Catégorie : Économie

Une faillite inévitable ?

Les conséquences d’un choix politique fait en 1974.

Une réduction continue de l’emploi industriel :

Un document précédent (Le chômage importé [1]) montrait que le niveau élevé du chômage en France est clairement lié aux importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre.     

Je présentais dans ce document le graphique suivant qui représente la réduction constante de la part de l’emploi industriel dans la population nationale depuis 1974 :

Figure 1 : Pourcentage des emplois industriels dans la population totale :

     Courbe rouge : Taux d’emploi observés,

Droite pointillée bleue : tendance à long terme.

 

            Cette cassure intervient en France six ans après 1968 et l’arrêt temporaire des investissements industriels que ces événements avaient provoqués. J’ai montré que le modèle Oméga original, publié en 1990 [2], décrit parfaitement l’évolution du PIB (en valeur corrigée des fluctuations monétaires) lorsque la fuite des capitaux est prise en compte. Peut-il expliquer également d’autres phénomènes mis en évidence par Maurice Allais, décrire les mécanismes sous-jacents, justifier ses « évidences empiriques » ? Ce modèle mérite-t-il pleinement d’être appelé Modèle Oméga-Allais ?

Les causes connues des difficultés actuelles :

            Depuis 1974, la France a renoncé au droit de battre monnaie, c’est-à-dire de créer « ex-nihilo » sa propre monnaie. Ce renoncement correspondait en fait à l’abandon, à terme, par l’état de toute souveraineté économique réelle. Cette décision a eu de nombreuses conséquences :

  • Ne pouvant plus être faite par l’État, la création monétaire nécessaire au fonctionnement de l’économie a été laissée aux banques privées,
  • Aujourd’hui, ces banques réalisent à leur profit l’ajustement de la masse monétaire, et, contrairement à l’état, prélèvent abusivement des intérêts sur ces sommes créées « ex nihilo ». De ce fait, en lieu et place de l’état, elles collectent un « impôt bancaire » sur la masse monétaire ainsi crée, ce dont de nombreux citoyens n’ont pas conscience.
  • Il en résulte une « dette publique » qui a été analysée dans de nombreux documents comme le rapport Pucci-Pinel de 2010, cité par André Jacques Holbecq dans son livre récemment réédité (La dette publique, une affaire rentable), et que bien sûr les articles de Maurice Allais, prix Nobel d’Économie. Cette dette publique, agitée comme un épouvantail, résulte presque exclusivement de la privatisation de la « planche à billets » au profit des banques. Cette véritable haute trahison, qui n’aurait jamais dû avoir lieu, pourrait être légitimement récusée.
  • Dans le passé, une création monétaire excessive par les états conduisait parfois à l’hyperinflation, à une hausse excessive des prix et finalement imposait une forte dévaluation de la monnaie. Cependant, utilisée avec prudence, cette inflation équivalant à un impôt prélevé sur tous les avoirs, et permettait d’équilibrer mécaniquement les comptes de la nation.
  • Ne disposant plus de ce mécanisme régulateur, l’état ne peut plus imposer à l’économie nationale des investissements ou des dépenses sociales sans emprunter les sommes nécessaires aux banques, et prévoir de les rembourser. Il perd ainsi la quasi-totalité de son pouvoir économique.
  • Enfin, la politique économique ayant été laissée aux banques, celles-ci ont naturellement cherché à protéger les dépôts bancaires, même si cela contribuait indirectement à la hausse du chômage dans notre pays.

L’État, ayant perdu son pouvoir économique, n’a pu lutter efficacement contre la montée du chômage que nous observons depuis 1974, malgré l’adoption de nombreux expédients qui permettent seulement d’en minimiser le niveau apparent et d’en limiter les inévitables conséquences sociales.

Une réduction de l’emploi d’une linéarité surprenante :

            Depuis 1974, l’emploi industriel a été réduit linéairement, année après année. Cette décroissance linéaire résulte-t-elle de circonstances fortuites ou d’une loi macro-économique sous-jacente ? En emplois équivalents temps plein, celui-ci suit la répartition des valeurs ajoutées entre les branches de l’économie représentée sur la figure 2.

 

Figure 2 : Répartition de la valeur ajoutée.

En bleu : Activité commerciales

En vert : Activités de service,

En rouge : Activité industrielles.

 

En effet, ces valeurs ajoutées sont très directement liées à l’emploi. La part de valeur ajoutée des activités commerciales est sensiblement proportionnelle au PIB, tout en étant fortement impactée par ses fluctuations économiques à court terme. Celle des activités de services suit la même tendance tout en étant plus stable à court terme. Enfin, la valeur ajoutée des activités industrielles diminue régulièrement, les emplois associés migrant vers les pays à faible coût de main-d’œuvre.

Ces données sont parfaitement cohérentes avec la décroissance linéaire de l’emploi industriel présentée sur la figure 1.

La délocalisation des emplois industriels :

            La délocalisation des emplois industriels a eu pour conséquence immédiate une hausse du chômage, mais également deux conséquences indirectes dont les effets se cumulent :

  • Une réduction du niveau de l’investissement industriel en France par rapport à la valeur qu’il aurait dû avoir pour maintenir la production,
  • Un déficit commercial résultant des importations devenues indispensables pour remplacer la production nationale absente.

Il faut enfin ajouter à celles-ci les effets indirects de la fuite des capitaux qui réduit mécaniquement la demande intérieure. Dans un premier temps, cette politique d’achat à l’étranger semble n’avoir que des avantages. Les coûts d’achat plus faibles à l’étranger semblent conduire à une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs et permettre de meilleures marges commerciales. Ensuite, l’économie nationale souffre : la production industrielle diminuant, la demande induite par la réalisation des investissements locaux ayant disparu, le  chômage augmente ainsi que les charges sociales qui lui sont liées, la recette des impôts diminue…

À long terme, la fuite des capitaux et le déficit de la balance commerciale ne peuvent conduire une économie qu’à la ruine.

Peut-on modéliser ce processus engagé en 1974 ?

            Le modèle Omega s’était donné pour objectif de démontrer que les fluctuations cycliques observées par les plus grands économistes de la fin du 19° siècle et du début du 20° siècle (le cycle Juglar, puis ceux Kitchin et Kondratieff) résultent du comportement naturel des acteurs économiques et apparaissent spontanément dans une économie fermée, inévitablement soumise à des perturbations multiples modélisables par un bruit blanc gaussien. Il a parfaitement atteint cet objectif.

Il restait à introduire les effets de la politique économique, responsabilité traditionnelle de l’État. Dans un premier temps, les effets de cette politique économique ont été modélisés en introduisant des incitations à investir et à consommer, représentant globalement les effets, souvent contradictoires, des politiques économiques menées. Bien que la France ait renoncé au droit de créer elle-même sa propre monnaie dès 1974, elle disposait encore d’une souveraineté économique résiduelle. Celle-ci lui permettait, en particulier, d’assurer l’équilibre de ses échanges extérieurs et de prendre en compte, sans remette en cause ses acquis, la mondialisation progressive de l’économie.

La création de l’EURO (€) et la libération des transferts de capitaux ont radicalement modifié les choses. La gestion de la nouvelle monnaie n’a plus à tenir compte des besoins des différentes nations.  La BCE, nouvelle autorité supranationale, s’est donné pour seul objectif de réguler le taux d’inflation, c’est-à-dire protéger les intérêts des détenteurs de capitaux. L’État perdait ainsi le dernier levier qui lui aurait permis de mener une politique économique et sociale propre.

Notre nation, la France, lorsqu’elle a choisi d’entrer dans l’EURO a perdu tout pouvoir économique réel, mais ceci ne nous empêche pas de faire des prévisions économiques à long terme !

Ainsi, comme cela a été montré, la prise en compte de la fuite des capitaux a permis de corriger les prévisions de PIB. Il reste cependant nécessaire de chiffrer l’effet du déficit du commerce extérieur qui n’est plus ajustable, comme par le passé, par une dévaluation de notre monnaie.

Une hypothèse de référence : une économie initialement stable :

            L’analyse d’un système complexe nécessite de séparer, autant que possible, les différents mécanismes contribuant à son évolution. De façon à mieux comprendre le rôle de la fuite des capitaux et des importations en provenance des pays à bas coût de main d’œuvre, nous allons considérer une économie nationale initialement stable, c’est-à-dire dont la consommation est constante, les prix internes fixes, les échanges internationaux équilibrés et le volume de la population constant.

Ce modèle stable est assez proche de l’économie française des cinquante dernières années, une fois son taux de croissance moyen compensé (le modèle Ω montre en effet qu’une faible modification du taux d’investissement peut conduire à une variation linéaire, croissante ou décroissante, d’une économie. Les résultats que nous obtiendrons sur cette économie globalement stable seront donc directement transposables à une économie réelle en croissance lente et régulière).  

            Nous introduirons ensuite dans cette économie un écart de compétitivité avec le reste du monde de façon à étudier les effets à long terme d’un déséquilibre extérieur. La population française ne représentant que 1% de la population mondiale, nous supposerons le monde extérieur stable et insensible à l’évolution de notre propre économie.

Enfin, nous considérerons que les pouvoirs publics et les organisations syndicales veillent au maintien du pouvoir d’achat des salariés. Nous supposerons donc que la politique économique menée se donne pour objectif de maintenir le pouvoir d’achat de la population (faute de pouvoir l’élever). Selon cette hypothèse, seul apparaît l’effet du remplacement d’une production nationale par l’importation de produits étrangers meilleurs marchés.

Dans ces conditions, nous admettons dans ce modèle qu’il n’y a pas de fluctuation des activités commerciales et que le volume des activités de service reste stable. Seule la production  industrielle décroît linéairement au cours du temps. Une fois corrigées du taux de croissance à long terme, les données statistiques publiées par l’INSEE (figure 2), sont quasiment identiques à celles de ce modèle simplifié. Nous avons donc décidé de ne prendre un compte, ni une légère croissance de la population et du PIB, ni leurs variations à court terme, dans le but de ne pas compliquer inutilement les calculs, et brouiller les conclusions de cette étude.

Une modélisation plus fine de l’économie :

            Le modèle OMEGA avait été conçu de façon à décrire le plus clairement possible le fonctionnement d’une économie en faisait des hypothèses fortes :

  • La stabilité monétaire : Une monnaie stable était supposée et disponible en fonction des besoins des entreprises mais aussi des consommateurs. La consommation s’adaptait dynamiquement à la production selon une loi décrivant le comportement temporel des consommateurs et assurant, à long terme, l’égalité moyenne entre production et consommation.
  • L’absence de déséquilibre extérieur : apparemment isolé, le modèle initial ne considérait pas réellement une économie fermée, mais plutôt une économie dont les échanges extérieurs, balance commerciale et investissements, étaient en moyenne équilibrés.
  • Pour prendre en compte des échanges internationaux importants, il a suffi d’introduire dans le modèle les déséquilibres extérieurs pour établir des prévisions valides, l’influence de l’évolution de l’économie mondiale restant une donnée exogène.
  • Le modèle Oméga étant linéaire, l’évaluation d’une situation économique réelle s’obtient très simplement en ajoutant aux modes propres de cette économie, les perturbations extérieures, en particulier les écarts entre sa compétitivité et celle du reste du monde. 

La séparation des variables :

            La linéarité du modèle nous a permis de considérer une économie stable puis d’introduire le déséquilibre des échanges extérieurs. Ceci conduit à une modélisation particulièrement simple :

  • Tous les paramètres économiques entrant dans le modèle économique sont constants : le PIB, les prix, la population…
  • Les seuls éléments variables sont la baisse des investissements industriels et le déficit de la balance commerciale.

Pour déterminer l’évolution du système économique, nous avons pris en compte la baisse de l’emploi industriel, estimé le niveau des désinvestissements nationaux résultant de cette baisse, puis estimé le déficit de la balance commerciale qui devait en résulter, en supposant constants les services et les activités commerciales qui contribuent à la création de valeur ajoutée et donc au PIB. Nous calculons alors, à quelles conditions ce PIB et les prix peuvent être globalement maintenus.

Le choix de données macro-économiques :

            De façon à éviter de prendre en compte la complexité de notre société, nous nous bornons à quelques données économiques essentielles représentant de façon schématique l’économie française :  

La part des activités délocalisables :

            Les courbes de l’INSEE montrent que, même à pouvoir d’achat global constant, les activités industrielles (et agricoles) ont été les plus délocalisées. La baisse de l’emploi industriel, source du chômage importé, serait donc la conséquence principale de la mondialisation. L’emploi industriel, chiffrée initialement à 35% de l’emploi total en 1974, correspondait alors à 35% du PIB. Depuis, sa contribution au PIB baisserait de 0,5% par an, pour devenir nulle vers 2045, ce qui est évidemment une extrapolation abusive.

La constance des activités de service :

            En cohérence avec l’hypothèse précédente, la part des activités de service, liées au fonctionnement de la société, seraient quasiment conservée. Ceci est une hypothèse naturelle, dans la mesure où la plupart des services sont liés, directement ou indirectement, aux entreprises et aux consommateurs.

La consommation :

            Celle-ci dépend du pouvoir d’achat, directement influencé par la politique économique et la conjoncture mondiale. Analysée en permanence par les économistes et les responsables politiques, ses variations reflètent davantage l’influence de la conjoncture mondiale que celle de la politique nationale. Nous ne prendrons pas en compte ses variations aléatoires jugées non significatives et ne mettent pas en cause l’hypothèse retenue dans le modèle : la stabilité du PIB. Nous admettrons enfin que la politique économique suivie par la nation parvient à stabiliser la consommation.

La réduction de l’investissement industriel :

            L’effet d’une réduction de 0,5% par an de l’investissement  industriel correspond à un désinvestissement régulier. Dans le modèle Oméga, un coefficient de capital moyen β lie l’investissement à la production. Sa valeur pour l’ensemble de l’économie avait été fixée à 2. Une  fonction de production Fy transformait alors un flux d’investissement en flux de production.

            La valeur du paramètre β retenue dans le modèle était une valeur moyenne. Il est raisonnable de retenir pour ce paramètre une valeur plus élevée dans l’industrie, qu’il serait facile de modifier au cours du temps.  Faute d’une valeur statistique publiée par l’INSEE, nous pouvons retenir pour ce paramètre β les valeurs suivantes :

  • Pour le commerce et les services qui représentaient 2/3 du PIB : β=1,
  • Pour l’industrie qui représentait 1/3 du PIB: β=4.

Dans ces conditions, la réduction annuelle de la production industrielle de 0,5% par an « économiserait » annuellement en investissements 2% du PIB ! Ne pas entretenir la capacité de production permet, comme chacun le sait, de faire apparaître à court terme des bénéfices fictifs. Cette somme peut alors être affectée librement, par exemple à la délocalisation de capitaux.

Le déficit de la balance commerciale :

            Celui-ci doit être calculé en valeur réelle pour l’économie française, puis ajusté en fonction de l’écart de compétitivité entre les produits nationaux et les produits importés.

