Catégorie : Analyses & Recherches

La reconnaissance des apports de Maurice Allais présente ici des analyses et des poursuites de recherche ouvertes par Maurice Allais.
Elle est subdivisionnée aux domaines principaux traités par Maurice Allais :
— L’économie,
— La monnaie,
— La physique,
— Divers.

La mondialisation

Du rêve mondialiste à la réalité.

Préambule :

            Maurice Allais était un libéral et un européen convaincu  jusqu’il constate que l’Union Européenne prenait une orientation contraire aux intérêts des peuples. Il publiait dès 1981 un livre intitulé : « L’Europe face à son avenir. Que faire ? ».

            L’année suivante, il publiait un autre livre au titre évocateur intitulé : « Erreurs et Impasses de la Construction Européenne ». Après la publication d’une bonne dizaine d’ouvrages, son dernier livre, intitulé « La mondialisation, La destruction des emplois et de la croissance » apporte, selon son expression, « la démonstration empirique » de la validité de ses critiques antérieures.

            Personne ne peut sincèrement nier que l’Union Européenne, l’« UE », n’a pas tenu ses promesses. Le modèle Oméga-Allais, dont les premières publications ont eu lieu dès 1990, a prouvé l’existence de lois de l’économie permettant de faire des prévisions à long terme, en l’absence de crise monétaire majeure. Le succès de ce modèle est dû à deux choix fondamentaux : affirmer le rôle essentiel de l’homme dans la conduite de l’économie, simplifier au maximum la structure du modèle de façon à rendre son comportement intelligible.

            Ces méthodes économétriques auraient-elles permis de prédire les effets à long terme du libéralisme sur les économies des pays européens ? Nous allons démontrer qu’en adoptant une approche analogue, il est possible de construire un prédicteur à long terme aussi performant dans une économie mondialisée que le modèle Oméga-Allais dans une économie indépendante. Il suffit d’adopter les mêmes méthodes pour décrire les interactions internationales.

Un état stable est-il possible ?

            Une économie réelle n’est jamais totalement stable car elle subit de nombreuses influences extérieures. En revanche, pour être validé, le modèle d’une économie  doit être stable à tout niveau d’activité et expliquer l’existence des cycles économiques qui ont été observés dans le passé. Enfin, comme l’économie elle-même, un modèle doit tenir compte des investissements passés encore productifs. Ainsi, pour faire ses prévisions, le modèle Oméga-Allais prend en compte l’activité des quinze dernières années. Ces méthodes s’appliquent également aux économies interconnectées, lorsque les échanges sont équilibrés. Dans le cas contraire, les déséquilibres se propagent d’une économie à l’autre, ce qui déstabilise l’économie mondiale.

Figure 1 : Échanges équilibrés.

            La mondialisation peut même déstabiliser le marché et même provoquer des crises locales, en particulier dans des pays spécialisés dans des productions particulières. Les états doivent donc disposer d’outils permettant de stabiliser leurs économies nationales.

Une instabilité aux origines diverses :

            La stabilisation de l’économie nécessite l’emploi de nombreux moyens permettant de compenser les déséquilibres entre les nations qui peuvent être classés de la façon suivante :

La différence des redistributions sociales :

            Dans chaque nation, les autorités  remplissent des tâches d’intérêt commun. Il s’agit évidemment des tâches régaliennes qui sont l’attribut des gouvernements, mais aussi d’une redistribution sociales des revenus  par de nombreux canaux.

En ce qui concerne la France, citons les allocations familiales, l’enseignement et ce que nous appelons les services publics. Le financement de cette redistribution sociale étant différentes selon les pays, il est difficile d’en déterminer le niveau, mais il correspond à un pourcentage très important de PIB. Nous savons qu’en France le taux des prélèvements obligatoires est proche de 50%.

            Dans chaque pays, la population active a une productivité intrinsèque qui dépend de nombreux paramètres : âge, formation…

Figure 2 : Effet des prélèvements obligatoires.

            Les charges, directes et indirectes, de toutes natures pesant sur le travail réduisent la compétitivité des entreprises. Cette réduction de la compétitivité correspond à un taux de charges dont l’effet est comparable à celui du taux de change. Son augmentation est équivalente à une hausse de la monnaie nationale. Cette compétitivité apparente influe sur les échanges entre nations, et contribue au déséquilibre des balances commerciales.

            Traditionnellement, les états pouvaient compenser les effets de ces différences grâce à deux procédés :

  • Une méthode globale : Modifier les taux de change, ce qui réduit globalement les différences de compétitivité entre les nations,
  • Des mesures sectorielles : Les droits de douane et contingents d’importation.

Un taux  de charges globalement excessif pourrait être corrigé que par une dévaluation de la monnaie, si celle-ci n’était pas aujourd’hui impossible. Grâce aux droits de douane et aux contingents d’importation, des corrections sectorielles seraient également possibles.

