Catégorie : Indicateur OMEGA ALLAIS

Une faillite inévitable ?

Les conséquences d’un choix politique fait en 1974.

Une réduction continue de l’emploi industriel :

Un document précédent (Le chômage importé [1]) montrait que le niveau élevé du chômage en France est clairement lié aux importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre.     

Je présentais dans ce document le graphique suivant qui représente la réduction constante de la part de l’emploi industriel dans la population nationale depuis 1974 :

Figure 1 : Pourcentage des emplois industriels dans la population totale :

     Courbe rouge : Taux d’emploi observés,

Droite pointillée bleue : tendance à long terme.

 

            Cette cassure intervient en France six ans après 1968 et l’arrêt temporaire des investissements industriels que ces événements avaient provoqués. J’ai montré que le modèle Oméga original, publié en 1990 [2], décrit parfaitement l’évolution du PIB (en valeur corrigée des fluctuations monétaires) lorsque la fuite des capitaux est prise en compte. Peut-il expliquer également d’autres phénomènes mis en évidence par Maurice Allais, décrire les mécanismes sous-jacents, justifier ses « évidences empiriques » ? Ce modèle mérite-t-il pleinement d’être appelé Modèle Oméga-Allais ?

Les causes connues des difficultés actuelles :

            Depuis 1974, la France a renoncé au droit de battre monnaie, c’est-à-dire de créer « ex-nihilo » sa propre monnaie. Ce renoncement correspondait en fait à l’abandon, à terme, par l’état de toute souveraineté économique réelle. Cette décision a eu de nombreuses conséquences :

  • Ne pouvant plus être faite par l’État, la création monétaire nécessaire au fonctionnement de l’économie a été laissée aux banques privées,
  • Aujourd’hui, ces banques réalisent à leur profit l’ajustement de la masse monétaire, et, contrairement à l’état, prélèvent abusivement des intérêts sur ces sommes créées « ex nihilo ». De ce fait, en lieu et place de l’état, elles collectent un « impôt bancaire » sur la masse monétaire ainsi crée, ce dont de nombreux citoyens n’ont pas conscience.
  • Il en résulte une « dette publique » qui a été analysée dans de nombreux documents comme le rapport Pucci-Pinel de 2010, cité par André Jacques Holbecq dans son livre récemment réédité (La dette publique, une affaire rentable), et que bien sûr les articles de Maurice Allais, prix Nobel d’Économie. Cette dette publique, agitée comme un épouvantail, résulte presque exclusivement de la privatisation de la « planche à billets » au profit des banques. Cette véritable haute trahison, qui n’aurait jamais dû avoir lieu, pourrait être légitimement récusée.
  • Dans le passé, une création monétaire excessive par les états conduisait parfois à l’hyperinflation, à une hausse excessive des prix et finalement imposait une forte dévaluation de la monnaie. Cependant, utilisée avec prudence, cette inflation équivalant à un impôt prélevé sur tous les avoirs, et permettait d’équilibrer mécaniquement les comptes de la nation.
  • Ne disposant plus de ce mécanisme régulateur, l’état ne peut plus imposer à l’économie nationale des investissements ou des dépenses sociales sans emprunter les sommes nécessaires aux banques, et prévoir de les rembourser. Il perd ainsi la quasi-totalité de son pouvoir économique.
  • Enfin, la politique économique ayant été laissée aux banques, celles-ci ont naturellement cherché à protéger les dépôts bancaires, même si cela contribuait indirectement à la hausse du chômage dans notre pays.

L’État, ayant perdu son pouvoir économique, n’a pu lutter efficacement contre la montée du chômage que nous observons depuis 1974, malgré l’adoption de nombreux expédients qui permettent seulement d’en minimiser le niveau apparent et d’en limiter les inévitables conséquences sociales.

Une réduction de l’emploi d’une linéarité surprenante :

            Depuis 1974, l’emploi industriel a été réduit linéairement, année après année. Cette décroissance linéaire résulte-t-elle de circonstances fortuites ou d’une loi macro-économique sous-jacente ? En emplois équivalents temps plein, celui-ci suit la répartition des valeurs ajoutées entre les branches de l’économie représentée sur la figure 2.

 

Figure 2 : Répartition de la valeur ajoutée.

En bleu : Activité commerciales

En vert : Activités de service,

En rouge : Activité industrielles.

 

En effet, ces valeurs ajoutées sont très directement liées à l’emploi. La part de valeur ajoutée des activités commerciales est sensiblement proportionnelle au PIB, tout en étant fortement impactée par ses fluctuations économiques à court terme. Celle des activités de services suit la même tendance tout en étant plus stable à court terme. Enfin, la valeur ajoutée des activités industrielles diminue régulièrement, les emplois associés migrant vers les pays à faible coût de main-d’œuvre.

Ces données sont parfaitement cohérentes avec la décroissance linéaire de l’emploi industriel présentée sur la figure 1.

La délocalisation des emplois industriels :

            La délocalisation des emplois industriels a eu pour conséquence immédiate une hausse du chômage, mais également deux conséquences indirectes dont les effets se cumulent :

  • Une réduction du niveau de l’investissement industriel en France par rapport à la valeur qu’il aurait dû avoir pour maintenir la production,
  • Un déficit commercial résultant des importations devenues indispensables pour remplacer la production nationale absente.

Il faut enfin ajouter à celles-ci les effets indirects de la fuite des capitaux qui réduit mécaniquement la demande intérieure. Dans un premier temps, cette politique d’achat à l’étranger semble n’avoir que des avantages. Les coûts d’achat plus faibles à l’étranger semblent conduire à une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs et permettre de meilleures marges commerciales. Ensuite, l’économie nationale souffre : la production industrielle diminuant, la demande induite par la réalisation des investissements locaux ayant disparu, le  chômage augmente ainsi que les charges sociales qui lui sont liées, la recette des impôts diminue…

À long terme, la fuite des capitaux et le déficit de la balance commerciale ne peuvent conduire une économie qu’à la ruine.

Peut-on modéliser ce processus engagé en 1974 ?

            Le modèle Omega s’était donné pour objectif de démontrer que les fluctuations cycliques observées par les plus grands économistes de la fin du 19° siècle et du début du 20° siècle (le cycle Juglar, puis ceux Kitchin et Kondratieff) résultent du comportement naturel des acteurs économiques et apparaissent spontanément dans une économie fermée, inévitablement soumise à des perturbations multiples modélisables par un bruit blanc gaussien. Il a parfaitement atteint cet objectif.

Il restait à introduire les effets de la politique économique, responsabilité traditionnelle de l’État. Dans un premier temps, les effets de cette politique économique ont été modélisés en introduisant des incitations à investir et à consommer, représentant globalement les effets, souvent contradictoires, des politiques économiques menées. Bien que la France ait renoncé au droit de créer elle-même sa propre monnaie dès 1974, elle disposait encore d’une souveraineté économique résiduelle. Celle-ci lui permettait, en particulier, d’assurer l’équilibre de ses échanges extérieurs et de prendre en compte, sans remette en cause ses acquis, la mondialisation progressive de l’économie.

La création de l’EURO (€) et la libération des transferts de capitaux ont radicalement modifié les choses. La gestion de la nouvelle monnaie n’a plus à tenir compte des besoins des différentes nations.  La BCE, nouvelle autorité supranationale, s’est donné pour seul objectif de réguler le taux d’inflation, c’est-à-dire protéger les intérêts des détenteurs de capitaux. L’État perdait ainsi le dernier levier qui lui aurait permis de mener une politique économique et sociale propre.

Notre nation, la France, lorsqu’elle a choisi d’entrer dans l’EURO a perdu tout pouvoir économique réel, mais ceci ne nous empêche pas de faire des prévisions économiques à long terme !

Ainsi, comme cela a été montré, la prise en compte de la fuite des capitaux a permis de corriger les prévisions de PIB. Il reste cependant nécessaire de chiffrer l’effet du déficit du commerce extérieur qui n’est plus ajustable, comme par le passé, par une dévaluation de notre monnaie.

Une hypothèse de référence : une économie initialement stable :

            L’analyse d’un système complexe nécessite de séparer, autant que possible, les différents mécanismes contribuant à son évolution. De façon à mieux comprendre le rôle de la fuite des capitaux et des importations en provenance des pays à bas coût de main d’œuvre, nous allons considérer une économie nationale initialement stable, c’est-à-dire dont la consommation est constante, les prix internes fixes, les échanges internationaux équilibrés et le volume de la population constant.

Ce modèle stable est assez proche de l’économie française des cinquante dernières années, une fois son taux de croissance moyen compensé (le modèle Ω montre en effet qu’une faible modification du taux d’investissement peut conduire à une variation linéaire, croissante ou décroissante, d’une économie. Les résultats que nous obtiendrons sur cette économie globalement stable seront donc directement transposables à une économie réelle en croissance lente et régulière).  

            Nous introduirons ensuite dans cette économie un écart de compétitivité avec le reste du monde de façon à étudier les effets à long terme d’un déséquilibre extérieur. La population française ne représentant que 1% de la population mondiale, nous supposerons le monde extérieur stable et insensible à l’évolution de notre propre économie.