            Une réduction annuelle de la production nationale de 0,5% conduit au bout de « n » années, à une dette équivalente, « n » fois 0,5% du PIB. En l’absence d’intérêts, le cumul de ces dettes croit quadratiquement, d’année en année. Sa valeur est alors au bout de « n » années : n2/2. Il reste alors à introduire le rapport λ entres les prix extérieurs et les prix correspondant à une production nationale. Les prix extérieurs étant plus faibles, la dette extérieure résultant des importations sera réduite dans ce rapport λ. La somme « économisée » chaque année en raison de la désindustrialisation pourra être partagée entre les différents acteurs économiques, ce dont nous devrons tenir compte dans le bilan économique global. Chaque année, nous évaluerons cette somme à (1-λ).n.0,5% du PIB. Dans les simulations nous prendrons pour λ la valeur 0,2. Cette valeur, applicable aux seuls prix industriels, est raisonnable compte tenu des déséquilibres mondiaux.

Des résultats trompeurs :

            À partir de cette description macro-économique de l’économie française, nous pouvons déterminer par simulation les conséquences des déséquilibres persistant depuis 1974. Nous allons calculer les sommes économisées en réduisant, année après année, les investissements industriels puis estimer le coût des produits importés correspondants. Ensuite, nous comparerons entre elles les dépenses rendues nécessaires par la désindustrialisation.

 

Les figures présentent systématiquement à deux valeurs :

  • En pointillés bleus : Celles obtenues en l’absence d’intérêts réel,
  • En rouge : Celles obtenues avec un taux d’intérêt réel élevé de 2%, soit une multiplication par 4 du capital en 70 ans.
  • L’échelle utilisée en ordonnées est leur valeur exprimée en PIB, supposé constant.

 

Part des emplois industriels :

            Conformément aux observations faites depuis 1974, nous modélisons la réduction constante de l’emploi industriel par la droite de la figure 3 ci-dessous, conduisant inévitablement à une catastrophe :

Figure 3 : Taux d’emploi industriel.

Économie résultant de la réduction annuelle des investissements :

            Il s’agit des sommes non investies et des intérêts qu’elles peuvent apporter à l’industriel devenu importateur. Celles-ci correspondent aux éléments suivants :

  • 2 % du PIB résultant du désinvestissement,
  • La réduction des prix de revient, soit (1-λ) fois la réduction de la production nationale remplacée par des produits importés. Celle-ci est équivalente à un revenu à partager entre les différents intervenants, importateurs, distributeurs et consommateurs.

Figure 4 : « Économie cumulées » résultant de la réduction des investissements industriels.

Dix premières années.

Les courbes vertes et cyan sont les contributions de la réduction du capital investi.

Les autres correspondent à λ = 0,2, valeur très favorable.

 

            Conformément aux hypothèses retenues, la seule réduction de l’investissement conduit à ne pas avoir dépensé 20% du PIB au bout de 10 ans.

 

Figure 5 : « Économie cumulées » résultant de la réduction des investissements industriels.

Tendance à long terme.

Il suffirait de travailler de moins en moins pour faire des économies colossales !

Le déficit cumulé de la balance commerciale :

Cette somme correspond au cumul des déficits successifs de la balance commerciale résultant des délocalisations, toujours dans l’hypothèse d’un PIB constant, le rapport λ entre les prix des produits importés et les produits locaux étant toujours 0,2. Ce déficit augmente rapidement :

Figure 6 : Déficit extérieur cumulé en PIB.

Courbe bleue : Sans intérêts,

Courbe rouge : avec un intérêt de 2%.

 

             Ce calcul simple ne prend pas en compte une autre dette, nous l’appellerons la dette sociale. Nous reviendrons ultérieurement sur cette dette qui devient rapidement colossale.

Une évolution catastrophique :

            Confronté à la réalité, le rêve de prospérité auquel les graphiques précédents font croire devient un véritable cauchemar. Le monde réel oblige à corriger les graves omissions qui peuvent faire croire à la bonne santé de notre économie.

Le spectre de la déflation :

            Depuis la crise de 1929 qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, puis à devenir le premier Prix Nobel français d’économie, les milieux financiers redoutent la déflation. Comme en 1929, la baisse des revenus et des prix conduirait à une déstabilisation de l’économie et à une grave crise qui peut être catastrophique.

            La réduction de l’investissement industriel et l’introduction de produits provenant de pays à faible coût de main d’œuvre, devrait conduire à une réduction du PIB, de la demande et donc à une baisse des prix. 

Celle-ci serait évitable en injectant de la monnaie, ce qui aurait au moins pour effet d’éviter la baisse des prix nominaux. Aujourd’hui, cette nécessaire injection de monnaie, inévitablement inflationniste, ne peut plus être faite, qu’à contre-emploi, par la BCE, dont la mission est de stabiliser les prix… Pour cette raison, la baisse des prix nominaux ne peut être évitée que par une hausse des taxes encore possible au niveau national…

Une dévaluation de notre monnaie aurait permis de rétablir facilement les grands équilibres, et en particulier celui de la balance commerciale. Notre pays (ou les entreprises à sa place) ne pouvant plus créer « ex nihilo » la monnaie nécessaire au maintien de la demande, devrait l’emprunter aux banques, et en conséquence s’engager à la rembourser, ce qu’il serait évidemment incapable de faire.

Une dette oubliée : La dette sociale :

            À long terme, toutes choses égales par ailleurs, les économies cumulées résultant d’un achat à l’étranger deviendraient considérables, si cette dette ne venait pas transformer ce rêve en cauchemar.

Nos calculs ont en effet supposé le système économique globalement stable, notamment la population et le PIB par habitant. Ceci suppose pratiquement que le chômage résultant de la croissance des importations soit indemnisé directement ou indirectement à près de100 %.

 

En effet, supposons qu’un industriel français vende un produit à un prix P. Si nous décidons d’acheter un produit étranger au prix λ.P, nettement plus faible, nous faisons apparemment une économie de (1-λ)P. En réalité, le PIB sera réduit du prix P du produit qui n’est plus acheté, et augmenté du prix du produit importé financé par une dette extérieure. Cependant, les produits importés ne pourront trouver de clients que si le pouvoir d’achat des citoyens est préservé.

Le remplacement du produit national par un produit importé conduit donc à :

  • Une réduction du PIB du prix P,
  • Un achat à l’étranger de prix λP,
  • Une indemnité à répartir entre les travailleurs lésés attribuée de façon à maintenir la demande au niveau qu’elle aurait eu en l’absence d’importation chiffrée à (1-λ)P.

 

En fait, le PIB et la demande ne seront maintenus à leur niveau précédent que si une hausse globale des bénéfices de (1-λ)P est transformée en soutien de la demande. Cette hausse des bénéfices est l’une des deux composants des « économies apparentes » précédemment calculées (figure4). Cette seconde composante des économies apparente, serait alors totalement consacrée au financement des aides aux chômeurs.

 

Dans cette hypothèse, tout se passe comme si les importateurs achetaient à l’étranger en créant une dette extérieure et revendaient au prix d’une production nationale. Si leur bénéfice sur la revente finançait la dette sociale ainsi définie, chacun conserverait ses revenus. La paix sociale serait ainsi préservée. En réalité, le partage de ce bénéfice conduit à une augmentation des inégalités de revenu.

 

Des transferts entre partenaires économiques :

            Nous avons supposé que l’économie était gérée de façon à maintenir la valeur du PIB par habitant. L’achat à l’étranger réduit les salaires directs et indirects qui auraient été versés. Pour que le revenu moyen des travailleurs soit maintenu, il faut que cette perte soit compensée, par exemple par des prestations sociales : Chômage, départ anticipé en retraite…

            Le remplacement de productions industrielles nationales par des importations est alors très rentable pour les importateurs qui bénéficient d’une réduction de leurs dépenses (coût direct des produits et charges sociales associées), mais profitent en plus de marges supérieures sur les produits. Dans la modélisation retenue, construite sur le maintien du PIB, nous avons montré que pour que le maintien des prix et du PIB soit réel, il faut que malgré des inégalités inévitables, cette indemnisation soit totale et concerne autant des entreprises que les citoyens touchés par les délocalisations.

            Les importations de produits en provenance des pays à faible coût de main-d’œuvre déstabilisent l’économie, tant les entreprises que les consommateurs. Ceci incite les entreprises à innover et à devenir plus compétitives. Mais ces importations offrent surtout aux entreprises l’opportunité de s’approprier une partie croissante de la richesse nationale.  Dans un pays disposant de sa propre monnaie, et d’une réelle souveraineté monétaire, cette accumulation capitalistique n’est pas une fin en soi. L’accumulation d’un capital dormant, ne rapportant rien, présente un intérêt limité…

            La liberté de transfert des capitaux associé à la création de l’EURO modifie radicalement ces données économiques et institue une concurrence  féroce au sein de l’Union Européenne.

Conséquences sur l’économie nationale :

            Pour faire le bilan des effets des importations en provenance des pays à faible coût de main-d’œuvre sur l’économie française, nous devons évaluer les effets directs des désinvestissements, puis le coût réel des importations nécessaires au maintien du PIB moyen des citoyens.

Cumul des désinvestissements réels :

            Compte tenu de la nécessaire indemnisation du chômage, nous devons admettre que la part réelle des « économies cumulées » pouvant être consacrée au remboursement de la dette est celle résultant du seul désinvestissement industriel, soit annuellement 2% du PIB.

            Le cumul de ceux-ci est représenté figure 7. Il atteint rapidement un niveau élevé par rapport à  l’investissement industriel et en 2045, la totalité de celui-ci : 4/3 du PIB (figure 8).

 

Figure 7 : désinvestissements.

Évaluation sur 1974 à 2020.

 

Figure 8 : Désinvestissements.

Extrapolation jusqu’à l’arrêt de l’industrie en 2045.

 

            Depuis la libération des transferts de capitaux, ces sommes peuvent s’investir ailleurs, par exemple dans les pays de la zone EURO dont la main d’œuvre est meilleur marché. De nombreuses mesures, comme la directive relative aux travailleurs détachés, permettent la mise en concurrence directe des travailleurs et des régimes de protection sociale. Ces revenus n’ont donc aucune raison d’être affectés au remboursement de la dette résultant du déficit de la balance commerciale.

Cumul des déficits commerciaux :

            Ceux-ci correspondent à la somme des déficits observés années après années. Ils sont calculés en supposant que les prix des approvisionnements au cours de la période considérée restent inférieurs aux prix des productions nationales dans le rapport λ. Bien évidemment, en raison du développement économique de nos fournisseurs, ce rapport devrait être progressivement réduit.

Figure 9 : déficit cumulé de la balance commerciale.

Solde des échanges avec le reste du monde :

            La figure 10 présente la différence entre ces deux sommes, c’est-à-dire le bilan de la nation.

 

Figure 10 : Solde des échanges.

La courbe rouge correspond à un taux d’intérêt à long terme élevé : 2%,

La courbe pointillée bleue à l’absence d’intérêt, le capital,

La courbe noire à un taux d’intérêt de 1% par an, (soit un capital multiplié par deux en 70 ans).

Des résultats saisissants :

            Bien que la simulation présentée ici ne décrive pas complétement l’évolution de l’économie française, elle permet de comprendre les conséquences de la désindustrialisation observée depuis 1974. Nous ferons nos analyses sur la base du taux d’intérêt réel moyen (c’est-à-dire corrigé de la hausse des prix), de1% par an.

  • Comme prévu par la simulation, le désinvestissement produit dans un premier temps un effet positif. Ne pas entretenir l’outil productif donne l’impression de la prospérité, mais celle-ci est trompeuse. Les investisseurs ont accumulent un capital non investi important. Il est donc naturel que la Banque de France ait pu observer une forte fuite des capitaux, représentée sur la figure 11, dès la libération des transferts de capitaux. La simulation montre qu’à cette période, la réduction des investissements industriels avait largement permis aux entreprises françaises de financer la délocalisation partielle de leurs activités.

Figure 11 : Fuite des capitaux (source BDF).

 

  • La tendance s’inverse après une période d’une vingtaine d’années (vers 1990), la croissance des importations devenant prépondérante. Le cumul des « économies » correspondant aux investissements non réalisés commence à baisser.
  • Aujourd’hui, en 2019, un déficit apparaît, somme de la valeur calculée par simulation et du désinvestissement effectué lors de l’adoption de l’EURO. Nous sommes donc déjà fortement engagés dans une implosion économique.
  • Selon la simulation, le déficit se creuserait jusqu’à ce que le capital industriel soit totalement détruit et que l’activité industrielle devienne nulle. La dette serait alors de l’ordre du PIB, ou bien supérieure si les prix des produits importés augmentaient.

Ces résultats sont d’autant plus inquiétants que la simulation est plutôt optimiste et peu sensible aux variations paramètres économiques retenus:

  • La simulation montre que l’évolution de la dette est peu sensible au taux d’intérêt réel, pourvu qu’il reste modéré. Toutefois, ce taux d’intérêt ne manquera pas d’augmenter au cours du temps, avec le niveau de la dette.
  • En revanche, les prix des produits importés, donc du paramètre λ, ne manqueront pas d’augmenter, ce qui sera très pénalisant pour notre économie.
  • En 2020, le pays est entré dans une décroissance inévitable du pouvoir d’achat qui s’accélérera d’année en année si des mesures rigoureuses ne sont pas prises.
  • Au plus tard en 2045, si la tendance actuelle se maintenait, l’activité industrielle (et agricole) serait nulle, ce qui entraînerait par ricochet l’annulation totale du PIB.
  • La dette réelle (hors dette publique) serait égale ou supérieure au PIB, mais bien avant, aucun investisseur n’aurait accepté de la financer…

Il est donc certain qu’il faut que des réformes profondes aient lieu très rapidement, avant que le processus de destruction engagé ne devienne irréversible.

Conclusion :

Cette analyse démontre clairement que le maintien dans les années futures du pouvoir d’achat des français est impossible. Il reste à déterminer jusqu’à quel niveau il descendra si des mesures réellement efficaces, nécessitant l’effort de tous, ne sont pas prises à temps.

Nous avons tous observé les conséquences de la mondialisation financières : Les barrières qui protégeaient les nations sont progressivement abaissées. Les privatisations concèdent à des grands groupes la gestion des services publics. La presse, libérée de la censure étatique, est soumise à celle des intérêts de ses actionnaires. Les protections sociales des états sont mises en compétition. Les multinationales peuvent attaquer les états si elles estiment leurs intérêts menacés…

Louis XIV, savait bien qu’à terme, son pouvoir et celui le Surintendant Fouquet n’étaient pas compatibles. On ne confie pas au renard la clef du poulailler. Pourquoi alors, avons-nous confié la garde du trésor public aux banques privées ?

Les dictatures du « politiquement correct » et du « scientifiquement correct » sont en train de stériliser tous les domaines de la pensée. Ainsi, les sciences ont adopté une approche dogmatique. Il devient impossible de contester une mystérieuse « communauté scientifique » et ses censeurs anonymes dénoncés vigoureusement par Maurice Allais. Sans la diversité des théories, la science n’aurait jamais progressé. La vérité scientifique ne peut résulter que d’un travail sérieux et contradictoire, pas d’un vote ! Comme le disait Claude Allègre en 2010 à propos des travaux du GIEC : « La simple idée d’une « vérité scientifique » établie par une commission de l’ONU, c’est un crime contre l’intelligence« . L’économie est une science et l’unanimité de ses experts plutôt suspecte ! Au lieu d’établir une vérité officielle, nous devons revenir aux faits et donner à la confrontation des idées la place qu’elle mérite!

La science économique parviendra-t-elle à reprendre sa liberté d’expression, à analyser objectivement les causes des désordres actuels, et enfin à proposer une politique économique nouvelle permettant de résoudre les vrais problèmes de la nation ?