Face à un taux de charge supérieur à celui de ses concurrents, la politique mondialiste de l’UE ne laisse aux états qu’une solution : abandonner les entreprises pour lesquelles la notion de concurrence libre et non faussée n’est qu’un mythe.

Les conséquences des investissements nouveaux :

            Le modèle Oméga –Allais permet de calculer l’effet sur la demande d’un investissement nouveau.  Considérons l’exemple suivant : Supposons que dans une économie stable, un investissement soit décidé (figure 3).

  • Les dépenses d’investissement produisent des revenus, puis une consommation nouvelle,
  • La production n’apparaît qu’avec un certain retard sur les investissements.

Figure 3 : Effet d’un investissement.

Figure 3 : Effet d’un investissement.

            Cette figure est un exemple montrant comment un ensemble d’investissements décidés simultanément conduit à des dépenses puis à une capacité de production :

  • La courbe en pointillé bleus correspond à la demande liée à la croissance des dépenses d’investissement,
  • La courbe rouge correspond à la demande générée par cet investissement.
  • La courbe continue bleue est da demande totale.

Effet direct de l’investissement dans une économie fermée :

Dans un premier temps, l’investissement produit une demande supplémentaire liée aux revenus des entreprises produisant les machines et services nécessaires à la réalisation des projets. Ces entreprises versent des salaires qui augmentent la demande alors que la capacité de production de biens de consommation n’a pas encore augmenté.

Jusqu’au croisement des courbes pointillées bleues et rouge (approximativement quatre ans après le début des travaux), la demande dépasse la production !  L’investissement n’est possible que si les consommateurs acceptent de différer une partie de leurs dépenses, et attendent la croissance de la production pour consommer. Dans son principe, le financement des investissements nouveaux devrait donc être réalisé par des placements à terme, ce qui garantirait la réduction temporaire de consommation imposée par l’investissement.

Effet direct de l’investissement dans une économie ouverte :

            Nous supposons que l’investissement est financé par des prêts bancaires ou des fonds étrangers. Peut-on alors demander aux actifs une épargne pour un investissement sur lequel ils n’auront aucuns droits ?

            Le financement de l’investissement leur est imposé selon l’un des modes suivants :

  • La hausse des prix qui réduit leur pouvoir d’achat et ponctionne leurs compte courants,
  • L’importation qui permettra de maintenir les prix, mais au détriment de la balance commerciale. Cette importation constituera une dette qui devra être remboursée, en principal et intérêts.

Effet indirect de l’investissement dans une économie ouverte :

            Dans les deux cas, la croissance du PIB a une conséquence indirecte. Il nécessite une augmentation de la masse monétaire. En effet, le niveau de la masse monétaire nécessaire au fonctionnement de l’économie augmente avec la production.

            Jusqu’à l’abandon des DTS (droits de tirage spéciaux), l’augmentation de la masse monétaire était faite par la banque de France. L’usage normal de ce droit de battre monnaie permettait à l’état d’ajuster la masse monétaire aux besoins de l’économie.

             L’Union Européenne à transféré ce doit à la banque Centrale Européenne qui ne prête pas directement aux états, mais aux banques qui prêtent ensuite aux états. Pour ajuster la masse monétaire, les états doivent emprunter aux banques les fonds nécessaires, alors que les banques les obtiennent  gratuitement (ou presque gratuitement) auprès de la banque centrale européenne. De toutes façons, ces fonds ne sont que de la monnaie bancaire.

            Évidemment, cette anomalie n’avait pas échappé à Maurice Allais qui considérait que la dette publique de la France devait être séparée en deux :

  • Une dette réelle correspondant au financement de dépenses nationales,
  • Une dette abusive constituée par les augmentations de la masse monétaire et les intérêts payés sur les sommes prêtées par les banques à cette fin.

            Cette modification, qui pourrait sembler anodine, dépossède en fait l’état de sa souveraineté monétaire. Elle conduit les nations à supporter une véritable taxe sur les investissements et sur la croissance du PIB.

Les transferts de capitaux :

            La libre circulation des capitaux conduit les entreprises à investir préférentiellement dans les nations dans lesquelles la rentabilité est la plus élevée. Les entreprises françaises sont donc incitées à investir à l’étranger. Si leur internationalisation présente des effets positifs, la fuite des capitaux provoque à terme une baisse de la production nationale, une croissance des importations et de la dette.

            Par ailleurs, le rapatriement des bénéfices par les actionnaires étrangers réduit la demande intérieure, et à terme la compétitivité des entreprises nationales.

La migration de travailleurs et de populations :

            La question de la main d’œuvre immigrée a provoqué une polémique intense. Tout le monde a entendu parler des travailleurs détachés qui prennent la place de travailleurs locaux. Il est certain que cette directive européenne contribue  à la hausse du chômage en France.

L’immigration de travail en  a également sa part, mais on oublie celle des importations en provenance des pays à bas coût de main d’œuvre. Une balance du travail prenant en compte tous ces éléments montrerait que le chômage de masse actuel s’explique parfaitement par ces causes.

