Catégorie : Chômage

L’emploi Industriel qui montre que le chômage résulte d’un choix

La perte des emplois industriels

Introduction :

Maurice Allais a exposé dans un livre publié en 2007 avec le titre « La mondialisation, la destruction des emplois et la croissance ».  Plus de dix ans plus tard, « l’évidence empirique » sur laquelle il basait son argumentation est de plus en plus claire.

Figure 1 : courbes présentées dans la presse par Maurice Allais

 

Une précédente mise à jour :

En janvier 2017, une mise à jour faite à partir des dernières statistiques de l’INSEE confirmait les prévisions de Maurice Allais.

Figure 2 : Emploi industriel : Projection faite en janvier 2017.

Cette projection conduisait à un emploi industriel nul en 2045. Il est évident qu’une telle extrapolation ne peut être retenue. Il est bien certain que l’évolution actuelle ne pourra se poursuivre indéfiniment. Il reste toutefois à observer jusqu’à quel point cette tendance pourra se poursuivre et à anticiper les mesures qui permettront de faire face au choc qui accompagnera la fin de cette période de désindustrialisation.

 

Évolution de la population française :

Même si le vieillissement de la population est un fait indiscutable, la population française ne cesse de croître.

Figure 3 : Population totale selon l’INSEE

La répartition en tranches d’âge permet d’observer son vieillissement. Compte tenu de l’accroissement constant du temps partiel, les nombres d’actifs et de chômeurs ne sont plus significatifs. Ainsi, le volume de la population active n’est plus publié. Nous allons donc considérer l’emploi total et sa répartition sur la base des équivalents temps plein.

Figure 4 : Emploi total (équivalent temps plein)

 

L’évolution de l’emploi industriel correspond strictement à la tendance prédite par Maurice Allais il y a près de dix ans.

Figure 5 : Évolution de l’emploi industriel

Le taux d’emploi industriels correspond alors à la figure suivante :

Figure 6 : taux d’emploi industriel dans l’emploi total

Ce taux, qui était de plus de 35 % en 1948 est maintenant de l’ordre de 10%. Il subit à une réduction légèrement plus forte par rapport à l’ensemble de la population, en raison de son vieillissement qui réduit la part des  actifs. Sur cette courbe, la cassure de 1974 apparaît nettement.

Dans ces conditions, il est facile de constater qu’en tenant compte du vieillissement de la population, la décroissance du niveau de l’emploi industriel réel est conforme aux prévisions de Maurice Allais, et strictement celui constaté en janvier 2017. Sur cette courbe, le ralentissement apparent de la désindustrialisation n’est dû qu’au vieillissement de la population. En effet celui-ci réduit la part de la population active dans la population totale.

Figure 7 : Taux d’emploi industriel par rapport à la population totale

Il reste à expliquer les vraies raisons de cette réduction de l’emploi industriel.  En effet, celle-ci ne peut être attribuée aux seuls progrès techniques et au développement des robots.

 

PIB ou valeur ajoutée ?

Pendant longtemps, le PIB (Produit Intérieur Brut),  malgré ses nombreux défauts, a été la mesure de l’activité économique.

Aujourd’hui, l’INSEE publie des mesures détaillées de la valeur ajoutée. Des données détaillées relatives aux diverses activités économique sont maintenant disponibles.

Nous les avons regroupées en trois domaines différents (Figure 8).

Figure 8 : Répartition de la valeur ajoutée

  • En bleu : Activité commerciales
  • En vert : Activités de service,
  • En rouge : Activité industrielles.

Le niveau des activités agricoles n’a pas été tracé compte tenu de sa très faible valeur.

Les pourcentages des valeurs ajoutées  industrielles et agricoles correspondent au graphique suivant (figure 9).

Figure 9 : Industrie et agriculture

  • Courbe bleue : Industrie,
  • Courbe rouge : Agriculture.

Elles sont très petites derrière les activités de service au sens global, en incluant les services commerciaux et les autres services, notamment aux entreprises (figure 10).

 

Figure 10 : Part des activités de service

Le transitoire présent sur les courbes correspond à mai 1968, période pendant laquelle l’activité industrielle a été fortement perturbée.

La répartition de la valeur ajoutée telle qu’elle apparaît dans les statistiques de l’INSEE  est donc bien plus instructive que celle du PIB. La somme des revenus pouvant être supérieure à la valeur ajoutée totale qui est la production réelle.