Après tant d’années pendant lesquelles les problèmes économiques n’ont été traités que par des expédients, les français sont-ils prêts à entendre le langage de la vérité ? Trouveront-ils des responsables capables de mettre en œuvre une politique économique nouvelle, alliant progrès économiques et justice sociale, capable de redresser l’économie française ?

 

Pierre FUERXER,

Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

 

 

 


[1] Le 11 octobre 2016 : http://combats-maurice-allais.info/le-chomage-importe/

[2] Republié le 6 septembre 2019 : http://combats-maurice-allais.info/les-fluctuations-cycliques-des-economies-capitalistes/ en PDF : http://combats-maurice-allais.info/wp-content/uploads/2019/09/Article_original_du_modele_OMEGA.pdf

 

 

 

Le coût de l’immigration

L’évidence empirique :

Les grandes découvertes scientifiques résultent souvent de l’observation par des esprits curieux de faits qu’ils n’avaient aucunement prévu d’étudier.

Ainsi, la vocation de Maurice Allais pour l’économie est née d’un voyage aux États-Unis au cours duquel il a mesuré l’ampleur des dégâts occasionnés par la crise économique de 1929. Beaucoup plus récemment, européen convaincu, il a observé les conséquences de la mondialisation, c’est-à-dire la destruction des emplois et de croissance européenne. Il affirme alors, en 2007, dans son livre consacré à la mondialisation la primauté des faits sur les théories avec un sous-titre percutant : l’évidence empirique.

Une tragédie de notre histoire nationale, l’arrivée soudaine des rapatriés d’Algérie, nous donne l’occasion d’évaluer sur un cas d’école l’effet d’une vague d’immigrants sur une économie dont l’évolution était encore très peu dépendante des échanges extérieurs. Nous disposions en effet d’une monnaie souveraine, et cherchions à maintenir l’équilibre de la balance commerciale. Puisse cette épreuve que notre pays aurait aimé ne pas vivre, contribuer au progrès de la science économique…

L’utilisation de statistiques officielles :

            Depuis bien longtemps, l’INSEE publie de nombreuses statistiques. Pour ne pas tomber dans le travers des modèles complexes, nous pouvons n’utiliser que deux séries statistiques annuelles :

  • La population française depuis 1944,
  • Le PIB en prix chaînés depuis 1949.

 

Figure 1 : Variation de la population métropolitaine.

Courbe rouge : Variation par rapport à 1950.

Droite pointillée bleue : tendance à long terme,

Droite en tirets verts : droite décalée de 4%.

 

 

Figure 2 : Variation du PIB.

Courbe rouge : Valeurs relatives par rapport au PIB de 1950.

Droite pointillée bleue : tendance à long terme dans les années 50,

Droite en tirets verts : même tendance décalée de -10%.

 

L’arrivée des rapatriés correspond à la discontinuité observée en 1962.

Un résultat réellement surprenant ?

Nous pouvons alors calculer l’effet de l’arrivée des rapatriés sur le PIB par habitant français.

 

Figure 3 : Évolution du PIB par habitant depuis 1950.

La progression très rapide du PIB par habitant au début des années 50 s’arrête dès 1958 pour des raisons qui restent à expliciter (événements d’Algérie, rappel sous les drapeaux ou mobilisation des jeunes français, tensions avec les USA et l’OTAN).

Au début des années 60, la réduction du PIB par habitant est essentiellement due à l’afflux des rapatriés. La baisse de ce PIB par rapport à la tendance observée dans les années 50 atteint 10%. Le PIB par habitant baisse même de 5% sur 5 ans et n’augmente à nouveau qu’après 1968, toutefois plus lentement que pendant l’immédiat après-guerre. L’analyse complète de ces phénomènes sort du cadre strict de cette étude et sera abordée dans un prochain document.

Une évaluation empirique du coût de l’immigration :

            Sans entrer dans les différents types d’immigration (immigration de travail, de peuplement, regroupement familial…), les principaux effets de l’immigration apparaissent clairement :

  • L’arrivée d’immigrants ne modifie pas immédiatement le niveau du PIB. Le PIB doit alors être partagé entre les citoyens et les nouveaux arrivants.
  • L’arrivée des immigrants nécessite des investissements supplémentaires qui réduisent la part de la consommation de tous les ménages (construction de logement, infrastructures…).
  • Elle conduit donc, au moins temporairement, à un appauvrissement de la population locale dont la valeur est supérieure à la contribution directe de l’immigration au taux d’accroissement de la population (à long terme 3 à 4 fois ce taux d’immigration). L’arrivée de nouveaux travailleurs ne peut être valorisée qu’à long terme.

Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que l’immigration est nuisible en elle-même. L’arrivée d’immigrants en Amérique du Nord a indiscutablement contribué à l’essor de l’économie du nouveau monde, même si cela s’est fait au détriment des premiers habitants, les Indiens.

Une immigration temporaire peut permettre de faire face à un manque temporaire de main d’œuvre ou à un déséquilibre de la pyramide des âges. Toutefois, celle-ci est évidemment contre-indiquée dans un pays qui, comme la France, souffre d’un important chômage de masse.

Ne vaudrait-il pas mieux rechercher les causes de ce chômage et appliquer les mesures susceptibles de le réduire à son niveau irréductible indispensable à l’adaptation des entreprises à la demande et à l’évolution des marchés ?

Pourquoi certains pays recourent-ils l’immigration ?

               Bien évidemment, les dirigeants avancent des motifs humanitaires. Qui peut dire qu’il n’est pas nécessaire de secourir les migrants fuyant la guerre ou les catastrophes économiques ? Est-on certains qu’il n’existe pas d’autres solutions qui leur éviterait un déracinement familial et culturel ?

            Dans les années 60, lorsque les entreprises ne trouvaient pas la main d’œuvre dont elles avaient besoin, elles savaient faire appel à des travailleurs étrangers, mais ceux-ci ne cotisaient pas pour la retraite et savaient qu’ils devraient économiser et sans doute repartir un jour pour leur pays d’origine.

            L’immigration de peuplement, surtout depuis le regroupement familial, est bien différente. Elle est économiquement négative pour les citoyens, surtout si, comme en France, un chômage de masse pèse sur les revenus de tous les contribuables.

Pour l’employeur, il est transitoirement préférable d’embaucher un immigré, moins exigeant qu’un concitoyen. Il est naturel qu’il fasse ce choix, qui lui est quasiment imposé par une concurrence exacerbée par la mondialisation. Cet employeur peut même délocaliser sa production, a ainsi éviter de payer les salaires nationaux et les charges sociales associées. Il contribuera ainsi directement au déséquilibre des comptes sociaux, au déficit de la balance commerciale et à la désindustrialisation de la nation.

Pour la nation, le coût d’un chômeur s’ajoute au salaire de l’immigré qui le remplace. Il coûte alors plus cher, mais la charge supplémentaire est payée par la communauté, notamment les indemnités de chômage et les charges sociales associées.

Le recours à une immigration temporaire ou à une immigration de peuplement a des conséquences à long terme qu’il convient de prendre en compte. Malheureusement, comme dans tous les domaines de l’économie, les conséquences à long terme sont opposées aux résultats immédiats des décisions prises en urgence, sous la pression des faits.

N’oublions pas que l’intérêt national n’est pas la somme des intérêts particuliers ! Pourquoi la puissance publique ne choisit-elle pas de défendre l’intérêt à long terme de la nation ?

 

Pierre Fuerxer

Membre de l’AIRAMA.

La démographiques influe-t-elle sur le chômage ?

Un sujet d’actualité :

La réforme des retraites et l’évolution du chômage sont au centre des préoccupations de nos compatriotes. Il est donc nécessaire de bien comprendre les contraintes imposées par la démographie qu’aucune politique publique ne peut ignorer.

La pyramide des âges :

Nous avons été habitués à considérer  la pyramide des âges sous une forme symétrique. L’axe vertical, correspond aux classes d’âge de zéro à 100 ans. Les populations correspondant à chaque tranche d’âge sont représentées selon l’axe horizontal. Pour chaque âge, la largeur de la pyramide représente ainsi la population correspondante.

Figure 1 : Représentation classique de la démographie.

Il est possible de superposer les courbes correspondant à deux dates (2014 en rouge, 2019 en bleu).

Figure 2 : Évolution entre 2014 et 2019.

            Courbe rouge : valeurs au 1er janvier 2014, courbe bleue : valeurs eu 1er janvier 2019.

            Par souci de simplicité, nous adopterons une représentation plus simple dans lesquelles l’axe horizontal correspond à la classe d’âge et l’axe vertical la répartition de la population entre ces classes.

Figure 3 : Représentation simplifiée des pyramides de la figure 2.

Entre 2014 et 2019, les habitants ont vieilli de cinq ans. Nous pouvons donc décaler ces courbes de façon à faire coïncider les dates de naissance. Les courbes ne coïncident pas totalement pour des raisons multiples : les effets de l’émigration et de l’immigration mais aussi les décès. Ceci est parfaitement illustré par les écarts entre 80 et 100 ans observés entre les courbes rouges et bleues.

Cinq ans plus tard, la mortalité des aînés a décalé vers le bas la courbe correspondant à 2014. Évidemment, la part de population de mois de 5 ans n’est pas prédite.

Figure 4 : Le vieillissement des classes d’âge.

  • Courbe bleue : pyramide des âges en 2014 décalée de 5 ans ;
  • Courbe bleue : pyramide des âges en 2019.

La prévision démographique à court terme :

            Pour tenir compte du vieillissement de la population, il convient de prendre en compte la mortalité de chaque tranche d’âge. Les statistiques de l’INED présentent en effet des valeurs de mortalité en fonction de l’âge.

En tenant compte de cette courbe de mortalité, il possible de prédire une partie importante des futures pyramides des âges. La pyramide réelle pourra cependant différer de cette projection en fonction du solde migratoire.  

Les données de mortalité sont établies avec un pas de 5 ans, incompatible avec un traitement de la pyramide des âges.  Elles doivent donc être interpolées avec un pas annuel. Cette interpolation correspond à la figure 5.

Figure 5 : Mortalité en fonction de l’âge.

Cette figure indique, pour chaque âge, le taux de survivants moyen. La connaissance de ce taux permet de  prédire l’évolution de la population française entre deux années, ici 2014 et 2019 (figure 6).

Figure 6 : Comparaison des valeurs prédites observées en 2019.

La courbe rouge correspond aux valeurs réelles de 2019. La courbe pointillée bleue aux valeurs prédites à partir de celles de 2014. La concordance entre les deux courbes est frappante. Les différences, notamment entre 20 et 40 ans, sont certainement dues au solde des flux migratoires.

La prévision démographique à long terme :

            L’excellente qualité de cette projection à cinq permet de faire des prévisions à plus long terme. Nous avons tenté une projection sur 15 ans, de 2014 à 2029 (figure 7). Malheureusement, ce procédé ne permet évidemment pas de prévoir les naissances futures…

Deux options sont alors possibles :

  • Supposer la natalité constante,
  • Supposer la tendance des 5 dernières années connue conservée après 2019.

 

            Les effets du « Baby Boom » de 1945 sur ces courbes sont particulièrement nets.

Figure 7 : Extrapolation de 2014 à 2029.

  • Courbe rouge : Valeurs en 2014,
  • Courbe bleue : Prévision 2019,
  • Courbe verte : Prévision 2024,
  • Courbe cyan : Prévision 2029.

Une retombée inattendue : La prévision du passé !

            La date de naissance des personnes du même âgé étant connue, il est facile de faire une estimation de la natalité des années passées.

L’utilisation en inverse de la courbe de mortalité permet ainsi de tracer une courbe de fécondité, c’est à dire le taux des naissances. La courbe exacte est certainement dans les archives de l’INED, mais une valeur crédible peut en être obtenue simplement de cette façon. Un décalage initial permet de présenter une estimation de l’année de conception, humainement plus significative.


Figure 8 : Courbe de natalité.

            On note sur cette courbe des accidents en 1918, 1940 et le « Baby Boom » de 1945.

Spécificité de la démographie française :

            La démographie française a été fortement marquée par les deux guerres mondiales. La figure 9 présente les pyramides des âges en 2014, celle prévue en 2029 et enfin celle qui correspondrait à une stabilité globale dans le temps d’une population.

Figure 9 : Prévision faite pour 2029.

  • Courbe rouge : Pyramide observée en 2014,
  • Courbe bleue : Pyramide prévue en 2029.
  • Courbe pointillée verte ; Pyramide de référence.

Il reste alors à prendre en compte les différentes hypothèses  de natalité et d’évaluer l’effet de celle-ci sur l’évolution de la pyramide des âges et l’équilibre des régimes de retraite.

Conséquences pour les régimes de retraite :

            Ces projections démographiques permettent de prévoir, en fonction des décisions politiques familiales,  la part des actifs potentiels dans la population nationale ainsi que celle des jeunes encore inactifs et des retraités. Elles permettent également de déterminer l’effet d’une entrée plus tardive dans le monde du travail ou d’un départ à la retraite plus précoce des actifs.  

Si la valeur de la population du pays était constante la pyramide des âges correspondrait à la courbe de mortalité (figure 9). Celle de la population française étant très différente, nous pouvons étudier l’évolution temporelle de la part de la population possiblement active dans la population totale.

Nous allons étudier l’évolution au cours du temps de cette part de la population sur la base de deux hypothèses de natalité :

  • Une natalité constate, conduisant à terme à une stabilisation de la population française,
  • Une décroissance de la natalité selon la tendance observée au cours des 5 dernières années.

Nous prendrons en compte trois durées d’activité :

  • 15 à 64 ans comme l’UIT,
  • 18 à 62, valeur médiane,
  • 21 à 60 ans, pour rappeler une valeur symbolique d’âge de la retraite.

 

 

Évolution prédite en supposant une natalité constante:

            Selon cette hypothèse, la part de la population française en âge de travailler se réduira au cours du temps, et ceci dans les trois hypothèses de durée d’activité retenues. Les pyramides des âges, complétées par l’estimation de la natalité future sont représentées sur la figure 10.

Figure 10 : Prévision faite pour 2029.

  • Courbe rouge : Pyramide observée en 2014,
  • Courbe bleue : Pyramide prévue en 2019.
  • Courbe verte ; Pyramide prévue en 2024.
  • Courbe cyan : Pyramide prévue pour 2029.

La figure 11 présente l’évolution au cours du temps du taux d’actifs potentiels. Les droites en pointillé correspondent au taux correspondant à une population stable, en supposant la natalité constante.

Figure 11 : Évolution au cours du temps du taux de population potentiellement active.

  • Courbes rouges : travail de 15 à 64 ans,
  • Courbes bleues : travail de 18 à 62 ans,
  • Courbes vertes : travail de 21 à 60 ans.

Il est également possible de tracer un abaque donnant l’évolution dans le temps de ce taux en fonction de l’hypothèse de durée du travail (figure 12). Les trois hypothèses de temps de travail correspondent aux abscisses 0, 1 et 2. Les droites parallèles correspondent à l’évolution temporelle de ce taux. Leur faible décalage montre que la durée du travail reste prépondérante sur l’évolution de la pyramide des âges dont l’effet sur l’évolution temporelle de la pyramide dont l’effet est bien plus limité.

Figure 12 : Effets relatifs de la durée du travail et de la pyramide des âges.