Enfin, l’immigration de peuplement joue un rôle complexe. Elle évite une fuite des revenus, donc une réduction de la demande intérieure, mais coûte en dépenses sociales directes et indirectes dont il faut tenir compte et met en péril la base culturelle qui assure la cohésion des nations.

Les effets de la politique européenne :

            L’Europe assure vouloir qu’une concurrence libre et non faussée permette à tous les européens de bénéficier de produits et services compétitifs.

            Malheureusement ses décisions sont totalement contraires à cet objectif officiel.

La différence des redistributions sociales :

En privilégiant la concurrence, l’U.E. ne laisse aux états qu’une solution globale : réduire les prélèvements obligatoires. Ceci conduit à un nivellement par le bas des dépenses consacrées aux tâches régaliennes et à la politique sociale des pays.   

            Chacun peut avoir un avis sur le niveau souhaitable de la protection sociale et des prélèvements obligatoires associés. Ils sont sans doute trop élevés en France, mais il faut bien comprendre que la politique européenne contraint les états à les réduire.

 

Les conséquences des investissements nouveaux :

            Les nations européennes ne peuvent plus fixer le cours de leur monnaie,  n’ont plus de véritables banques nationales et doivent emprunter la monnaie bancaire nécessaire au fonctionnement de leur économie.

 

Les transferts de capitaux :

            La libre circulation des capitaux permet aux investisseurs de mettre en concurrence les nations, et de choisir la mieux disante. Les investisseurs peuvent mettre en concurrence les entreprises et sélectionner celles qui produiront les bénéfices les plus élevés. La libre circulation des capitaux conduit à maximiser les revenus du capital, face à des états impuissants.

 

La migration de travailleurs et de populations :

            La libre circulation des travailleurs tend à faire disparaitre les nations au profit d’une zone de libre échange soumise à la seule loi du marché. Le vote des étrangers serait l’aboutissement de cette destruction des états réduits au rôle de syndic de copropriété. La solidarité nationale serait alors un vain mot. Chaque habitant de l’Europe, riche ou pauvre,  pourrait choisir le pays présentant pour lui le plus d’avantages.

 

Construire un prédicteur global :

            Dans un monde ouvert, une économie nationale peut-être décrite par le modèle Oméga-Allais, à la seule condition de déterminer par ailleurs les l’influence du reste du monde sur les incitations à consommer et à investir. Il reste donc à décrire avec des méthodes analogues les interactions entre les différentes économies. Dans le cas de la France, le reste du monde pourra être assimilé à une économie unique, insensible aux fluctuations nationales.

 Bien évidemment, comme dans le modèle Oméga-Allais, toutes ces relations doivent être des fonctions temporelles faisant intervenir les valeurs passées des variables économiques.  

            Un ensemble minimal de  briques complémentaires doit permettre de modéliser les interactions internationales et de construire un prédicteur décrivant l’évolution d’une économie dans un monde  ouvert. Bien évidemment, ce modèle rendra compte des effets à moyen et long terme de politiques économiques, en particulier de celle de l’U.E.

Introduction des échanges extérieurs :

            Ceci impose quelques adjonctions au schéma et la mise au point de   relations temporelles nouvelles.

  • Demande intérieure : La valeur de la demande intérieure doit être corrigée pour prendre en compte les importations et les exportations.

  • Équilibres externes : L’ajout d’un taux de change réel, prenant en compte les écarts de compétitivité entre les nations, permet de prévoir l’évolution de la balance commerciale et d’une balance du travail non encore publiées dans les statistiques de l’INSEE.

Les importations et exportations se traduisent directement en données de la balance commerciale et de la balance du travail.

Le taux de change correspond à un taux global prenant en compte les taux de change corrigé des effets des différences entre le taux de charges français avec sa moyenne mondiale.

Les fonctions de ce module sont bien évidemment des relations temporelles qui restent à établir sur la base de l’analyse des crises passées.

  • Partage des investissements : La compétitivité entre les nations permet de répartir les investissements en tenant compte de la rentabilité espérée. Un faible taux correspondrait à la fuite des capitaux observée en 2000, lors de la libération des transferts de capitaux.

  • L’influence du chômage sur le taux de charge : plus le chômage croit, plus le taux de charges directes ou indirectes réduit la compétitivité des produits nationaux par rapport aux produits importés.

Il s’agit d’une réaction positive. Comme les autres, elle contribue à rendre l’économie de plus en plus instable.

  • La dette : Celle-ci est constituée d’un ensemble de composantes. Elle est alimentée par les flux suivants :
    • Le déficit de la balance commerciale,
    • Le déficit de l’état,
    • La fuite des capitaux,
    • Le solde des intérêts et dividendes payés à l’étranger…

 

Selon le schéma suivant, cette dette s’auto-entretient, son comportement étant également divergent :

Contrairement aux affirmations de nombreux économistes, le développement du commerce international ne contribue pas à stabiliser l’économie mondiale, mais bien au contraire de la rendre de plus en plus instable. Cette affirmation n’est basée sur aucune idéologie mais sur la modélisation des principaux mécanismes intervenant dans ces échanges.

