Catégorie : Économie

Prévisions économiques 2016-2020

 

            Le modèle Oméga-Allais fait des prévisions sur la base des mécanismes de l’économie réelle. Il extrapole l’évolution  de l’économie à partir d’une modélisation du comportement dynamique des acteurs économiques, les entrepreneurs et les consommateurs.

            Cette démarche correspond à celle adoptée par Maurice Allais pour prédire la demande de monnaie avec son modèle « Héréditaire, Relativiste et Logistique » (voir l’article de Philippe Bourcier de Carbon ).

Des prévisions à 4 ou 5 ans ne peuvent tenir compte des aléas conjoncturels liés aux variations des marchés, des taux d’intérêt, du prix du pétrole et des mesures d’incitation fiscales. Nous ne publions donc qu’une fois par an de nouvelles prévisions sur quatre ou cinq ans qui ne peuvent tenir compte de ces incitations.

 

Rappel des prévisions faites fin 2014:

            En 2015, nous avions fait des prévisions sur la base des séries économiques en base 2005 publiées par l’INSEE. Ces données statistiques avaient été prises en compte jusqu’en fin 2014.

Prévisions faites à partir de fin 2014Figure 1 : Prévisions faites à partir de fin 2014.

  • La courbe verte correspond aux valeurs de PIB en base 2005 publiées en 2014 par l’INSEE.
  • La courbe bleue était la prévision faite à partir de 2005, en tenant compte de la fuite des capitaux publiée par la Banque de France (valeurs annuelles connues jusqu’en 2010). Ces prévisions étaient validées jusqu’en 2015, soit sur 10 ans.
  • La courbe rouge était une prévision faite en supposant la fuite des capitaux terminée après 2010. Compte tenu du délai moyen entre les décisions d’investir et la croissance de la production, l’économie était alors supposé libre de toute influence extérieure postérieure à 2010.

            Evidemment, ces prévisions  supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, prix du pétrole qui ont un effet quasi immédiat…

Prévisions faites fin 2015 :

            Nous pouvons mettre à jour ces prévisions à long terme faites fin 2014 en introduisant dans le modèle les données de PIB observées en 2015. Les résultats sont les suivants :

Prévisions fin 2015Figure 2 : Prévisions fin 2015.

             Sur le fond, ces prévisions sont évidemment très voisines, mais ne peuvent être directement superposées en raison de nombreuses  modifications des séries statistiques :

  • Les montants ne sont plus en euros 2005 mais en euros 2010,
  • La série de valeurs du PIB publiées par L’INSEE sont en base 2010. Elle a été ajustée pour neutraliser les effets des différences entre les bases 2005 et 2010.
  • La hausse du périmètre de PIB introduite par les directives européennes a été intégrée.

 

La modification des bases de l’INSEE conduit en effet à une forte croissance apparente du PIB qui apparaît dans la figure suivante (figure 3).

Figure 3 :

  • La courbe rouge correspond aux valeurs publiées en base 2005,
  • La courbe bleue correspond aux valeurs en base 2010.
  • Les deux courbes sont recalées pour tenir compte de la variation de l’EURO.

 

La croissance observée depuis 2005 apparaît essentiellement due à l’évolution progressive de la base sur laquelle le PIB est calculé. Elle est donc largement artificielle.

 

Evolution entre ces prévisions :

Comme cela a été dit, ce modèle de prévision ne prend en compte ni les fluctuations liées à la conjoncture internationale,  ni celles résultant des effets à court terme des différentes incitations monétaires et fiscales.

La conjoncture actuelle est exceptionnellement favorable. Ceci a retardé la baisse attendue du PIB. Toutefois, le modèle Oméga-Allais n’a pas changé d’orientation. Il continue à prévoir pour 2020 une forte baisse du PIB.

L’investissement restant inférieur au niveau nécessaire au maintien de la production industrielle, la tendance ne peut s’inverser que très temporairement en raison de mesures conjoncturelles dont les conséquences à long terme risquent d’être catastrophiques.

Un retour à une conjoncture économique mondiale moins favorable (prix du pétrole et taux d’intérêt) conduirait mécaniquement à une baisse du PIB de l’ordre de 7% et pourrait amorcer une crise d’une ampleur incomparable avec celle de 2007-2008.

Pierre Fuerxer,

Membre de l’AIRAMA

 

 

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Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une interview de l’auteur publiée initialement par le site Médias-Presse-Info et repris ici le 5 juin.


À propos du Brexit : un brouhaha politico-médiatique soigneusement alimenté

Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes (Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique sur la finance internationale. L’emblématique allocution de Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la City (1). Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y a de quoi, pour le moins, sourire…

Une autre facette de la narrative politico-médiatique est l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un pays des institutions européennes (2). Le Brexit sonnerait donc le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de l’Union Européenne, dont la perte d’indépendance serait exclusivement imputable aux actuelles institutions européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union Européenne et le début d’une grande victoire générale des peuples européens sur leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.

Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un titre.

D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains − John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites européennes suite à l’inquiétant  Brexit − et la faction pro-américaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au développement de l’empire américain ; cette faction de l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il est évident que cette partie de la population, auto-proclamée élite politique, dont les éléments sont encore – pour une large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des institutions européennes ; avec au surplus un risque de contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation mondiale par cette partie de l’élite. La faction pro-américaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie ; il agit, par le biais des banques et des institutions monétaires internationales, en tout point de la planète comme s’il était chez lui.

D’autre part parce que la prochaine dislocation des institutions européennes, annoncée comme imminente par les médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis à la domination des instances technocratiques unionesques.

Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le double discours de certaines élites qui abondent dans un sens et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de conquérir le pouvoir (3). Il est loisible de soupçonner Peter Sutherland (4), mais aussi Christine Lagarde du FMI (5) de ce type de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland, il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du discours de cet individu.

D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au contraire, renforcer l’Union Européenne (6) ; de tels individus allant même jusqu’à édicter des conditions pour le renforcement de ladite union.

Les élites bancaires et financières mondiales, qui se sont appuyées pour un temps (assez long) sur la frange des partisans de la domination américaine, n’ont et n’auront jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés partisans de la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique – afin de poursuivre leur stratégie de long terme.

Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle, à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de l’Union Européenne, après le retrait anglais.

La réalité institutionnelle « européenne » post-Brexit

Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des autres pays membres de l’Union Européenne.

Le cas anglais

La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée par les principaux méfaits des institutions européennes puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro. D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que réellement à la réalité civile issue des traités européens successifs.

S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de l’Union Européenne ne changera absolument rien à la quasi fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire (7), que paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux (8).

S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant), les finances – bourse et livre sterling – britanniques, celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers chinois.

La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement, une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble (9) – à l’exception notable des récents acquéreurs de biens immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.

Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par une baisse durable de l’immobilier britannique.

Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne change, concrètement, pas grand-chose à la situation géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands capitaux prospérant à la City et à Wall Street.

Les autres pays membres de l’UE – dont la France : vers davantage d’intégration européenne et de désintégration des États-nations ?

Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine (ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas sur la longue – centenaire – histoire des institutions européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz (10), le sociologue Pierre Hillard (11), ou encore le politicien François Asselineau (12).

Peu importe donc la domination opérée par et sur la superstructure européenne, la seule domination qui compte réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce stade, certains de la validité d’une telle interprétation des choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des armées d’hommes.

Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché transatlantique est le continuum logique de ces institutions. Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question pour les instances germano-européennes de renoncer à ces grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union Européenne (13).

Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe probablement le début de la fin de l’Union Européenne sous domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de l’intégration européenne et le cortège de désintégration des États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la domination américaine sur les instances européennes va s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte. Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore plus financière, des instances européennes au détriment de la domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant plus probable que les élites dirigeantes des pays européens sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que l’on retrouve à la City).

La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libre-échange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union Européenne en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et, justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau départ européen vers d’avantage d’intégration.

Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes encore plus intégrées (14). La souveraineté de la France et des autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN, sa dissuasion nucléaire etc.

Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que nous les connaissons actuellement est leur valeur expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une expérience institutionnelle faite à un moment donné.

Ce que révèle le Brexit : une permanence de la stratégie et un changement de tactique

Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée – des processus de modifications juridiques en cours au niveau international, il apparaît utile de faire un bref tour d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel historique des principales avancées institutionnelles en matière monétaire, financière et économique au cours des derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une considérable accélération à compter de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694, 1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
  • Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale aux USA ;
  • Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et dossiers de la part d’un quelconque État ;
  • Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 : FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
  • Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
  • Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui officialisent le libre-échange en droit international public ; l’UE devenant la manifestation politique du principe du libre-échange ;
  • Création du système européen des banques centrales et de l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union Européenne ;

Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique – que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique, comportant la signature de multiples traités multilatéraux.

Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à fait improbable que le Brexit opère une quelconque modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite, qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même : la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à l’organisation d’un gouvernement mondial.

Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement de l’Union Européenne – et surtout de l’empire américain qui est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie mondialiste pour parvenir à ses fins.

Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie – qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses objectifs de long terme : moindre résistance sociale, politique et économique des peuples dominés. L’Union Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois : ils accélèrent la chute de l’empire américain (15) tout en progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue, la désintégration de la domination américaine sur l’Europe, dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait, finalement, être une étape nécessaire et indispensable.

Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que s’étonner de la permanence des méthodes de domination employées par la petite caste des dominants, représentée par les principaux propriétaires des banques internationales.

En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le phénomène du développement et de la concentration des richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de figure, un pacte oligarchique a permis le développement soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la grâce du libre-échange l’usine du monde (16). Souvenons-nous en effet que les principales élites américaines, au premier titre desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de développement industriel – combinée au principe du libre-échange rendu possible par le système politique fédéral en vigueur dans ce pays.

La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit également sa fulgurante ascension économique dans le dernier tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide financière des banques – et autres investisseurs extérieurs – et de la généralisation au niveau international cette fois-ci du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de circulation des capitaux est rendue possible par la combinaison de la généralisation du principe de libre-échange avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement entretenus dans et par les paradis fiscaux (17).

Les institutions européennes : un laboratoire in vivo

Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans le cadre de la permanence de la stratégie de planification mondiale), il est tentant de considérer les institutions européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.