Enfin, nous considérerons que les pouvoirs publics et les organisations syndicales veillent au maintien du pouvoir d’achat des salariés. Nous supposerons donc que la politique économique menée se donne pour objectif de maintenir le pouvoir d’achat de la population (faute de pouvoir l’élever). Selon cette hypothèse, seul apparaît l’effet du remplacement d’une production nationale par l’importation de produits étrangers meilleurs marchés.

Dans ces conditions, nous admettons dans ce modèle qu’il n’y a pas de fluctuation des activités commerciales et que le volume des activités de service reste stable. Seule la production  industrielle décroît linéairement au cours du temps. Une fois corrigées du taux de croissance à long terme, les données statistiques publiées par l’INSEE (figure 2), sont quasiment identiques à celles de ce modèle simplifié. Nous avons donc décidé de ne prendre un compte, ni une légère croissance de la population et du PIB, ni leurs variations à court terme, dans le but de ne pas compliquer inutilement les calculs, et brouiller les conclusions de cette étude.

Une modélisation plus fine de l’économie :

            Le modèle OMEGA avait été conçu de façon à décrire le plus clairement possible le fonctionnement d’une économie en faisait des hypothèses fortes :

  • La stabilité monétaire : Une monnaie stable était supposée et disponible en fonction des besoins des entreprises mais aussi des consommateurs. La consommation s’adaptait dynamiquement à la production selon une loi décrivant le comportement temporel des consommateurs et assurant, à long terme, l’égalité moyenne entre production et consommation.
  • L’absence de déséquilibre extérieur : apparemment isolé, le modèle initial ne considérait pas réellement une économie fermée, mais plutôt une économie dont les échanges extérieurs, balance commerciale et investissements, étaient en moyenne équilibrés.
  • Pour prendre en compte des échanges internationaux importants, il a suffi d’introduire dans le modèle les déséquilibres extérieurs pour établir des prévisions valides, l’influence de l’évolution de l’économie mondiale restant une donnée exogène.
  • Le modèle Oméga étant linéaire, l’évaluation d’une situation économique réelle s’obtient très simplement en ajoutant aux modes propres de cette économie, les perturbations extérieures, en particulier les écarts entre sa compétitivité et celle du reste du monde. 

La séparation des variables :

            La linéarité du modèle nous a permis de considérer une économie stable puis d’introduire le déséquilibre des échanges extérieurs. Ceci conduit à une modélisation particulièrement simple :

  • Tous les paramètres économiques entrant dans le modèle économique sont constants : le PIB, les prix, la population…
  • Les seuls éléments variables sont la baisse des investissements industriels et le déficit de la balance commerciale.

Pour déterminer l’évolution du système économique, nous avons pris en compte la baisse de l’emploi industriel, estimé le niveau des désinvestissements nationaux résultant de cette baisse, puis estimé le déficit de la balance commerciale qui devait en résulter, en supposant constants les services et les activités commerciales qui contribuent à la création de valeur ajoutée et donc au PIB. Nous calculons alors, à quelles conditions ce PIB et les prix peuvent être globalement maintenus.

Le choix de données macro-économiques :

            De façon à éviter de prendre en compte la complexité de notre société, nous nous bornons à quelques données économiques essentielles représentant de façon schématique l’économie française :  

La part des activités délocalisables :

            Les courbes de l’INSEE montrent que, même à pouvoir d’achat global constant, les activités industrielles (et agricoles) ont été les plus délocalisées. La baisse de l’emploi industriel, source du chômage importé, serait donc la conséquence principale de la mondialisation. L’emploi industriel, chiffrée initialement à 35% de l’emploi total en 1974, correspondait alors à 35% du PIB. Depuis, sa contribution au PIB baisserait de 0,5% par an, pour devenir nulle vers 2045, ce qui est évidemment une extrapolation abusive.

La constance des activités de service :

            En cohérence avec l’hypothèse précédente, la part des activités de service, liées au fonctionnement de la société, seraient quasiment conservée. Ceci est une hypothèse naturelle, dans la mesure où la plupart des services sont liés, directement ou indirectement, aux entreprises et aux consommateurs.

La consommation :

            Celle-ci dépend du pouvoir d’achat, directement influencé par la politique économique et la conjoncture mondiale. Analysée en permanence par les économistes et les responsables politiques, ses variations reflètent davantage l’influence de la conjoncture mondiale que celle de la politique nationale. Nous ne prendrons pas en compte ses variations aléatoires jugées non significatives et ne mettent pas en cause l’hypothèse retenue dans le modèle : la stabilité du PIB. Nous admettrons enfin que la politique économique suivie par la nation parvient à stabiliser la consommation.

La réduction de l’investissement industriel :

            L’effet d’une réduction de 0,5% par an de l’investissement  industriel correspond à un désinvestissement régulier. Dans le modèle Oméga, un coefficient de capital moyen β lie l’investissement à la production. Sa valeur pour l’ensemble de l’économie avait été fixée à 2. Une  fonction de production Fy transformait alors un flux d’investissement en flux de production.

            La valeur du paramètre β retenue dans le modèle était une valeur moyenne. Il est raisonnable de retenir pour ce paramètre une valeur plus élevée dans l’industrie, qu’il serait facile de modifier au cours du temps.  Faute d’une valeur statistique publiée par l’INSEE, nous pouvons retenir pour ce paramètre β les valeurs suivantes :

  • Pour le commerce et les services qui représentaient 2/3 du PIB : β=1,
  • Pour l’industrie qui représentait 1/3 du PIB: β=4.

Dans ces conditions, la réduction annuelle de la production industrielle de 0,5% par an « économiserait » annuellement en investissements 2% du PIB ! Ne pas entretenir la capacité de production permet, comme chacun le sait, de faire apparaître à court terme des bénéfices fictifs. Cette somme peut alors être affectée librement, par exemple à la délocalisation de capitaux.

Le déficit de la balance commerciale :

            Celui-ci doit être calculé en valeur réelle pour l’économie française, puis ajusté en fonction de l’écart de compétitivité entre les produits nationaux et les produits importés.

            Une réduction annuelle de la production nationale de 0,5% conduit au bout de « n » années, à une dette équivalente, « n » fois 0,5% du PIB. En l’absence d’intérêts, le cumul de ces dettes croit quadratiquement, d’année en année. Sa valeur est alors au bout de « n » années : n2/2. Il reste alors à introduire le rapport λ entres les prix extérieurs et les prix correspondant à une production nationale. Les prix extérieurs étant plus faibles, la dette extérieure résultant des importations sera réduite dans ce rapport λ. La somme « économisée » chaque année en raison de la désindustrialisation pourra être partagée entre les différents acteurs économiques, ce dont nous devrons tenir compte dans le bilan économique global. Chaque année, nous évaluerons cette somme à (1-λ).n.0,5% du PIB. Dans les simulations nous prendrons pour λ la valeur 0,2. Cette valeur, applicable aux seuls prix industriels, est raisonnable compte tenu des déséquilibres mondiaux.

Des résultats trompeurs :

            À partir de cette description macro-économique de l’économie française, nous pouvons déterminer par simulation les conséquences des déséquilibres persistant depuis 1974. Nous allons calculer les sommes économisées en réduisant, année après année, les investissements industriels puis estimer le coût des produits importés correspondants. Ensuite, nous comparerons entre elles les dépenses rendues nécessaires par la désindustrialisation.

 

Les figures présentent systématiquement à deux valeurs :

  • En pointillés bleus : Celles obtenues en l’absence d’intérêts réel,
  • En rouge : Celles obtenues avec un taux d’intérêt réel élevé de 2%, soit une multiplication par 4 du capital en 70 ans.
  • L’échelle utilisée en ordonnées est leur valeur exprimée en PIB, supposé constant.

 

Part des emplois industriels :

            Conformément aux observations faites depuis 1974, nous modélisons la réduction constante de l’emploi industriel par la droite de la figure 3 ci-dessous, conduisant inévitablement à une catastrophe :

Figure 3 : Taux d’emploi industriel.

Économie résultant de la réduction annuelle des investissements :

            Il s’agit des sommes non investies et des intérêts qu’elles peuvent apporter à l’industriel devenu importateur. Celles-ci correspondent aux éléments suivants :

  • 2 % du PIB résultant du désinvestissement,
  • La réduction des prix de revient, soit (1-λ) fois la réduction de la production nationale remplacée par des produits importés. Celle-ci est équivalente à un revenu à partager entre les différents intervenants, importateurs, distributeurs et consommateurs.

Figure 4 : « Économie cumulées » résultant de la réduction des investissements industriels.

Dix premières années.

Les courbes vertes et cyan sont les contributions de la réduction du capital investi.

Les autres correspondent à λ = 0,2, valeur très favorable.

 

            Conformément aux hypothèses retenues, la seule réduction de l’investissement conduit à ne pas avoir dépensé 20% du PIB au bout de 10 ans.

 

Figure 5 : « Économie cumulées » résultant de la réduction des investissements industriels.

Tendance à long terme.

Il suffirait de travailler de moins en moins pour faire des économies colossales !

Le déficit cumulé de la balance commerciale :

Cette somme correspond au cumul des déficits successifs de la balance commerciale résultant des délocalisations, toujours dans l’hypothèse d’un PIB constant, le rapport λ entre les prix des produits importés et les produits locaux étant toujours 0,2. Ce déficit augmente rapidement :

Figure 6 : Déficit extérieur cumulé en PIB.