La modélisation des relations entre les variables retenues :

            Toutes les relations temporelles entre ces variables doivent être causales. La plupart de celles-ci peuvent être estimées sur quelques exemples anciens, par exemple sur les événements de 1968 et de l’an 2000 qui sont les causes des crises de 1974 et 2007.

La libéralisation des transferts de capitaux de l’an 2000, bien qu’annoncé, a conduit de nombreux transferts pendant plus de deux années, et donc les conséquences n’ont été perçues qu’en 2007-2008, six ans plus tard.

L’analyse des transitoires observés dans les périodes de changes fixes peuvent préciser les phénomènes dynamiques à prendre en compte au cours des périodes de monnaie flottante.

Nous disposons donc d’éléments permettant de mettre au point un modèle dynamique d’économie nationale ouverte sur le monde, et de déterminer les conséquences d’une politique économique sur son évolution à long terme.

Là encore, l’U.E. ayant choisi le libéralisme interne et adopté une politique économique mondialiste, a laissé se développer, selon l’expression de Maurice Allais, le laisser-fairisme. Si rien ne change, le modèle ouvert, validé sur le passé, ne permettra que de prédire les étapes d’une faillite annoncée de notre économie.

Conclusion :

            Le modèle Oméga-Allais a démontré qu’il était possible de prédire l’évolution de l’économie française de 1968 à nos jours en ne prenant en compte que des données économiques objectives.  Le choc de 1968 n’est apparu clairement qu’en 1974, compte tenu des délais de réaction du système économique. La cassure de 1974 n’est alors que la conséquence des événements de mai 1968.

 Cette crise a été l’occasion d’un premier abandon de souveraineté, officialisé par la loi de réforme de la Banque de France de 1974, qui a imposé à l’état de recourir t aux capitaux étrangers pour financer ses dépenses.

L’intégration européenne s’est ensuite faite sur la base d’un libre échangisme européen, puis mondial. Les effets de cette politique étaient prévisibles. Maurice Allais n’a cessé de mettre en garde contre cette politique suicidaire. Pour lui, l’évidence empirique de l’absurdité de celle-ci, c’est-à-dire l’observation objective de ses résultats, aurait dû s’imposer à tous.

Nous savons maintenant que l’évolution actuelle de l’économie est parfaitement conforme aux décisions européennes. Tous pouvaient le pressentir. Il était même possible de faire des prévisions chiffrées, fiables à cinq ans, sur l’évolution de l’économie. 

En 1968, les français pouvaient préférer moins travailler pour avoir une vie meilleure.  C’était leur droit. Personne n’a voulu leur dire qu’ils ne pouvaient y parvenir sans choisir un modèle de développement, plus lent, et renoncer à une part de leurs dépenses non indispensables.

C’est pourtant ce qui s’est produit. La croissance a été divisée par deux après 1974. C’est bien le désinvestissement intervenu en 1968 qui est à l’origine de ce ralentissement, même si des explications circonstancielles comme la crise pétrolières ont pu être avancées.

La croissance continue de la dette extérieure de l’état et des entreprises a permis de maintenir le niveau de vie des français au dessus des possibilités de notre économie, mais nous disposions encore de moyens d’action sur l’économie.

L’introduction de l’EURO et la libre circulation des capitaux a détruit le reste de la croissance française. Dans les statistiques de l’INSEE, la croissance du PIB est largement due à l’évolution de son périmètre, imposée par les directives européennes.

Personne ne peut donc dire de bonne foi que cette évolution n’est pas la conséquence de la politique économique qui a été menée depuis plus de 30 ans.

La politique actuelle de l’UNION EUROPÉENNE est mauvaise :

Qu’attend-on pour en changer et prendre les mesures qui s’imposent ?

 

Pierre Fuerxer

Membre de l’AIRAMA

 

 

 

 

Le principe de relativité

Ou l’universalité des lois de la physique.

 

Préambule :

            Au cours du 20° siècle, le principe de relativité a été au cœur des débats scientifiques. Il a conduit à la victoire des relativistes, et ringardisé les sceptiques. Il serait vain de revenir sur la bataille quasi idéologique qui les opposait.

 Un siècle après, l’observation de la déviation gravitationnelle de la lumière, et le triomphe de la théorie de la relativité générale, il est essentiel de revenir sur les relations entre les faits, les théories et les principes qu’elles doivent respecter.

Quels enseignements devons-nous tirer de cette période ?  Dans quel esprit devons nous aborder les défis scientifiques qui se présenteront à nous au cours de ce nouveau siècle ?

 

Un principe fondamental :

            Ce principe a été formalisé pour la première fois  par Henri Poincaré dans sa conférence de Saint-Louis en septembre 1904. Je cite sa définition : « principe de relativité d’après lequel les lois des phénomènes  physiques doivent être les mêmes, soit pour un observateur fixe, soit pour un  observateur entraîné dans un mouvement uniforme, de sorte que nous n’avons  et ne pouvons avoir aucun moyen de discerner si nous sommes, oui ou non, emportés dans un pareil mouvement« .

