biens immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.

Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par une baisse durable de l’immobilier britannique.

Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne change, concrètement, pas grand-chose à la situation géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands capitaux prospérant à la City et à Wall Street.

Les autres pays membres de l’UE – dont la France : vers davantage d’intégration européenne et de désintégration des États-nations ?

Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine (ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas sur la longue – centenaire – histoire des institutions européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz (10), le sociologue Pierre Hillard (11), ou encore le politicien François Asselineau (12).

Peu importe donc la domination opérée par et sur la superstructure européenne, la seule domination qui compte réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce stade, certains de la validité d’une telle interprétation des choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des armées d’hommes.

Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché transatlantique est le continuum logique de ces institutions. Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question pour les instances germano-européennes de renoncer à ces grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union Européenne (13).

Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe probablement le début de la fin de l’Union Européenne sous domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de l’intégration européenne et le cortège de désintégration des États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la domination américaine sur les instances européennes va s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte. Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore plus financière, des instances européennes au détriment de la domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant plus probable que les élites dirigeantes des pays européens sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que l’on retrouve à la City).

La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libre-échange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union Européenne en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et, justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau départ européen vers d’avantage d’intégration.

Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes encore plus intégrées (14). La souveraineté de la France et des autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN, sa dissuasion nucléaire etc.

Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que nous les connaissons actuellement est leur valeur expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une expérience institutionnelle faite à un moment donné.

Ce que révèle le Brexit : une permanence de la stratégie et un changement de tactique

Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée – des processus de modifications juridiques en cours au niveau international, il apparaît utile de faire un bref tour d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel historique des principales avancées institutionnelles en matière monétaire, financière et économique au cours des derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une considérable accélération à compter de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694, 1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
  • Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale aux USA ;
  • Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et dossiers de la part d’un quelconque État ;
  • Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 : FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
  • Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
  • Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui officialisent le libre-échange en droit international public ; l’UE devenant la manifestation politique du principe du libre-échange ;
  • Création du système européen des banques centrales et de l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union Européenne ;

Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique – que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique, comportant la signature de multiples traités multilatéraux.

Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à fait improbable que le Brexit opère une quelconque modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite, qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même : la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à l’organisation d’un gouvernement mondial.

Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement de l’Union Européenne – et surtout de l’empire américain qui est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie mondialiste pour parvenir à ses fins.

Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie – qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses objectifs de long terme : moindre résistance sociale, politique et économique des peuples dominés. L’Union Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois : ils accélèrent la chute de l’empire américain (15) tout en progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue, la désintégration de la domination américaine sur l’Europe, dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait, finalement, être une étape nécessaire et indispensable.

Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que s’étonner de la permanence des méthodes de domination employées par la petite caste des dominants, représentée par les principaux propriétaires des banques internationales.

En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le phénomène du développement et de la concentration des richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de figure, un pacte oligarchique a permis le développement soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la grâce du libre-échange l’usine du monde (16). Souvenons-nous en effet que les principales élites américaines, au premier titre desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de développement industriel – combinée au principe du libre-échange rendu possible par le système politique fédéral en vigueur dans ce pays.

La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit également sa fulgurante ascension économique dans le dernier tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide financière des banques – et autres investisseurs extérieurs – et de la généralisation au niveau international cette fois-ci du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de circulation des capitaux est rendue possible par la combinaison de la généralisation du principe de libre-échange avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement entretenus dans et par les paradis fiscaux (17).

Les institutions européennes : un laboratoire in vivo

Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans le cadre de la permanence de la stratégie de planification mondiale), il est tentant de considérer les institutions européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.

D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non ruban  ou autre chose encore… –  bientôt transformé en système monétaire européen, lequel a précédé le système européen des banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de l’eurozone.

Un pas plus loin, les institutions européennes furent une expérience unique de monnaie dite commune  sans gouvernement économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.

D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la défunte URSS, la création des institutions européennes est contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ; cette particularité fait que l’Union Européenne pourrait bien préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial superposé à des structures juridiques de type fédéral composées de blocs géographiques (18) dépourvus de frontières capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être politique serait d’être des courroies de transmission pour un gouvernement central, l’ensemble du système permettant un contrôle effectif des populations.

Enfin, les institutions européennes représentent une expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation facilite la création de chocs économiques et monétaires à répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir, lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.

Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union Européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette alliance est le pendant militaire des institutions européennes (à usage civil et financier).

L’OTAN : rôle et perspective d’évolution

L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux rôles essentiels.

Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la planète en partageant les frais financier et humains avec les pays membres de l’alliance (19) ; en réalité il s’agit, de plus en plus, pour les USA de faire financer leur domination militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement, l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non américains est un moyen simple et efficace pour les USA de s’assurer de la loyauté interne des États membres de l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet aux USA de liquider le problème européen (20).

Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et économiquement condamné par les élites bancaires internationales, il devient intéressant de se poser la question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre les choses dans une perspective temporelle.

D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin – d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place centrale dans le développement du phénomène d’asservissement. Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet avenir ne se présente pas de façon favorable pour les populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante restera aux commandes du monde).

Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ? Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence des considérables avancées technologiques et robotiques ; la même tendance se dessine en matière militaire où les drones tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions, les avions.

Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité – on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer son indépendance (21), non plus de la domination américaine vouée à disparaître, mais de la domination financière, au contraire promise à un bel avenir.

Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans lequel la domination pourra être assurée non plus par des hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour où les armées composées d’humains seront reléguées dans les brocantes de l’histoire.

Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite financière internationale sans réelle attache géographique.

Un principe intangible : celui qui tient la monnaie tient les économies et les politiques

On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique, auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de conséquence, celles de la politique.

Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière (22) : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois » (23).

L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président de la Commission Européenne dans une grande banque multinationale (24) – notons au passage que ledit Barroso est passé d’un maoïsme passionné (25) à Goldman Sachs sans état d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des choses ; une sorte de corruption structurelle et non conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou de la direction de banques centrales – officiellement mais à tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de l’ancien président de la République Georges Pompidou.

La voie conceptuelle d’une sortie effective de la mondialisation oligarchique

La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la vie en société et le concept de pouvoir.

La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour devenir intégralement incluse dans les concepts économiques. Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus par les économistes – toutes écoles confondues – et les financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait économique.

Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on veut bien considérer que le fait politique est l’organisation des rapports régissant la vie en commun, le fait économique s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire dépendre le fait politique du fait économique est une très étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant – dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut que le fait politique soit intégralement soumis au fait économique. C’est à la condition de cette prise de conscience collective que la politique retrouvera ses lettres de noblesses et les humains leur droit de cité dans le gouvernement des hommes.

La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui permettra ensuite à une éventuelle volonté politique d’inverser le processus.

Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – (26) conjuguée au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement autorisé à se mettre en place (27) sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.

Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la continuation de la mise sous tutelle financière, économique, juridique et politique de ces derniers.

À moyen-terme, la suite logique sera une sorte d’internationalisation du phénomène de la crise grecque (28) et de disparition des concepts même d’État et de nation.

Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme (perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs propres vies) et la disparition de la dignité humaine continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute résistance organisée.

Valérie Bugault

 

 

 

 

 

Liens :

[1] Cf. https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une ancienne trader d’origine allemande : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx

 

[2] Cf. par exemple : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater

 

[3] Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la défaite française à la bataille de Waterloo : http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiales_a32261.html

 

[4] Cf. http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-president-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/ ; https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704

 

[5] Cf. https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revoit-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/

 

[6] Cf. Georges Soros : http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c

 

[7] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192

 

[8] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes ; http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-five-eyes/

 

[9] Cf. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-brexit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilier-londonien-2406-837843.html ; http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-immobiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6-be92-6642240b8ece/?pagination=4

 

[10] Cf. sous forme de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0 ; https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de livre : https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1960/dp/2370710012

 

[11] Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresistible_par_Pierre_Hillard-424323.html

 

[12] Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2 ; https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA

 

[13] Cf. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-transatlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-le-brexit_4967374_3234.html ; https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncker

 

[14] Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ; https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/

 

[15] Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html : Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le cheval de Troie chinois dans l’Union Européenne au détriment de la suprématie états-unienne

 

[16] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange ; ainsi que http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-propriete-privee

 

[17] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux mais aussi http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange

 

[18] Cf. Voir en ce sens, Pierre Hillard : http://www.voltairenet.org/article164176.html

 

[19] Cf. en ce sens l’amiral Debray : https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debray

 

[20] Cf. Xavier Moreau : http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotan-de-separer-la-russie-de-leurope/

 

[21] Cf. pour un exemple d’actualité : http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-le-silence/

 

[22] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild

 

[23] Cité par exemple ici : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbing-song/

 

[24] Cf. http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-barroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html ; http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de-barroso-chez-goldman-sachs-fait-polemique-09-07-2016-5955039.php

 

[25] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM

 

[26] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-du-desordre-politique-global ; http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales

 

[27] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12

 

[28] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak ; écouter Myret Zaki : https://www.youtube.com/watch?v=aovjo2zILYQ

 

 

 

Le Brexit, et si la City était pour ?

Jean-Michel Vernochet reçoit aujourd’hui Valérie Bugault, pour analyser les suites du Brexit. Valérie Bugault pense que les élites financières avaient anticipé le Brexit, qui faisait partie de leurs plans de réorganisation de la finance mondiale, abandon du dollar et recentrage de la City sur l’Extrême Orient.

 

 

Pour appuyer l’analyse de Valérie Bugault, nous vous renvoyons à sa série, Décryptage du système économique global, publiée sur note site en février 2016.