D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non ruban  ou autre chose encore… –  bientôt transformé en système monétaire européen, lequel a précédé le système européen des banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de l’eurozone.

Un pas plus loin, les institutions européennes furent une expérience unique de monnaie dite commune  sans gouvernement économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.

D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la défunte URSS, la création des institutions européennes est contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ; cette particularité fait que l’Union Européenne pourrait bien préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial superposé à des structures juridiques de type fédéral composées de blocs géographiques (18) dépourvus de frontières capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être politique serait d’être des courroies de transmission pour un gouvernement central, l’ensemble du système permettant un contrôle effectif des populations.

Enfin, les institutions européennes représentent une expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation facilite la création de chocs économiques et monétaires à répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir, lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.

Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union Européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette alliance est le pendant militaire des institutions européennes (à usage civil et financier).

L’OTAN : rôle et perspective d’évolution

L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux rôles essentiels.

Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la planète en partageant les frais financier et humains avec les pays membres de l’alliance (19) ; en réalité il s’agit, de plus en plus, pour les USA de faire financer leur domination militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement, l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non américains est un moyen simple et efficace pour les USA de s’assurer de la loyauté interne des États membres de l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet aux USA de liquider le problème européen (20).

Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et économiquement condamné par les élites bancaires internationales, il devient intéressant de se poser la question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre les choses dans une perspective temporelle.

D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin – d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place centrale dans le développement du phénomène d’asservissement. Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet avenir ne se présente pas de façon favorable pour les populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante restera aux commandes du monde).

Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ? Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence des considérables avancées technologiques et robotiques ; la même tendance se dessine en matière militaire où les drones tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions, les avions.

Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité – on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer son indépendance (21), non plus de la domination américaine vouée à disparaître, mais de la domination financière, au contraire promise à un bel avenir.

Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans lequel la domination pourra être assurée non plus par des hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour où les armées composées d’humains seront reléguées dans les brocantes de l’histoire.

Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite financière internationale sans réelle attache géographique.

Un principe intangible : celui qui tient la monnaie tient les économies et les politiques

On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique, auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de conséquence, celles de la politique.

Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière (22) : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois » (23).

L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président de la Commission Européenne dans une grande banque multinationale (24) – notons au passage que ledit Barroso est passé d’un maoïsme passionné (25) à Goldman Sachs sans état d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des choses ; une sorte de corruption structurelle et non conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou de la direction de banques centrales – officiellement mais à tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de l’ancien président de la République Georges Pompidou.

La voie conceptuelle d’une sortie effective de la mondialisation oligarchique

La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la vie en société et le concept de pouvoir.

La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour devenir intégralement incluse dans les concepts économiques. Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus par les économistes – toutes écoles confondues – et les financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait économique.

Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on veut bien considérer que le fait politique est l’organisation des rapports régissant la vie en commun, le fait économique s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire dépendre le fait politique du fait économique est une très étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant – dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut que le fait politique soit intégralement soumis au fait économique. C’est à la condition de cette prise de conscience collective que la politique retrouvera ses lettres de noblesses et les humains leur droit de cité dans le gouvernement des hommes.

La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui permettra ensuite à une éventuelle volonté politique d’inverser le processus.

Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – (26) conjuguée au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement autorisé à se mettre en place (27) sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.

Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la continuation de la mise sous tutelle financière, économique, juridique et politique de ces derniers.

À moyen-terme, la suite logique sera une sorte d’internationalisation du phénomène de la crise grecque (28) et de disparition des concepts même d’État et de nation.

Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme (perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs propres vies) et la disparition de la dignité humaine continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute résistance organisée.

Valérie Bugault

 

 

 

 

 

Liens :

[1] Cf. https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une ancienne trader d’origine allemande : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx

 

[2] Cf. par exemple : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater

 

[3] Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la défaite française à la bataille de Waterloo : http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiales_a32261.html

 

[4] Cf. http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-president-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/ ; https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704

 

[5] Cf. https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revoit-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/

 

[6] Cf. Georges Soros : http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c

 

[7] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192

 

[8] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes ; http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-five-eyes/

 

[9] Cf. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-brexit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilier-londonien-2406-837843.html ; http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-immobiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6-be92-6642240b8ece/?pagination=4

 

[10] Cf. sous forme de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0 ; https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de livre : https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1960/dp/2370710012

 

[11] Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresistible_par_Pierre_Hillard-424323.html

 

[12] Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2 ; https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA

 

[13] Cf. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-transatlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-le-brexit_4967374_3234.html ; https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncker

 

[14] Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ; https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/

 

[15] Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html : Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le cheval de Troie chinois dans l’Union Européenne au détriment de la suprématie états-unienne

 

[16] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange ; ainsi que http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-propriete-privee

 

[17] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux mais aussi http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange

 

[18] Cf. Voir en ce sens, Pierre Hillard : http://www.voltairenet.org/article164176.html

 

[19] Cf. en ce sens l’amiral Debray : https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debray

 

[20] Cf. Xavier Moreau : http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotan-de-separer-la-russie-de-leurope/

 

[21] Cf. pour un exemple d’actualité : http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-le-silence/

 

[22] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild

 

[23] Cité par exemple ici : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbing-song/

 

[24] Cf. http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-barroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html ; http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de-barroso-chez-goldman-sachs-fait-polemique-09-07-2016-5955039.php

 

[25] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM

 

[26] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-du-desordre-politique-global ; http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales

 

[27] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12

 

[28] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak ; écouter Myret Zaki : https://www.youtube.com/watch?v=aovjo2zILYQ

 

 

 

La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse

Libre Journal des sciences et des techniques du 3 juin 2016 : “La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse”

Paul Deheuvels recevait Philippe Bourcier de Carbon, démographe, fondateur de l’AIRAMA, Christian Gomez, banquier international et François de Siebenthal, banquier international, économiste, sur le thème : « La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse ».

Première partie

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Seconde partie

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Le Brexit, et si la City était pour ?

Jean-Michel Vernochet reçoit aujourd’hui Valérie Bugault, pour analyser les suites du Brexit. Valérie Bugault pense que les élites financières avaient anticipé le Brexit, qui faisait partie de leurs plans de réorganisation de la finance mondiale, abandon du dollar et recentrage de la City sur l’Extrême Orient.

 

 

Pour appuyer l’analyse de Valérie Bugault, nous vous renvoyons à sa série, Décryptage du système économique global, publiée sur note site en février 2016.

 

 

Une reprise réelle ou fictive ?

Dans une période pré-électorale, les indicateurs économiques ont toujours été l’objet de polémiques. Les commentateurs focalisent leur attention sur l’évolution de quelques données macro-économiques sans en étudier les causes de leurs variations.

Les responsables politiques veulent à tout prix montrer que leur action a permis le redressement de l’économie. La majorité au pouvoir assure que sa politique, quelle qu’aient été ses résultats, va assurer la croissance du PIB, la réduction du chômage, en un mot la prospérité du pays. Bien évidemment, les oppositions présentent des solutions différentes, ou simplement des variantes de la politique menée par l’équipe sortante.

En fin de compte, une forme de politiquement correct s’impose au nom d’une mondialisation irréversible à laquelle les nations devraient se soumettre aveuglément. Pourquoi ne pas chercher, en appliquant les résultats de la science économique, à élaborer une politique économique nationale ? Pourquoi les états devraient se résigner à l’impuissance alors que la science économique met à leur disposition les outils permettant de prendre les bonnes décisions ?

 

Les outils théoriques :

Maurice Allais, fidèle à sa notion d’évidence empirique, avait décrit dès 1999 les premiers effets de la mondialisation. Aujourd’hui, le modèle Oméga-Allais permet d’expliquer  ses intuitions.

 

La cassure de 1974 :

Sur les données de 1955 à 1993, Maurice Allais explicitait l’effet sur le Produit Intérieur Brut et  l’emploi industriel de la cassure de 1974.

 

Figure 1

Figure 1

 

Ainsi, le taux de croissance français avait été divisé par deux en 1974, bien que notre indépendance monétaire ait laissé aux gouvernants des moyens d’action économique (création monétaire et dévaluation) qu’ils n’ont plus aujourd’hui.

Le modèle Oméga-Allais permet de décrire l’effet des désinvestissements résultant des événements de 1968, et d’en déterminer avec précision les conséquences à long terme :

Figure 2a Figure 2b
Produit intérieur brut Emploi industriel

Figure 2

 

Par ailleurs, le modèle démontre que cette cassure de 1974 est directement liée aux événements de mai 1968. Celle-ci apparaît clairement comme la conséquence à long terme d’un premier désinvestissement, lié à l’arrêt temporaire de l’industrie et aux accords de grenelle, dont les effets sur le PIB n’ont été perceptibles que six ans plus tard.

 

La cassure de 2007 :

Maurice Allais, européen convaincu, avait critiqué dès 1992 les « Erreurs et impasses de la construction Européenne ». Les conséquences, parfaitement prévisibles, de ces erreurs ont conduit aux difficultés actuelles. La libéralisation non préparée des transferts de capitaux à conduit à un désinvestissement en France dont les effets étaient tout autant prévisibles.

 

Figure 3

Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997(estimé par interpolation avant 2012).

Figure 3

 

En 2013, un calcul prenant en compte un désinvestissement unique de 110 M€ effectué en 2000 conduisait aux valeurs de PIB observées. Les résultats ont été présentés fin 2013 lors d’une conférence de presse à la Maison de l’Amérique Latine.

Figure 4

Figure 4 : Prévision de 2007 à 20013.

 

Ce test valide parfaitement le fonctionnement du prédicteur Oméga-Allais qui fournit d’excellentes prévisions à cinq ans. Nous constatons que sur les données de 2007, le modèle prédit très précisément les valeurs de PIB qui seront effectivement observées.

Comme pour la cassure de 1974, ce fait montre que la cause principale de cette crise est la libéralisation des mouvements de capitaux, et non les effets de fluctuations économiques mondiales.