 

Le chômage importé :

En 2012, nous avions montré que les seules importations chinoises correspondaient à la perte de 2,7 millions d’emplois. Si nous ajoutons ces emplois à la valeur constatée en 2012, les courbes des figures 5 et 7 sont modifiées de la façon suivante (figures 11 et 12).

Figure 11 : Part des emplois industriels corrigé pour 2012

Figure 12 : Taux d’emploi industriel corrigé pour 2012

Ces courbes démontrent que  le chômage importé résultant des seules importations chinoises suffit à compenser la réduction de l’emploi industriel observée depuis 1974. Il est certain que si ce calcul avait été fait sur l’ensemble des importations, l’emploi industriel corrigé de l’effet des importations aurait poursuivi sa croissance au-delà de 1974.

La réduction de l’emploi industriel est donc clairement la conséquence d’une politique qui a, sciemment ou non, créé un chômage de masse.

 

Conclusion :

Cette analyse montre que le chômage de masse n’est pas une fatalité. Il résulte de d’une politique délibérée, le libéralisme, qui conduit naturellement à la mise en concurrence des travailleurs et des régimes sociaux du monde entier.

À la suite de mai 1968, la compétitivité de l’économie française n’a pu être rétablie que grâce à deux dévaluations du franc et une réévaluation du Mark. Toutefois, comme le modèle OMEGA l’a très clairement expliqué, ces événements ont conduit à une réduction de la croissance six ans plus tard.

En 1973-74, l’abandon  de notre souveraineté monétaire par le président Pompidou et Valery Giscard d’Estaing a eu des conséquences catastrophiques à long terme. Ne pouvant plus ajuster la compétitivité nationale en dévaluant le franc, nos gouvernements ont mené une politique mondialiste irresponsable. Le maintien du pouvoir d’achat des salariés et des revenus des capitaux s’est fait grâce à des expédients : exportations d’armes, importations en provenance des pays à faibles coûts salariaux, vente d’entreprises… Le recours aux banques privées pour ajuster la monnaie a introduit une dette publique totalement injustifiée, comme Maurice Allais et de nombreux économistes l’ont démontré. Globalement, cette politique a conduit inéluctablement à une augmentation du chômage.

L’adoption de l’EURO (€) a été présentée comme la solution finale aux problèmes des états européens. Force est de constater qu’il n’en est rien. Le mondialisme continue à détruire méthodiquement l’économie française et d’autres états européens.

On nous assure que la réduction de l’emploi industriel est un phénomène inévitable, une conséquence des progrès de la technologie, et en particulier du développement des robots industriels. En réalité, des emplois sont créés dans d’autres pays. Tout se passe comme si nous avions décidé de délocaliser notre industrie en transférant nos capitaux à l’étranger en vue d’y réaliser, à moindre coût, les produits demandés par notre marché intérieur.

Le déficit de notre balance commerciale et la croissance du chômage sont alors inévitables. N’est-il pas temps d’abandonner une politique qui, selon l’expression de Maurice Allais, a fait la « démonstration empirique » de sa nocivité ?

 

Pierre Fuerxer,

Membre de l’AIRAMA.

 

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LE CHÔMAGE IMPORTÉ

Introduction :

               En France, le chômage ne cesse d’augmenter depuis 1974. Les responsables ont longtemps considéré que celui-ci était dû à une crise passagère et qu’il régresserait spontanément dès que l’économie repartirait. Maurice Allais a lié ce chômage de masse aux importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre. Qu’en est-il exactement ? Peut-on conforter par des simulations l’évidence économique dont il parlait ?

 

Un phénomène mystérieux ?

               Maurice Allais, européen convaincu a dénoncé le rôle des importations dans le développement du chômage. Il expose ses arguments dans son livre sur l’Europe intitulé « La mondialisation, la destruction des emplois et la croissance », publié en 2007, avec le sous titre percutant, « l’évidence empirique« .

               Il publiera dans la presse divers articles montrant la réduction brutale de la croissance et la montée du chômage depuis 1974 (figure 1) :

Courbes de <abbr>PIB</abbr> et emploi publiées par Maurice Allais

Figure 1 : Courbes de PIB et emploi publiées par Maurice Allais.