Courbe bleue : Sans intérêts,

Courbe rouge : avec un intérêt de 2%.

 

             Ce calcul simple ne prend pas en compte une autre dette, nous l’appellerons la dette sociale. Nous reviendrons ultérieurement sur cette dette qui devient rapidement colossale.

Une évolution catastrophique :

            Confronté à la réalité, le rêve de prospérité auquel les graphiques précédents font croire devient un véritable cauchemar. Le monde réel oblige à corriger les graves omissions qui peuvent faire croire à la bonne santé de notre économie.

Le spectre de la déflation :

            Depuis la crise de 1929 qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, puis à devenir le premier Prix Nobel français d’économie, les milieux financiers redoutent la déflation. Comme en 1929, la baisse des revenus et des prix conduirait à une déstabilisation de l’économie et à une grave crise qui peut être catastrophique.

            La réduction de l’investissement industriel et l’introduction de produits provenant de pays à faible coût de main d’œuvre, devrait conduire à une réduction du PIB, de la demande et donc à une baisse des prix. 

Celle-ci serait évitable en injectant de la monnaie, ce qui aurait au moins pour effet d’éviter la baisse des prix nominaux. Aujourd’hui, cette nécessaire injection de monnaie, inévitablement inflationniste, ne peut plus être faite, qu’à contre-emploi, par la BCE, dont la mission est de stabiliser les prix… Pour cette raison, la baisse des prix nominaux ne peut être évitée que par une hausse des taxes encore possible au niveau national…

Une dévaluation de notre monnaie aurait permis de rétablir facilement les grands équilibres, et en particulier celui de la balance commerciale. Notre pays (ou les entreprises à sa place) ne pouvant plus créer « ex nihilo » la monnaie nécessaire au maintien de la demande, devrait l’emprunter aux banques, et en conséquence s’engager à la rembourser, ce qu’il serait évidemment incapable de faire.

Une dette oubliée : La dette sociale :

            À long terme, toutes choses égales par ailleurs, les économies cumulées résultant d’un achat à l’étranger deviendraient considérables, si cette dette ne venait pas transformer ce rêve en cauchemar.

Nos calculs ont en effet supposé le système économique globalement stable, notamment la population et le PIB par habitant. Ceci suppose pratiquement que le chômage résultant de la croissance des importations soit indemnisé directement ou indirectement à près de100 %.

 

En effet, supposons qu’un industriel français vende un produit à un prix P. Si nous décidons d’acheter un produit étranger au prix λ.P, nettement plus faible, nous faisons apparemment une économie de (1-λ)P. En réalité, le PIB sera réduit du prix P du produit qui n’est plus acheté, et augmenté du prix du produit importé financé par une dette extérieure. Cependant, les produits importés ne pourront trouver de clients que si le pouvoir d’achat des citoyens est préservé.

Le remplacement du produit national par un produit importé conduit donc à :

  • Une réduction du PIB du prix P,
  • Un achat à l’étranger de prix λP,
  • Une indemnité à répartir entre les travailleurs lésés attribuée de façon à maintenir la demande au niveau qu’elle aurait eu en l’absence d’importation chiffrée à (1-λ)P.

 

En fait, le PIB et la demande ne seront maintenus à leur niveau précédent que si une hausse globale des bénéfices de (1-λ)P est transformée en soutien de la demande. Cette hausse des bénéfices est l’une des deux composants des « économies apparentes » précédemment calculées (figure4). Cette seconde composante des économies apparente, serait alors totalement consacrée au financement des aides aux chômeurs.

 

Dans cette hypothèse, tout se passe comme si les importateurs achetaient à l’étranger en créant une dette extérieure et revendaient au prix d’une production nationale. Si leur bénéfice sur la revente finançait la dette sociale ainsi définie, chacun conserverait ses revenus. La paix sociale serait ainsi préservée. En réalité, le partage de ce bénéfice conduit à une augmentation des inégalités de revenu.

 

Des transferts entre partenaires économiques :

            Nous avons supposé que l’économie était gérée de façon à maintenir la valeur du PIB par habitant. L’achat à l’étranger réduit les salaires directs et indirects qui auraient été versés. Pour que le revenu moyen des travailleurs soit maintenu, il faut que cette perte soit compensée, par exemple par des prestations sociales : Chômage, départ anticipé en retraite…

            Le remplacement de productions industrielles nationales par des importations est alors très rentable pour les importateurs qui bénéficient d’une réduction de leurs dépenses (coût direct des produits et charges sociales associées), mais profitent en plus de marges supérieures sur les produits. Dans la modélisation retenue, construite sur le maintien du PIB, nous avons montré que pour que le maintien des prix et du PIB soit réel, il faut que malgré des inégalités inévitables, cette indemnisation soit totale et concerne autant des entreprises que les citoyens touchés par les délocalisations.

            Les importations de produits en provenance des pays à faible coût de main-d’œuvre déstabilisent l’économie, tant les entreprises que les consommateurs. Ceci incite les entreprises à innover et à devenir plus compétitives. Mais ces importations offrent surtout aux entreprises l’opportunité de s’approprier une partie croissante de la richesse nationale.  Dans un pays disposant de sa propre monnaie, et d’une réelle souveraineté monétaire, cette accumulation capitalistique n’est pas une fin en soi. L’accumulation d’un capital dormant, ne rapportant rien, présente un intérêt limité…

            La liberté de transfert des capitaux associé à la création de l’EURO modifie radicalement ces données économiques et institue une concurrence  féroce au sein de l’Union Européenne.

Conséquences sur l’économie nationale :

            Pour faire le bilan des effets des importations en provenance des pays à faible coût de main-d’œuvre sur l’économie française, nous devons évaluer les effets directs des désinvestissements, puis le coût réel des importations nécessaires au maintien du PIB moyen des citoyens.

Cumul des désinvestissements réels :

            Compte tenu de la nécessaire indemnisation du chômage, nous devons admettre que la part réelle des « économies cumulées » pouvant être consacrée au remboursement de la dette est celle résultant du seul désinvestissement industriel, soit annuellement 2% du PIB.

            Le cumul de ceux-ci est représenté figure 7. Il atteint rapidement un niveau élevé par rapport à  l’investissement industriel et en 2045, la totalité de celui-ci : 4/3 du PIB (figure 8).

 

Figure 7 : désinvestissements.

Évaluation sur 1974 à 2020.

 

Figure 8 : Désinvestissements.

Extrapolation jusqu’à l’arrêt de l’industrie en 2045.

 

            Depuis la libération des transferts de capitaux, ces sommes peuvent s’investir ailleurs, par exemple dans les pays de la zone EURO dont la main d’œuvre est meilleur marché. De nombreuses mesures, comme la directive relative aux travailleurs détachés, permettent la mise en concurrence directe des travailleurs et des régimes de protection sociale. Ces revenus n’ont donc aucune raison d’être affectés au remboursement de la dette résultant du déficit de la balance commerciale.

Cumul des déficits commerciaux :

            Ceux-ci correspondent à la somme des déficits observés années après années. Ils sont calculés en supposant que les prix des approvisionnements au cours de la période considérée restent inférieurs aux prix des productions nationales dans le rapport λ. Bien évidemment, en raison du développement économique de nos fournisseurs, ce rapport devrait être progressivement réduit.

Figure 9 : déficit cumulé de la balance commerciale.

Solde des échanges avec le reste du monde :

            La figure 10 présente la différence entre ces deux sommes, c’est-à-dire le bilan de la nation.

 

Figure 10 : Solde des échanges.

La courbe rouge correspond à un taux d’intérêt à long terme élevé : 2%,

La courbe pointillée bleue à l’absence d’intérêt, le capital,

La courbe noire à un taux d’intérêt de 1% par an, (soit un capital multiplié par deux en 70 ans).

Des résultats saisissants :

            Bien que la simulation présentée ici ne décrive pas complétement l’évolution de l’économie française, elle permet de comprendre les conséquences de la désindustrialisation observée depuis 1974. Nous ferons nos analyses sur la base du taux d’intérêt réel moyen (c’est-à-dire corrigé de la hausse des prix), de1% par an.

  • Comme prévu par la simulation, le désinvestissement produit dans un premier temps un effet positif. Ne pas entretenir l’outil productif donne l’impression de la prospérité, mais celle-ci est trompeuse. Les investisseurs ont accumulent un capital non investi important. Il est donc naturel que la Banque de France ait pu observer une forte fuite des capitaux, représentée sur la figure 11, dès la libération des transferts de capitaux. La simulation montre qu’à cette période, la réduction des investissements industriels avait largement permis aux entreprises françaises de financer la délocalisation partielle de leurs activités.

Figure 11 : Fuite des capitaux (source BDF).

 

  • La tendance s’inverse après une période d’une vingtaine d’années (vers 1990), la croissance des importations devenant prépondérante. Le cumul des « économies » correspondant aux investissements non réalisés commence à baisser.
  • Aujourd’hui, en 2019, un déficit apparaît, somme de la valeur calculée par simulation et du désinvestissement effectué lors de l’adoption de l’EURO. Nous sommes donc déjà fortement engagés dans une implosion économique.
  • Selon la simulation, le déficit se creuserait jusqu’à ce que le capital industriel soit totalement détruit et que l’activité industrielle devienne nulle. La dette serait alors de l’ordre du PIB, ou bien supérieure si les prix des produits importés augmentaient.