 

 

Les limites d’une prédiction :

Les prévisions faites par le modèle supposent implicitement que l’influence des événements monétaire extérieurs sur l’économie a été prise en compte. En effet, au cours de cette période, le déficit de la balance commerciale a été compensé par l’accroissement de la dette publique et la vente de biens du patrimoine national. De même, la mondialisation a permis aux entreprises de faire face à leurs besoins financiers grâce à des investisseurs étrangers, donc en fait de nouvelles dettes. Toutefois, l’accumulation de ces dettes n’a pas donné lieu à une crise ouverte.

Une logique comptable qui considère la vente du patrimoine comme une ressource, sans faire de différence entre une gestion rigoureuse et l’abandon d’un patrimoine stratégique dont les conséquences n’apparaîtront qu’à long terme, a masqué temporairement les conséquences de nombreux renoncements.

Le poids de ce que Maurice Allais appelait « les rentes de situation » est donc encore peu visible, mais ne peut que s’alourdir à terme. Maintenant, nous ne dépendons plus de l’étranger que pour notre approvisionnement en matières premières, en particulier en pétrole, mais aussi en technologies que nous ne maitrisons plus et en capitaux dont nos entreprises ont besoin. Le répit lié à la baisse du prix du pétrole et au coût du crédit sera de courte durée…

Le modèle Oméga-Allais permet de déterminer l’effet à long terme d’une incitation à investir. De même, il permet de chiffrer l’effet quasi immédiat d’une distribution de revenu, fruit supposé de la croissance… L’analyse de la réponse transitoire du modèle montre que, faute de pouvoir utiliser les leviers auquel notre pays a choisi de renoncer (en particulier la dévaluation, la création monétaire par la Banque de France, les droits de douane…), les différentes incitations gouvernementales ne peuvent avoir d’effet à long terme notable.

 

Des prévisions fiables à cinq ans ?

Le prédicteur Oméga-Allais a été construit sur une modélisation réaliste du comportement des acteurs économiques : entrepreneurs et consommateurs. L’exemple des crises (1974 et 2007) a validé l’existence d’un délai de six ans entre les décisions des entrepreneurs et les variations du PIB. En effet, la croissance n’a été réduite que six ans après les désinvestissements important qui en ont été la cause. Il n’y a donc pas de raison de penser que ce modèle ne puisse prédire l’évolution à cinq ans de l’économie, en l’absence de crise monétaire Majeure susceptible de paralyser le pays.

En 2015, nous avons donc refait de nouvelles prévisions sur la base des séries économiques mises à jour. La courbe verte correspond aux valeurs de PIB publiées fin 2015 par l’INSEE.

 

Figure 5

Figure 5 : Prévisions fin 2014.

 

La courbe bleue correspond aux prévisions faites depuis 2005, en tenant compte des désinvestissements en France comptabilisés par la Banque de France. La courbe rouge correspond à une prévision brute faite à partir de 2015, sans tenir compte des désinvestissements passés.

Ces deux prévisions sont très voisines. En effet, quinze ans après la libéralisation des transferts de capitaux au sein de l’UE, les effets du choc économique que cette décision a produit en France sont largement amortis. Il n’est donc plus strictement nécessaire de prendre en compte, dans l’initialisation du prédicteur  les valeurs du désinvestissement observé actuellement par la Banque de France.

 

 

Les conditions d’une bonne prédiction :

Les exemples précédents ont montré que l’évolution à cinq ans de notre économie a été prévisible des années 60 à nos jours, en ne faisant intervenir que de rares événements perturbateurs : mai 1968, la libéralisation des transferts de capitaux en l’an 2000. Les crises moins violentes dont parlent les commentateurs ne sont souvent que des fluctuations naturelles d’une activité économique largement prévisible. Seuls les événements majeurs, liés au contexte international ou à des événements politiques graves, ont une réelle influence sur l’économie.

 

En effet, des événements comme la crise de 1929, qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, ou des guerres peuvent conduire à de véritables ruptures des équilibres économiques dont les conséquences restent imprévisibles. Dans notre pays, la crise de 1968 ou la construction européenne ont eu des conséquences moins dramatiques, mais très importantes à long terme.

 

Une bonne connaissance du passée :

Une bonne connaissance de l’évolution passée de l’économie est indispensable à l’établissement de prévisions à long terme. Le prédicteur Oméga-Allais permet de mettre en évidence cette nécessité.

Considérons un prédicteur initialement dans un état stable. Excitons-le par une perturbation externe au temps t = 0. Observons son évolution naturelle au cours du temps. Faisons ensuite une série de prévisions à partir des instants t1, t2, t3,… Le prédicteur extrapole alors la suite des valeurs observées au-delà des temps t1, t2, t3,…

 

Figure 6

Figure 6 : Effets transitoires des chocs externes.

 

Les courbes de la figure 6 correspondent à l’évolution d’une variable interne du système économique (par exemple le PIB) et aux prédictions associées. La courbe rouge en trait plein correspond à l’évolution du système. C’est la série économique à prévoir.

Au cours du temps, le prédicteur  prend en compte les valeurs économiques disponibles les plus récentes. Les courbes en pointillé correspondent aux prévisions économiques  successives faites par le prédicteur aux temps 2, 3, 5, 10 et 15, sans tenir compte de là perturbation initiale du système économique (courbes pointillées rouge, bleue, verte, cyan et marron).

Nous constatons que les prédictions ne deviennent précise que 15 ans après la fin  de la perturbation initiale du système économique. L’évolution de l’économie dépend donc des perturbations passées dont l’identification au cours des quinze dernières années est indispensable.

 

La nécessaire stabilité des agrégats statistiques :

D’autre part, il est essentiel que les séries économiques soient cohérentes dans le temps, c’est-à-dire que les agrégats statiques ne soient pas modifiés au cours de la quinzaine d’années précédant  le début de la période à prédire. Si tel n’est pas le cas, la qualité des prédictions est très dégradée.

Naturellement, les organismes officiels affinent constamment leurs outils. Les bases statistiques sont régulièrement modifiées pour tenir compte de l’évolution de la société. Des changements de base ont donc lieu régulièrement, actuellement tous les 5 ans (1995,2000, 2005, 2010).

Les dernières bases statistiques retenues par l’INSEE ont été modifiées conformément à une directive Européenne. Ces modifications ont été introduites progressivement de façon à assurer la continuité apparente des séries statistiques. La figure 7 présente les deux dernières séries de valeurs du PIB en bases 2005 et 2010.

Curieusement, ces deux courbes différent dans deux périodes distinctes. Dans les années 50, ce qui n’a pas d’importance réelle. Pour la période postérieure à 2005, ce qui est préoccupant car les séries sont fortement différentes en base 2005 et en base 2010.

 

Figure 7

Figure 7 : statistiques du PIB : courbe rouge : base 2005, courbe bleue : base 2010.

 

Figure 8

Figure 8 : Détail des valeurs de 1995 à 2015.

 

Il y a là une anomalie qui doit être expliquée. En effet, l’INSEE explique la variation du PIB entre ces deux séries numérique par l’introduction progressive des nouveaux agrégats.

Selon l’INSEE, le changement de  base a conduit à reconstruire l’ensemble des comptes trimestriels, c’est-à-dire à ré-estimer tous les modèles à partir des comptes annuels et des indicateurs conjoncturels, sur l’ensemble de la période 1980-2013.

En base 2010, l’Insee comptabilise en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D. Traiter en investissement les dépenses de R&D permettrait de mieux rendre compte du poids de plus en plus important des actifs tirés de la propriété intellectuelle dans l’économie d’aujourd’hui.

La base 2010 se caractérise par des innovations importantes sur le plan conceptuel dans les comptes non financiers :

  • Une définition élargie des actifs et de l’investissement,
  • Les échanges internationaux sont comptés différemment (un produit n’étant pas passé physiquement sur le territoire national peut être comptabilisé comme importé puis exporté).

 

En fin de compte, l’INSEE prend en compte la financiarisation croissante de l’économie.

Cependant, la différence entre les deux séries, qui reste à expliquer, est beaucoup plus grande que les 3,2% annoncés.

 

Les effets de la politique monétaire:

Des événements monétaires importants ou lieu ces derniers temps :

  • La baisse du prix du pétrole et de l’Euro,
  • La réduction historique de coût de crédit aux États Unis puis en Europe.

 

Ces décisions correspondent à des objectifs conjoncturels, liés à l’évolution des échanges mondiaux et aux politiques des différents intervenants. Elles tiennent compte également à des échéances électorales françaises et européennes.

Ces changements ont eu sur l’économie française des effets incontestables :

  • Une réduction du déficit de la balance commerciale,
  • Une réduction du coût des dettes de l’état et des entreprises,
  • Une relance de la construction et de la consommation.

 

Ces évolutions monétaires liées à l’évolution de l’économie mondiales expliquent la croissance récente du PIB. La réduction de toutes ces dépenses conduit mécaniquement  à une hausse de la demande intérieure, donc du PIB.

La France va donc mieux puisque ses dettes lui coutent moins cher, mais cela ne signifie pas que l’économie française aille mieux ! Pour étudier l’évolution du système économique, est donc indispensable de séparer les tendances à long terme propres au système économique des effets quasi-immédiats des fluctuations monétaires mondiales.

 

 

Quelles prévisions faire fin 2015 ?

Nous pouvons maintenant mettre à jour les prévisions faites fin 2014. Les résultats sont les suivants :

 

Figure 9

Figure 9 : Prévisions fin 2015.

 

Ces deux prévisions sont évidemment très voisines. Elles ne peuvent être directement superposées en raison de nombreuses modifications de détail entre les séries statistiques :

  • Les montants ne sont plus en euros 2005 mais en euros 2010,
  • La série de valeurs du PIB a été modifiée pour neutraliser les effets à court terme de la conjoncture mondiale sur notre économie (en particulier celle des taux d’intérêt),
  • La hausse du périmètre de PIB introduite par les directives européennes a été intégrée.

 

 

Enfin, ces prévisions supposent l’invariance de l’environnement international actuellement très favorable. Un retour aux conditions précédentes (prix du pétrole et taux d’intérêt) conduirait rapidement à une baisse de 7% du PIB.

Année après année, un effort de réduction de la dette ne manquerait pas de réduire non seulement le PIB, mais aussi la croissance, c’est-à-dire enfoncer l’économie française dans une récession de plus en plus grave.