            Cette définition correspond au sujet essentiel qui préoccupait les physiciens à cette époque : justifier l’échec des expériences interférométriques de Michelson. Poincaré ne fait qu’affirmer un principe fondamental : les lois de la physique sont universelles et ne dépendent pas du laboratoire dans lequel on les étudie.

            Dans cette conférence de Saint Louis, il applique le principe de relativité à l’électro-magnétisme. Il prend comme hypothèse qu’il est impossible de mesurer la vitesse absolue de la Terre par des mesures interférométriques. Il formalise alors les invariances reconnues aux lois de la mécanique et les étends à l’électromagnétisme.  Cette position n’est pas dogmatique. C’est sur les bases des expériences de Michelson qu’il prend cette position et étudie la faisabilité d’une théorie électromagnétique nouvelle conduisant à la constance de la vitesse de la lumière.

 

La relativité classique :

            La mécanique classique respecte le principe de relativité. Ses lois sont conservée entre repères en translation uniforme l’un par rapport à l’autre, mais ne sont pas conservées entre repères en rotation, cette dernière propriété ayant été démontrée en 1851 par l’expérience du pendule de Foucault.  

            L’électromagnétisme ne semblait pas susceptible d’être relativiste dans les mêmes termes que la mécanique pour de nombreuses raisons.  La principale était que la propagation de la lumière à la vitesse « c », et les équations de Maxwell, supposaient implicitement l’existence d’un milieu de transmission.

 

La relativité de la mécanique classique :

            Les équations fondamentales de la mécanique sont clairement à l’origine du principe de relativité tel qu’il a été formulé par Poincaré en 1904. Elles sont conservées entre deux repères en translation rectiligne uniforme. La valeur de l’énergie cinétique est alors, en posant β=V/c :

            En l’absence de rotation, elles sont également conservées entre repères accélérés, sous réserve de tenir compte de l’accélération relative des repères qui est équivalent  à un champ de gravitation uniforme (Cette observation  conduira plus tard Einstein au principe d’équivalence, puis à la théorie de la relativité générale). La conservation de l’énergie étant bien évidemment assurée même si sa valeur diffère d’un repère à l’autre.

 

L’électromagnétisme classique :

            Les formules de l’électromagnétisme conduisent à des résultats analogues  à ceux de la mécanique. Elles permettent de calculer les forces appliquées à une charge électrique par les champs électriques et magnétiques qui l’entourent, ainsi que son énergie cinétique.

L’énergie cinétique d’un champ électromagnétique est toutefois différente de celles d’une masse mécanique. Des raisons théoriques conduisent à admettre que l’énergie d’un champ électrique (par exemple celui d’une charge électrique) d’énergie au repos d’énergie au repos E0 et de vitesse V est, en posant  β=V/c :

            Cette formule est analogue à celle de la mécanique classique, mais en diffère par l’introduction du terme 1-β2.

 

L’électromagnétisme classique est-il relativiste ?

            Ces formules découlant directement des lois de l’électromagnétisme classique sont clairement relativistes en admettant que le temps du repère en mouvement est ralenti dans le rapport γ de la relativité restreinte :

            Toutefois, la vitesse de la lumière reste anisotrope. Il suffit alors d’introduire un vecteur vitesse du milieu de propagation (ou anisotropie optique) pour prendre en compte cet effet. N’oublions pas que les équations, établies par Maxwell, justifient l’existence d’ondes électro-magnétiques de vitesse « c », ce qui semble impliquer la présence d’un milieu de propagation : l’Éther.  De plus, elles introduisent arbitrairement dans le vide un courant de déplacement dont la signification physique n’a pas été clairement établie.

            L’électromagnétisme classique est donc « presque » relativiste.

 

La relativité restreinte :

            Pour respecter la constance de la vitesse de la lumière, la relativité restreinte introduit deux modifications des lois de la physique :

  • La contraction de Lorentz qui a pour effet de réduire l’énergie d’une charge électromagnétique mobile dans le rapport γ,
  • Une modification complémentaire de la mécanique.

Ces modifications ne sont justifiées que par la nécessité de rendre la vitesse de la lumière identique dans tous les repères en translation rectiligne uniforme.

 

Un coup de pouce de la nature :

            Michelson avait voulu mesurer la vitesse absolue de la terre. L’échec de son expérience semblait ne pouvoir être expliquée que par l’invariance de la vitesse de la lumière lors d’un changement de repère.  Celle-ci  ne pouvait être alors qu’une constante universelle.

            Pour justifier cette invariance de la vitesse de la lumière, Lorentz avait imaginé une contraction des corps dans le sens du déplacement. Poincaré avait alors explicité les formules de changement de repère correspondantes et montré que ces transformations ont des propriétés remarquables (les mathématiciens disent qu’elles constituent un corps). En abandonnant la notion de temps absolu, ces équations introduisent un effet « stroboscopique » entre deux repères en mouvement relatif.