Les effets de la seconde guerre mondiale, et en particulier du « Baby-Boom » qui l’a suivie s’atténuerons. Dans cette hypothèse, les taux de population active  se stabiliseront.  Après 2029, ils seront proches de ceux d’une population de fécondité stable.

Évolution prédite en supposant une baisse linéaire de la natalité :

La poursuite linéaire de la baisse de la natalité observée ces dernières années conduirait à une réduction des inactifs (figure 13).

Figure 13 : Hypothèse d’une baisse constante de la fécondité à partir de 2014.

Dans cette hypothèse, après un embellissement temporaire, nous retrouverions à long terme un excès de retraités et une diminution de la part des actifs, lorsque la baisse de la population n’assurera plus le remplacement des actifs mis à la retraite.

Figure 14 : Évolution au cours du temps du taux de population potentiellement active.

  • Courbes rouges : travail de 15 à 64 ans,
  • Courbes bleues : travail de 18 à 62 ans,
  • Courbes vertes : travail de 21 à 60 ans.

Une persistance anormale du chômage ?

            Comment se fait-il que la réduction du nombre des actifs potentiels n’ait pas fait baisser le taux de chômage toujours proche de 9%? La raison en est clairement à la réduction de l’emploi industriel qui n’a cessé de régresser depuis 1974 (figure 15), ceci en raison de la politique économique menée en France (voir le texte sur le chômage importé).

Figure 15 : Emploi industriel en équivalent temps plein (en milliers).

            L’emploi industriel a diminué d’un million depuis 1974 et de 20 mille par an de 2014 à 2019, soit 0,8% par an. En même temps, l’emploi total a augmenté de 28 mille par an, soit 1,3% par an. Enfin, la population a augmenté de 1,6% par an entre 2014 et 2019. Dans l’hypothèse d’une stabilité du nombre des naissances, la population ne devrait plus augmenter, hors immigration, que de  0,6% par an entre 2024 et 2029.

 

Figure 16 : Augmentation prévue de la population.

  • Courbe rouge : Augmentation prévue de la population,
  • Courbe pointillée bleue : Pente à 0,6% par an.

            Sur la période 2014-2019, au lieu de progresser, l’emploi industriel a diminué tant en valeur absolue qu’en pourcentage. Dans le même temps, la croissance des besoins liée la croissance de la population, et la constance  du nombre des actifs potentiels, aurait dû faire baisser fortement  le nombre des chômeurs, ce qui n’a pas été le cas.

            Comment se fait-il que cette politique mondialiste prônant un laisser-fairisme universel, la concurrence généralisée entre les peuples et les acteurs économiques, perdure malgré son échec évident dans tous les domaines : développement économique, justice sociale, écologie et même culture… Maurice Allais, prix Nobel d’économie français et européen convaincu, n’a-t-il pas critiqué cette politique absurde dont la nocivité est une « évidence empirique » ?

            Comment se fait-il que des « économistes » aient pu dire qu’il existait un taux minimal de chômage, le NAIRU (non accelerating inflation rate of unemployment), ou taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation ? Peut-on raisonnablement considérer que réduire l’emploi est raisonnable, alors même que l’on sait qu’un revenu décent est nécessaire à tous ceux qui ne se mettent pas volontairement en marge de la société ? Ce concept même a-t-il un sens dans les pays de l’union européenne depuis la création de l’EURO et la libération des transferts de capitaux ? Faudrait-il un taux unique de l’UE ? Comment serait-il piloté ?

            Comment se fait-il que de nombreux acteurs participent, souvent de bonne foi, à la destruction de l’économie et de la planète qu’ils prétendent protéger ? En réalité, les acteurs économiques, qu’ils soient chefs d’entreprise ou simple citoyens, décident en fonction des contraintes auxquelles ils sont soumis à court terme et de leurs projets. Ils ne sont, le plus souvent, que les acteurs involontaires d’une politique qu’ils désapprouvent.

 Ils participent ainsi, sans le savoir, non à un complot, mais à une politique dont les seuls résultats sont le pillage de la planète, parfois au nom de l’écologie, et l’enrichissement d’une toute petite partie de la population mondiale qui, dominant les états, accapare à son profit tout le pouvoir.

 

Pierre Fuerxer

Membre de l’AIRAMA.

 

 

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Quelles prévisions faire pour 2023 ?

Prévisions Économiques 2018-2023

 

Introduction :

            Le modèle Oméga-Allais, a été testé sur la période 1949-2005. Il a permis de faire des prévisions économiques à 5 ans sur la base de quelques séries statistiques fondamentales comme le PIB et le niveau de l’investissement. Depuis, le contexte mondial a beaucoup évolué. Est-il encore possible de de prévoir à 5 ans ou plus l’évolution de notre économie ?

Rappel des prévisions faites fin 2014 :

            Dans le document intitulé « Une reprise réelle ou fictive », publié en 2015, il y a trois ans, je prévoyais une baisse à terme du PIB. Celle-ci était faite à partir  de séries économiques en base 2005 publiées par l’INSEE. Ces prévisions étaient les suivantes (figure 1) :

 

Figure 1 : Prévisions faites à partir de fin 2014.

 

  • La courbe verte correspond aux valeurs de PIB en base 2005 publiées en 2014 par l’INSEE.
  • La courbe bleue était la prévision faite à partir de 2005, en tenant compte de la fuite des capitaux publiée par la Banque de France (valeurs annuelles connues jusqu’en 2010). Ces prévisions étaient validées jusqu’en 2015, soit sur 10 ans.
  • La courbe rouge était une prévision supposant la fuite des capitaux terminée après 2010. Compte tenu du délai moyen entre les décisions d’investir et la croissance de la production, l’économie était alors supposée libre de toute influence extérieure postérieure à 2010.

Évidemment, ces prévisions  supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, prix du pétrole qui, pour certaines ont un effet quasi immédiat…

            Personne n’ignore que depuis fin 2014 des événements importants ont eu lieu. Il convient donc d’expliquer les différences entre ces prévisions et les données réelles. L’évolution du contexte international et d’autres facteurs comme le niveau de la dette extérieure de la France expliquent-ils les écarts observés ?

 

En 2014, la conjoncture était exceptionnellement favorable. Malgré cela, le modèle Oméga-Allais continuait à prévoir une forte baisse du PIB. L’optimisme des responsables économiques était-il justifié ? Pouvaient-ils baser une politique économique sur le seul respect (plus ou moins strict) des critères de Maastricht ?

 

L’évaluation des performances de l’économie :

            Les performances de notre économie ne peuvent être évaluées que sur la base des données statistiques publiées par l’INSEE. Celles-ci semblent meilleures que les prévisions faites fin 2014 par le modèle Oméga-Allais. Ne devons-nous pas expliquer ces différences et évaluer nos critères d’évaluation ? Rendent-ils compte fidèlement de la réalité ?

Les critères de Maastricht :

            La politique économique de la France  a été jugée en fonction du respect des critères de Maastricht. Leur objectif essentiel semble avoir été d’assurer la stabilité des prix et de la monnaie. Nous ne retiendrons que les deux suivants applicables aux pays de la Zone Euro :

  • La dette du secteur public devait être inférieure à 60% du PIB.
  • Le déficit public devait être inférieur à 3% du PIB.

Ces critères avaient-ils une réelle valeur macroéconomique ? Pouvaient-ils assurer une convergence des économies des pays de la Zone Euro ?

Les critères de gestion prudente d’un particulier :

            Un particulier prévoyant veille à ne jamais dépenser plus qu’il ne gagne, même s’il accepte parfois d’emprunter, par exemple pour faire de gros achat. À tout instant, il arbitre entre les différents postes de dépenses en fonction de ses objectifs à court et à long terme.

            Un état souverain fait de même, mais les choix de ses nombreux citoyens restent libres. Il ne peut qu’ajuster les taux de changes et la répartition des impôts de façon à mener les particuliers et les entreprises à contribuer, de gré ou de force, à sa politique économique. Ces deux moyens d’action sont complémentaires et tous deux indispensables à la conduite d’une politique économique.

            Un état comme le nôtre, ayant renoncé à sa souveraineté monétaire, ne peut plus avoir de politique économique indépendante et doit se soumettre totalement à une autorité supérieure, l’Union Européenne.

Qu’étaient les objectifs des critères de Maastricht ?

            L’autorité supérieure à laquelle se soumettent nos gouvernements est clairement l’Union Européenne. Il s’agit du « Maitre de la monnaie« , c’est-à-dire, comme le disait François Mitterrand lors de sa compagne électorale : Du monde de la finance !

            Il faut bien admettre que les critères de Maastricht étaient destinés à protéger les intérêts de cette autorité supérieure. Ils ne sont, en fait, que les critères de solvabilité que tout prêteur exige de ses débiteurs. Le déficit maximum de 3% limite la capacité instantanée d’endettement des états.  La limitation de leurs dettes à 60% du PIB imposait une limite à leur endettement global.

Ces critères ne peuvent, en aucune manière, conduire à une convergence des économies des pays de la Zone Euro !

Des critères réellement économiques :

D’autres critères sont largement utilisés par les économistes. Le plus connu est le niveau de la dette. La dette accumulée est-elle insupportable ?

            Les dernières données publiées par l’INSEE font apparaître une dette qui s’emballe (figure 2). Le taux de 60% du PIB est dépassé depuis 2008 !

Figure 2 : Dette extérieure selon l’INSEE.

 

            Entre 1995 et 2010, la dette augmentait en moyenne de 12,5 Milliards par trimestre (figure 3). Depuis 2010, elle augmente de 20 Milliards par trimestre. Est-il raisonnable de devoir bientôt  plus que son revenu annuel ?

Figure 3 : Variation du PIB  corrigé.

En pointillé : valeur publiée. En rouge : valeur corrigée de la croissance de la dette.

 

            Une autre donnée observée avec attention est le déficit de la balance commerciale. Son déficit courant de plus de 60 Milliards par an est proche de la croissance de la dette. Ces montants  correspondent à un PIB fictif qui s’ajoute au PIB réel.

En effet, un particulier qui emprunte une somme X peut faire des achats à concurrence de cette même somme. Il dispose en effet d’un revenu fictif qui conduit pour une part à une demande intérieure, donc une production, et pour le reste à des dépenses à l’étranger.

Pour un état disposant de sa pleine souveraineté, cet excès de dépenses conduirait à une inflation, qui est finalement un impôt sur tous les dépôts bancaires, payé par tous les citoyens.  Dans le cas des états de la Zone Euro, cet excès de dépense se traduit par un déficit extérieur, la dette correspondante correspondant au déficit commercial. Au lieu d’accepter une dépréciation de leur monnaie, les nations contractent une dette qu’elles devront un jour rembourser.

La privatisation de l’ÉTAT !

               Maurice Allais avait montré qu’une part de la dette Publique est injustifiée. En effet, tant que notre pays était souverain, il pouvait ajuster la masse monétaire en fonction des besoins de l’économie. S’il dépensait trop, il pouvait ajuster le taux de change et ainsi rétablir les grands équilibres au prix d’un impôt discret prélevé sur les dépôts bancaires.

            Depuis 1974, l’état n’a plus le pouvoir d’ajuster la masse monétaire. La création monétaire est faite par des banques privées, ce qui correspond à une réelle perte de pouvoir. Ainsi, les nations perdent le contrôle de leur économie !

            Le « capital » de l’état est ainsi progressivement « privatisé ». Que penseriez-vous d’une société sans capitaux propres ?

 

De nouveaux obstacles à la prévision économique :

Il est évident que l’établissement de statistiques précises est une condition sans laquelle il est impossible d’établir des prévisions économiques à long terme fiables. La perpétuelle modification des bases statistiques récemment introduite dans les publications de l’INSEE est un obstacle réel à l’établissement de prévisions économiques.

 

Pour toutes ces données, nous avons observé une évolution de plus en plus rapide des bases statistiques:

  • Dans une note explicative, l’INSEE expliquait en parlant de l’évolution du PIB«  Les comptes nationaux procèdent régulièrement à des changements de base. Après les « bases » « 1995 », « 2000 » et « 2005 », les comptes nationaux sont passés le 15 mai 2014 à la « base 2010 ». C’est une source importante de révision des agrégats macro-économiques publiés jusqu’alors,… ».
  • L’INSEE ajoutait : « Mais cette année, les changements sont plus importants qu’à l’accoutumée. En effet, les concepts qui gouvernent l’établissement de ces chiffres ont fait l’objet d’un toilettage, ce qu’on appelle dans la terminologie des comptes nationaux un « changement de base ». Cela signifie que la définition exacte de nombreuses données et le contour de tous les grands agrégats (PIB, consommation, investissement, solde des administrations publiques, etc.) sont modifiés. Corrélativement, le niveau et, dans une moindre mesure, la chronique de ces données sont modifiés sur l’ensemble de la période couverte par les comptes nationaux, c’est-à-dire depuis 1949… ».
  • Ensuite l’INSEE expliquait : « En base 2010, l’Insee comptabilise par exemple en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D, alors qu’elles étaient jusqu’à présent comptabilisées en consommations intermédiaires … »
  • Enfin l’INSEE ajoutait : « Il résulte de l’ensemble des modifications apportées une révision substantielle à la hausse du niveau du PIB (+ 3,2 % en 2010, soit + 61,8 Md€) pour un impact nettement plus modeste sur les taux d’évolution».

 

Depuis, les bases changent et se diversifient, et toutes les années de référence apparaissent… Le travail de prévision à long terme devient ainsi de plus en plus difficile.

Est-il encore possible de faire confiance aux statistiques officielles ?

 

Des prévisions pour 2023 ?

            Évidemment, les prévisions  faites en 2015 supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, cours mondiaux qui ont un effet quasi immédiat…

            Elles supposaient également la stabilité des bases statistiques nécessaires à une bonne prévision. Qui peut croire que nous puissions avoir longtemps une croissance en valeur réelle de 0,15% par trimestre, soit en 2018 de 3 Milliards en valeur réelle, une dette qui progresse par an de 80 Milliards, un déficit commercial de plus de 60 Milliards et une fuite des capitaux de 20 Milliards par an ?

Une économie apparemment stabilisée :

En fait, il apparaît clairement une cohérence troublante entre ces chiffres. Tout se passe comme si 60 Milliards de production étaient sous-traités à l’étranger.

  • Nous importons 60 Milliards de denrées,
  • Nous exportons plus de capital que nécessaire, selon les paramètres du modèle Oméga-Allais (1/5 de cette production).
  • Notre dette augmente plus chaque année de la différence entre ces deux sommes.

Comme nous l’avons montré précédemment, (cf. : Le chômage importé), la politique  économique menée depuis déjà longtemps est directement responsable du chômage excessif dont souffre notre économie.

Pendant combien de temps accepterons-nous de compléter par des importations l’écart entre la production nationale et les revenus distribués à nos compatriotes ? Que se passera-t-il lorsqu’on nous demandera de rembourser la dette ?

 

Sous réserve de l’effet des modifications des bases statistiques, la valeur du PIB semble stabilisée en croissance régulière. La réalité semble bien différente.

 

      Figure 4 : Évolution du PIB :

  • Courbe rouge : PIB en base 2005.
  • Courbe bleue : PIB en base 2010.
  • Courbe verte : PIB en base 2014 (recalée de -4%).