 

 

Conclusion :

Il ne faut pas nier que les perspectives d’évolution à long terme de l’économie française ne sont pas bonnes bien que notre pays ait des atouts et que nous disposons d’outils théoriques permettant de concevoir puis valider une politique économique ambitieuse.

Depuis le début des années 90, Maurice Allais n’a pas cessé d’alerter l’opinion sur les erreurs commises dans la construction européenne. Vingt cinq ans plus tard, il faut reconnaître que ses critiques étaient justifiées.

La plupart des européens, et en particulier des français, ne savent pas identifier les causes de la crise européenne. Toutefois, ils comprennent  que l’Europe n’a pas tenu ses promesses.  Bien loin des théories économiques, « l’évidence empirique » chère à Maurice Allais leur prouve qu’il faut changer de méthode. Une véritable reprise de notre économie ne sera possible qu’en adoptant une politique économique radicalement nouvelle. La poursuite de la politique économique actuelle ne peut conduire qu’à un déclin de plus en plus rapide de notre économie, entrecoupé de rémissions artificielles liées à des mesures conjoncturelles associées aux échéances électorales.

La science économique montre qu’un redressement est possible mais que l’effet des mesures courageuses à prendre ne sera visible qu’après un délai de cinq à dix ans. Est-ce compatible avec le fonctionnement de notre démocratie ?

La condition préalable à un redressement de notre économie est que nous puissions à nouveau utiliser les outils dont la construction européenne nous à privés : une monnaie indépendante, le contrôle de la création monétaire, la possibilité d’actions sectorielles par des cotas d’importation et la fixation de droits de douane…

Sans un changement radical de politique économique, il ne pourra y avoir aucune reprise durable.

 

Pierre FUERXER
Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

Une prévision à long terme est-elle possible ?

 

               Dans une période pré-électorale, les indicateurs économiques ont toujours été l’objet de polémiques. Les commentateurs focalisent leur attention sur l’évolution à court terme de quelques données macro-économiques sans étudier les causes de leurs variations.

Les responsables politiques veulent à tout prix montrer que sur une courte période leur action a permis le redressement de l’économie. La majorité au pouvoir assure que sa politique, quels qu’aient été ses résultats, va assurer la croissance du PIB, la réduction du chômage, en un mot la prospérité du pays. Bien évidemment, les oppositions présentent des  solutions différentes, ou simplement des variantes de la politique menée par l’équipe sortante.

En fin de compte, une forme de politiquement correct s’impose au nom d’une mondialisation irréversible à laquelle les nations devraient se soumettre aveuglément. Pourquoi ne cherche-t-on pas, en appliquant les résultats de la science économique,  à élaborer une politique économique nationale ? Pourquoi  les états devraient se résigner à  l’impuissance alors que la science économique met à leur disposition les outils qui leur permettait de prendre les bonnes décisions?

Les outils théoriques existent :

Maurice Allais, fidèle à sa notion d’évidence empirique, avait décrit dès 1999 les premiers effets de la mondialisation. Aujourd’hui, le modèle Oméga -Allais permet d’expliquer  ses intuitions.

La cassure de 1974 :

               Sur les données de 1955 à 1993, Maurice Allais explicitait l’effet sur le Produit Intérieur Brut et  l’emploi industriel de la cassure de 1974.

Cassure de 1974

Figure 1 : Cassure de 1974.

               Ainsi, le taux de croissance français avait été divisé par deux en 1974, bien que notre indépendance monétaire ait laissé aux gouvernants des moyens d’action économique (création monétaire et dévaluation) qu’ils n’ont plus aujourd’hui.

               Le modèle Oméga-Allais permet de décrire l’effet des désinvestissements résultant des événements de 1968, et d’en déterminer avec précision les conséquences à long terme :

Produit intérieur brut : Emploi industriel :

Figure 2 : Cassure de 1974 prédite par le modèle Oméga-Allais.

 

Par ailleurs, le modèle démontre que cette cassure de 1974 est directement liée aux événements de mai 1968. Celle-ci apparaît clairement comme la conséquence à long terme d’un premier désinvestissement, lié à l’arrêt temporaire de l’industrie et aux accords de grenelle, dont les effets sur le PIB n’ont été perceptibles que six ans plus tard.

La cassure de 2007 :

               Maurice Allais, européen convaincu, avait critiqué dès 1992  les « Erreurs et impasses de la construction Européenne ». Les conséquences, parfaitement prévisibles, de ces erreurs ont conduit aux difficultés actuelles. La libéralisation non préparée des transferts de capitaux à conduit à un désinvestissement en France dont les effets étaient tout autant prévisibles.

Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997Figure 3 : Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997

(estimé par interpolation avant 2012).

               En 2013, un calcul prenant en compte un désinvestissement unique de 110 M€ effectué en 2000 conduisait aux valeurs de PIB observées. Les résultats ont été présentés fin 2013 lors d’une conférence de presse à la Maison de l’Amérique Latine.

Prévision de 2007 à 20013Figure 4 : Prévision de 2007 à 20013.

               – La courbe bleue représente la série de valeurs de PIB publiée par L’INSEE,

               – La courbe rouge est la prévision brute, ne tenant pas compte du désinvestissement,

               – La courbe verte celle obtenue en prenant en compte le désinvestissement de l’an 2000.

 

               Ce test valide parfaitement le fonctionnement du prédicteur Oméga-Allais qui fournit d’excellentes prévisions à cinq ans. Nous constatons que sur les données de 2007, le modèle prédit très précisément les valeurs de PIB qui seront effectivement observées.

               Le modèle montre que la cause principale de cette crise est la libéralisation des mouvements de capitaux qui a conduit, en l’an 2000, à une fuite importante des capitaux. Elle était donc parfaitement prévisible et ne résultait pas des fluctuations économiques mondiales.

Les raisons de ces performances :

               Les performances du modèle Oméga-Allais ne doivent rien au hasard. Elles résultent d’une modélisation aussi précise que possible des relations temporelles entre un petit nombre de variables économiques.

               Cette méthode originale peut surprendre. En effet, elle est à contre courant de l’évolution actuelle. Depuis que les ordinateurs sont devenus capables de traiter de grandes quantités de données, les spécialistes cherchent à décrire de façon de plus en plus précise les systèmes et simulent leur fonctionnement. La simulation envahit tous les domaines,  l’automatique, la météorologie, l’écologie…  et bien évidemment les domaines économiques et monétaires.

               Ce n’est que récemment, qu’en décrivant de plus en plus finement l’atmosphère, les météorologues sont parvenus à établir des prévisions à cinq jours de qualité. Pouvons-nous espérer, en adoptant des méthodes analogues, faire des prévisions économiques fiables à cinq ans ?

               Les particularité des domaines économiques et monétaires interdisent-elles d’adopter en une approche analogue à celle des météorologues ?

Une bonne connaissance du passé :

               Une bonne connaissance de l’évolution passée de l’économie est indispensable à l’établissement de prévisions à long terme. Le prédicteur Oméga-Allais permet de mettre en évidence cette nécessité.

               Considérons ce prédicteur initialement dans un état stable que nous prenons comme origine. Excitons le prédicteur par une perturbation externe au temps t = 0. Observons son évolution au cours du temps. Faisons ensuite une série de prévisions à partir des instants t1, t2, t3,… Le prédicteur extrapole alors la suite des valeurs observées au-delà des temps t1, t2, t3,…

Effets transitoires des chocs externesFigure 6 : Effets transitoires des chocs externes.

               Les courbes de la figure 6 correspondent à l’évolution de la variable retenue (ici le PIB) et des prédictions associées. On suppose que le système était dans un état stable. La courbe rouge en trait plein correspond à l’évolution du système après une perturbation commençant à l’instant t=0. C’est la série économique à prévoir.

Au cours du temps, le prédicteur  prend  en compte les valeurs économiques déjà publiées, puis prolonge cette série par ses prévisions. Les courbes en pointillé (rouges, bleues, vertes, cyan et marron) correspondent aux prévisions économiques  successives faites à partir des temps 2, 3, 5, 10 et 15 ans. Celles-ci ne sont faites  partir de la seule série à prédire, ici le PIB, sans tenir compte des éventuelles perturbations exogènes.

               Le PIB, initialement stable, commence à évoluer à partir du temps t=0. Nous constatons que les prédictions ne deviennent de plus en plus précise, et excellentes 15 ans après la fin  de la perturbation initiale. L’évolution de l’économie dépend donc des perturbations intervenues au cours des quinze années précédant  le début de la prédiction.

               Nous ne pouvons donc faire de prévisions de qualité que si nous disposons des valeurs prises par les variables économiques au cours des 15 années passées (Si nous utilisons des statistiques trimestrielles, nous devons disposer des 60 dernières valeurs).

Le choix des variables internes et de leurs relations :

               En météorologie, il est nécessaire de choisir un ensemble de valeurs internes décrivant l’état de l’atmosphère. Les paramètres météorologiques sont faciles à définir mais difficiles à collecter. 

En économie, les variables sont à la fois difficiles à définir et à collecter. Certaines comme les stratégies des entrepreneurs et les désirs des consommateurs ne peuvent être mesurés directement, alors même qu’elles ont un effet direct sur l’évolution économique.

               Si l’état initial de l’atmosphère était parfaitement connu, les lois de la physique permettraient de prévoir son évolution à long terme. Bien que très complexe, les calculs sont facilités par le fait que chaque élément n’est en liaison qu’avec ses voisins directs.

               Si l’état initial de l’économie était parfaitement connu, y compris les variables psychologiques non mesurables directement, il n’existe pas de lois permettant de prévoir avec certitude l’évolution économique à long terme. Par ailleurs, le réseau de relations entre les différentes variables économiques est nécessairement plus complexe, chacune pouvant subir, directement ou indirectement, de nombreuses influences.

Le mur de la complexité :

               Une approche classique de la modélisation économique butte sur de nombreux obstacles. Tout d’abord, nous constatons que les relations entre variables internes ne peuvent pas être établies par les méthodes d’apprentissage. En effet, comme le modèle Oméga-Allais le démontre, l’économie n’est stabilisée qu’au bout de 15 ans, soit approximativement deux cycles de Juglar. L’estimation par apprentissage  des relations entre variables économiques nécessiterait au moins un siècle de données! Si les statistiques nécessaires existaient, il faudrait en plus être certain que le système économique n’a pas évolué au cours de cette longue période.