Ces résultats sont d’autant plus inquiétants que la simulation est plutôt optimiste et peu sensible aux variations paramètres économiques retenus:

  • La simulation montre que l’évolution de la dette est peu sensible au taux d’intérêt réel, pourvu qu’il reste modéré. Toutefois, ce taux d’intérêt ne manquera pas d’augmenter au cours du temps, avec le niveau de la dette.
  • En revanche, les prix des produits importés, donc du paramètre λ, ne manqueront pas d’augmenter, ce qui sera très pénalisant pour notre économie.
  • En 2020, le pays est entré dans une décroissance inévitable du pouvoir d’achat qui s’accélérera d’année en année si des mesures rigoureuses ne sont pas prises.
  • Au plus tard en 2045, si la tendance actuelle se maintenait, l’activité industrielle (et agricole) serait nulle, ce qui entraînerait par ricochet l’annulation totale du PIB.
  • La dette réelle (hors dette publique) serait égale ou supérieure au PIB, mais bien avant, aucun investisseur n’aurait accepté de la financer…

Il est donc certain qu’il faut que des réformes profondes aient lieu très rapidement, avant que le processus de destruction engagé ne devienne irréversible.

Conclusion :

Cette analyse démontre clairement que le maintien dans les années futures du pouvoir d’achat des français est impossible. Il reste à déterminer jusqu’à quel niveau il descendra si des mesures réellement efficaces, nécessitant l’effort de tous, ne sont pas prises à temps.

Nous avons tous observé les conséquences de la mondialisation financières : Les barrières qui protégeaient les nations sont progressivement abaissées. Les privatisations concèdent à des grands groupes la gestion des services publics. La presse, libérée de la censure étatique, est soumise à celle des intérêts de ses actionnaires. Les protections sociales des états sont mises en compétition. Les multinationales peuvent attaquer les états si elles estiment leurs intérêts menacés…

Louis XIV, savait bien qu’à terme, son pouvoir et celui le Surintendant Fouquet n’étaient pas compatibles. On ne confie pas au renard la clef du poulailler. Pourquoi alors, avons-nous confié la garde du trésor public aux banques privées ?

Les dictatures du « politiquement correct » et du « scientifiquement correct » sont en train de stériliser tous les domaines de la pensée. Ainsi, les sciences ont adopté une approche dogmatique. Il devient impossible de contester une mystérieuse « communauté scientifique » et ses censeurs anonymes dénoncés vigoureusement par Maurice Allais. Sans la diversité des théories, la science n’aurait jamais progressé. La vérité scientifique ne peut résulter que d’un travail sérieux et contradictoire, pas d’un vote ! Comme le disait Claude Allègre en 2010 à propos des travaux du GIEC : « La simple idée d’une « vérité scientifique » établie par une commission de l’ONU, c’est un crime contre l’intelligence« . L’économie est une science et l’unanimité de ses experts plutôt suspecte ! Au lieu d’établir une vérité officielle, nous devons revenir aux faits et donner à la confrontation des idées la place qu’elle mérite!

La science économique parviendra-t-elle à reprendre sa liberté d’expression, à analyser objectivement les causes des désordres actuels, et enfin à proposer une politique économique nouvelle permettant de résoudre les vrais problèmes de la nation ?

Après tant d’années pendant lesquelles les problèmes économiques n’ont été traités que par des expédients, les français sont-ils prêts à entendre le langage de la vérité ? Trouveront-ils des responsables capables de mettre en œuvre une politique économique nouvelle, alliant progrès économiques et justice sociale, capable de redresser l’économie française ?

 

Pierre FUERXER,

Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

 

 

 


[1] Le 11 octobre 2016 : http://combats-maurice-allais.info/le-chomage-importe/

[2] Republié le 6 septembre 2019 : http://combats-maurice-allais.info/les-fluctuations-cycliques-des-economies-capitalistes/ en PDF : http://combats-maurice-allais.info/wp-content/uploads/2019/09/Article_original_du_modele_OMEGA.pdf

 

 

 

Les fluctuations cycliques des économies capitalistes

Le 15 septembre 2013, nous vous informions de la Conférence de Presse « Indicateur Oméga-Allais » :

L’Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais, l’AIRAMA, a tenu début juillet une conférence de presse à la Maison de L’Amérique Latine de Paris pour procéder au lancement de l’ « indicateur Oméga Allais », développé par Jean et Pierre Fuerxer en vue de chiffrer précisément, en termes de perte d’emplois et de croissance, le coût de la politique gouvernementale de rejet du « protectionnisme intelligent » de notre seul prix Nobel d’économie, Maurice Allais.

Un article sur le modèle OMEGA avait été publié par une revue aujourd’hui disparue que nous vous proposons de redonner aujourd’hui.

 

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Les fluctuations cycliques fondamentales

des économies capitalistes, le modèle « ω »

Jean Fuerxer

Ministère de l’Intérieur

Pierre Fuerxer

Ministère de la Défense

Est proposé un modèle dynamique de base d’une économie capi­taliste ayant la structure d’un système cybernétique linéaire bouclé. Le comportement temporel spontané de l’économie est décrit à partir d’un équilibre stationnaire de Keynes.

Le modèle «ω», généralisation de l’oscillateur de Samuelson (1939), montre que l’ économie a trois périodes de résonance pour 3,5 , 9 et 50 ans, correspondant aux cycles identifiés par Kitchin, Juglar et Kondratieff.

Un autre résultat essentiel est de prouver que les cycles économiques sont d’origine réelle et endogène.

 

A basic economic model of capitalistic econonzy is proposed, which as the structure of a cybernetic linear loops system. The spontaneous temporal behaviour of economy is described, starting from a Keynes stationary equilibrium.

The « ω » mode!, a generalisation of Samuelson’s oscillator (1939), shows that the economy has three resonance peaks centered on 3.5, 9 and 50 years, which are the business and economic cycles found by Kitchin, Juglar and Kondratieff.

Another main result is to prove that business cycles have a real and endogeneous origin.

 

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Quelles prévisions faire pour 2023 ?

Prévisions Économiques 2018-2023

 

Introduction :

            Le modèle Oméga-Allais, a été testé sur la période 1949-2005. Il a permis de faire des prévisions économiques à 5 ans sur la base de quelques séries statistiques fondamentales comme le PIB et le niveau de l’investissement. Depuis, le contexte mondial a beaucoup évolué. Est-il encore possible de de prévoir à 5 ans ou plus l’évolution de notre économie ?

Rappel des prévisions faites fin 2014 :

            Dans le document intitulé « Une reprise réelle ou fictive », publié en 2015, il y a trois ans, je prévoyais une baisse à terme du PIB. Celle-ci était faite à partir  de séries économiques en base 2005 publiées par l’INSEE. Ces prévisions étaient les suivantes (figure 1) :

 

Figure 1 : Prévisions faites à partir de fin 2014.

 

  • La courbe verte correspond aux valeurs de PIB en base 2005 publiées en 2014 par l’INSEE.
  • La courbe bleue était la prévision faite à partir de 2005, en tenant compte de la fuite des capitaux publiée par la Banque de France (valeurs annuelles connues jusqu’en 2010). Ces prévisions étaient validées jusqu’en 2015, soit sur 10 ans.
  • La courbe rouge était une prévision supposant la fuite des capitaux terminée après 2010. Compte tenu du délai moyen entre les décisions d’investir et la croissance de la production, l’économie était alors supposée libre de toute influence extérieure postérieure à 2010.

Évidemment, ces prévisions  supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, prix du pétrole qui, pour certaines ont un effet quasi immédiat…

            Personne n’ignore que depuis fin 2014 des événements importants ont eu lieu. Il convient donc d’expliquer les différences entre ces prévisions et les données réelles. L’évolution du contexte international et d’autres facteurs comme le niveau de la dette extérieure de la France expliquent-ils les écarts observés ?

 

En 2014, la conjoncture était exceptionnellement favorable. Malgré cela, le modèle Oméga-Allais continuait à prévoir une forte baisse du PIB. L’optimisme des responsables économiques était-il justifié ? Pouvaient-ils baser une politique économique sur le seul respect (plus ou moins strict) des critères de Maastricht ?

 

L’évaluation des performances de l’économie :

            Les performances de notre économie ne peuvent être évaluées que sur la base des données statistiques publiées par l’INSEE. Celles-ci semblent meilleures que les prévisions faites fin 2014 par le modèle Oméga-Allais. Ne devons-nous pas expliquer ces différences et évaluer nos critères d’évaluation ? Rendent-ils compte fidèlement de la réalité ?

Les critères de Maastricht :

            La politique économique de la France  a été jugée en fonction du respect des critères de Maastricht. Leur objectif essentiel semble avoir été d’assurer la stabilité des prix et de la monnaie. Nous ne retiendrons que les deux suivants applicables aux pays de la Zone Euro :

  • La dette du secteur public devait être inférieure à 60% du PIB.
  • Le déficit public devait être inférieur à 3% du PIB.