 

Les valeurs annuelles du PIB présentée en 2018 sont supérieure de 4% par à celle présentées en 2015 en base 2005. Comme l’a démontré le prédicteur Oméga-Allais, cette évolution des statistiques interdit de faire des prévisions fiables. Pour ce faire, il est en effet nécessaire de disposer de données cohérentes sur une période d’au moins 15 années.

Il faut également nécessaire de connaître la fuite des capitaux sur la même période.

Figure 5 : Écart entre les données en base 2005 et 2014.

 

Cet écart de l’ordre de 10% du PIB entre les bases statistiques 2005 et 2014 ne peut que résulter de modifications très importantes du mode de calcul. Changer en permanence les bases statistiques revient à se boucher les yeux sur l’économie réelle !

Adapter les agrégats à l’évolution de l’économie est essentiel. Pour les transports, le pétrole a remplacé le fourrage ! Mais la baisse au cours du temps du prix des nouveaux produits et services ne doit pas cacher la hausse des autres.

 

Un avenir très sombre :

            L’évolution de notre économie est extrêmement préoccupante. La consommation est dopée par la croissance de la dette. Nous sommes dans une spirale infernale. Toute réduction de la croissance de la dette réduirait sensiblement le niveau de vie de nos concitoyens, puis conduirait à une réduction corrélative des investissements internes.

            N’envisageons même pas les conséquences qu’aurait une tentative de réduction de celle-ci.

            Les aviateurs connaissent la chute en vrille, seule figure d’acrobatie aérienne inconditionnellement stable, et dont il est difficile de sortir. Nos dirigeants semblent ne pas comprendre que la politique actuelle conduira à un surendettement catastrophique pour notre économie.

Enfin, réfléchissons à l’origine de cette dette qui peut se décomposer en deux parties bien distinctes : Une fluctuation aléatoire  à moyenne nulle et une dette systémique correspondant à un transfert de souveraineté des nations à des organismes supranationaux, ou même privés, qui ne défendent que leurs intérêts.

 

Figure 6 : Dette publique depuis 1973.
Extrait du rapport Pucci-Pinel.

 

À la suite d’André Jacques Holbecq qui dit dans son livre (La dette publique, une affaire rentable) un rapport de 2010 montrant l’évolution de la dette publique depuis 1973, attachons nous à séparer cette dette en deux parties : une dette fluctuant à court terme indispensable au fonctionnement de l’état, d’une dette systémique qui était alors quasi nulle.

 

            Souvenez-vous. Nous sommes rentrés dans cette spirale infernale vers 2009. C’est-à-dire peu après la signature du traité de Lisbonne !

            Les français n’avaient-ils pas eu raison de répondre NON au référendum de 2005 ?

 

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA.

 

 

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Le mécanisme de la privatisation qui illustre la disparition d’État

Le mécanisme de la privatisation :

Introduction :

Contrairement à ce que de nombreux commentateurs pensent, les mécanismes fondamentaux de l’économie sont extrêmement simples.

Bien évidemment, les experts financiers inventent des règles et de dispositifs opaques pour le grand public. Les statisticiens, dans le but de décrire de mieux en mieux notre nation et son économie, diversifient leurs statistiques et améliorent leurs agrégats. Ces  modifications perpétuelles ont pour résultat de dérouter le public qui renonce souvent à comprendre et fait confiance aux experts.

Dans un premier temps, cet article explique sur la base de modèles mathématiques élémentaires que la réalité est biens plus simple qu’on ne le pense. Ensuite, il applique ce modèle aux données statistiques les plus récentes. Enfin, il explicite comment les mesures prises depuis 1973 ont conduit naturellement à la perte quasi-totale de notre indépendance, et finalement à une quasi-privatisation de l’état lui-même et des entreprises nationales.

 

Le fonctionnement normal de la monnaie :

Considérons une économie en croissance constante. Son PIB (Produit Intérieur Brut) est donc en croissance exponentielle.

Figure 1 : Exemple de croissance du PIB

  • Courbe bleue : Valeurs successives du PIB.
  • Courbe rouge : excès de PIB.

 

Un PIB de valeur unité en 1974 augmente de 2% par an. Il augmente au cours du temps de façon exponentielle. La masse monétaire doit donc augmenter régulièrement de façon à s’adapter au niveau de l’activité économique. Autrement dit, il faut ajuster le volume de la monnaie en circulation à l’activité économique.  En admettant, toujours pour simplifier l’exposé, que la masse monétaire nécessaire est égale au PIB annuel (valeur couramment observée dans les nations indépendantes), l’état doit augmenter chaque année la masse monétaire de l’accroissement du PIB national.

Bien évidemment, cette croissance de la masse monétaire est également nécessaire, que l’augmentation du PIB soit réelle ou simplement due à une dépréciation de la monnaie.

 

Dans un état souverain, l’état augmente la masse monétaire ex-nihilo grâce aux DTS (Droits de Tirage Spéciaux). S’il crée exactement la quantité de monnaie nécessaire à l’économie, les prix sont stables. S’il en crée davantage, la monnaie se déprécie, les prix augmentent et un ajustement des taux de change doit intervenir.

 

 

La création de la dette :

Depuis que l’état s’est interdit de procéder aux augmentations nécessaires de la masse monétaire par le mécanisme des DTS, il doit emprunter aux banques les sommes nécessaires. Celles-ci procèdent également par création ex-nihilo de cette monnaie. En revanche, elles transforment ce service en dette de l’état et exigent le versement d’un intérêt.

Supposons qu’elles exigent un intérêt de 2% égal au taux de croissance du PIB. La dette augmente de plus en plus vite au cours du temps.

Figure 2 : Augmentation de la dette avec un intérêt de 2%

  • Courbe bleue : Valeurs successives du PIB.
  • Courbe rouge : Dette au cours du temps

 

Cet intérêt identique au taux de croissance du PIB semble  modique. En réalité, il conduit en une trentaine d’années à une dette indue de 100% du PIB.

 

Des conséquences catastrophiques :

En comparant l’état à une entreprise dont la masse monétaire serait le fond de roulement, la nation qui était propriétaire de son entreprise perd son bien et devient quasiment « locataire » de son territoire.

Sa part du capital social se réduit au cours du temps. La nation est ainsi progressivement privatisée. Vers 2005, l’état perd la majorité au capital et paye un loyer déjà important, les citoyens devenant ses sous-locataires !

 

Figure 3 : Taux de participation de l’état

 

On démontrerait facilement que, lorsque les taux d’intérêt de la dette et du PIB sont dans un rapport constant, cette « privatisation partielle » ne dépend que de la croissance apparente du PIB.  Son rythme d’évolution temporelle ne joue alors aucun rôle.

Application à la dette française :

Considérons la variation du PIB depuis 1974. Nous constatons que sa variation moyenne est de 2% par an.

Figure 4 : Variation du PIB trimestriel depuis 1974

  • En rouge : Valeurs de l’INSEE.
    • En bleu : Approximation exponentielle.

 

Un calcul approché du niveau de la dette conduit aux résultats suivants :

Figure 5 : Évolution de la dette depuis 2014

  • En rouge : Valeurs du PIB annuel en trimestres glissants.
  • En bleu : Calcul approché de la dette,
  • Tirets verts : Prévision depuis 1974,
  • En  vert : Recalage en 2004.

 

Ces résultats montrent clairement que la dette publique n’est pas un phénomène complexe, mais le résultat mécanique d’une décision politique prise en 1973-1974.

 

Il reste à expliquer les modifications intervenues depuis 2010 :

  • Une augmentation injustifiée apparaît. Le transfert de la dette grecque à la BCE a sans doute joué un rôle, mais l’essentiel a certainement été la baisse des ressources fiscales pendant la crise de 2008.
  • La limitation de la dette à une valeur inférieure à 100% du PIB, qui est sans doute liée à une compagne de privatisation de biens publics.

 

L’étude de ces points accessoires sort de l’objet de ce document et ne pourrait qu’embrouiller l’exposé. Elle n’est donc pas développée dans ce document.

Conclusion :

            Cette analyse de la dette publique montre clairement qu’elle résulte d’une décision politique ancienne. Celle-ci a été camouflée sous différents prétextes vertueux. Les anciens se souviennent des raisons avancées à l’époque : éviter un recours excessif à la planche à billets, nous permettre de faire des investissement qui n’auraient  pas été possibles sans faire appel aux financements étrangers …

            Bien évidemment, l’analyse objective des faits réels montre clairement que l’abandon des DTS (avances non remboursables de la B.D.F.) avait d’autres raisons. En réalité, les réformes successives introduites dans les finances publiques n’ont eu qu’un seul objectif : déposséder, au profit des banques, les gouvernements futurs de leur pouvoir économique.

 

            N’oublions pas que la causalité économique et la causalité banquaire n’ont rien en commun. Les entreprises, qu’elle soient grandes ou unipersonnelles, les particuliers, doivent économiser pour créer ou pérenniser leur activité. Un salarié travaille avant d’être payé, un entrepreneur achète des machines et des fournitures avant d’espérer produire et vendre…     Ils travaillent dans le temps long. Leurs actifs sont des biens réels et l’épargne précède le revenu. Comme dans la vie courante, les dépôts monétaires précèdent les dépenses.

 

            L’univers bancaire, que nous appellerons « La Banque » est fort différent. Il monétise toute sortes de promesses de payer. Il place dans ses actifs les reconnaissances de dette de ses clients et dans le passif la monnaie correspondante qu’ils créent eux-mêmes…

Ce processus est immédiat. Selon le point de vue de la banque, les dettes créent les dépôts qui entrent naturellement dans la masse monétaire qui, à son tour, fait fonctionner l’économie en permettant le commerce. Est-il étonnant alors que les points de vue économiques et  bancaires soient incompatibles ?

 

            L’étude des conséquences de la mondialisation bancaire est plus complexe. Encore plus que les données économiques de base, les statistiques monétaires sont difficiles à analyser. Les changements perpétuels des monnaies et des bases statistiques rendent difficile les analyses économiques à long terme.

Des données importantes comme la masse monétaire ne sont plus publiées par les pays de la « Zone Euro ». Les données de l’ensemble de ces pays sont absentes des statistiques de la banque mondiale qui ne peut même pas présenter une valeur relative à l’UE toute entière.

 Il y a toujours des raison aux disparitions de données statistiques ou à leurs modifications. 

A nous de les trouver !

 

Une seule attitude peut nous permettre de comprendre les véritables raisons de réformes proposées : adopter une méthode d’analyse ne suivant pas les approches officielles.

 

 

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA

 

 

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Le financement de l’économie

Une nécessité économique

Pour prendre en compte les contraintes financières, le prédicteur économique OMEGA original doit être complété par un modèle financier.

En effet, de façon à clarifier l’analyse  du système économique, ce modèle avait été construit sur des « données réelles » supposées indépendantes des fluctuations monétaires. À ce stade, il était évidemment hors de question de tenter de décrire de façon détaillée tous les mécanismes financiers intervenant dans une économie nationale en interaction avec le reste du monde.

Figure 1 : Structure de modèle complet.

Le modèle initial a donc été complété en maintenant autant que possible un choix fondamental : séparer le plus possible les aspects économiques et financiers. Le prédicteur Oméga est lié par seulement deux entrées à un modèle financier : l’incitation à investir et l’incitation à consommer.

Le modèle décrit simplement les réponses temporelles du système économique à ces incitations. Elles ont montré que toute mesure autoritaire conduit à une modification transitoire de l’investissement et de la consommation.

Le modèle OMEGA, ainsi complété, a clairement démontré que seule l’augmentation de la part de l’investissement dans le revenu national permet d’augmenter la production et de conduire à une croissance durable. Comment l’état peut-il intervenir dans ce partage des ressources entre consommation et investissement ? Nous devrons distinguer deux cas bien différents.

Des lois économiques incontournables

Pour préciser le propos, considérons un agriculteur de l’âge de pierre tirant ses revenus de la culture du blé. Il vit dans une société ignorant la notion de monnaie et des prestations sociales. Il apporte sa contribution à la vie de son village. S’il se rend compte que son groupe a besoin de davantage de blé, il sait qu’il doit défricher davantage de terrain puis le mettre en culture. Il s’investit dans cette tâche avant de tirer quelque profit de son travail. Il sait parfaitement qu’il va devoir travailler plus et qu’il devra conserver plus de semences. Sa production sera alors transitoirement réduite.

Aujourd’hui, la présence de la monnaie rend les choses moins visibles, mais ces lois économiques restent incontournables. Le modèle Oméga décrit une relation statistique entre investissement et production.

Considérons un investissement exceptionnel intervenant au cours d’une période donnée. Nous supposons que les dépenses correspondent à la courbe gaussienne en pointillés bleus dans la figure 2. La production résultant de cet investissement correspond à la courbe rouge. Elles conduisent au versement de salaires, donc à augmentent les revenus. La demande totale est donc la courbe de droite en bleu, somme des deux précédentes.

Figure 2 : Effet d’un investissement exceptionnel au cours du temps en années.

  • Courbe pointillée bleue : Investissement exceptionnel,
  • Courbe rouge : Production,
  • Courbe bleue : demande totale.

Le modèle Oméga rend compte de ce mécanisme fondamental.

Figure 3 : Effet d’un investissement au cours du temps en années.

  • Courbe en pointillé bleu : dépenses d’investissement,
  • Courbe rouge : Production induite pas l’investissement.

En supposant la production des biens de consommation et d’investissement effectuée par des entreprises différentes, les revenus des premiers subissent une réduction temporaire (figure 4).

Figure 4 : Revenu des industries produisant des biens de consommation.

Le revenu de ceux-ci subira donc une réduction temporaire (Figure 5).

Figure 5 : Réduction transitoire des revenus au cours du temps (en années).

  • Courbe rouge : Investissement total,
  • Courbe pointillée bleue : production nouvelle,
  • Courbe en tirets verts : Bilan temporel.     

Ceci n’est pas différent de ce qui se passait dans le village de notre agriculteur à l’âge de pierre. Cependant, l’introduction de la monnaie, nécessaire aux échanges dans une société moderne va tout changer.

Cette monnaie, crée par une autorité, la nation puis des entités supranationales, et acceptée comme moyen de valorisation des produits et services va apporter beaucoup de souplesse, mais aussi permettre de nombreuses manipulations. Elle va, en particulier effacer la réduction temporaire du revenu perçu par notre agriculteur, mais cela ne se fait pas sans contrepartie.

Pour modifier la part des investissements dans le revenu national, l’état dispose de très nombreux moyens : des mesures fiscales, des subventions… Tous ces moyens d’action conduisent à des transferts de richesse entre les acteurs économiques, tant investisseurs que consommateurs. Les conséquences de ses décisions dépendent fortement du monde financier.

Selon le groupe homogène concerné, nation solidaire, ensembles régionaux et bientôt au monde entier, l’usage de la monnaie va être différent. Dans tous les cas, elle sera un élément fondamental de la politique économique. Les états perdront progressivement leur rôle et dépendront de leur environnement.

Les modes d’action de l’état souverain

Un tel état dispose de sa propre monnaie. Il régule ses échanges avec les autres états grâce à des taux de changes ajustés régulièrement. Ceci lui permet d’équilibrer ses échanges extérieurs. Il n’a donc pas de  dettes extérieures.