               Par ailleurs, le système économique est complexe. Il existe entre les variables internes de nombreuses interactions. Il est alors extrêmement difficile de construire un prédicteur ne comprenant qu’un nombre minimal de relations causales.

               Le modèle Oméga-Allais est construit sur trois fonctions principales et une structure simple. Malgré cette simplicité, l’ajustement du modèle n’aurait pu être fait sans ajouter une connaissance à priori, en particulier des lois statistiques, qui jouent un rôle équivalent à celui des lois de la physique en météorologie. Le modèle a donc été construit sur des fonctions mathématiques causales (ou quasi-causales) dont l’assemblage conduit à un prédicteur fiable.

               Grâce à ce choix, le modèle Oméga-Allais évite de buter sur le mur de la complexité qui interdit d’identifier, avec des séries d’apprentissage de 60 données par variable, les coefficients d’une matrice d’interactions entre ces « N » variables.

(En effet, pour faire cette identification par une méthode classique, nous disposons de Nx60 données passées pour prédire les N valeurs actuelles. En appelant « n » le nombre moyen de connexion reliant les variable à prédire aux  valeurs passées des entrées, le nombre de fonctions temporelles à identifier est « Nxn », le nombre de coefficients « 60xNxn » étant toujours supérieur aux nombre de données pour un temps d’apprentissage inférieur au siècle. Il est donc indispensable d’ajouter des informations à priori pour réaliser un prédicteur économique).

 

En conservant la démarche adoptée dans le modèle Oméga-Allais, il est possible de prendre en compte les influences externes, en particulier les fluctuations monétaires, les cours des matières premières, la politique économique, la fiscalité…  Pour conserver la structure du modèle initial, ces influences peuvent être décrites par seulement deux variables externes agissant sur la consommation et l’investissement.

La modélisation du monde financier est possible, mais son fonctionnement est moins prévisible. Comment modélise-t-on les banquiers, les responsables politiques ou encore les traders ?

Une augmentation du nombre des variables internes au modèle Oméga-Allais permettrait sans doute de faire des prévisions sectorielles, mais ceci doit être fait avec prudence. En effet, il deviendrait difficile de vérifier l’effet des couplages entre les fluctuations sectorielles sur la stabilité globale du modèle, et donc sur des prévisions à long terme dont l’établissement reste un objectif économique prioritaire. Le plus raisonnable serait de faire comme dans la programmation budgétaire. Partir des extrapolations sectorielles et les corriger si leur somme n’est pas compatible avec l’évolution économique globale prévisible.

L’instabilité des agrégats statistiques :

Pour faire des prévisions à long terme crédibles, il est essentiel que les séries économiques soient cohérentes dans le temps, c’est-à-dire que les agrégats statiques ne soient pas modifiés au cours de la quinzaine d’années précédant  le début de la période à prédire.  Si tel n’est pas le cas, la qualité des prédictions peut être très dégradée.

               Naturellement, les organismes officiels affinent constamment leurs outils. Les bases statistiques sont régulièrement modifiées pour tenir compte de l’évolution de la société. Des changements de base ont donc lieu régulièrement, actuellement tous les 5 ans (1995,2000, 2005, 2010).

statistiques du PIBFigure 7 : statistiques du PIB : courbe rouge : base 2005, courbe bleue : base 2010.

               Les dernières bases statistiques retenues par l’INSEE ont été modifiées conformément à une directive Européenne. Ces modifications ont été introduites progressivement de façon à assurer la continuité apparente des séries statistiques. La figure 7 présente les deux dernières séries de valeurs du PIB en bases 2005 et 2010.

Curieusement, ces deux  courbes diffèrent dans deux périodes distinctes. Dans les années 50, ce qui n’a pas d’importance réelle. Pour la période postérieure à 2005, ce qui est préoccupant car les séries en base 2005 et en base 2010 sont fortement différentes.

Détail des valeurs de 1995 à 2015Figure 8 : Détail des valeurs de 1995 à 2015.

               Il y a là une anomalie qui doit être expliquée. En effet, l’INSEE justifie la variation du PIB entre ces deux séries numérique par l’introduction progressive des nouveaux agrégats.

Selon l’INSEE, le changement de  base a conduit à reconstruire l’ensemble des comptes trimestriels, c’est-à-dire à ré-estimer tous les modèles à partir des comptes annuels et des indicateurs conjoncturels, sur l’ensemble de la période 1980-2013.

En base 2010, l’Insee comptabilise en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D. Traiter en investissement les dépenses de R&D permettrait de mieux rendre compte du poids de plus en plus important des actifs tirés de la propriété intellectuelle dans l’économie d’aujourd’hui.

La base 2010 se caractérise par des innovations importantes sur le plan conceptuel dans les comptes non financiers :

  • Une définition élargie des actifs et de l’investissement,
  • Les échanges internationaux sont comptés différemment (un produit n’étant pas passé physiquement sur le territoire national peut être comptabilisé comme importé puis exporté).

 

En fin de compte, l’INSEE prend en compte la financiarisation croissante de l’économie. Cependant, la différence entre les deux séries,  qui reste à expliquer,  est beaucoup plus grande que les 3,2% annoncés.

Il est certain qu’en introduisant ainsi une instabilité statistique, les incessantes modifications des agrégats rendent de plus en plus difficile une prévision économique à long terme.

Les limites d’une prédiction :

               Les prévisions faites par le modèle supposent implicitement que l’influence des événements monétaires extérieurs sur l’économie a  été neutralisée. En effet, au cours de ces dernières années, le déficit de la balance commerciale a été compensé par  l’accroissement de la dette publique et la vente de biens du patrimoine national. De même, la mondialisation a permis aux entreprises de faire face à leurs besoins financiers grâce à des investisseurs étrangers, donc en fait de nouvelles dettes. Toutefois, l’accumulation de ces dettes n’a pas donné lieu à une crise ouverte.

               Une logique comptable qui considère la vente du patrimoine comme une ressource, sans faire de différence entre une gestion rigoureuse et l’abandon d’un patrimoine stratégique dont les conséquences ont été temporairement masquées, mais apparaîtront à long terme.

               Le poids de ce que Maurice Allais appelait « les rentes de situation » est donc encore peu visible, mais ne peut que s’alourdir à terme. Maintenant, nous ne dépendons plus de l’étranger que pour notre approvisionnement en  matières premières, en particulier en pétrole, mais aussi en technologies que nous ne maitrisons plus et en capitaux dont nos entreprises ont besoin.  Le répit lié à la baisse du prix du pétrole et au coût du crédit sera de courte durée…

               Le modèle Oméga-Allais permet de déterminer l’effet à long terme d’une incitation à investir. De même, il permet de chiffrer l’effet quasi immédiat d’une distribution de revenu, fruit supposé de la croissance…  L’analyse de la réponse transitoire  du modèle montre que, faute de pouvoir utiliser les leviers auquel notre pays a choisi de renoncer (en particulier la dévaluation, la création monétaire par la Banque de France, les droits de douane…), les différentes incitations gouvernementales ne peuvent avoir d’effet à long terme notable.

               Il faut donc compléter le prédicteur  économique par un prédicteur monétaire et financier.

Des prévisions fiables à cinq ans ?

               Le prédicteur Oméga-Allais a été construit sur une modélisation réaliste du comportement des acteurs économiques : entrepreneurs et consommateurs. L’exemple des  crises (1974 et 2007) a validé l’existence d’un délai de six ans entre les décisions des entrepreneurs et les variations du PIB. En effet, après 1968, la croissance n’a été réduite que six ans après les désinvestissements importants qui en ont été la cause.  Il n’y a donc pas de raison de penser que ce modèle ne puisse prédire l’évolution à cinq ans de l’économie, en l’absence de crise monétaire Majeure susceptible de paralyser le pays.

Les conditions d’une bonne prédiction :

               Les exemples précédents ont montré que l’évolution à cinq ans de notre économie a été prévisible des années 60 à nos jours, en ne faisant intervenir que de rares événements perturbateurs : les événements de mai 1968, la libéralisation des transferts de capitaux en l’an 2000. Les crises moins violentes dont parlent les commentateurs  ne sont souvent que des fluctuations naturelles d’une activité économique largement prévisible. Seuls les événements majeurs, liés au contexte international ou à des événements politiques graves, ont une réelle influence sur l’économie.

               En effet, des événements comme la crise de 1929, qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, ou des guerres produisent des  ruptures des équilibres économiques dont les conséquences restent imprévisibles. Dans notre pays, la crise de 1968 ou la construction européenne ont eu des conséquences moins dramatiques, mais très néfastes à long terme.

Les effets de la politique monétaire :

               Des événements monétaires importants ou lieu ces derniers temps :

  • La baisse du prix du pétrole et de l’Euro,
  • La réduction historique de coût de crédit aux Etats Unis puis en Europe.

 

Ces décisions correspondent à des objectifs conjoncturels, liés à l’évolution des échanges mondiaux et aux politiques des différents intervenants. Elles tiennent compte également à des échéances électorales françaises et européennes. 

Ces changements ont eu sur l’économie française des effets  incontestables :

  • Une réduction du déficit de la balance commerciale,
  • Une réduction du coût des dettes de l’état et des entreprises,
  • Une relance de la construction et de la consommation.

 

Ces évolutions monétaires, liées à la conjoncture économique mondiales, expliquent la croissance récente du PIB. La réduction des dépenses liées aux rentes externes a conduit mécaniquement  à une hausse de la demande intérieure, donc du PIB.

               La France va donc mieux puisque ses dettes lui coutent moins cher, mais cela ne signifie pas que l’économie française aille mieux ! Pour étudier l’évolution du système économique, il est donc indispensable de séparer les tendances à long terme, propres au système économique, des effets quasi-immédiats des fluctuations monétaires mondiales et des politiques de relance par la dette.