Ces critères avaient-ils une réelle valeur macroéconomique ? Pouvaient-ils assurer une convergence des économies des pays de la Zone Euro ?

Les critères de gestion prudente d’un particulier :

            Un particulier prévoyant veille à ne jamais dépenser plus qu’il ne gagne, même s’il accepte parfois d’emprunter, par exemple pour faire de gros achat. À tout instant, il arbitre entre les différents postes de dépenses en fonction de ses objectifs à court et à long terme.

            Un état souverain fait de même, mais les choix de ses nombreux citoyens restent libres. Il ne peut qu’ajuster les taux de changes et la répartition des impôts de façon à mener les particuliers et les entreprises à contribuer, de gré ou de force, à sa politique économique. Ces deux moyens d’action sont complémentaires et tous deux indispensables à la conduite d’une politique économique.

            Un état comme le nôtre, ayant renoncé à sa souveraineté monétaire, ne peut plus avoir de politique économique indépendante et doit se soumettre totalement à une autorité supérieure, l’Union Européenne.

Qu’étaient les objectifs des critères de Maastricht ?

            L’autorité supérieure à laquelle se soumettent nos gouvernements est clairement l’Union Européenne. Il s’agit du « Maitre de la monnaie« , c’est-à-dire, comme le disait François Mitterrand lors de sa compagne électorale : Du monde de la finance !

            Il faut bien admettre que les critères de Maastricht étaient destinés à protéger les intérêts de cette autorité supérieure. Ils ne sont, en fait, que les critères de solvabilité que tout prêteur exige de ses débiteurs. Le déficit maximum de 3% limite la capacité instantanée d’endettement des états.  La limitation de leurs dettes à 60% du PIB imposait une limite à leur endettement global.

Ces critères ne peuvent, en aucune manière, conduire à une convergence des économies des pays de la Zone Euro !

Des critères réellement économiques :

D’autres critères sont largement utilisés par les économistes. Le plus connu est le niveau de la dette. La dette accumulée est-elle insupportable ?

            Les dernières données publiées par l’INSEE font apparaître une dette qui s’emballe (figure 2). Le taux de 60% du PIB est dépassé depuis 2008 !

Figure 2 : Dette extérieure selon l’INSEE.

 

            Entre 1995 et 2010, la dette augmentait en moyenne de 12,5 Milliards par trimestre (figure 3). Depuis 2010, elle augmente de 20 Milliards par trimestre. Est-il raisonnable de devoir bientôt  plus que son revenu annuel ?

Figure 3 : Variation du PIB  corrigé.

En pointillé : valeur publiée. En rouge : valeur corrigée de la croissance de la dette.

 

            Une autre donnée observée avec attention est le déficit de la balance commerciale. Son déficit courant de plus de 60 Milliards par an est proche de la croissance de la dette. Ces montants  correspondent à un PIB fictif qui s’ajoute au PIB réel.

En effet, un particulier qui emprunte une somme X peut faire des achats à concurrence de cette même somme. Il dispose en effet d’un revenu fictif qui conduit pour une part à une demande intérieure, donc une production, et pour le reste à des dépenses à l’étranger.

Pour un état disposant de sa pleine souveraineté, cet excès de dépenses conduirait à une inflation, qui est finalement un impôt sur tous les dépôts bancaires, payé par tous les citoyens.  Dans le cas des états de la Zone Euro, cet excès de dépense se traduit par un déficit extérieur, la dette correspondante correspondant au déficit commercial. Au lieu d’accepter une dépréciation de leur monnaie, les nations contractent une dette qu’elles devront un jour rembourser.

La privatisation de l’ÉTAT !

               Maurice Allais avait montré qu’une part de la dette Publique est injustifiée. En effet, tant que notre pays était souverain, il pouvait ajuster la masse monétaire en fonction des besoins de l’économie. S’il dépensait trop, il pouvait ajuster le taux de change et ainsi rétablir les grands équilibres au prix d’un impôt discret prélevé sur les dépôts bancaires.

            Depuis 1974, l’état n’a plus le pouvoir d’ajuster la masse monétaire. La création monétaire est faite par des banques privées, ce qui correspond à une réelle perte de pouvoir. Ainsi, les nations perdent le contrôle de leur économie !

            Le « capital » de l’état est ainsi progressivement « privatisé ». Que penseriez-vous d’une société sans capitaux propres ?

 

De nouveaux obstacles à la prévision économique :

Il est évident que l’établissement de statistiques précises est une condition sans laquelle il est impossible d’établir des prévisions économiques à long terme fiables. La perpétuelle modification des bases statistiques récemment introduite dans les publications de l’INSEE est un obstacle réel à l’établissement de prévisions économiques.

 

Pour toutes ces données, nous avons observé une évolution de plus en plus rapide des bases statistiques:

  • Dans une note explicative, l’INSEE expliquait en parlant de l’évolution du PIB«  Les comptes nationaux procèdent régulièrement à des changements de base. Après les « bases » « 1995 », « 2000 » et « 2005 », les comptes nationaux sont passés le 15 mai 2014 à la « base 2010 ». C’est une source importante de révision des agrégats macro-économiques publiés jusqu’alors,… ».
  • L’INSEE ajoutait : « Mais cette année, les changements sont plus importants qu’à l’accoutumée. En effet, les concepts qui gouvernent l’établissement de ces chiffres ont fait l’objet d’un toilettage, ce qu’on appelle dans la terminologie des comptes nationaux un « changement de base ». Cela signifie que la définition exacte de nombreuses données et le contour de tous les grands agrégats (PIB, consommation, investissement, solde des administrations publiques, etc.) sont modifiés. Corrélativement, le niveau et, dans une moindre mesure, la chronique de ces données sont modifiés sur l’ensemble de la période couverte par les comptes nationaux, c’est-à-dire depuis 1949… ».
  • Ensuite l’INSEE expliquait : « En base 2010, l’Insee comptabilise par exemple en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D, alors qu’elles étaient jusqu’à présent comptabilisées en consommations intermédiaires … »
  • Enfin l’INSEE ajoutait : « Il résulte de l’ensemble des modifications apportées une révision substantielle à la hausse du niveau du PIB (+ 3,2 % en 2010, soit + 61,8 Md€) pour un impact nettement plus modeste sur les taux d’évolution».

 

Depuis, les bases changent et se diversifient, et toutes les années de référence apparaissent… Le travail de prévision à long terme devient ainsi de plus en plus difficile.

Est-il encore possible de faire confiance aux statistiques officielles ?

 

Des prévisions pour 2023 ?

            Évidemment, les prévisions  faites en 2015 supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, cours mondiaux qui ont un effet quasi immédiat…

            Elles supposaient également la stabilité des bases statistiques nécessaires à une bonne prévision. Qui peut croire que nous puissions avoir longtemps une croissance en valeur réelle de 0,15% par trimestre, soit en 2018 de 3 Milliards en valeur réelle, une dette qui progresse par an de 80 Milliards, un déficit commercial de plus de 60 Milliards et une fuite des capitaux de 20 Milliards par an ?

Une économie apparemment stabilisée :

En fait, il apparaît clairement une cohérence troublante entre ces chiffres. Tout se passe comme si 60 Milliards de production étaient sous-traités à l’étranger.

  • Nous importons 60 Milliards de denrées,
  • Nous exportons plus de capital que nécessaire, selon les paramètres du modèle Oméga-Allais (1/5 de cette production).
  • Notre dette augmente plus chaque année de la différence entre ces deux sommes.

Comme nous l’avons montré précédemment, (cf. : Le chômage importé), la politique  économique menée depuis déjà longtemps est directement responsable du chômage excessif dont souffre notre économie.

Pendant combien de temps accepterons-nous de compléter par des importations l’écart entre la production nationale et les revenus distribués à nos compatriotes ? Que se passera-t-il lorsqu’on nous demandera de rembourser la dette ?

 

Sous réserve de l’effet des modifications des bases statistiques, la valeur du PIB semble stabilisée en croissance régulière. La réalité semble bien différente.

 

      Figure 4 : Évolution du PIB :

  • Courbe rouge : PIB en base 2005.
  • Courbe bleue : PIB en base 2010.
  • Courbe verte : PIB en base 2014 (recalée de -4%).

 

Les valeurs annuelles du PIB présentée en 2018 sont supérieure de 4% par à celle présentées en 2015 en base 2005. Comme l’a démontré le prédicteur Oméga-Allais, cette évolution des statistiques interdit de faire des prévisions fiables. Pour ce faire, il est en effet nécessaire de disposer de données cohérentes sur une période d’au moins 15 années.

Il faut également nécessaire de connaître la fuite des capitaux sur la même période.

Figure 5 : Écart entre les données en base 2005 et 2014.

 

Cet écart de l’ordre de 10% du PIB entre les bases statistiques 2005 et 2014 ne peut que résulter de modifications très importantes du mode de calcul. Changer en permanence les bases statistiques revient à se boucher les yeux sur l’économie réelle !

Adapter les agrégats à l’évolution de l’économie est essentiel. Pour les transports, le pétrole a remplacé le fourrage ! Mais la baisse au cours du temps du prix des nouveaux produits et services ne doit pas cacher la hausse des autres.