               Cette cassure, que Maurice Allais attribue au développement du libéralisme, peut être reproduite par le prédicteur Oméga-Allais, comme les courbes suivantes le montrent :

Courbes calculées par le modèle Oméga-Allais Courbes calculées par le modèle Oméga-Allais

Figure 2 : Courbes calculées par le modèle Oméga-Allais.

Ces courbes confirment que cette réduction de la croissance résulte bien de la perte de compétitivité de l’industrie française due aux événements de mai 1968. En effet, il suffit d’introduire dans le modèle un retard de deux trimestres dans l’engagement des investissements pour reproduire la cassure de 1974. Ainsi, bien que la dévaluation intervenue en 1969 et la réévaluation du mark soient intervenues, la croissance de l’économie a été durablement réduite.

               La réduction de l’emploi industriel observée par Maurice Allais correspond alors directement au rapport entre le niveau du PIB réel avec celui qui aurait été atteint si la croissance n’avait pas été réduite par ce désinvestissement. Quant-à-elle, la dette correspond au manque de production industrielle par rapport à une consommation dopée par les accords de Grenelle.

               Ainsi, le maintien d’un pouvoir d’achat à un niveau proche de celui qu’il aurait atteint en l’absence du désinvestissement survenu en 1968, c’est-à-dire à un niveau supérieur à celui permis par la seule production nationale, a eu deux conséquences :

  • Une réduction de la part de l’industrie nationale dans la consommation qui induit une croissance du chômage. À moyen terme, le manque investissement réduit la croissance de la production nationale. L’augmentation du chômage correspond alors aux emplois qu’aurait dû créer l’économie pour maintenir le niveau de vie des français. Ceux-ci ont bien été crées, mais délocalisés à l’étranger.
  • Une dette extérieure de l’état et des entreprises (ou la vente de leur capital, ce qui est équivalent). Celle dette correspond à l’excès de consommation sur la production.

Ce mécanisme avait été clairement expliqué par Maurice Allais dans son livre publié en 2007.  Nous devrons donc considérer un nouvel indicateur économique, la balance du travail, explicitant l’effet des importations sur l’emploi.

 

Les causes du chômage selon Maurice Allais :

               Dans ses articles, Maurice Allais identifiait une cause structurelle souvent ignorée ou contestée du chômage : les importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre, y compris de ceux appartenant à l’union européenne.

L’estimation du chômage induit par la mondialisation faite par Maurice Allais se fonde sur une remarque de bon sens : Il faut comparer entre elles les quantités de travail exportées et importées, donc prendre en compte la part salariale des objets importés de l’ensemble des pays à bas coût de main d’œuvre au prix de l’heure d’ouvriers français et non en prix de la main d’œuvre locale.

Toute importation correspond donc à une quantité de travail qui doit être comptée en heures et non en coût au taux de change en vigueur. Elle doit être valorisée au coût de la main d’œuvre française de qualification équivalente.

En sens inverse, les exportations françaises correspondent à des produits technologiques (par exemple des avions), c’est-à-dire à des heures de personnels très qualifiés, donc à des coûts horaires plus élevés. À prix égal, une exportation produit donc beaucoup moins de travail à la nation qu’une importation ne lui en coûte.

Nous devons alors considérer une nouvelle balance, La balance du travail comptée en temps de travail. Déficitaire, elle indiquera le niveau de chômage importé. Excédentaire, elle indiquera le niveau de travail importé.

Il est difficile de comparer les parts salariales des objets de fabrication locale avec celle des objets importés. Les statistiques ne peuvent estimer celles-ci de façon précise en nombre d’heures.

Sans reprendre les statistiques de 1997, une remarque de bon sens permet de contourner cette difficulté. En effet, la demande totale (somme de la consommation et des investissements), est directement  ou indirectement une consommation. Comme la consommation des ménages, les dépenses d’investissement se traduisent pour partie en travail, donc en salaires, et en consommation de ressources naturelles. Hors coût des matières premières, pays par pays, les temps de main d’œuvre sont donc indirectement proportionnels aux valeurs ajoutées.

Adoptons la démarche de Maurice Allais. Nous pouvons comprendre le mécanisme conduisant à importer du chômage en étudiant un exemple : les importations en provenance de la Chine.