Année après année, un effort de réduction de la dette sans augmentation de l’investissement ne manquerait pas de réduire non seulement le PIB, mais aussi la croissance, c’est-à-dire d’enfoncer l’économie française dans une récession de plus en plus grave.

Conclusion :

               Il ne faut pas nier que les perspectives d’évolution à long terme de l’économie française ne sont pas bonnes bien que notre pays ait des atouts, mais nous disposons d’outils théoriques permettant de concevoir puis valider une politique économique ambitieuse.

               Depuis le début des années 90, Maurice Allais n’a pas cessé d’alerter l’opinion sur les erreurs commises dans la construction européenne. Vingt cinq ans plus tard, il faut reconnaître que ses  critiques étaient justifiées.

               La plupart des européens, et en particulier des français, ne savent pas identifier les causes de la crise européenne. Toutefois, ils comprennent  que  l’Europe n’a pas tenu ses promesses.  Bien loin des théories économiques, « l’évidence empirique » chère à Maurice Allais leur prouve qu’il faut changer de méthode.

Une véritable reprise de notre économie ne sera possible qu’en adoptant une politique économique radicalement nouvelle. La poursuite de la politique économique actuelle ne peut conduire qu’à un déclin de plus en plus rapide de notre économie, entrecoupé de rémissions artificielles liées à des mesures conjoncturelles associées aux échéances électorales.  

La science économique montre qu’un redressement est possible mais que l’effet des mesures courageuses à prendre ne sera visible qu’après un délai de cinq à dix ans. Est-ce compatible avec le fonctionnement de notre démocratie ?

               La condition préalable à un redressement de notre économie est que nous décidions d’utiliser à nouveau les outils dont la construction européenne nous à privés : une monnaie indépendante, le contrôle de la création monétaire, la possibilité d’actions sectorielles par des cotas d’importation et la fixation de droits de douane…

               Sans un changement radical de politique économique, il ne pourra y avoir aucune reprise durable. Il s’agit là d’une intuition que la science économique confirme pleinement.  Malheureusement, elle permet d’affirmer que les efforts de redressement que nous entreprendrons ne produiront pas d’effets sensibles avant cinq ou six ans.

               Oui, il est possible de faire des prévisions économiques à long terme. Les outils permettant de les faire existent. Ils montrent qu’un véritable redressement de notre économie prendra de nombreuses années. Nos compatriotes auront-ils le courage d’attendre ?

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA

 

 

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L’Europe en crise : Que faire ?

L’Europe en crise : Que faire ?

Réponses à quelques questions
Pour une autre Europe

L’Europe en crise : Que faire ? par Maurice Allais

Dans ce septième ouvrage sur l’Europe depuis 1960, l’auteur, Maurice Allais, présente une analyse approfondie des causes de la crise actuelle et des réformes qu’il convient de mettre en œuvre.

Pour l’essentiel la crise actuelle de l’Europe et la crise profonde de la Société française résultent de la politique libre-échangiste poursuivie depuis 1974 par l’Organisation de Bruxelles.

Pour la France, cette politique a entraîné un chômage massif et une destruction progressive de l’industrie, de l’agriculture et de la croissance. Aujourd’hui la diminution du produit intérieur brut réel par habitant qui en a résulté est d’au moins 30 %, et cette diminution considérable explique les profondes difficultés auxquelles nous devons faire face aujourd’hui.

Que faire? Tout d’abord il convient de fonder la construction politique de l’Europe sur une Confédération d’États souverains associant étroitement les populations à toute décision, et limitée à l’Est par ses limites traditionnelles, à l’exclusion notamment de la Turquie.

En second lieu il faut fonder l’Europe économique sur le rétablissement d’une préférence communautaire permettant d’assurer dans chaque secteur la couverture à au moins 80 % de la consommation communautaire par une production communautaire, ce qui est possible.

Si ces réformes se révélaient irréalisables en raison de l’opposition aveugle et dogmatique de certains États, sous l’influence notamment des sociétés multinationales, seules bénéficiaires du libre-échangisme, la France et les États souffrant de la même crise devraient faire sécession et fonder une autre Europe.

Face à la concurrence des pays à bas salaires et à capacités technologiques le rétablissement de la préférence communautaire est une nécessité absolue qui transcende la compétition de tous les partis politiques si justifiée qu’elle puisse être. Il en va de la survie de la France et de la survie de la Construction européenne.

« NON AU TRAITÉ SUICIDAIRE DE LIBRE-ÉCHANGE TRANSATLANTIQUE ! »

 

Communiqué de presse
De l’Alliance Internationale AIRAMA
6 juin 2014

« Non au Traité Suicidaire
De Libre-Échange Transatlantique ! »

 

De qui se moque-t-on ? En 1992, on nous avait promis que l’Europe de Maastricht, c’était « Moins de chômage, moins d’insécurité, moins de corruption » (Bérégovoy). Mais vingt deux ans après, il apparaît que c’est « exactement l’inverse » !

Dès 1999, dans « Mondialisation, la destruction de la croissance et de l’emploi. L’évidence empirique », M. Allais avait pourtant annoncé le naufrage de l’Europe-Titanic :

La « Seule Cause » du « Décrochage de l’Économie Française en 1974 » (divisant la croissance par deux !)

C’est « La politique » de « suppression progressive à partir de 1974 des barrières douanières » par Bruxelles, au titre de l’art. 110 du traité de Rome, [qui] a conduit à « la disparition progressive de la protection du Marché communautaire et à l’instauration continue d’un libre-échange mondialiste », autrement dit d’un ultralibéralisme. » (1)

Le Bilan du « Coût » de la Politique Libre-Échangiste Depuis 1974, Toujours plus « Suicidaire » :

1) Chômage : 2,2 % (631000) en 1974, 11 % (5,7 millions) en 2014 (plus 5 millions !)

2) Croissance : 5,6 % (1960 à 1974), 2,3 % (1974 à 2006). Nulle depuis 2006 !

3) Dette : 10 % en 1973, 93,5 % en 2013 (1877 milliards en 2014), 30 000 € par Français !

4) Déficit de la Balance Commerciale : 70 milliards € par an !

5) Désindustrialisation : 6,2 M d’emplois en 1974, 3,4 M en 2014 (moins 2,8 M !) En 2010, Bercy reconnaissait 63 % des destructions d’emploi dues à la mondialisation ! (2)

Poursuivre cette Politique Libre-Échangiste est Criminel :

« La crise d’aujourd’hui, le chômage massif (…), la destruction jour après jour de la société française ne sont que les conséquences des politiques dogmatiques (« mondialisme libre-échangiste » sans cesse mises en œuvre depuis la grande cassure de 1974 et qui nous mène au désastre. Il serait criminel de les poursuivre. »

Même cause, mêmes effets. Le traité de libre-échange transatlantique, c’est l’Aggravation du suicide des politiques libre-échangistes criminelles suivies depuis 1974.

Disons « NON à la destruction de l’EUROPE ! », au nouveau Mensonge d’État du traité de libre-échange transatlantique. Restaurer le protectionnisme compétitif de M. Allais (plébiscité par 82 % des Français dès 2011) est une question de suivi. Il faut restaurer la protection des frontières — comme les USA et la Chine ! — si vous voulez sauver l’Europe et la France du naufrage Titanic annoncé par l’AIRAMA en 2012.

Au nom de Maurice Allais ! Signez la pétition et soutenez/rejoignez l’AIRAMA qui prépare les États-généraux du protectionnisme !

Arnaud Upinsky, Président de l’AIRAMA

Contact presse : courrierposte@orange.fr et tel : 06 01 76 20 79  

 

 

 


[1] http://combats-maurice-allais.info/documents/2012-04-12_AIRAMA_L.ultraliberalisme-voila-l.ennemi_Lettre-Ouverte-a-TOUS-les-Candidats-a-la-Presidence-de-la-Republique.pdf

[2] http://www.marianne.net/63-des-destructions-d-emploi-dans-l-industrie-francaise-dues-a-la-mondialisation_a189534.html  

 

QUELS MODÈLES EN SCIENCE ÉCONOMIQUE

Quels modèles en science économique ?
Les clefs du succès économique.

Préambule :

Maurice Allais était depuis toujours un européen convaincu. Toute personne lisant sa biographie constatera, en effet, que, depuis 1951, il avait publié de nombreux livres et articles en faveur de l’union européenne. C’est en 1992, seulement, qu’il publiera un livre intitulé “Erreurs et Impasses de la Construction Européenne” et suivi d’une bonne dizaine de publications dans lesquels il attirera l’attention de ses lecteurs sur les dérives de l’union européenne.

Sûr de son analyse, Maurice Allais a considéré dès 1999 que son modèle montrait clairement que la mondialisation est la cause du chômage de masse et de la destruction de la croissance. Malgré son aura de seul prix Nobel d’économie français, et en dépit d’un soutien remarqué du Figaro, où le journaliste Bernard Bonilauri l’avait introduit, Maurice Allais a vu son message méthodiquement occulté par les média « officiels ».

Quinze ans après la publication du livre de Maurice Allais, les faits ont pleinement confirmé ses prévisions. Force est de constater que l’union européenne n’a pas tenu ses promesses. En France, le chômage est passé en 45 ans de 3 à 11%. Il faut bien en identifier les causes pour y remédier. La mondialisation a ouvert nos frontières à l’invasion des importations des pays de l’est, due à la suppression des contingents d’importation et des droits de douane. La politique menée a eu des résultats catastrophiques : explosion de la dette, augmentation de deux millions du nombre des chômeurs…

Cela était-il réellement imprévisible ? Certainement pas ! C’est ce que montre une analyse objective basée sur l’observation des faits et l’utilisation de modèles économiques.

1. La Notion de Modèle :

Quel que soit les domaines, sciences et modélisation sont intimement liés. Depuis la plus haute antiquité, les lois physiques ne sont pas autre chose que des modélisations de phénomènes déduites de l’observation des faits. Elles ont donc toujours une base expérimentale. Cette remarque s’applique aussi bien au principe d’Archimède, qu’à la loi de Mariotte, à la théorie du rayonnement du corps noir ou à l’économie.