Toutes les actions de cet état conduisent à arbitrer entre les différents groupes de pression et à promouvoir une politique économique cohérente. Toute son action consiste à ajuster les deux paramètres d’entré du modèle Omega : l’incitation à investir et l’incitation à consommer.

De plus, cet état dispose du droit de modifier la quantité de monnaie en circulation, ce qui lui permet d’agir sur l’évolution des prix. À cette fin, il peut créer de la monnaie « ex-nihilo » et utiliser librement ce droit pour ajuster son volume aux besoins de l’économie, ou financer des dépenses imprévues. Toutefois, il ne doit,  en aucun cas, engager des dépenses injustifiées, ce qui provoquerait l’hyperinflation tant redoutée des épargnants.

Lors d’une période d’investissement exceptionnelle, un tel état peut maintenir le revenu nominal des citoyens puis restituer leurs revenus à ceux qui ont été lésés lorsque la croissance de la production le rend possible.

Les modes d’action d’un état ne contrôlant pas sa monnaie

Il s’agit des états ayant renoncé à une monnaie nationale, donc des états appartenant à la Zone Euro. Ils n’ont pratiquement plus aucune possibilité d’intervention dans le domaine économique. Cette catégorie comprend également ceux qui, comme la France depuis 1974,  ne disposent plus du droit de battre monnaie, c’est-à-dire de créer « ex-nihilo » de la monnaie.

Contrairement aux états précédents, ceux-ci sont progressivement endettés. Il faut donc chercher l’origine de ces dettes et estimer leurs conséquences à long terme.

L’origine de la dette

Comme nous allons le démontrer, cette prérogative du prince est en effet indissociable du pouvoir économique réel.

Figure 6 : Évolution de la dette depuis 2014.

  • En rouge : Valeurs du PIB annuel en trimestres glissants.
  • En bleu : Calcul approché de la dette,
  • Tirets verts : Prévision depuis 1974,
  • En  vert : Recalage en 2004.

 

Depuis que l’état a renoncé à recevoir des avances non remboursables de la Banque de France (alors désignées par le sigle DTS : Droits de Tirages Spéciaux), il n’a pu ajuster le volume de la masse monétaire sans faire des emprunts auprès des banques privées qui ont conservé le droit de créer « ex-nihilo » de la monnaie.

Au lieu d’utiliser à cette fin « la planche à billets », l’ajustement de la masse monétaire au niveau de l’activité économique a été fait par des emprunts dont l’accumulation a conduit à la dette actuelle. De 1974 à 2010, la dette se calcule simplement en ajoutant, trimestre après trimestre, à la dette antérieure. Elle se calcule sur la base du financement nécessaire de l’augmentation du PIB, et majorée des intérêts dus sur  les sommes déjà empruntées (Il serait facile d’expliquer par les événements postérieures à 2008 l’évolution les différences observée ces dernières années).

Il est permis de se demander pourquoi nos responsables politiques, en renonçant à battre monnaie, ont créé une dette inutile, injuste et de toutes façon impossible à rembourser ?

 

Le mécanisme sous-jacent

 La remarquable corrélation entre la croissance du PIB et celle de la dette est surprenante. L’ajustement de la monnaie aux besoins de l’économie n’aurait-elle pas dû se faire autrement ? Par la seule  croissance de la masse monétaire ? 

En réalité, nous devons nous souvenir que le PIB est un flux de biens et services. La masse monétaire correspond à ce flux, mais à un stock de dépôts à court terme. Si la vitesse de rotation de la monnaie est V, exprimée en mois, trimestres ou années, nous pouvons écrire :

PIB = M x V

Pour de nombreuses raisons économiques et psychologiques, il est impératif que les prix soient stables ou en légère croissance. Que l’augmentation du PIB soit réelle  ou seulement apparente, il faut que le flux monétaire augmente dans la même proportion que celui de l’offre. Ceci ne peut être fait qu’en ajoutant un flux de demande égal à l’augmentation de celui de l’offre.

Le flux de demande correspondant entre naturellement dans la sphère financière, et ajuste la masse monétaire aux besoins de l’économie, quelle que soit sa vitesse de rotation. Il faut donc, année après année, injecter un flux monétaire égal à l’augmentation du PIB. L’état réalise cette injection monétaire de la manière la plus simple du monde, en distribuant plus d’argent qu’il n’en reçoit. Si l’état ne peut plus créer de  monnaie, les banques pourraient créer elles-mêmes la monnaie nécessaire, « ex-nihilo« , mais dans ce cas elles ne seraient pas rémunérées pour le faire et l’état n’aurait plus de dette…

Le pouvoir a changé de mains ! Sans droit de battre monnaie, un état est réduit au statut de simple citoyen. Il ne dispose  plus que d’une apparence de pouvoir régalien !

Conclusion :          

            Il n’y a pas de politique économique possible sans souveraineté. Sans souveraineté monétaire, un état doit se soumettre au bon vouloir de ses créanciers. Un état ayant retrouvé son autorité, associé à un système bancaire au servi des citoyens et des entreprises constitueraient un ensemble œuvrant efficacement au bien commun.

            Sans cette restauration de l’état, la soumission diffuse de la nation à des intérêts étrangers va progressivement toucher tous les domaines. Le libre-échange permet ma mise en concurrence des entreprises et des citoyens du monde entier.

            Nous voyons tous les jours les effets du laisser-fairisme dénoncé en son temps par Maurice Allais et bien d’autres observateurs impartiaux du monde moderne.

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA.

 

 

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L’emploi Industriel qui montre que le chômage résulte d’un choix

La perte des emplois industriels

Introduction :

Maurice Allais a exposé dans un livre publié en 2007 avec le titre « La mondialisation, la destruction des emplois et la croissance ».  Plus de dix ans plus tard, « l’évidence empirique » sur laquelle il basait son argumentation est de plus en plus claire.

Figure 1 : courbes présentées dans la presse par Maurice Allais

 

Une précédente mise à jour :

En janvier 2017, une mise à jour faite à partir des dernières statistiques de l’INSEE confirmait les prévisions de Maurice Allais.

Figure 2 : Emploi industriel : Projection faite en janvier 2017.

Cette projection conduisait à un emploi industriel nul en 2045. Il est évident qu’une telle extrapolation ne peut être retenue. Il est bien certain que l’évolution actuelle ne pourra se poursuivre indéfiniment. Il reste toutefois à observer jusqu’à quel point cette tendance pourra se poursuivre et à anticiper les mesures qui permettront de faire face au choc qui accompagnera la fin de cette période de désindustrialisation.

 

Évolution de la population française :

Même si le vieillissement de la population est un fait indiscutable, la population française ne cesse de croître.

Figure 3 : Population totale selon l’INSEE

La répartition en tranches d’âge permet d’observer son vieillissement. Compte tenu de l’accroissement constant du temps partiel, les nombres d’actifs et de chômeurs ne sont plus significatifs. Ainsi, le volume de la population active n’est plus publié. Nous allons donc considérer l’emploi total et sa répartition sur la base des équivalents temps plein.

Figure 4 : Emploi total (équivalent temps plein)

 

L’évolution de l’emploi industriel correspond strictement à la tendance prédite par Maurice Allais il y a près de dix ans.

Figure 5 : Évolution de l’emploi industriel

Le taux d’emploi industriels correspond alors à la figure suivante :

Figure 6 : taux d’emploi industriel dans l’emploi total

Ce taux, qui était de plus de 35 % en 1948 est maintenant de l’ordre de 10%. Il subit à une réduction légèrement plus forte par rapport à l’ensemble de la population, en raison de son vieillissement qui réduit la part des  actifs. Sur cette courbe, la cassure de 1974 apparaît nettement.

Dans ces conditions, il est facile de constater qu’en tenant compte du vieillissement de la population, la décroissance du niveau de l’emploi industriel réel est conforme aux prévisions de Maurice Allais, et strictement celui constaté en janvier 2017. Sur cette courbe, le ralentissement apparent de la désindustrialisation n’est dû qu’au vieillissement de la population. En effet celui-ci réduit la part de la population active dans la population totale.

Figure 7 : Taux d’emploi industriel par rapport à la population totale

Il reste à expliquer les vraies raisons de cette réduction de l’emploi industriel.  En effet, celle-ci ne peut être attribuée aux seuls progrès techniques et au développement des robots.

 

PIB ou valeur ajoutée ?

Pendant longtemps, le PIB (Produit Intérieur Brut),  malgré ses nombreux défauts, a été la mesure de l’activité économique.

Aujourd’hui, l’INSEE publie des mesures détaillées de la valeur ajoutée. Des données détaillées relatives aux diverses activités économique sont maintenant disponibles.

Nous les avons regroupées en trois domaines différents (Figure 8).

Figure 8 : Répartition de la valeur ajoutée

  • En bleu : Activité commerciales
  • En vert : Activités de service,
  • En rouge : Activité industrielles.

Le niveau des activités agricoles n’a pas été tracé compte tenu de sa très faible valeur.

Les pourcentages des valeurs ajoutées  industrielles et agricoles correspondent au graphique suivant (figure 9).

Figure 9 : Industrie et agriculture

  • Courbe bleue : Industrie,
  • Courbe rouge : Agriculture.

Elles sont très petites derrière les activités de service au sens global, en incluant les services commerciaux et les autres services, notamment aux entreprises (figure 10).

 

Figure 10 : Part des activités de service

Le transitoire présent sur les courbes correspond à mai 1968, période pendant laquelle l’activité industrielle a été fortement perturbée.

La répartition de la valeur ajoutée telle qu’elle apparaît dans les statistiques de l’INSEE  est donc bien plus instructive que celle du PIB. La somme des revenus pouvant être supérieure à la valeur ajoutée totale qui est la production réelle.

 

Le chômage importé :

En 2012, nous avions montré que les seules importations chinoises correspondaient à la perte de 2,7 millions d’emplois. Si nous ajoutons ces emplois à la valeur constatée en 2012, les courbes des figures 5 et 7 sont modifiées de la façon suivante (figures 11 et 12).

Figure 11 : Part des emplois industriels corrigé pour 2012

Figure 12 : Taux d’emploi industriel corrigé pour 2012

Ces courbes démontrent que  le chômage importé résultant des seules importations chinoises suffit à compenser la réduction de l’emploi industriel observée depuis 1974. Il est certain que si ce calcul avait été fait sur l’ensemble des importations, l’emploi industriel corrigé de l’effet des importations aurait poursuivi sa croissance au-delà de 1974.

La réduction de l’emploi industriel est donc clairement la conséquence d’une politique qui a, sciemment ou non, créé un chômage de masse.

 

Conclusion :

Cette analyse montre que le chômage de masse n’est pas une fatalité. Il résulte de d’une politique délibérée, le libéralisme, qui conduit naturellement à la mise en concurrence des travailleurs et des régimes sociaux du monde entier.

À la suite de mai 1968, la compétitivité de l’économie française n’a pu être rétablie que grâce à deux dévaluations du franc et une réévaluation du Mark. Toutefois, comme le modèle OMEGA l’a très clairement expliqué, ces événements ont conduit à une réduction de la croissance six ans plus tard.

En 1973-74, l’abandon  de notre souveraineté monétaire par le président Pompidou et Valery Giscard d’Estaing a eu des conséquences catastrophiques à long terme. Ne pouvant plus ajuster la compétitivité nationale en dévaluant le franc, nos gouvernements ont mené une politique mondialiste irresponsable. Le maintien du pouvoir d’achat des salariés et des revenus des capitaux s’est fait grâce à des expédients : exportations d’armes, importations en provenance des pays à faibles coûts salariaux, vente d’entreprises… Le recours aux banques privées pour ajuster la monnaie a introduit une dette publique totalement injustifiée, comme Maurice Allais et de nombreux économistes l’ont démontré. Globalement, cette politique a conduit inéluctablement à une augmentation du chômage.

L’adoption de l’EURO (€) a été présentée comme la solution finale aux problèmes des états européens. Force est de constater qu’il n’en est rien. Le mondialisme continue à détruire méthodiquement l’économie française et d’autres états européens.

On nous assure que la réduction de l’emploi industriel est un phénomène inévitable, une conséquence des progrès de la technologie, et en particulier du développement des robots industriels. En réalité, des emplois sont créés dans d’autres pays. Tout se passe comme si nous avions décidé de délocaliser notre industrie en transférant nos capitaux à l’étranger en vue d’y réaliser, à moindre coût, les produits demandés par notre marché intérieur.

Le déficit de notre balance commerciale et la croissance du chômage sont alors inévitables. N’est-il pas temps d’abandonner une politique qui, selon l’expression de Maurice Allais, a fait la « démonstration empirique » de sa nocivité ?

 

Pierre Fuerxer,

Membre de l’AIRAMA.

 

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LE CHÔMAGE IMPORTÉ

Introduction :

               En France, le chômage ne cesse d’augmenter depuis 1974. Les responsables ont longtemps considéré que celui-ci était dû à une crise passagère et qu’il régresserait spontanément dès que l’économie repartirait. Maurice Allais a lié ce chômage de masse aux importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre. Qu’en est-il exactement ? Peut-on conforter par des simulations l’évidence économique dont il parlait ?

 

Un phénomène mystérieux ?

               Maurice Allais, européen convaincu a dénoncé le rôle des importations dans le développement du chômage. Il expose ses arguments dans son livre sur l’Europe intitulé « La mondialisation, la destruction des emplois et la croissance », publié en 2007, avec le sous titre percutant, « l’évidence empirique« .

               Il publiera dans la presse divers articles montrant la réduction brutale de la croissance et la montée du chômage depuis 1974 (figure 1) :

Courbes de <abbr>PIB</abbr> et emploi publiées par Maurice Allais

Figure 1 : Courbes de PIB et emploi publiées par Maurice Allais.

               Cette cassure, que Maurice Allais attribue au développement du libéralisme, peut être reproduite par le prédicteur Oméga-Allais, comme les courbes suivantes le montrent :

Courbes calculées par le modèle Oméga-Allais Courbes calculées par le modèle Oméga-Allais

Figure 2 : Courbes calculées par le modèle Oméga-Allais.

Ces courbes confirment que cette réduction de la croissance résulte bien de la perte de compétitivité de l’industrie française due aux événements de mai 1968. En effet, il suffit d’introduire dans le modèle un retard de deux trimestres dans l’engagement des investissements pour reproduire la cassure de 1974. Ainsi, bien que la dévaluation intervenue en 1969 et la réévaluation du mark soient intervenues, la croissance de l’économie a été durablement réduite.

               La réduction de l’emploi industriel observée par Maurice Allais correspond alors directement au rapport entre le niveau du PIB réel avec celui qui aurait été atteint si la croissance n’avait pas été réduite par ce désinvestissement. Quant-à-elle, la dette correspond au manque de production industrielle par rapport à une consommation dopée par les accords de Grenelle.

               Ainsi, le maintien d’un pouvoir d’achat à un niveau proche de celui qu’il aurait atteint en l’absence du désinvestissement survenu en 1968, c’est-à-dire à un niveau supérieur à celui permis par la seule production nationale, a eu deux conséquences :

  • Une réduction de la part de l’industrie nationale dans la consommation qui induit une croissance du chômage. À moyen terme, le manque investissement réduit la croissance de la production nationale. L’augmentation du chômage correspond alors aux emplois qu’aurait dû créer l’économie pour maintenir le niveau de vie des français. Ceux-ci ont bien été crées, mais délocalisés à l’étranger.
  • Une dette extérieure de l’état et des entreprises (ou la vente de leur capital, ce qui est équivalent). Celle dette correspond à l’excès de consommation sur la production.