 

Un avenir très sombre :

            L’évolution de notre économie est extrêmement préoccupante. La consommation est dopée par la croissance de la dette. Nous sommes dans une spirale infernale. Toute réduction de la croissance de la dette réduirait sensiblement le niveau de vie de nos concitoyens, puis conduirait à une réduction corrélative des investissements internes.

            N’envisageons même pas les conséquences qu’aurait une tentative de réduction de celle-ci.

            Les aviateurs connaissent la chute en vrille, seule figure d’acrobatie aérienne inconditionnellement stable, et dont il est difficile de sortir. Nos dirigeants semblent ne pas comprendre que la politique actuelle conduira à un surendettement catastrophique pour notre économie.

Enfin, réfléchissons à l’origine de cette dette qui peut se décomposer en deux parties bien distinctes : Une fluctuation aléatoire  à moyenne nulle et une dette systémique correspondant à un transfert de souveraineté des nations à des organismes supranationaux, ou même privés, qui ne défendent que leurs intérêts.

 

Figure 6 : Dette publique depuis 1973.
Extrait du rapport Pucci-Pinel.

 

À la suite d’André Jacques Holbecq qui dit dans son livre (La dette publique, une affaire rentable) un rapport de 2010 montrant l’évolution de la dette publique depuis 1973, attachons nous à séparer cette dette en deux parties : une dette fluctuant à court terme indispensable au fonctionnement de l’état, d’une dette systémique qui était alors quasi nulle.

 

            Souvenez-vous. Nous sommes rentrés dans cette spirale infernale vers 2009. C’est-à-dire peu après la signature du traité de Lisbonne !

            Les français n’avaient-ils pas eu raison de répondre NON au référendum de 2005 ?

 

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA.

 

 

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Une reprise réelle ou fictive ?

Dans une période pré-électorale, les indicateurs économiques ont toujours été l’objet de polémiques. Les commentateurs focalisent leur attention sur l’évolution de quelques données macro-économiques sans en étudier les causes de leurs variations.

Les responsables politiques veulent à tout prix montrer que leur action a permis le redressement de l’économie. La majorité au pouvoir assure que sa politique, quelle qu’aient été ses résultats, va assurer la croissance du PIB, la réduction du chômage, en un mot la prospérité du pays. Bien évidemment, les oppositions présentent des solutions différentes, ou simplement des variantes de la politique menée par l’équipe sortante.

En fin de compte, une forme de politiquement correct s’impose au nom d’une mondialisation irréversible à laquelle les nations devraient se soumettre aveuglément. Pourquoi ne pas chercher, en appliquant les résultats de la science économique, à élaborer une politique économique nationale ? Pourquoi les états devraient se résigner à l’impuissance alors que la science économique met à leur disposition les outils permettant de prendre les bonnes décisions ?

 

Les outils théoriques :

Maurice Allais, fidèle à sa notion d’évidence empirique, avait décrit dès 1999 les premiers effets de la mondialisation. Aujourd’hui, le modèle Oméga-Allais permet d’expliquer  ses intuitions.

 

La cassure de 1974 :

Sur les données de 1955 à 1993, Maurice Allais explicitait l’effet sur le Produit Intérieur Brut et  l’emploi industriel de la cassure de 1974.

 

Figure 1

Figure 1

 

Ainsi, le taux de croissance français avait été divisé par deux en 1974, bien que notre indépendance monétaire ait laissé aux gouvernants des moyens d’action économique (création monétaire et dévaluation) qu’ils n’ont plus aujourd’hui.

Le modèle Oméga-Allais permet de décrire l’effet des désinvestissements résultant des événements de 1968, et d’en déterminer avec précision les conséquences à long terme :

Figure 2a Figure 2b
Produit intérieur brut Emploi industriel

Figure 2

 

Par ailleurs, le modèle démontre que cette cassure de 1974 est directement liée aux événements de mai 1968. Celle-ci apparaît clairement comme la conséquence à long terme d’un premier désinvestissement, lié à l’arrêt temporaire de l’industrie et aux accords de grenelle, dont les effets sur le PIB n’ont été perceptibles que six ans plus tard.

 

La cassure de 2007 :

Maurice Allais, européen convaincu, avait critiqué dès 1992 les « Erreurs et impasses de la construction Européenne ». Les conséquences, parfaitement prévisibles, de ces erreurs ont conduit aux difficultés actuelles. La libéralisation non préparée des transferts de capitaux à conduit à un désinvestissement en France dont les effets étaient tout autant prévisibles.

 

Figure 3

Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997(estimé par interpolation avant 2012).

Figure 3

 

En 2013, un calcul prenant en compte un désinvestissement unique de 110 M€ effectué en 2000 conduisait aux valeurs de PIB observées. Les résultats ont été présentés fin 2013 lors d’une conférence de presse à la Maison de l’Amérique Latine.

Figure 4

Figure 4 : Prévision de 2007 à 20013.

 

Ce test valide parfaitement le fonctionnement du prédicteur Oméga-Allais qui fournit d’excellentes prévisions à cinq ans. Nous constatons que sur les données de 2007, le modèle prédit très précisément les valeurs de PIB qui seront effectivement observées.

Comme pour la cassure de 1974, ce fait montre que la cause principale de cette crise est la libéralisation des mouvements de capitaux, et non les effets de fluctuations économiques mondiales.

 

 

Les limites d’une prédiction :

Les prévisions faites par le modèle supposent implicitement que l’influence des événements monétaire extérieurs sur l’économie a été prise en compte. En effet, au cours de cette période, le déficit de la balance commerciale a été compensé par l’accroissement de la dette publique et la vente de biens du patrimoine national. De même, la mondialisation a permis aux entreprises de faire face à leurs besoins financiers grâce à des investisseurs étrangers, donc en fait de nouvelles dettes. Toutefois, l’accumulation de ces dettes n’a pas donné lieu à une crise ouverte.

Une logique comptable qui considère la vente du patrimoine comme une ressource, sans faire de différence entre une gestion rigoureuse et l’abandon d’un patrimoine stratégique dont les conséquences n’apparaîtront qu’à long terme, a masqué temporairement les conséquences de nombreux renoncements.

Le poids de ce que Maurice Allais appelait « les rentes de situation » est donc encore peu visible, mais ne peut que s’alourdir à terme. Maintenant, nous ne dépendons plus de l’étranger que pour notre approvisionnement en matières premières, en particulier en pétrole, mais aussi en technologies que nous ne maitrisons plus et en capitaux dont nos entreprises ont besoin. Le répit lié à la baisse du prix du pétrole et au coût du crédit sera de courte durée…

Le modèle Oméga-Allais permet de déterminer l’effet à long terme d’une incitation à investir. De même, il permet de chiffrer l’effet quasi immédiat d’une distribution de revenu, fruit supposé de la croissance… L’analyse de la réponse transitoire du modèle montre que, faute de pouvoir utiliser les leviers auquel notre pays a choisi de renoncer (en particulier la dévaluation, la création monétaire par la Banque de France, les droits de douane…), les différentes incitations gouvernementales ne peuvent avoir d’effet à long terme notable.

 

Des prévisions fiables à cinq ans ?

Le prédicteur Oméga-Allais a été construit sur une modélisation réaliste du comportement des acteurs économiques : entrepreneurs et consommateurs. L’exemple des crises (1974 et 2007) a validé l’existence d’un délai de six ans entre les décisions des entrepreneurs et les variations du PIB. En effet, la croissance n’a été réduite que six ans après les désinvestissements important qui en ont été la cause. Il n’y a donc pas de raison de penser que ce modèle ne puisse prédire l’évolution à cinq ans de l’économie, en l’absence de crise monétaire Majeure susceptible de paralyser le pays.

En 2015, nous avons donc refait de nouvelles prévisions sur la base des séries économiques mises à jour. La courbe verte correspond aux valeurs de PIB publiées fin 2015 par l’INSEE.

 

Figure 5

Figure 5 : Prévisions fin 2014.

 

La courbe bleue correspond aux prévisions faites depuis 2005, en tenant compte des désinvestissements en France comptabilisés par la Banque de France. La courbe rouge correspond à une prévision brute faite à partir de 2015, sans tenir compte des désinvestissements passés.

Ces deux prévisions sont très voisines. En effet, quinze ans après la libéralisation des transferts de capitaux au sein de l’UE, les effets du choc économique que cette décision a produit en France sont largement amortis. Il n’est donc plus strictement nécessaire de prendre en compte, dans l’initialisation du prédicteur  les valeurs du désinvestissement observé actuellement par la Banque de France.

 

 

Les conditions d’une bonne prédiction :

Les exemples précédents ont montré que l’évolution à cinq ans de notre économie a été prévisible des années 60 à nos jours, en ne faisant intervenir que de rares événements perturbateurs : mai 1968, la libéralisation des transferts de capitaux en l’an 2000. Les crises moins violentes dont parlent les commentateurs ne sont souvent que des fluctuations naturelles d’une activité économique largement prévisible. Seuls les événements majeurs, liés au contexte international ou à des événements politiques graves, ont une réelle influence sur l’économie.

 

En effet, des événements comme la crise de 1929, qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, ou des guerres peuvent conduire à de véritables ruptures des équilibres économiques dont les conséquences restent imprévisibles. Dans notre pays, la crise de 1968 ou la construction européenne ont eu des conséquences moins dramatiques, mais très importantes à long terme.