             Pour déterminer le poids réel des importations, exprimé en perte d’emploi, il faut corriger le montant des importations de la façon suivante :

  • Tenir compte du niveau des coûts salariaux (6,2 plus faibles pour la Chine). En effet, la part de main d’œuvre contenue dans un produit importé de Chine aurait été 6,2 fois plus chère si elle avait été payée en France.
  • Prendre en compte tous les pays, internes ou non à la CE, sans oublier les importations indirectes. Celles-ci sont de la main-d’œuvre importée et doivent être comptabilisées de la même manière.
  • L’effet de la perte des emplois indirects (avec un facteur correctif supérieur à 1).

 

En 1997, le taux d’importation des produits en provenance de la Chine ne représentait officiellement que 1,2% du PIB, le poids de ces produits industriels n’était que 28% du PIB. Pour de nombreux économistes, ces importations avaient une influence négligeable, alors qu’en prenant en compte des écarts de coût salariaux, il aurait dû être estime à au moins 7,5% de l’emploi, soit plus de la moitié des pertes d’emploi industriel constatées.

 

Coûts horaires de la Main d’œuvre 1993 :

(toutes charges incluses)

Ouvriers qualifiés ou équivalent

En francs aux cours des changes

Groupe

Pays

Coût  (francs)

valeur relative

rapport

I

France

55

100

1

Madagascar

1,2

2

50

Viêt-Nam

1,5

3

36,7

Inde

2,6

5

20

Philippines

4

7

14

Thaïlande

5,5

10

10

Ile Maurice

5,75

10

10

Chine

9

16

6,2

Taïwan

23

42

2,4

Moyenne

 

7,8

12,8

II

Roumanie

2,5

5

20

Pologne

5

9

11,1

Ex-Tchécoslovaquie

11

20

5

Hongrie

11

20

5

Moyenne

 

11,8

8,6

III

Maroc

10

18

5,5

Tunisie

15

27

3,7

Moyenne

 

22

4,5

I+II+III

Moyenne Générale

 

10,2

9,8

 

               Figure 3 : Coût relatifs de main d’œuvre (la mondialisation, page 331).

 

La réduction de la croissance :

Maurice Allais présente comme une évidence la relation entre la mondialisation et la réduction de la croissance (du moins dans notre pays).  Il n’est pas nécessaire de rappeler que l’économie ne se développe que si des investissements conduisent à une offre, des revenus, et la demande correspondante.

Si une part excessive de la demande est satisfaite par des produits importés, la demande intérieure diminue. Il en résulte une baisse des profits générés, du volume de travail consacré, soit au maintien ou au développement de la production, soit à la consommation. Enfin, la libération des mouvements de capitaux permet à ces profits de rechercher la rentabilité maximale en soutenant l’activité économique des pays dans lesquels les coûts sont les plus faibles.

Nous devons donc considérer dans les relations internationales quatre flux: les produits, les investissements, le travail et les capitaux qui, comme la possession de ressources naturelles, permettent de constituer des rentes de situation. Les données statistiques correspondantes sont la balance commerciale, les investissements à l’étranger, la nouvelle balance du travail et enfin  les dettes, remboursables ou non, des états et des entreprises.

 

La balance du travail :

               Cette nouvelle balance, La balance du travail doit être comptée en temps de travail. Déficitaire, elle indiquera le niveau de chômage importé. Excédentaire, elle indiquera le niveau de travail importé. Pour établir cette nouvelle balance, nous devons prendre en compte, séparément pays par pays, et sans doute activité par activité, les importations et les exportations. Chaque transfert doit être valorisé en temps de travail, direct ou indirect, sachant que toute activité productrice est essentiellement des salaires, donc du temps de travail.

En 2009, alors que le solde des échanges avec la Chine était 22 G€, les importations depuis ce seul pays étaient de 30 G€, soit approximativement 1,5% du PIB. Le déficit de la balance commerciale était alors de 53,4 G€. La part de main d’œuvre contenue dans ces importations est sous-évaluée. En prenant la valeur publiée par Maurice Allais pour la Chine pour l’année 1993, le coût de main d’œuvre aurait été (6,2-1) fois supérieur pour une production en France, soit 7,8% du PIB.

Nous devons évaluer l’emploi supprimé par cette importation. Pour cela, admettons dans un premier temps que la totalité de la production résulte de coûts de mains d’œuvre. En effet, des mines d’où les matières premières sont extraites, aux circuits de distribution, les coûts résultent de salaires et profits qui finissent en consommation. Ainsi valorisée, cette importation correspondrait à 2 millions d’emplois perdus.