La contraction de Lorentz, « ce coup de pouce de la nature« , selon l’expression de Poincaré, reste toutefois justifié par un seul résultat expérimental : la constance de la vitesse de la lumière observée par Michelson.

 

Pouvait-on adopter d’autres approches théoriques ?

            Les échecs des expériences interférométriques de Michelson auraient-il s pu être expliqués autrement ? Le respect du principe de relativité proposé par Poincaré en 1904 imposait-il réellement d’abandonner à terme la géométrie euclidienne qui est et restera la base de notre culture scientifique ? Existe-t-il d’autres solutions relativistes, ou quasi-relativistes plus simples conceptuellement ?

            En un siècle, les immenses progrès de l’électromagnétisme permettent de se poser en termes nouveaux les questions qui préoccupaient les physiciens en 1905. Les calculs et les réalisations d’antennes à balayage électronique nous ont permis de mieux comprendre la propagation en champ proche. Les accélérateurs linéaires et cyclotrons ont permis des expériences nouvelles, riches d’enseignement, sur des particules de haute énergie. Les gyromètres Laser ont des performances incomparables avec le dispositif expérimental de Michelson et Gale qui, en 1925, a mis en évidence la rotation de la terre, grâce à l’effet Sagnac.

 

Les premières mesures d’électrons rapides :

            Oublions pour un temps d’expliquer les résultats de Michelson et considérons les résultats obtenus par Bertozzi en 1964, plus de 50 ans plus tard.

            L’énergie cinétique totale d’un électron semble mieux correspondre avec la formule suivante, légèrement différente de la formule de la relativité restreinte :

Dans cette formule W0 est l’énergie au repos de l’électron et Wm son énergie cinétique. Bien évidemment, pour les vitesses faibles de l’électron, cette énergie cinétique est celle prédite par la mécanique classique.

            Selon cette nouvelle hypothèse, l’énergie cinétique de l’électron correspondrait pour moitié à celle d’une masse mécanique et pour moitié à celle d’un champ électromagnétique (on rappelle qu’en 1900, Poincaré avait établi la formule donnant la masse d’une énergie : m=E/c2).

Pour les vitesses de moins de 80% de la vitesse « c » de la lumière, l’énergie cinétique de l’électron prédite par la nouvelle formule proposée reste très proche de la formule relativiste :

 Ces deux formules  ne diffèrent sensiblement que pour les grandes vitesses supérieures à 80% de « c » pour lesquelles la nouvelle formule semble plus proche des résultats expérimentaux.

 

La querelle relativiste :

            Les théories relativistes (restreinte puis générale) ont alors conduit à des controverses violentes entre partisans et opposants à ces nouvelles théories. Le fait que la vitesse de la lumière soit isotrope quelle que soit la vitesse du laboratoire était en soi surprenant.

            Mais cette découverte avait des implications, non seulement dans tout le domaine scientifique,  mais aussi dans ceux de la philosophie, voire du religieux. .. Certains ont confondu relativité et relativisme.

            D’autres pensaient qu’en mettant en cause l’existence  de l’Éther rigide du 19° siècle, et en ne prenant en compte que l’environnement propre de chaque observateur, cette théorie mettait en péril l’ensemble des connaissances longuement accumulées par les scientifiques.

            La relativité générale correspond à l’application du principe de relativité aux repères en accélération relative. En formulant le principe d’équivalence, Einstein avait prédit en 1912 la courbure gravitationnelle des rayons lumineux qui ne sera mesurée qu’en 1916. Malheureusement, les physiciens relativistes ayant  refusé de conserver toute notion de milieu de propagation des ondes lumineuses, ne pouvaient expliquer cette courbure des rayons lumineux par une variation gravitationnelle de la vitesse de la lumière.  

            La théorie de la relativité générale a donc dû faire appel à une géométrie, non euclidienne.  Cette nouvelle théorie de la relativité a alors été construite, en collaboration entre Einstein et Grossmann, sur la base de cette géométrie. Le refus d’accepter toute référence à un milieu de propagation, même fictif, avait amené les théoriciens à construire une théorie séduisante, mais d’utilisation bien très trop délicate pour être largement utilisée.

 

Peut-on faire confiance aux confirmations expérimentales ?

            Nous oublions trop facilement l’importance des progrès technologiques que nous avons connus depuis le début du 20° siècle. Réalisés avec la technologie d’aujourd’hui, les appareils utilisés par Michelson, Gale et Miller seraient considérablement plus performants. Les conclusions de ces expérimentateurs seraient-elles les mêmes ?

            N’oublions pas que l’horloge mobile de la relativité restreinte est ralentie dans un rapport directement lié à la vitesse de l’interféromètre (il a pour valeur la moyenne géométrique des vitesses d’ondes planes se déplaçant parallèlement et perpendiculairement au mouvement du repère).