 

Une bonne connaissance du passée :

Une bonne connaissance de l’évolution passée de l’économie est indispensable à l’établissement de prévisions à long terme. Le prédicteur Oméga-Allais permet de mettre en évidence cette nécessité.

Considérons un prédicteur initialement dans un état stable. Excitons-le par une perturbation externe au temps t = 0. Observons son évolution naturelle au cours du temps. Faisons ensuite une série de prévisions à partir des instants t1, t2, t3,… Le prédicteur extrapole alors la suite des valeurs observées au-delà des temps t1, t2, t3,…

 

Figure 6

Figure 6 : Effets transitoires des chocs externes.

 

Les courbes de la figure 6 correspondent à l’évolution d’une variable interne du système économique (par exemple le PIB) et aux prédictions associées. La courbe rouge en trait plein correspond à l’évolution du système. C’est la série économique à prévoir.

Au cours du temps, le prédicteur  prend en compte les valeurs économiques disponibles les plus récentes. Les courbes en pointillé correspondent aux prévisions économiques  successives faites par le prédicteur aux temps 2, 3, 5, 10 et 15, sans tenir compte de là perturbation initiale du système économique (courbes pointillées rouge, bleue, verte, cyan et marron).

Nous constatons que les prédictions ne deviennent précise que 15 ans après la fin  de la perturbation initiale du système économique. L’évolution de l’économie dépend donc des perturbations passées dont l’identification au cours des quinze dernières années est indispensable.

 

La nécessaire stabilité des agrégats statistiques :

D’autre part, il est essentiel que les séries économiques soient cohérentes dans le temps, c’est-à-dire que les agrégats statiques ne soient pas modifiés au cours de la quinzaine d’années précédant  le début de la période à prédire. Si tel n’est pas le cas, la qualité des prédictions est très dégradée.

Naturellement, les organismes officiels affinent constamment leurs outils. Les bases statistiques sont régulièrement modifiées pour tenir compte de l’évolution de la société. Des changements de base ont donc lieu régulièrement, actuellement tous les 5 ans (1995,2000, 2005, 2010).

Les dernières bases statistiques retenues par l’INSEE ont été modifiées conformément à une directive Européenne. Ces modifications ont été introduites progressivement de façon à assurer la continuité apparente des séries statistiques. La figure 7 présente les deux dernières séries de valeurs du PIB en bases 2005 et 2010.

Curieusement, ces deux courbes différent dans deux périodes distinctes. Dans les années 50, ce qui n’a pas d’importance réelle. Pour la période postérieure à 2005, ce qui est préoccupant car les séries sont fortement différentes en base 2005 et en base 2010.

 

Figure 7

Figure 7 : statistiques du PIB : courbe rouge : base 2005, courbe bleue : base 2010.

 

Figure 8

Figure 8 : Détail des valeurs de 1995 à 2015.

 

Il y a là une anomalie qui doit être expliquée. En effet, l’INSEE explique la variation du PIB entre ces deux séries numérique par l’introduction progressive des nouveaux agrégats.

Selon l’INSEE, le changement de  base a conduit à reconstruire l’ensemble des comptes trimestriels, c’est-à-dire à ré-estimer tous les modèles à partir des comptes annuels et des indicateurs conjoncturels, sur l’ensemble de la période 1980-2013.

En base 2010, l’Insee comptabilise en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D. Traiter en investissement les dépenses de R&D permettrait de mieux rendre compte du poids de plus en plus important des actifs tirés de la propriété intellectuelle dans l’économie d’aujourd’hui.

La base 2010 se caractérise par des innovations importantes sur le plan conceptuel dans les comptes non financiers :

  • Une définition élargie des actifs et de l’investissement,
  • Les échanges internationaux sont comptés différemment (un produit n’étant pas passé physiquement sur le territoire national peut être comptabilisé comme importé puis exporté).

 

En fin de compte, l’INSEE prend en compte la financiarisation croissante de l’économie.

Cependant, la différence entre les deux séries, qui reste à expliquer, est beaucoup plus grande que les 3,2% annoncés.

 

Les effets de la politique monétaire:

Des événements monétaires importants ou lieu ces derniers temps :

  • La baisse du prix du pétrole et de l’Euro,
  • La réduction historique de coût de crédit aux États Unis puis en Europe.

 

Ces décisions correspondent à des objectifs conjoncturels, liés à l’évolution des échanges mondiaux et aux politiques des différents intervenants. Elles tiennent compte également à des échéances électorales françaises et européennes.

Ces changements ont eu sur l’économie française des effets incontestables :

  • Une réduction du déficit de la balance commerciale,
  • Une réduction du coût des dettes de l’état et des entreprises,
  • Une relance de la construction et de la consommation.

 

Ces évolutions monétaires liées à l’évolution de l’économie mondiales expliquent la croissance récente du PIB. La réduction de toutes ces dépenses conduit mécaniquement  à une hausse de la demande intérieure, donc du PIB.

La France va donc mieux puisque ses dettes lui coutent moins cher, mais cela ne signifie pas que l’économie française aille mieux ! Pour étudier l’évolution du système économique, est donc indispensable de séparer les tendances à long terme propres au système économique des effets quasi-immédiats des fluctuations monétaires mondiales.

 

 

Quelles prévisions faire fin 2015 ?

Nous pouvons maintenant mettre à jour les prévisions faites fin 2014. Les résultats sont les suivants :

 

Figure 9

Figure 9 : Prévisions fin 2015.

 

Ces deux prévisions sont évidemment très voisines. Elles ne peuvent être directement superposées en raison de nombreuses modifications de détail entre les séries statistiques :

  • Les montants ne sont plus en euros 2005 mais en euros 2010,
  • La série de valeurs du PIB a été modifiée pour neutraliser les effets à court terme de la conjoncture mondiale sur notre économie (en particulier celle des taux d’intérêt),
  • La hausse du périmètre de PIB introduite par les directives européennes a été intégrée.

 

 

Enfin, ces prévisions supposent l’invariance de l’environnement international actuellement très favorable. Un retour aux conditions précédentes (prix du pétrole et taux d’intérêt) conduirait rapidement à une baisse de 7% du PIB.

Année après année, un effort de réduction de la dette ne manquerait pas de réduire non seulement le PIB, mais aussi la croissance, c’est-à-dire enfoncer l’économie française dans une récession de plus en plus grave.

 

 

Conclusion :

Il ne faut pas nier que les perspectives d’évolution à long terme de l’économie française ne sont pas bonnes bien que notre pays ait des atouts et que nous disposons d’outils théoriques permettant de concevoir puis valider une politique économique ambitieuse.

Depuis le début des années 90, Maurice Allais n’a pas cessé d’alerter l’opinion sur les erreurs commises dans la construction européenne. Vingt cinq ans plus tard, il faut reconnaître que ses critiques étaient justifiées.

La plupart des européens, et en particulier des français, ne savent pas identifier les causes de la crise européenne. Toutefois, ils comprennent  que l’Europe n’a pas tenu ses promesses.  Bien loin des théories économiques, « l’évidence empirique » chère à Maurice Allais leur prouve qu’il faut changer de méthode. Une véritable reprise de notre économie ne sera possible qu’en adoptant une politique économique radicalement nouvelle. La poursuite de la politique économique actuelle ne peut conduire qu’à un déclin de plus en plus rapide de notre économie, entrecoupé de rémissions artificielles liées à des mesures conjoncturelles associées aux échéances électorales.

La science économique montre qu’un redressement est possible mais que l’effet des mesures courageuses à prendre ne sera visible qu’après un délai de cinq à dix ans. Est-ce compatible avec le fonctionnement de notre démocratie ?

La condition préalable à un redressement de notre économie est que nous puissions à nouveau utiliser les outils dont la construction européenne nous à privés : une monnaie indépendante, le contrôle de la création monétaire, la possibilité d’actions sectorielles par des cotas d’importation et la fixation de droits de douane…

Sans un changement radical de politique économique, il ne pourra y avoir aucune reprise durable.

 

Pierre FUERXER
Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

Conférence de Presse « Indicateur Oméga-Allais »

L’ Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais, l’AIRAMA, a tenu début juillet une conférence de presse à la Maison de L’Amérique Latine de Paris :

Maison de L’Amérique Latine côté  jardins-restaurant
Maison de L’Amérique Latine côté jardins-restaurant

pour procéder au lancement de l’ « indicateur Oméga Allais », développé par Pierre Fuerxer en vue de chiffrer précisément, en termes de perte d’emplois et de croissance, le coût de la politique gouvernementale de rejet du « protectionnisme intelligent » de notre seul prix Nobel d’économie, Maurice Allais,

Conférence de Presse, Modèle-Oméga-Allais

L’AIRAMA,  « canal historique des combats de Maurice Allais » regroupant le premier cercle des économistes agissant pour la reconnaissance de ses apports,  et visant à regrouper l’élite de l’École française des nouveaux économistes œuvrant dans son sillage à défendre la vision du seul prix Nobel d’économie qu’a eu la France.