Les importations en provenance de la Chine ont été en 2012 de 41,4 G€, soit 2% du PIB et le déficit de la balance commerciale de 80 G€, soit 4% du PIB. Avec les mêmes paramètres, le nombre de chômeurs lié aux seules importations chinoises serait de 2,7 millions.

Bien évidemment, ce calcul n’a qu’une valeur explicative du mécanisme par lequel ces importations contribuent à la baisse de l’emploi industriel. Un calcul plus précis, pays par pays, permettrait de chiffrer de façon précise la part des importations provenant des pays à faible coût de main d’œuvre dans la hausse du chômage.

Il y a donc une relation directe entre le nombre de chômeurs et le niveau des importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre.

Bien évidemment, comme la balance commerciale, cette nouvelle balance subirait les variations des taux de change et des évolutions sociales de nos partenaires économiques. Elle permettrait au moins de comprendre les vraies raisons du chômage lié à la mondialisation et de déterminer les actions susceptibles de le maitriser.

Comment peut-on espérer traiter un mal sans en avoir identifié les causes et trouvé les remèdes  à appliquer ?

 

L’évolution de l’emploi industriel :

               Pour calculer le niveau de la perte d’emploi, il faut donc considérer la totalité des importations des pays à faible coût de main d’œuvre  et le solde des échanges, et non seulement le déficit de la balance commerciale. Cette étude devrait porter sur tous les pays, y compris les pays de l’union européenne.

               Ensuite, ces données devraient être introduites dans un modèle dynamique analogue au modèle Oméga-Allais. Ceci permettrait de prévoir à échéance de plusieurs années les conséquences inévitables des distorsions sociales et monétaires entre les nations.

               Avant toute chose, nous devons mettre à jour les graphiques tracés par Maurice Allais en 1994. Nous disposons pour cela des statistiques de l’INSEE qui, malgré des modifications régulières des agrégats, permettent de bien comprendre l’inévitable régression de notre industrie.

               Nous trouvons les données suivantes :

  • Diverses statistiques de population qui présentent quelques discontinuités dues aux modifications de périmètre (la dernière modification étant la prise en compte de Mayotte).

Population françaiseFigure 4 : population française.

  • La courbe rouge est une ancienne série maintenant arrêtée,
  • La courbe bleue est la superposition de deux séries rouges et bleues nouvelles,
  • La courbe pointillée est la tendance moyenne observée depuis la cassure de 1974.

 

  • Des séries donnant l’emploi total et l’emploi salarié industriel (figure 5) :

Emploi total et emploi salarié industrielFigure 5 : Emploi total et emploi salarié industriel.

  • La courbe bleue correspond à l’emploi total,
  • La courbe rouge à l’emploi salarié industriel,
  • La courbe en pointillé verts correspond au taux de croissance moyen de la population.

Ces données permettent de mettre à jour la figure tracée par Maurice Allais à partir des statistiques disponibles en 1992 (page 126 du livre de Maurice Allais sur la mondialisation).

La politique économique libre échangiste adoptée en Europe depuis 1974 n’ayant pas varié, la destruction de l’industrie française s’est poursuivie, entrainant une croissance continue du chômage.

Pourcentage des emplois industriels dans la population activeFigure 6 : Pourcentage des emplois industriels dans la population active.

               La poursuite de la désindustrialisation au rythme actuel conduirait à la disparition totale de notre industrie dans moins de trente ans !

Pourcentage des emplois industriels : Extrapolation au rythme actuelFigure 7 : Pourcentage des emplois industriels : Extrapolation au rythme actuel.

               Chacun peut imaginer ce que serait une économie sans industrie, avec une agriculture endettée et dépendant totalement  de multinationales, des services entièrement Uberisés, avec un état incapable d’assurer ses fonctions régaliennes…

 

Les conséquences de la désindustrialisation :

               Bien évidemment, faute de volonté politique de rechercher les causes réelles du chômage, l’INSEE n’établit pas la balance du travail, mais il existe des indicateurs permettant de l’estimer. Considérons la série statistique donnant le volume des importations en provenance de la zone Asie du Nord (Japon, Chine, Corée notamment), d’où vient une grande partie des produits technologiques importés.