La science économique ne peut exister qu’au travers de modèles ou lois de l’économie. Ses bases mathématiques sont très anciennes. Les travaux de Fourier visaient déjà à l’étude de séries numériques, notamment économiques. Depuis le 19° siècle, les économistes ont cherché en permanence à comprendre et à modéliser le fonctionnement du système économique grâce aux outils mathématiques à leur disposition.

En économie comme dans toutes les sciences, la connaissance conduit à l’établissement de modèles explicitant les relations entre les grandeurs observées, ici les variables endogènes du système.

Compte tenu de sa nature particulière, la science économique doit prendre en compte, non seulement des données statistiques objectives, mais aussi des éléments psychologiques liés au comportement des décideurs. Le « Paradoxe d’Allais », montre que même les scientifiques sont parfois irrationnels, mais que leurs comportements peuvent être modélisés.

Considérée dans toute sa généralité, la notion de modèle est suffisamment ambigüe pour qu’il soit nécessaire de commencer par la définir et préciser le vocabulaire. Pour bien comprendre l’apport de chaque novateur et, en particulier, celui de Maurice Allais, il est nécessaire de distinguer sa contribution au développement des trois grandes catégories de modèles qui sont utilisés conjointement en économie :

– Les modèles descriptifs qui correspondent à la simple description d’un phénomène, sans chercher à identifier un mécanisme « physique » pouvant être à l’origine des faits observés.

– Les modèles explicatif (ou illustratif selon la terminologie de Maurice Allais) décrivant sous la forme d’une boite noire une relation entre variables endogènes.

– Les modèles dynamiques qui peuvent prévoir l’évolution à court ou long terme d’un système, ici le système économique.

Comme toute science, l’économie n’a de valeur que dans la mesure où elle permet aux décideurs de prévoir les effets de leurs choix sur la réalité. L’étude d’une question particulière se fait généralement en utilisant conjointement des modèles appartenant à ces trois types.

2. Caractéristique des Modèles :

Les modèles sont construits en fonction d’objectifs variés : mise en évidence de lois statistiques, analyse du système économique, prévisions à court ou à long terme…

Les techniques de modélisation utilisées sont donc nombreuses et adaptées au cas par cas à leurs objectifs.

2.1 Les Modèles Descriptifs :

Ces modèles ne font aucune hypothèse sur la nature du système. Ils formalisent une observation des faits, sans chercher à les expliquer.

Ce type de modèle est couramment utilisé, même inconsciemment. Lorsqu’un entrepreneur extrapole de façon linéaire ou exponentielle la variation de son chiffre d’affaire, il fait appel à un modèle implicite de ce type.

Lorsqu’en 1968 Maurice Allais observe la convergence des économies mondiales vers le niveau de PIB par habitant de l’économie américaine, il utilise ce premier type de modélisation dont la validité s’est confirmée depuis de façon éclatante.

La relation linéaire entre le taux de croissance du PIB par habitant des différentes économies et leur retard par rapport à l’économie américaine est une observation remarquable, mais qu’il ne cherche pas à justifier par une théorie, conformément à son choix de s’en tenir aux seuls faits.

2.2 Les Modèles Explicatifs :

Ces modèles visent à décrire des relations entre les variables économiques et à identifier les mécanismes sous-jacents susceptibles de les expliquer.

C’est un modèle de ce type que décrit Maurice Allais dans son livre de 1999 relatif à la mondialisation. Défini de façon statique, ce modèle ne suppose aucune relation de cause à effet entre les grandeurs, mais simplement une relation entre celles-ci. Ainsi, Maurice Allais calcule dans un premier temps la réduction de la croissance et la perte d’emplois industriels à partir des séries macroéconomiques disponibles. Il peut ensuite montrer la relation linéaire entre ces deux données, puis désigner la cause commune de ces deux événements.

Le modèle décrit ainsi les relations entre les grandeurs économiques sous la forme de « boite noires » linéaires dont les coefficients sont ajustés par les méthodes classiques de moindres carrés. Ces deux phénomènes étant concomitants, il peut leur attribuer une cause commune : la mondialisation. Sur la base de ce modèle purement statistique, il peut affirmer « l’évidence empirique » de l’existence de cette cause commune.

Cette méthode présente l’avantage d’être totalement neutre par rapport aux théories économiques.

2.3 Les Modèles Dynamiques :

Ces modèles visent à prévoir l’évolution du système économique. Pour cela, ils font appel à des relations causales entre les valeurs successives des différentes grandeurs. Les relations temporelles entre les variables internes du système économique et entre celles-ci et les variables exogènes doivent alors être identifiées.

Des modèles de ce type ont été développés avant même que les ordinateurs aient eu des performances suffisantes pour les mettre en œuvre.

3 L’Évolution des Modèles Dynamiques :

Une évolution technologique très rapide des moyens de calcul a fortement influencé la conception des modèles dynamiques et a marqué leur déjà longue histoire.

3.1 Les Premières Réalisation :

Depuis l’oscillateur de Samuelson en 1936, de nombreux travaux ont porté sur la modélisation dynamique de l’économie. De nombreux chercheurs ont appliqué à l’économie les méthodes développées par ailleurs dans l’étude des systèmes cybernétiques. Ils ont utilisé les techniques conçues dans le but de maitriser la conception des systèmes électroniques: la théorie des réseaux, la théorie de la contre-réaction, celle des asservissements…

Nous ne pouvons pas parler des précurseurs sans citer les travaux de Philips en 1954, Forrester en 1961 et Vallée en 1980 et de nombreux autres auteurs qui ont fait progresser la théorie.

Après les succès de l’électronique analogique, les extraordinaires progrès de la technologie digitale ont imposé le passage aux techniques numériques. Nous ne parlons plus de commande ou d’asservissements mais d’automatique.

3.2 L’Intrusion de l’Automatique Moderne :

L’automatique moderne est basée sur les idées popularisées par Kalman. Un système est décrit par un vecteur d’état rassemblant toutes les données définissant le système. Dans le cas des ensembles mécaniques il s’agit des positions, vitesses (en prenant en compte deux positions successives), et accélérations (en comparant deux vitesses, soit trois positions successives). Un calcul simple permet alors de décrire l’évolution du système au cours du temps lorsqu’il est soumis à une excitation exogène.

Par exemple, un pendule sera défini par ses moments d’inertie, ses vitesses de rotation et les forces qui lui sont appliquées. Il est alors facile d’écrire la matrice donnant, à partir des valeurs actuelles du vecteur d’état, les nouvelles valeurs de ses paramètres au bout d’un incrément de temps dt. Ceci permet de décrire simplement le mouvement du pendule. Cette méthode générale de l’automatique moderne permet ainsi de prédire l’évolution d’un système mécanique et de le piloter. Elle semble parfaitement adaptée à l’étude de l’économie dont les variables sont les suites de données correspondant aux séries économiques.

Est-il pour autant raisonnable d’abandonner les notions fondamentales des techniques anciennes, issues de l’ère analogique, pour adopter les seules méthodes de l’automatique ?

Dans quelles conditions ces techniques nouvelles permettent-elles de réaliser des simulateurs reproduisant l’évolution du système économique ?

3.2.1 Un Exemple : Le Modèle Metric :

Comme de nombreux modèles récents, le modèle METRIC de l’INSEE, publié pour la première fois en 1977, adopte une méthode appliquant les concepts de l’automatique moderne. Il utilise alors les toutes nouvelles séries trimestrielles de l’INSEE qui permettent une meilleure connaissance temporelle des données économiques.

Ce modèle identifie les relations temporelles entre les données économiques. Conçu pour effectuer des prévisions, il calcule l’ensemble des variables endogènes à un instant donné à partir de leurs valeurs au trimestre précédent. À chaque pas, les valeurs des séries économiques constituent le nouveau vecteur d’état du système. Le modèle prévoit d’introduire, en tant que de besoin, des variables exogènes, par exemple le taux de change.

Ce premier modèle trimestriel présente malheureusement de nombreuses lacunes. Il n’a été ajusté qu’en prenant en compte une période d’observation de 5 ans, durée beaucoup trop courte pour que l’ensemble des situations rencontrées pendant un cycle économique (par exemple le cycle de Juglar) n’aient pu être observées.

Il n’est donc pas surprenant qu’il dérive très rapidement lorsqu’il est utilisé dans le mode prévisions économiques, en dehors de la période d’apprentissage.

Selon le document publié par l’INSEE, en mode prévision, et sur seulement deux années, les erreurs du modèle METRIC augmenteraient rapidement. La prévision était donc limitée à 8 trimestres. Compte tenu de toutes ces contraintes, cette modélisation ne pouvait conduire à des prévisions à long terme.

Cette approche, de type automatique, n’aurait pu être valide à long plus terme que si le modèle avait identifié l’ensemble des paramètres internes du système économique, qu’ils soient accessibles ou non à la statistique. En effet, les méthodes numériques standards d’estimation des fonctions de transfert ne sont pas adaptées au cas des séries économiques, même trimestrielles.

Il est raisonnable de penser avoir identifié la totalité des paramètres d’un système mécanique comme un pendule, un navire ou un robot, en construisant un vecteur d’état comportant le dernier échantillon et les deux échantillons précédents des paramètres, ce qui permet d’estimer leurs vitesses de variation et leurs accélérations.

Il serait présomptueux de prétendre tout savoir sur l’économie française et sur ses relations avec le reste du monde en ne prenant en compte que les dernières valeurs des séries économiques. Rien ne permet de dire, à priori, si des estimations basées sur quelques trimestres seraient meilleures.

Si trois échantillons successifs suffisent à traiter la dynamique d’un ensemble mécanique, comment savoir combien il en faudrait pour traiter correctement le système économique ? Les fluctuations aléatoires des statistiques trimestrielles, analogues au bruit des systèmes électroniques, ne risquent-elles pas de rendre cette méthode totalement illusoire ?

3.2.2 Le Mur de la Complexité :

Initialement, en 1975, le modèle METRIC de l’INSEE comportait 450 équations et 250 variables exogènes. En 1979, le nombre d’équations était passé à 886 et le nombre de variables exogènes à 350.