Déjà à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012,  dans sa lettre ouverte du 12 avril 2012 (ci-dessous), l’AIRAMA, s’exprimant par la voix de l’autorité scientifique internationale la plus qualifiée de notre prix Nobel d’économie, avait lancé un vibrant appel aux dix candidats de cette élection cruciale de dire « L’ultralibéralisme voilà l’ennemi ! », « Oui à la relance de la « protection compétitive » des trente glorieuses ! » Seul, le Président Nicolas Dupont-Aignant avait alors répondu positivement à cet appel de salut public. Réponse qu’il a confirmée en apportant ses encouragements et son soutien au lancement de l’Indicateur Oméga – Allais,  lors de la Grande conférence de presse du 9 juillet 2013  à la Maison de l’Amérique latine (cf. vidéo ci-dessous).

Antoine Brunet, expert en analyse stratégique, co-auteur du livre « La visée hégémonique de la Chine » et Philippe Murer, économiste et professeur de finance à la Sorbonne, ont par ailleurs pointé les risques du libéralisme à outrance, face à la politique économique agressive de l’Empire du milieu.

Les Indicateurs clefs du modèle Oméga Allais, d’évaluation de la politique gouvernementale de refus de l’évidence empirique du protectionnisme de M.  Allais.

Sur la base de l’application d’une politique protectionniste supposée effective dès l’élection de F. Hollande permettant au minimum l’équilibre de la balance commerciale :

1) Depuis l’élection de F. Hollande, coût minimum en manque à gagner de la politique gouvernementale non-protectionniste :

déjà une perte 2,8 % de PIB
déjà une perte de 800 000 emplois

2) À l’horizon des présidentielles 2017, la réduction de la dette en 22,5 ans, sans intérêt, avec un remboursement de 20 milliards par trimestres conduirait fatalement à :

22 % de réduction du PIB en 2017, fin du quinquennat Hollande
plus 12 % (3 % par an) de baisse des revenus, à condition que l’indemnisation du chômage soit fortement réduite.

Autant dire que le remboursement de la dette est inconcevable et n’est d’ailleurs pas dû (cf. communiquées AIRAMA de campagne présidentielle).

Sur les 100 milliards du MEDEF, nous sommes toujours en attente des informations que nous avons demandées à P. Gattaz, pour les injecter dans le modèle OMEGA Allais.


Grande conférence de Presse de Lancement
Maison de L’Amérique Latine
9 Juillet 2013

Maison de l'Amérique Latine


La Science Économique Rentre en Politique !
Un Dispositif Dérisoire de Bruxelles Face à la Chine et Chiffrage du Coût du Refus de la Solution Protectionniste de M. Allais

 

Pourquoi cette conférence de Presse

Devant le désastre de la crise de 29

  • M. Allais disait « À quoi sert la connaissance , si elle ne permet pas de transformer la condition des hommes »
  • Mais pour changer, il faut la Science, les Média (faire savoir) et la Décision politique qui lui ont manqué
  • Alors si le Politique ne veut pas rentrer en science, la Science doit rentrer en politique ! Comment faire ?

Élections Présidentielles 2012 : interpellation des candidats pour prendre date / solutions

  • Lettre ouverte à tous les candidats (L’ultralibéralisme voilà l’ennemi)
  • Trois communiqués (Europe Titanic, Mensonge d’État, Déni de démocratie)

Grande conférence de presse de lancement

1) Par le sujet, le scandale des scandales de l’après-guerre : le défi des défis aux les trois idoles d’aujourd’hui, la Science (Allais), la Liberté d’Expression (Média), la Démocratie ; le verrouillage médiatico-politique interdisant à la solution globale de Maurice Allais d’être appliquée pour stopper destruction de la croissance et des emplois, le rapport entre la sphère politique, la science et son respect, le fait que le Politique doit respecter la Science et la Démocratie. Négationnisme total.

2) Par l’ambition d’évaluer l’impact chiffré de la décision de politique économique gouvernementale (plus d’effet d’annonce mais affichage du résultat des réactions en chaîne. (Leibniz : ne discutez plus)

3) Par les résultats du modèle, le coût de la non application du protectionnisme (croissance, chômage), l’impossibilité de rembourser une dette que nous ne devons pas et qui ne correspond à rien (N. Sarkozy). Sanction du politique. Ne peut plus dire : « Nous ne savions pas ! » 1999 (M. Allais), 4 mai 1992 (P. Bérégovoy) et « les États-Unis d’Europe , c’est les États-Unis en Europe » (cf. Le syndrome de l’ortolan, Upinsky, 1997) ) Appel à secouer le joug des écrivains mercenaires ! Levier Mathématique.

Calcul d’impact et notation de la politique économique gouvernementale

Responsabilité collective de l’élite française des nouveaux économistes (cf. communiqués)

Vers un contre-gouvernement scientifique ? Une nouvelle Direction, de nouvelles valeurs vraies (conformes aux trois dogmes) ce sont de nouveaux hommes. Le refus de l’évidence protectionniste est un critère d’exclusion rédhibitoire à la future élection présidentielle

  La conférence en Vidéo

 

Les documents importants

Arnaud-Aaron <abbr>UPINSKY</abbr>1) Introduction : A. Upinsky, Président de l’AIRAMA (Auteur de Lettre ouverte à ceux qui croient (encore) que l’Europe c’est la paix, Albin Michel, 1992, et Le Syndrome de l’ortolan O.E.I.L./ F.-X. de Guibert, 1997)

 

Philippe Bourcier de Carbon2) Le protectionnisme « intelligent » de M. Allais : P. Bourcier de Carbon, Président-fondateur de l’AIRAMA, démographe, économiste.

 

Antoine Brunet3) La marche à l’hégémonie de la Chine valide la vision de Maurice Allais : Antoine Brunet, Expert en analyse stratégique, Coauteur avec Jean-Paul Guichard de « La visée hégémonique de la Chine », L’harmattan Janvier 2011 (neuf éditions en langues étrangères)

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Philippe Murer4) Le non-sens de la transition énergétique sans protectionnisme : Philippe Murer, économiste, professeur de finance à la Sorbonne et membre du forum http://forumdemocratique.fr

 

Pierre Fuerxer5) Indicateur Oméga Allais. Pierre Fuerxer, concepteur. Modélisation de l’économie à partir des comportements des acteurs, et non de données abstraites. Calcul de l’impact de la politique gouvernementale (libre-échangiste ou protectionniste). Chiffrage en perte d’emplois et de croissance depuis les présidentielles jusqu’à la fin du mandat 2017. Suivi de la « notation » de la politique gouvernementale.

 

Nicolas Dupont_Aignan6) Nicolas Dupont-Aignant avait répondu à la Lettre Ouverte de l’AIRAMA, adressant via cette vidéo tous ses encouragements et son soutien.

 

video

9 juillet 2013 : Grande Conférence de Presse de Lancement de l’Indicateur OMEGA ALLAIS, chiffrage de coût du non protectionnisme du gouvernement

 

La Science Économique Rentre En Politique !

Un Dispositif Dérisoire de Bruxelles Face à la Chine Et

Chiffrage du Coût du Refus de la Solution Protectionniste de M. Allais

Chine

Aux Présidentielles 2012, l’AIRAMA, canal historique des combats de Maurice Allais, avait interpellé la sphère Politique au nom de la Science, en annonçant : 1) « l’irrésistible triomphe de notre prix Nobel en faisant l’arbitre « incontournable » du 3ème tour ! » 2) la mise en place d’un Indicateur Allais pour l’évaluation de la politique économique gouvernementale et du « coût » de son refus de l’évidence protectionniste en perte d’emplois et de croissance, alors que 82 % des Français sont protectionnistes.

Un an après, en présence de personnalités de l’économie, de la politique et des lettres, elle vous invite à sa :

Grande conférence de Presse de Lancement

Maison de L’Amérique Latine

Entrée de la Maison de l'Amérique Latine217, bd. St Germain 75007 Paris

Mardi 9 juillet 2013, 11 h à 12 h 30

 

Agenda :

1) Introduction :  A. Upinsky, Président [1]

2) Le protectionnisme « intelligent » de M. Allais : P. Bourcier de Carbon, Président-fondateur, démographe, économiste

3) La marche à l’hégémonie de la Chine valide la vision de Maurice Allais : Antoine  Brunet, Expert en analyse stratégique, Coauteur avec Jean-Paul Guichard de « La visée hégémonique de la Chine », L’harmattan Janvier 2011 (neuf éditions en langues étrangères)

4) Le non-sens de la transition énergétique sans protectionnisme : Philippe Murer, économiste, professeur de finance à la Sorbonne et membre du http://forumdemocratique.fr/

5) Indicateur Oméga Allais. Pierre Fuerxer, concepteur. Modélisation de l’économie à partir des comportements des acteurs, et non de données abstraites. Calcul de l’impact de la politique gouvernementale (libre-échangiste ou protectionniste). Chiffrage en perte d’emplois et de croissance depuis les présidentielles jusqu’à la fin du mandat 2017. Suivi de la « notation » de la politique gouvernementale.

Contact presse : courrierposte@orange.fr  et tel : 06 01 76 20 79

 made-in-china

 

 


[1] Auteur de Lettre ouverte à ceux qui croient (encore) que l’Europe c’est la paix, Albin Michel, 1992, et Le Syndrome de l’ortolan O.E.I.L./ F.-X. de Guibert, 1997