            Il reste alors à expliquer le fait que l’interféromètre n’ait pas observé d’anisotropie de cette vitesse de propagation de la lumière dans le repère terrestre. Si Michelson avait connu les antennes RADAR à balayage électronique, il aurait pris conscience du fait qu’en champ proche, la vitesse de phase de la lumière n’est pas strictement celle des ondes planes. Ce n’est qu’en champ lointain, lorsque le lobe d’antenne est formé, que la vitesse de phase est égale à c. L’absence de déplacement des franges dans son interféromètre n’était donc pas la preuve de l’absence d’anisotropie de la vitesse de la lumière dans un  de repère en mouvement.

            Il en est de même pour les expériences de Michelson et Gale faites en 1925. Ces chercheurs voulaient observer la rotation de la terre, mais leur dispositif expérimental aurait très bien pu échouer. En effet, depuis que nous réalisons des gyromètres LASER, nous savons qu’ils sont aveugles lorsque leur vitesse angulaire descend en dessous d’un seuil donné. Ce phénomène est maintenant bien connu et clairement expliqué. Une vibration angulaire mécanique, imprimée au gyromètre, permet de masquer ce défaut qui réduirait grandement  le domaine d’emploi de ces dispositifs.

            Quels développements théoriques aurait-on fait en 1925 si Michelson et Gale n’avaient pas décelé la rotation de la terre ? En aurait-on conclu que les lois de la physique devaient être conservées entre repères en rotation ?

 

Comment valider les hypothèses scientifiques ?

            Nous disposons aujourd’hui d’une technologie incomparable avec celle du début du 20° siècle. Il serait donc intéressant de refaire, avec la technologie moderne, les expériences fondatrices de notre physique en évitant toute modification des dispositifs  pouvant fausser les résultats.

            Observons sur un exemple comment des changements, apparemment sans importance, peuvent modifier totalement le résultat d’une expérience. Depuis Michelson, de nombreux interféromètres ont été réalisés. Les plus grands ont pour objectifs de détecter les ondes de gravité prédites par la théorie de la relativité. Cependant, ces équipements ne sont pas des interféromètres de Michelson. Ils sont différents mais abusivement désignés sous le nom.

Considérons en effet l’interféromètre Franco-italien VIRGO. Il est composé de deux interféromètres « Fabry-Perot » de type plan convexe de 3 Km de long, dont les réponses sont  comparées en phase. Les directions de propagation des ondes, imposées dans chacun des bras par les « Fabry-Perot »,  est une propagation en champ proche. Au contraire, dans l’interféromètre de Michelson, la propagation des ondes se fait en espace libre entre la source optique et le détecteur. Ces deux dispositifs ne sont donc pas comparables.

 

Vers un effondrement de la théorie de la relativité ?

            Supposons qu’un interféromètre de Michelson moderne, plus sensible que le plus grand jamais réalisé par Miller, confirme l’existence d’une anisotropie optique de l’espace ?

Cette découverte ruinerait-elle tous les acquis scientifique du 20° siècle ?

 Certainement pas, mais il faudrait se demander comment construire une nouvelle physique respectant l’ensemble des principes énoncés par Poincaré en 1904, y compris le principe de relativité.  Essayons d’imaginer ce que serait cet événement, s’il se produisait.

 

Un rêve de physicien :

            En conclusion d’en exposé fait en 2011 à l’URSI, j’affirmais le rôle essentiel du rêve dans la recherche scientifique. J’écrivais : « Ayant pris conscience de la fragilité des bases expérimentales et conceptuelles de la physique moderne, les étudiants et chercheurs pourront explorer des voies nouvelles. Libre de laisser leur imagination construire, sur les mêmes faits expérimentaux, des concepts et des représentations concrètes des lois de la physique, ils pourront faire preuve de créativité« .

            Bien évidemment, science et science fiction n’étant pas de même nature, les rêves doivent être en permanence confrontés aux réalités expérimentales. Toutes les explications équivalentes des faits expérimentaux doivent être jugées également recevables.

            Pendant longtemps, les physiciens se sont classés en relativistes et anti-relativistes. Des personnalités aussi différentes que Pierre Tardi, que j’ai eu comme professeur d’astrophysique à l’École Polytechnique, ou Maurice Allais ne cachaient pas leur réticence ou leur opposition radicale à la théorie de la relativité générale. Le conflit idéologique qui a déchiré las physiciens semble maintenant terminé. Profitons-en pour nous poser une question iconoclaste :

Que se serait-il passé si Michelson avait détecte le mouvement de la terre ?

 

La construction d’une autre relativité :

            En 1925 la mesure d’une dissymétrie optique de l’espace par Miller et de l’effet Sagnac par Michelson et Gale auraient pu initialiser une mise en cause des concepts relativistes. Si ces résultats avaient été indiscutables, ils auraient confirmé l’existence d’un milieu de transmission des ondes électromagnétiques, appelé Éther. Les physiciens auraient construit la physique sur des concepts différents.