La complexification inutile des modèles a été parfaitement illustrée par Maurice Allais dans son livre sur la mondialisation de 1999. Il dit : « Une telle erreur est parfaitement illustrée par le Modèle RUNS de la Banque Mondiale qui pour être compréhensif est amené à considérer 22 régions, 20 produits, et 8 périodes, et finalement 77.000 variables. En réalité, un tel modèle n’a aucune signification ni économique, ni économétrique. »

La conception des modèles économiques souffre ainsi d’un vice congénital propre à toutes les simulations numérique. Les ingénieurs cherchent à décrire de plus en plus finement le système à évaluer dans l’espoir de fournir des résultats de plus en plus précis. Contrairement à leurs attentes, ils n’arrivent qu’à rendre leurs résultats inintelligibles et donc leurs études non concluantes.

3.3 Le Modèle Oméga :

Publié en 1990, le modèle Oméga (nommé ainsi en référence à la pulsation ω des signaux périodiques), a été conçu de façon à éviter ces écueils.

Sans entrer dans les détails de sa conception, il est intéressant de noter les options originales qui ont présidé à sa conception :

– Les fonctions temporelles reliant entre elles les variables sont des fonctions en temps continu. Ceci permet de changer librement le pas temporel des séries de données : annuel, trimestriel, ou même mensuel sans avoir à modifier le modèle.

– La représentation de ces fonctions par une somme de fonctions mathématiques standard permet de les contrôler facilement. Ceci est important, puisque toutes les fonctions intervenant dans un prédicteur doivent être causale et avoir un comportement à long terme particulier.

– Le nombre des variables a été réduit au strict minimum.

– Le choix des fonctions temporelles incluses dans le modèle a tenu compte des grandes avancées de la science économique, par exemple la théorie de cycle de vie.

3.3.1 Test sur la Rupture de 1974 :

Initialement annuel, le modèle Ω devenu modèle Oméga-Allais fonctionne parfaitement sur des séries trimestrielles. Initialisé par les seules valeurs du PIB, une réduction de la part de la demande intérieure due à un excès des importations par rapport aux exportations conduit à la réduction de la croissance attribuée par Maurice Allais à la mondialisation.

L’utilisation du modèle permet de mettre en évidence le mécanisme conduisant à la réduction de la croissance. La courbe bleue correspond au PIB observé, la courbe rouge à la prédiction, les droites vertes pointillées aux croissances moyennes.

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Cassure de 1974.

Ceci montre qu’une ouverture des marchés conduit à une réduction de la demande intérieure, donc des investissements nationaux, et produit la cassure de 1974. Ainsi, le modèle « Oméga-Allais » montre clairement qu’une réduction de l’investissement dans une économie conduit naturellement à une réduction à long terme de la croissance, voire à une récession qui s’auto-entretien.

3.3.2 La Cassure de 2007 :

De même, le modèle reproduit la cassure de 2007. Le déséquilibre de la balance des investissements, observée par la Banque de France de 1999 à 2001 au moment de l’entrée dans l’euro, correspond ans plus tard avec le décrochement de l’économie 8, c’est à dire avec le retard correspondant au cycle de Juglar dont l’origine endogène est ainsi confirmée.

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La cassure de 2007 :

(Toutes les valeurs sont en Euros 2005. La courbe bleue est le PIB trimestriel observé, la courbe rouge est le comportement naturel du modèle, la courbe verte est celle correspondant à un désinvestissement fait à partir de 2007. Il apparaît que celui-ci correspond au manque d’investissement observé par la Banque de France en 2000-2001).

3.3.3 Des Résultats Saisissants :

Le modèle illustratif de Maurice Allais présenté dans son livre de 1999 montrait clairement que la mondialisation est la cause du chômage de masse et de la destruction de la croissance. De ce fait, il n’avait pas à poursuivre sa démonstration en construisant un modèle dynamique susceptible de quantifier les conséquences à long terme des décisions politiques erronées de l’UE.

Poursuivant et prolongeant l’œuvre de Maurice Allais, le modèle dynamique « Oméga », établi en 1990 pour décrire une économie fermée, devait être adapté pour rendre compte de la mondialisation. Aujourd’hui, le modèle « Oméga-Allais », confirme parfaitement les conclusions faites en 1999 par Maurice Allais. La modélisation ainsi faite de l’ouverture à la mondialisation décrit parfaitement la cassure de 1974 et l’explosion du chômage.

Ce travail confirme un point essentiel : pour être intelligible, un modèle destiné à faire des prévisions économiques à long terme doit être le moins complexe possible. Le nombre de variables endogènes et exogènes doit être le plus réduit possible. Pour que les résultats soient exploitables, les entrées doivent être regroupées en fonction de leurs effets sur le système. Seulement quelques paquets de variables, ou variables macroscopiques, sont alors considérés par le modèle.

N’oublions pas que les mathématiques et les ordinateurs doivent être au service des économistes et non l’inverse. La complexité excessive d’un modèle ne doit pas rendre inintelligible son fonctionnement. Le modèle Oméga-Allais y parvient en ne retenant que les paramètres clefs.

Quinze ans après la publication du livre de Maurice Allais sur la mondialisation, les faits ont pleinement confirmé ses critiques injustement occultées. Très convivial, le modèle dynamique Oméga-Allais, permet de visualiser de façon saisissante l’effet à long terme des politiques économiques. Il constitue ainsi un outil à mettre à la disposition des décideurs.

4 Conclusion :

Ce survol des méthodes de la science économique montre à l’évidence que les critiques des choix de l’union européenne et de la mondialisation faites par Maurice Allais depuis 1992 avaient des bases réellement scientifiques.

Il est urgent que la science économique reprenne sa place dans le discours politique et qu’elle puisse ainsi éclairer les responsables et les opinions publiques, redresser l’activité du pays, la croissance, et vaincre enfin le fléau de la désindustrialisation et du chômage.
Toutefois, les apports de Maurice Allais ne pourront être pleinement reconnus, pris en compte et surtout mis en application que si un forum permet à l’élite des économistes d’échanger, dans son sillage, leurs points de vue et de confronter leurs résultats, avec les différents acteurs clefs, notamment politiques. Canal historique des « Combats de Maurice Allais », chargée de la défense et de la reconnaissance de son œuvre de salut public toujours ostracisée par la sphère politique, l’AIRAMA a vocation à être le pôle fédérateur de cette « Reconquête » du politique par la pensée économique.

DÉCLARATION de Jean-Pierre Chevènement sur ALSTHOM

Alors qu’Alstom est dans l’actualité la plus chaude depuis quelques jours.

Nous vous proposons de visionner la déclaration que Jean-Pierre Chevènement a faite sur ALSTHOM sur la chaine “Public Sénat” :

Chevènement : « Sarkozy a sauvé Alstom, il serait dommage qu’Hollande ne réédite pas cette action »

 

 

Le possible rachat d’Alstom ne lui convient pas. Jean-Pierre Chevènement monte au créneau pour défendre ce fleuron industriel national. L’américain General Electric (GE) pourrait pourtant mettre la main sur la partie énergie d’Alstom. Les Allemands de Siemens proposent eux de reprendre la même branche, pour laisser au Français ses activités transports. Un « airbus de l’énergie » et un des transports seraient ainsi créés, conformément aux vœux de François Hollande. Le chef de l’État a reçu ce matin le patron de GE, avant celui de Siemens en fin d’après-midi, et enfin celui de Bouygues, principal actionnaire d’Alstom.

« Alstom n’existe que par l’État »

Pour le sénateur du Mouvement républicain et citoyens (MRC), aucune des solutions sur la table ne convient. « J’ai écrit à Manuel Valls pour lui dire qu’il me paraissait hors de question que le capital d’Alstom passe sous pavillon étranger, que ce soit General Electric ou Siemens. L’énergie est un secteur clef dans l’industrie », affirme à Public Sénat le sénateur du Territoire de Belfort, où se trouve un site historique d’Alstom. « Alstom n’existe que par l’État. Alstom, c’est la France. Ce sont les locomotives fabriquées à Belfort depuis 1880. Et toutes celles qui ont suivi. Les turbines, y compris celles du nucléaire », ajoute le sénateur.

Sur ce dossier, François Hollande joue gros. « C’est un enjeu très important. Le Président est vraiment conscient de l’importance de ce dossier. Il serait dommage, alors que Monsieur Chirac et Sarkozy ont sauvé Alstom, il faut le dire – à l’époque Alstom était en beaucoup plus mauvaise situation qu’aujourd’hui – que François Hollande ne réédite pas cette action » souligne Jean-Pierre Chevènement. Il ajoute : « Je pense que pour François Hollande, c’est un défi, mais qui implique qu’il maîtrise intellectuellement toutes les données de ce dossier complexe ».

« La gauche n’a jamais exclu des nationalisations temporaires »

Il préconise une prise de participation de l’État dans le capital de l’industriel, à hauteur de « 15 ou 20% ». le gouvernement n’a d’ailleurs pas écarté cette solution. « La gauche n’a jamais exclu des nationalisations, temporaires, partielles », insiste le sénateur. Il « appelle » le chef de l’État « à faire preuve de pragmatisme ».

« Comme déjà la France a abandonné la sidérurgie, (…) Usinor-Sacilor devenu Arcelor, devenu ArcelorMittal. Après la sidérurgie, l’aluminium avec Pechiney, le PVC avec arkema, filiale de total rachetée par un fond de capitale américain. Le ciment Lafarge qui a maintenant son siège social en Suisse. Je considère que ça commence à bien faire. (…) On ne peut pas abandonner le secteur de l’énergie », souligne l’ancien ministre de l’Industrie.

La solution européenne via Siemens n’est pas la bonne à ses yeux. « Avant de parler d’Airbus de l’énergie, il faut savoir de quoi on parle. Quelle est la stratégie générale ? » demande Jean-Pierre Chevènement. « S’il s’agit de faire passer sous contrôle allemand la partie énergétique d’Alstom, c’est un jeu de dupe ».

Source : www.publicsenat.fr

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Pour aller plus loin…

Voir également :

FigaroVox : Jean-Pierre Chevènement : « L’État doit monter au capital d’Alstom »

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/04/28/31001-20140428ARTFIG00363-jean-pierre-chevenement-l-etat-doit-monter-au-capital-d-alstom.php

Le Bog de Jean-Pierre Chevènement : http://www.chevenement.fr/

Alstom : « Le contrôle du capital doit rester français »