Ce mécanisme avait été clairement expliqué par Maurice Allais dans son livre publié en 2007.  Nous devrons donc considérer un nouvel indicateur économique, la balance du travail, explicitant l’effet des importations sur l’emploi.

 

Les causes du chômage selon Maurice Allais :

               Dans ses articles, Maurice Allais identifiait une cause structurelle souvent ignorée ou contestée du chômage : les importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre, y compris de ceux appartenant à l’union européenne.

L’estimation du chômage induit par la mondialisation faite par Maurice Allais se fonde sur une remarque de bon sens : Il faut comparer entre elles les quantités de travail exportées et importées, donc prendre en compte la part salariale des objets importés de l’ensemble des pays à bas coût de main d’œuvre au prix de l’heure d’ouvriers français et non en prix de la main d’œuvre locale.

Toute importation correspond donc à une quantité de travail qui doit être comptée en heures et non en coût au taux de change en vigueur. Elle doit être valorisée au coût de la main d’œuvre française de qualification équivalente.

En sens inverse, les exportations françaises correspondent à des produits technologiques (par exemple des avions), c’est-à-dire à des heures de personnels très qualifiés, donc à des coûts horaires plus élevés. À prix égal, une exportation produit donc beaucoup moins de travail à la nation qu’une importation ne lui en coûte.

Nous devons alors considérer une nouvelle balance, La balance du travail comptée en temps de travail. Déficitaire, elle indiquera le niveau de chômage importé. Excédentaire, elle indiquera le niveau de travail importé.

Il est difficile de comparer les parts salariales des objets de fabrication locale avec celle des objets importés. Les statistiques ne peuvent estimer celles-ci de façon précise en nombre d’heures.

Sans reprendre les statistiques de 1997, une remarque de bon sens permet de contourner cette difficulté. En effet, la demande totale (somme de la consommation et des investissements), est directement  ou indirectement une consommation. Comme la consommation des ménages, les dépenses d’investissement se traduisent pour partie en travail, donc en salaires, et en consommation de ressources naturelles. Hors coût des matières premières, pays par pays, les temps de main d’œuvre sont donc indirectement proportionnels aux valeurs ajoutées.

Adoptons la démarche de Maurice Allais. Nous pouvons comprendre le mécanisme conduisant à importer du chômage en étudiant un exemple : les importations en provenance de la Chine.

             Pour déterminer le poids réel des importations, exprimé en perte d’emploi, il faut corriger le montant des importations de la façon suivante :

  • Tenir compte du niveau des coûts salariaux (6,2 plus faibles pour la Chine). En effet, la part de main d’œuvre contenue dans un produit importé de Chine aurait été 6,2 fois plus chère si elle avait été payée en France.
  • Prendre en compte tous les pays, internes ou non à la CE, sans oublier les importations indirectes. Celles-ci sont de la main-d’œuvre importée et doivent être comptabilisées de la même manière.
  • L’effet de la perte des emplois indirects (avec un facteur correctif supérieur à 1).

 

En 1997, le taux d’importation des produits en provenance de la Chine ne représentait officiellement que 1,2% du PIB, le poids de ces produits industriels n’était que 28% du PIB. Pour de nombreux économistes, ces importations avaient une influence négligeable, alors qu’en prenant en compte des écarts de coût salariaux, il aurait dû être estime à au moins 7,5% de l’emploi, soit plus de la moitié des pertes d’emploi industriel constatées.

 

Coûts horaires de la Main d’œuvre 1993 :

(toutes charges incluses)

Ouvriers qualifiés ou équivalent

En francs aux cours des changes

Groupe

Pays

Coût  (francs)

valeur relative

rapport

I

France

55

100

1

Madagascar

1,2

2

50

Viêt-Nam

1,5

3

36,7

Inde

2,6

5

20

Philippines

4

7

14

Thaïlande

5,5

10

10

Ile Maurice

5,75

10

10

Chine

9

16

6,2

Taïwan

23

42

2,4

Moyenne

 

7,8

12,8

II

Roumanie

2,5

5

20

Pologne

5

9

11,1

Ex-Tchécoslovaquie

11

20

5

Hongrie

11

20

5

Moyenne

 

11,8

8,6

III

Maroc

10

18

5,5

Tunisie

15

27

3,7

Moyenne

 

22

4,5

I+II+III

Moyenne Générale

 

10,2

9,8

 

               Figure 3 : Coût relatifs de main d’œuvre (la mondialisation, page 331).

 

La réduction de la croissance :

Maurice Allais présente comme une évidence la relation entre la mondialisation et la réduction de la croissance (du moins dans notre pays).  Il n’est pas nécessaire de rappeler que l’économie ne se développe que si des investissements conduisent à une offre, des revenus, et la demande correspondante.

Si une part excessive de la demande est satisfaite par des produits importés, la demande intérieure diminue. Il en résulte une baisse des profits générés, du volume de travail consacré, soit au maintien ou au développement de la production, soit à la consommation. Enfin, la libération des mouvements de capitaux permet à ces profits de rechercher la rentabilité maximale en soutenant l’activité économique des pays dans lesquels les coûts sont les plus faibles.

Nous devons donc considérer dans les relations internationales quatre flux: les produits, les investissements, le travail et les capitaux qui, comme la possession de ressources naturelles, permettent de constituer des rentes de situation. Les données statistiques correspondantes sont la balance commerciale, les investissements à l’étranger, la nouvelle balance du travail et enfin  les dettes, remboursables ou non, des états et des entreprises.

 

La balance du travail :

               Cette nouvelle balance, La balance du travail doit être comptée en temps de travail. Déficitaire, elle indiquera le niveau de chômage importé. Excédentaire, elle indiquera le niveau de travail importé. Pour établir cette nouvelle balance, nous devons prendre en compte, séparément pays par pays, et sans doute activité par activité, les importations et les exportations. Chaque transfert doit être valorisé en temps de travail, direct ou indirect, sachant que toute activité productrice est essentiellement des salaires, donc du temps de travail.

En 2009, alors que le solde des échanges avec la Chine était 22 G€, les importations depuis ce seul pays étaient de 30 G€, soit approximativement 1,5% du PIB. Le déficit de la balance commerciale était alors de 53,4 G€. La part de main d’œuvre contenue dans ces importations est sous-évaluée. En prenant la valeur publiée par Maurice Allais pour la Chine pour l’année 1993, le coût de main d’œuvre aurait été (6,2-1) fois supérieur pour une production en France, soit 7,8% du PIB.

Nous devons évaluer l’emploi supprimé par cette importation. Pour cela, admettons dans un premier temps que la totalité de la production résulte de coûts de mains d’œuvre. En effet, des mines d’où les matières premières sont extraites, aux circuits de distribution, les coûts résultent de salaires et profits qui finissent en consommation. Ainsi valorisée, cette importation correspondrait à 2 millions d’emplois perdus.

Les importations en provenance de la Chine ont été en 2012 de 41,4 G€, soit 2% du PIB et le déficit de la balance commerciale de 80 G€, soit 4% du PIB. Avec les mêmes paramètres, le nombre de chômeurs lié aux seules importations chinoises serait de 2,7 millions.

Bien évidemment, ce calcul n’a qu’une valeur explicative du mécanisme par lequel ces importations contribuent à la baisse de l’emploi industriel. Un calcul plus précis, pays par pays, permettrait de chiffrer de façon précise la part des importations provenant des pays à faible coût de main d’œuvre dans la hausse du chômage.

Il y a donc une relation directe entre le nombre de chômeurs et le niveau des importations en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre.

Bien évidemment, comme la balance commerciale, cette nouvelle balance subirait les variations des taux de change et des évolutions sociales de nos partenaires économiques. Elle permettrait au moins de comprendre les vraies raisons du chômage lié à la mondialisation et de déterminer les actions susceptibles de le maitriser.

Comment peut-on espérer traiter un mal sans en avoir identifié les causes et trouvé les remèdes  à appliquer ?

 

L’évolution de l’emploi industriel :

               Pour calculer le niveau de la perte d’emploi, il faut donc considérer la totalité des importations des pays à faible coût de main d’œuvre  et le solde des échanges, et non seulement le déficit de la balance commerciale. Cette étude devrait porter sur tous les pays, y compris les pays de l’union européenne.

               Ensuite, ces données devraient être introduites dans un modèle dynamique analogue au modèle Oméga-Allais. Ceci permettrait de prévoir à échéance de plusieurs années les conséquences inévitables des distorsions sociales et monétaires entre les nations.

               Avant toute chose, nous devons mettre à jour les graphiques tracés par Maurice Allais en 1994. Nous disposons pour cela des statistiques de l’INSEE qui, malgré des modifications régulières des agrégats, permettent de bien comprendre l’inévitable régression de notre industrie.

               Nous trouvons les données suivantes :

  • Diverses statistiques de population qui présentent quelques discontinuités dues aux modifications de périmètre (la dernière modification étant la prise en compte de Mayotte).

Population françaiseFigure 4 : population française.

  • La courbe rouge est une ancienne série maintenant arrêtée,
  • La courbe bleue est la superposition de deux séries rouges et bleues nouvelles,
  • La courbe pointillée est la tendance moyenne observée depuis la cassure de 1974.

 

  • Des séries donnant l’emploi total et l’emploi salarié industriel (figure 5) :

Emploi total et emploi salarié industrielFigure 5 : Emploi total et emploi salarié industriel.

  • La courbe bleue correspond à l’emploi total,
  • La courbe rouge à l’emploi salarié industriel,
  • La courbe en pointillé verts correspond au taux de croissance moyen de la population.

Ces données permettent de mettre à jour la figure tracée par Maurice Allais à partir des statistiques disponibles en 1992 (page 126 du livre de Maurice Allais sur la mondialisation).

La politique économique libre échangiste adoptée en Europe depuis 1974 n’ayant pas varié, la destruction de l’industrie française s’est poursuivie, entrainant une croissance continue du chômage.

Pourcentage des emplois industriels dans la population activeFigure 6 : Pourcentage des emplois industriels dans la population active.

               La poursuite de la désindustrialisation au rythme actuel conduirait à la disparition totale de notre industrie dans moins de trente ans !

Pourcentage des emplois industriels : Extrapolation au rythme actuelFigure 7 : Pourcentage des emplois industriels : Extrapolation au rythme actuel.

               Chacun peut imaginer ce que serait une économie sans industrie, avec une agriculture endettée et dépendant totalement  de multinationales, des services entièrement Uberisés, avec un état incapable d’assurer ses fonctions régaliennes…

 

Les conséquences de la désindustrialisation :

               Bien évidemment, faute de volonté politique de rechercher les causes réelles du chômage, l’INSEE n’établit pas la balance du travail, mais il existe des indicateurs permettant de l’estimer. Considérons la série statistique donnant le volume des importations en provenance de la zone Asie du Nord (Japon, Chine, Corée notamment), d’où vient une grande partie des produits technologiques importés.

               Les figures 8 et 9 présentent ces données en valeurs mensuelles et annuelles de cette série statistique exprimées en millions d’Euros.

Nous observons qu’en dehors d’un léger fléchissement en 2009, le niveau de ces importations n’a cessé d’augmenter. En chiffres ronds, les importations de ces pays correspondent à 60 G€ par an, soit 3% du PIB.

Fabriqués en France, le coût de ces produits serait 18% d’un PIB qui augmenterait de 13%. Sa valeur deviendrait 115% de sa valeur actuelle. L’emploi industriel serait augmenté de 18% de l’emploi total, soit 4,8 millions, ce qui correspond grossièrement au chômage total français.

Figure 8 : série mensuelle des importations de la zone Asie du Nord.Figure 8 : série mensuelle des importations de la zone Asie du Nord.

Figure 9 : Série annuelle des importations de la zone Asie du Nord.Figure 9 : Série annuelle des importations de la zone Asie du Nord.

               Bien évidemment, nos exportations vers ces pays contribuent en sens inverse à la croissance de l’emploi, mais d’une façon marginale. Enfin, cette région du monde n’est pas la seule à considérer dans cette analyse. Nous ne produisons pratiquement plus de tissus et de vêtements et dépendons de nombreux fournisseurs étrangers : l’Inde, le Pakistan, le Bengladesh, la Turquie, la Somalie … Les emplois correspondants doivent être ajoutés aux précédents.

               La balance du travail est donc très négative, ce qui explique le sous-emploi actuel des français.

 

Une nécessaire analyse géopolitique :    

               Cette analyse des causes de chômage en France montre l’importance géopolitique du partage international du travail. En Europe, nous avons été habitués à penser que notre avance technologique justifiait notre niveau de vie comparativement élevé par rapport aux autres nations.

               Nous avons facilement accepté que les paysannes qui ramassent le coton vivent dans des conditions misérables. Nous acceptons aujourd’hui de délocaliser les productions de composants indispensables à l’économie numérique qui nous ferait entrer, nous assure-t-on, dans un avenir radieux. Que ferons-nous lorsque nous ne contrôlerons plus les technologies nécessaires ?

               Peut-on faire l’impasse sur ces questions qui ne peuvent être réellement abordées dans le cadre de cette étude limitée aux causes immédiates du chômage de masse que nous observons en France, mais qui sont un enjeu mondial pour nos sociétés ?

 

Des enjeux fondamentaux :

Les relations internationales dépendent de nombreux paramètres mais peuvent être résumées par deux indicateurs principaux : le flux des investissements, c’est à dire la balance entre les investissements français à l’étranger et des investissements étrangers en France, et la balance commerciale.

Elles dépendent également, selon l’expression de Maurice Allais des rentes de situations liées aux avantages naturels des pays (en particulier leurs ressources naturelles), et aux droits acquis (par exemple la possession du capital).

Dans un monde en équilibre, les échanges pourraient contribuer à un enrichissement mutuel des nations, chacune se spécialisant dans les produits pour lesquels elles sont les plus compétitives. Il en va différemment si le déséquilibre des échanges est associé à la liberté de circulation des capitaux.

Au déséquilibre des balances commerciales s’ajoute alors des transferts de capitaux qui permettent la mise en concurrence mondiale des entreprises. Toutes les formes de concurrence s’ajoutent les unes aux autres, et le dumping devient une pratique courante contre laquelle il n’y plus de protection possible.

 Enfin, en contribuant au développement de dettes abyssales des états et des entreprises, le chômage importé ne peut que conduire à des crises monétaires graves et à la faillite d’entreprises et de nations, mais cette question dépasse l’objet de cet article consacré au seul chômage importé.

Évaluer avec la plus grande précision possible les causes et le coût du chômage importé est donc fondamental pour la conduite de l’économie en vue du bien commun des nations.

L’INSEE ne devrait-elle pas publier une balance du travail, outil indispensable d’une politique économique ?  Selon le souhait de Maurice Allais, elle contribuerait ainsi à donner aux décideurs les outils permettant d’éviter le retour de catastrophes semblables à la crise de 1929, et de promouvoir le progrès social pour le bénéfice de tous.

 

Pierre Fuerxer (X 61)

Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

 

 

Prévisions économiques 2016-2020

 

            Le modèle Oméga-Allais fait des prévisions sur la base des mécanismes de l’économie réelle. Il extrapole l’évolution  de l’économie à partir d’une modélisation du comportement dynamique des acteurs économiques, les entrepreneurs et les consommateurs.

