Catégorie : immigration

Le coût de l’immigration

L’évidence empirique :

Les grandes découvertes scientifiques résultent souvent de l’observation par des esprits curieux de faits qu’ils n’avaient aucunement prévu d’étudier.

Ainsi, la vocation de Maurice Allais pour l’économie est née d’un voyage aux États-Unis au cours duquel il a mesuré l’ampleur des dégâts occasionnés par la crise économique de 1929. Beaucoup plus récemment, européen convaincu, il a observé les conséquences de la mondialisation, c’est-à-dire la destruction des emplois et de croissance européenne. Il affirme alors, en 2007, dans son livre consacré à la mondialisation la primauté des faits sur les théories avec un sous-titre percutant : l’évidence empirique.

Une tragédie de notre histoire nationale, l’arrivée soudaine des rapatriés d’Algérie, nous donne l’occasion d’évaluer sur un cas d’école l’effet d’une vague d’immigrants sur une économie dont l’évolution était encore très peu dépendante des échanges extérieurs. Nous disposions en effet d’une monnaie souveraine, et cherchions à maintenir l’équilibre de la balance commerciale. Puisse cette épreuve que notre pays aurait aimé ne pas vivre, contribuer au progrès de la science économique…

L’utilisation de statistiques officielles :

            Depuis bien longtemps, l’INSEE publie de nombreuses statistiques. Pour ne pas tomber dans le travers des modèles complexes, nous pouvons n’utiliser que deux séries statistiques annuelles :

  • La population française depuis 1944,
  • Le PIB en prix chaînés depuis 1949.

 

Figure 1 : Variation de la population métropolitaine.

Courbe rouge : Variation par rapport à 1950.

Droite pointillée bleue : tendance à long terme,

Droite en tirets verts : droite décalée de 4%.

 

 

Figure 2 : Variation du PIB.

Courbe rouge : Valeurs relatives par rapport au PIB de 1950.

Droite pointillée bleue : tendance à long terme dans les années 50,

Droite en tirets verts : même tendance décalée de -10%.

 

L’arrivée des rapatriés correspond à la discontinuité observée en 1962.

Un résultat réellement surprenant ?

Nous pouvons alors calculer l’effet de l’arrivée des rapatriés sur le PIB par habitant français.

 

Figure 3 : Évolution du PIB par habitant depuis 1950.

La progression très rapide du PIB par habitant au début des années 50 s’arrête dès 1958 pour des raisons qui restent à expliciter (événements d’Algérie, rappel sous les drapeaux ou mobilisation des jeunes français, tensions avec les USA et l’OTAN).

Au début des années 60, la réduction du PIB par habitant est essentiellement due à l’afflux des rapatriés. La baisse de ce PIB par rapport à la tendance observée dans les années 50 atteint 10%. Le PIB par habitant baisse même de 5% sur 5 ans et n’augmente à nouveau qu’après 1968, toutefois plus lentement que pendant l’immédiat après-guerre. L’analyse complète de ces phénomènes sort du cadre strict de cette étude et sera abordée dans un prochain document.

Une évaluation empirique du coût de l’immigration :

            Sans entrer dans les différents types d’immigration (immigration de travail, de peuplement, regroupement familial…), les principaux effets de l’immigration apparaissent clairement :

  • L’arrivée d’immigrants ne modifie pas immédiatement le niveau du PIB. Le PIB doit alors être partagé entre les citoyens et les nouveaux arrivants.
  • L’arrivée des immigrants nécessite des investissements supplémentaires qui réduisent la part de la consommation de tous les ménages (construction de logement, infrastructures…).
  • Elle conduit donc, au moins temporairement, à un appauvrissement de la population locale dont la valeur est supérieure à la contribution directe de l’immigration au taux d’accroissement de la population (à long terme 3 à 4 fois ce taux d’immigration). L’arrivée de nouveaux travailleurs ne peut être valorisée qu’à long terme.

Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que l’immigration est nuisible en elle-même. L’arrivée d’immigrants en Amérique du Nord a indiscutablement contribué à l’essor de l’économie du nouveau monde, même si cela s’est fait au détriment des premiers habitants, les Indiens.

Une immigration temporaire peut permettre de faire face à un manque temporaire de main d’œuvre ou à un déséquilibre de la pyramide des âges. Toutefois, celle-ci est évidemment contre-indiquée dans un pays qui, comme la France, souffre d’un important chômage de masse.

Ne vaudrait-il pas mieux rechercher les causes de ce chômage et appliquer les mesures susceptibles de le réduire à son niveau irréductible indispensable à l’adaptation des entreprises à la demande et à l’évolution des marchés ?

Pourquoi certains pays recourent-ils l’immigration ?

               Bien évidemment, les dirigeants avancent des motifs humanitaires. Qui peut dire qu’il n’est pas nécessaire de secourir les migrants fuyant la guerre ou les catastrophes économiques ? Est-on certains qu’il n’existe pas d’autres solutions qui leur éviterait un déracinement familial et culturel ?

            Dans les années 60, lorsque les entreprises ne trouvaient pas la main d’œuvre dont elles avaient besoin, elles savaient faire appel à des travailleurs étrangers, mais ceux-ci ne cotisaient pas pour la retraite et savaient qu’ils devraient économiser et sans doute repartir un jour pour leur pays d’origine.

            L’immigration de peuplement, surtout depuis le regroupement familial, est bien différente. Elle est économiquement négative pour les citoyens, surtout si, comme en France, un chômage de masse pèse sur les revenus de tous les contribuables.

Pour l’employeur, il est transitoirement préférable d’embaucher un immigré, moins exigeant qu’un concitoyen. Il est naturel qu’il fasse ce choix, qui lui est quasiment imposé par une concurrence exacerbée par la mondialisation. Cet employeur peut même délocaliser sa production, a ainsi éviter de payer les salaires nationaux et les charges sociales associées. Il contribuera ainsi directement au déséquilibre des comptes sociaux, au déficit de la balance commerciale et à la désindustrialisation de la nation.

Pour la nation, le coût d’un chômeur s’ajoute au salaire de l’immigré qui le remplace. Il coûte alors plus cher, mais la charge supplémentaire est payée par la communauté, notamment les indemnités de chômage et les charges sociales associées.

Le recours à une immigration temporaire ou à une immigration de peuplement a des conséquences à long terme qu’il convient de prendre en compte. Malheureusement, comme dans tous les domaines de l’économie, les conséquences à long terme sont opposées aux résultats immédiats des décisions prises en urgence, sous la pression des faits.

N’oublions pas que l’intérêt national n’est pas la somme des intérêts particuliers ! Pourquoi la puissance publique ne choisit-elle pas de défendre l’intérêt à long terme de la nation ?

 

Pierre Fuerxer

Membre de l’AIRAMA.