               Les figures 8 et 9 présentent ces données en valeurs mensuelles et annuelles de cette série statistique exprimées en millions d’Euros.

Nous observons qu’en dehors d’un léger fléchissement en 2009, le niveau de ces importations n’a cessé d’augmenter. En chiffres ronds, les importations de ces pays correspondent à 60 G€ par an, soit 3% du PIB.

Fabriqués en France, le coût de ces produits serait 18% d’un PIB qui augmenterait de 13%. Sa valeur deviendrait 115% de sa valeur actuelle. L’emploi industriel serait augmenté de 18% de l’emploi total, soit 4,8 millions, ce qui correspond grossièrement au chômage total français.

Figure 8 : série mensuelle des importations de la zone Asie du Nord.Figure 8 : série mensuelle des importations de la zone Asie du Nord.

Figure 9 : Série annuelle des importations de la zone Asie du Nord.Figure 9 : Série annuelle des importations de la zone Asie du Nord.

               Bien évidemment, nos exportations vers ces pays contribuent en sens inverse à la croissance de l’emploi, mais d’une façon marginale. Enfin, cette région du monde n’est pas la seule à considérer dans cette analyse. Nous ne produisons pratiquement plus de tissus et de vêtements et dépendons de nombreux fournisseurs étrangers : l’Inde, le Pakistan, le Bengladesh, la Turquie, la Somalie … Les emplois correspondants doivent être ajoutés aux précédents.

               La balance du travail est donc très négative, ce qui explique le sous-emploi actuel des français.

 

Une nécessaire analyse géopolitique :    

               Cette analyse des causes de chômage en France montre l’importance géopolitique du partage international du travail. En Europe, nous avons été habitués à penser que notre avance technologique justifiait notre niveau de vie comparativement élevé par rapport aux autres nations.

               Nous avons facilement accepté que les paysannes qui ramassent le coton vivent dans des conditions misérables. Nous acceptons aujourd’hui de délocaliser les productions de composants indispensables à l’économie numérique qui nous ferait entrer, nous assure-t-on, dans un avenir radieux. Que ferons-nous lorsque nous ne contrôlerons plus les technologies nécessaires ?

               Peut-on faire l’impasse sur ces questions qui ne peuvent être réellement abordées dans le cadre de cette étude limitée aux causes immédiates du chômage de masse que nous observons en France, mais qui sont un enjeu mondial pour nos sociétés ?

 

Des enjeux fondamentaux :

Les relations internationales dépendent de nombreux paramètres mais peuvent être résumées par deux indicateurs principaux : le flux des investissements, c’est à dire la balance entre les investissements français à l’étranger et des investissements étrangers en France, et la balance commerciale.

Elles dépendent également, selon l’expression de Maurice Allais des rentes de situations liées aux avantages naturels des pays (en particulier leurs ressources naturelles), et aux droits acquis (par exemple la possession du capital).

Dans un monde en équilibre, les échanges pourraient contribuer à un enrichissement mutuel des nations, chacune se spécialisant dans les produits pour lesquels elles sont les plus compétitives. Il en va différemment si le déséquilibre des échanges est associé à la liberté de circulation des capitaux.

Au déséquilibre des balances commerciales s’ajoute alors des transferts de capitaux qui permettent la mise en concurrence mondiale des entreprises. Toutes les formes de concurrence s’ajoutent les unes aux autres, et le dumping devient une pratique courante contre laquelle il n’y plus de protection possible.

 Enfin, en contribuant au développement de dettes abyssales des états et des entreprises, le chômage importé ne peut que conduire à des crises monétaires graves et à la faillite d’entreprises et de nations, mais cette question dépasse l’objet de cet article consacré au seul chômage importé.

Évaluer avec la plus grande précision possible les causes et le coût du chômage importé est donc fondamental pour la conduite de l’économie en vue du bien commun des nations.

L’INSEE ne devrait-elle pas publier une balance du travail, outil indispensable d’une politique économique ?  Selon le souhait de Maurice Allais, elle contribuerait ainsi à donner aux décideurs les outils permettant d’éviter le retour de catastrophes semblables à la crise de 1929, et de promouvoir le progrès social pour le bénéfice de tous.

 

Pierre Fuerxer (X 61)

Membre de l’AIRAMA.