            Cette démarche correspond à celle adoptée par Maurice Allais pour prédire la demande de monnaie avec son modèle « Héréditaire, Relativiste et Logistique » (voir l’article de Philippe Bourcier de Carbon ).

Des prévisions à 4 ou 5 ans ne peuvent tenir compte des aléas conjoncturels liés aux variations des marchés, des taux d’intérêt, du prix du pétrole et des mesures d’incitation fiscales. Nous ne publions donc qu’une fois par an de nouvelles prévisions sur quatre ou cinq ans qui ne peuvent tenir compte de ces incitations.

 

Rappel des prévisions faites fin 2014:

            En 2015, nous avions fait des prévisions sur la base des séries économiques en base 2005 publiées par l’INSEE. Ces données statistiques avaient été prises en compte jusqu’en fin 2014.

Prévisions faites à partir de fin 2014Figure 1 : Prévisions faites à partir de fin 2014.

  • La courbe verte correspond aux valeurs de PIB en base 2005 publiées en 2014 par l’INSEE.
  • La courbe bleue était la prévision faite à partir de 2005, en tenant compte de la fuite des capitaux publiée par la Banque de France (valeurs annuelles connues jusqu’en 2010). Ces prévisions étaient validées jusqu’en 2015, soit sur 10 ans.
  • La courbe rouge était une prévision faite en supposant la fuite des capitaux terminée après 2010. Compte tenu du délai moyen entre les décisions d’investir et la croissance de la production, l’économie était alors supposé libre de toute influence extérieure postérieure à 2010.

            Evidemment, ces prévisions  supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, prix du pétrole qui ont un effet quasi immédiat…

Prévisions faites fin 2015 :

            Nous pouvons mettre à jour ces prévisions à long terme faites fin 2014 en introduisant dans le modèle les données de PIB observées en 2015. Les résultats sont les suivants :

Prévisions fin 2015Figure 2 : Prévisions fin 2015.

             Sur le fond, ces prévisions sont évidemment très voisines, mais ne peuvent être directement superposées en raison de nombreuses  modifications des séries statistiques :

  • Les montants ne sont plus en euros 2005 mais en euros 2010,
  • La série de valeurs du PIB publiées par L’INSEE sont en base 2010. Elle a été ajustée pour neutraliser les effets des différences entre les bases 2005 et 2010.
  • La hausse du périmètre de PIB introduite par les directives européennes a été intégrée.

 

La modification des bases de l’INSEE conduit en effet à une forte croissance apparente du PIB qui apparaît dans la figure suivante (figure 3).

Figure 3 :

  • La courbe rouge correspond aux valeurs publiées en base 2005,
  • La courbe bleue correspond aux valeurs en base 2010.
  • Les deux courbes sont recalées pour tenir compte de la variation de l’EURO.

 

La croissance observée depuis 2005 apparaît essentiellement due à l’évolution progressive de la base sur laquelle le PIB est calculé. Elle est donc largement artificielle.

 

Evolution entre ces prévisions :

Comme cela a été dit, ce modèle de prévision ne prend en compte ni les fluctuations liées à la conjoncture internationale,  ni celles résultant des effets à court terme des différentes incitations monétaires et fiscales.

La conjoncture actuelle est exceptionnellement favorable. Ceci a retardé la baisse attendue du PIB. Toutefois, le modèle Oméga-Allais n’a pas changé d’orientation. Il continue à prévoir pour 2020 une forte baisse du PIB.

L’investissement restant inférieur au niveau nécessaire au maintien de la production industrielle, la tendance ne peut s’inverser que très temporairement en raison de mesures conjoncturelles dont les conséquences à long terme risquent d’être catastrophiques.

Un retour à une conjoncture économique mondiale moins favorable (prix du pétrole et taux d’intérêt) conduirait mécaniquement à une baisse du PIB de l’ordre de 7% et pourrait amorcer une crise d’une ampleur incomparable avec celle de 2007-2008.

Pierre Fuerxer,

Membre de l’AIRAMA

 

 

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Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une interview de l’auteur publiée initialement par le site Médias-Presse-Info et repris ici le 5 juin.


À propos du Brexit : un brouhaha politico-médiatique soigneusement alimenté

Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes (Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique sur la finance internationale. L’emblématique allocution de Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la City (1). Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y a de quoi, pour le moins, sourire…

Une autre facette de la narrative politico-médiatique est l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un pays des institutions européennes (2). Le Brexit sonnerait donc le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de l’Union Européenne, dont la perte d’indépendance serait exclusivement imputable aux actuelles institutions européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union Européenne et le début d’une grande victoire générale des peuples européens sur leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.

Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un titre.

D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains − John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites européennes suite à l’inquiétant  Brexit − et la faction pro-américaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au développement de l’empire américain ; cette faction de l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il est évident que cette partie de la population, auto-proclamée élite politique, dont les éléments sont encore – pour une large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des institutions européennes ; avec au surplus un risque de contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation mondiale par cette partie de l’élite. La faction pro-américaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie ; il agit, par le biais des banques et des institutions monétaires internationales, en tout point de la planète comme s’il était chez lui.

D’autre part parce que la prochaine dislocation des institutions européennes, annoncée comme imminente par les médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis à la domination des instances technocratiques unionesques.

Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le double discours de certaines élites qui abondent dans un sens et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de conquérir le pouvoir (3). Il est loisible de soupçonner Peter Sutherland (4), mais aussi Christine Lagarde du FMI (5) de ce type de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland, il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du discours de cet individu.

D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au contraire, renforcer l’Union Européenne (6) ; de tels individus allant même jusqu’à édicter des conditions pour le renforcement de ladite union.

Les élites bancaires et financières mondiales, qui se sont appuyées pour un temps (assez long) sur la frange des partisans de la domination américaine, n’ont et n’auront jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés partisans de la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique – afin de poursuivre leur stratégie de long terme.

Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle, à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de l’Union Européenne, après le retrait anglais.

La réalité institutionnelle « européenne » post-Brexit

Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des autres pays membres de l’Union Européenne.

Le cas anglais

La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée par les principaux méfaits des institutions européennes puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro. D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que réellement à la réalité civile issue des traités européens successifs.

S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de l’Union Européenne ne changera absolument rien à la quasi fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire (7), que paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux (8).

S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant), les finances – bourse et livre sterling – britanniques, celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers chinois.

La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement, une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble (9) – à l’exception notable des récents acquéreurs de biens immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.

Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par une baisse durable de l’immobilier britannique.

Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne change, concrètement, pas grand-chose à la situation géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands capitaux prospérant à la City et à Wall Street.

Les autres pays membres de l’UE – dont la France : vers davantage d’intégration européenne et de désintégration des États-nations ?

Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine (ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas sur la longue – centenaire – histoire des institutions européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz (10), le sociologue Pierre Hillard (11), ou encore le politicien François Asselineau (12).

Peu importe donc la domination opérée par et sur la superstructure européenne, la seule domination qui compte réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce stade, certains de la validité d’une telle interprétation des choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des armées d’hommes.

Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché transatlantique est le continuum logique de ces institutions. Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question pour les instances germano-européennes de renoncer à ces grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union Européenne (13).

Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe probablement le début de la fin de l’Union Européenne sous domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de l’intégration européenne et le cortège de désintégration des États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la domination américaine sur les instances européennes va s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte. Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore plus financière, des instances européennes au détriment de la domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant plus probable que les élites dirigeantes des pays européens sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que l’on retrouve à la City).

La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libre-échange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union Européenne en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et, justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau départ européen vers d’avantage d’intégration.

Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes encore plus intégrées (14). La souveraineté de la France et des autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN, sa dissuasion nucléaire etc.

Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que nous les connaissons actuellement est leur valeur expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une expérience institutionnelle faite à un moment donné.

Ce que révèle le Brexit : une permanence de la stratégie et un changement de tactique

Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée – des processus de modifications juridiques en cours au niveau international, il apparaît utile de faire un bref tour d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel historique des principales avancées institutionnelles en matière monétaire, financière et économique au cours des derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une considérable accélération à compter de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694, 1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
  • Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale aux USA ;
  • Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et dossiers de la part d’un quelconque État ;
  • Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 : FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
  • Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
  • Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui officialisent le libre-échange en droit international public ; l’UE devenant la manifestation politique du principe du libre-échange ;
  • Création du système européen des banques centrales et de l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union Européenne ;

Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique – que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique, comportant la signature de multiples traités multilatéraux.

Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à fait improbable que le Brexit opère une quelconque modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite, qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même : la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à l’organisation d’un gouvernement mondial.

Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement de l’Union Européenne – et surtout de l’empire américain qui est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie mondialiste pour parvenir à ses fins.

Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie – qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses objectifs de long terme : moindre résistance sociale, politique et économique des peuples dominés. L’Union Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois : ils accélèrent la chute de l’empire américain (15) tout en progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue, la désintégration de la domination américaine sur l’Europe, dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait, finalement, être une étape nécessaire et indispensable.

Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que s’étonner de la permanence des méthodes de domination employées par la petite caste des dominants, représentée par les principaux propriétaires des banques internationales.

En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le phénomène du développement et de la concentration des richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de figure, un pacte oligarchique a permis le développement soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la grâce du libre-échange l’usine du monde (16). Souvenons-nous en effet que les principales élites américaines, au premier titre desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de développement industriel – combinée au principe du libre-échange rendu possible par le système politique fédéral en vigueur dans ce pays.

La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit également sa fulgurante ascension économique dans le dernier tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide financière des banques – et autres investisseurs extérieurs – et de la généralisation au niveau international cette fois-ci du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de circulation des capitaux est rendue possible par la combinaison de la généralisation du principe de libre-échange avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement entretenus dans et par les paradis fiscaux (17).

Les institutions européennes : un laboratoire in vivo

Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans le cadre de la permanence de la stratégie de planification mondiale), il est tentant de considérer les institutions européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.

D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non ruban  ou autre chose encore… –  bientôt transformé en système monétaire européen, lequel a précédé le système européen des banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de l’eurozone.

Un pas plus loin, les institutions européennes furent une expérience unique de monnaie dite commune  sans gouvernement économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.

D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la défunte URSS, la création des institutions européennes est contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ; cette particularité fait que l’Union Européenne pourrait bien préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial superposé à des structures juridiques de type fédéral composées de blocs géographiques (18) dépourvus de frontières capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être politique serait d’être des courroies de transmission pour un gouvernement central, l’ensemble du système permettant un contrôle effectif des populations.

Enfin, les institutions européennes représentent une expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation facilite la création de chocs économiques et monétaires à répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir, lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.

Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union Européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette alliance est le pendant militaire des institutions européennes (à usage civil et financier).

L’OTAN : rôle et perspective d’évolution

L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux rôles essentiels.

Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la planète en partageant les frais financier et humains avec les pays membres de l’alliance (19) ; en réalité il s’agit, de plus en plus, pour les USA de faire financer leur domination militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement, l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non américains est un moyen simple et efficace pour les USA de s’assurer de la loyauté interne des États membres de l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet aux USA de liquider le problème européen (20).

Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et économiquement condamné par les élites bancaires internationales, il devient intéressant de se poser la question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre les choses dans une perspective temporelle.

D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin – d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place centrale dans le développement du phénomène d’asservissement. Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet avenir ne se présente pas de façon favorable pour les populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante restera aux commandes du monde).

Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ? Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence des considérables avancées technologiques et robotiques ; la même tendance se dessine en matière militaire où les drones tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions, les avions.

Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité – on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer son indépendance (21), non plus de la domination américaine vouée à disparaître, mais de la domination financière, au contraire promise à un bel avenir.

Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans lequel la domination pourra être assurée non plus par des hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour où les armées composées d’humains seront reléguées dans les brocantes de l’histoire.

Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite financière internationale sans réelle attache géographique.

Un principe intangible : celui qui tient la monnaie tient les économies et les politiques

On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique, auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de conséquence, celles de la politique.

Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière (22) : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois » (23).

L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président de la Commission Européenne dans une grande banque multinationale (24) – notons au passage que ledit Barroso est passé d’un maoïsme passionné (25) à Goldman Sachs sans état d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des choses ; une sorte de corruption structurelle et non conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou de la direction de banques centrales – officiellement mais à tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de l’ancien président de la République Georges Pompidou.

La voie conceptuelle d’une sortie effective de la mondialisation oligarchique

La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la vie en société et le concept de pouvoir.

La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour devenir intégralement incluse dans les concepts économiques. Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus par les économistes – toutes écoles confondues – et les financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait économique.

Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on veut bien considérer que le fait politique est l’organisation des rapports régissant la vie en commun, le fait économique s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire dépendre le fait politique du fait économique est une très étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant – dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut que le fait politique soit intégralement soumis au fait économique. C’est à la condition de cette prise de conscience collective que la politique retrouvera ses lettres de noblesses et les humains leur droit de cité dans le gouvernement des hommes.

La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui permettra ensuite à une éventuelle volonté politique d’inverser le processus.

Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – (26) conjuguée au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement autorisé à se mettre en place (27) sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.

Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la continuation de la mise sous tutelle financière, économique, juridique et politique de ces derniers.

À moyen-terme, la suite logique sera une sorte d’internationalisation du phénomène de la crise grecque (28) et de disparition des concepts même d’État et de nation.

Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme (perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs propres vies) et la disparition de la dignité humaine continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute résistance organisée.

Valérie Bugault

 

 

 

 

 

Liens :

[1] Cf. https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une ancienne trader d’origine allemande : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx

 

[2] Cf. par exemple : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater

 

[3] Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la défaite française à la bataille de Waterloo : http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiales_a32261.html

 

[4] Cf. http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-president-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/ ; https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704

 

[5] Cf. https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revoit-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/

 

[6] Cf. Georges Soros : http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c

 

[7] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192

 

[8] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes ; http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-five-eyes/

 

[9] Cf. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-brexit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilier-londonien-2406-837843.html ; http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-immobiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6-be92-6642240b8ece/?pagination=4

 

[10] Cf. sous forme de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0 ; https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de livre : https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1960/dp/2370710012

 

[11] Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresistible_par_Pierre_Hillard-424323.html

 

[12] Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2 ; https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA

 

[13] Cf. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-transatlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-le-brexit_4967374_3234.html ; https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncker

 

[14] Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ; https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/

 

[15] Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html : Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le cheval de Troie chinois dans l’Union Européenne au détriment de la suprématie états-unienne

 

[16] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange ; ainsi que http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-propriete-privee

 

[17] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux mais aussi http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange

 

[18] Cf. Voir en ce sens, Pierre Hillard : http://www.voltairenet.org/article164176.html

 

[19] Cf. en ce sens l’amiral Debray : https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debray

 

[20] Cf. Xavier Moreau : http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotan-de-separer-la-russie-de-leurope/

 

[21] Cf. pour un exemple d’actualité : http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-le-silence/

 

[22] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild

 

[23] Cité par exemple ici : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbing-song/

 

[24] Cf. http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-barroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html ; http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de-barroso-chez-goldman-sachs-fait-polemique-09-07-2016-5955039.php

 

[25] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM

 

[26] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-du-desordre-politique-global ; http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales

 

[27] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12

 

[28] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak ; écouter Myret Zaki : https://www.youtube.com/watch?v=aovjo2zILYQ