            L’existence d’un milieu de propagation des ondes électromagnétiques ayant été confirmée, ils auraient naturellement admis que la courbure gravitationnelle des rayons lumineux, vérifiée expérimentalement en 1916, résultait d’une modification gravitationnelle des caractéristiques de ce milieu.

            L’incohérence apparente des mesures de vitesse de la terre faites par l’interféromètre de type Michelson, utilisé par Miller au Mont Wilson, les aurait incités à admettre que l’Éther n’est pas un solide mais un fluide…

            A ce propos, je tiens à dire qu’au cours des JINA (Journées Internationales de Nice sur les Antennes), sans doute en 1986, un élève du Professeur Papiernik avait présenté, hors sessions officielles, une image iconoclaste : le champ électromagnétique derrière un obstacle. Son codage des données faisait apparaître des allées de Von Karmann, ensembles de tourbillons observés en hydrodynamique. Il avait ajouté que ce n’était pas surprenant, puisque les équations sont les mêmes.

            Cette nouvelle théorie entreprendrait de décrire de nombreux phénomènes actuellement inexpliqués, comme les difficultés rencontrées dans l’utilisation du vecteur de Poynting.

 

Une compréhension nouvelle du principe de relativité :

            Les physiciens devraient-ils pour autant dû rejeter le principe de relativité ?

Certainement pas. Poincaré avait cité la constance de la vitesse  de la lumière comme axiome de la nouvelle physique par respect pour les faits. Il s’agissait d’un résultat expérimental que la physique devait prendre en compte. Si de nouvelles expériences avaient infirmé ce résultat, il aurait abandonné ce choix et aurait reformulé en d’autres termes son principe d’universalité des lois de la physique.

            Considérons maintenant le principe d’équivalence proposé par Einstein. Ce principe affirme l’équivalence locale entre accélération et forces de gravitation. Ainsi, la propagation optique est perturbée de la même façon par un champ de gravitation ou par l’accélération du repère dans lequel  elle est étudiée. Pour que les lois de la physique soient indépendantes du repère, ne suffisait-il pas d’introduire dans les lois de l’électromagnétisme l’effet du champ de gravitation ?

            De la même façon, pourquoi l’anisotropie de l’espace ne correspondrait-elle pas à une vitesse du milieu de propagation ? Ceux qui refuseraient d’admettre l’existence de ce milieu pour des raisons philosophiques n’auraient  qu’à dire qu’il est fictif, un simple artifice de calcul. Par souci de neutralité, ne pourrait-on pas parler que d’un vecteur d’anisotropie ?

            Enfin, la dérive vers le rouge du rayonnement des galaxies lointaines serait seulement une indication de distance ; Pourrait-il, au gré des physiciens,  ne pas être  attribué à un effet Doppler ?

 

Pourquoi un tel retour en arrière ?

            Cette nouvelle approche de la physique aurait trois avantages  essentiels :

  • Permettre d’utiliser le savoir mathématique accumulé au cours des siècles, en particulier la géométrie euclidienne, base de notre culture scientifique.
  • Recréer un temps et un espace absolu, condition nécessaire au respect de nombreux principes, en particulier celui de la conservation de l’énergie.
  • Enfin, et ce n’est pas le moindre avantage, permettre de conserver intégralement les acquis de la mécanique et de l’électromagnétisme classiques qui deviendraient relativistes au sens du principe de relativité de Poincaré.

 

Un nouveau domaine de recherche :

            Cette nouvelle physique ne sera réellement construite que lorsque les propriétés du milieu de propagation des ondes électromagnétiques (fictif ou non) seront clairement établies. Celles-ci devraient être analogues à celles d’un fluide. Comme en hydrodynamique, les lois reliant les variations de la vitesse des ondes et de la direction de sa vitesse pourront être établies en variables de Lagrange ou d’Euler. De toutes façons, l’usage d’un repère espace-temps absolu redevient nécessaire.

 

Conclusion :

               La science doit reconnaître avant tout la primauté des faits. Maurice Allais n’a cesse de rappeler cette vérité, aussi bien en économie qu’en physique. Les théories doivent expliquer les faits, donner des résultats précis et avoir des applications concrètes.

               La physique doit respecter ses principes fondamentaux, en particulier le principe de relativité, mais avant tout décrire objectivement les faits. En 1904, en énonçant les principes de la physique, Poincaré citait la constance de la vitesse de la lumière pour une unique raison : rendre compte du résultat paradoxal d’une expérience. Il avait supposé la constance de la vitesse de la lumière avéré.

               Aujourd’hui, compte tenu des progrès scientifiques, il est raisonnable de mettre en doute l’interprétation par Lorentz de l’expérience de Michelson. Si celle-ci s’avérait erronée, la théorie de la relativité actuelle devrait être abandonnée au profit d’une autre théorie également conforme au principe de relativité.

               Si une nouvelle expérience montrait un jour que Lorentz a été victime d’une simple erreur expérimentale, comment nos successeurs pourraient-ils comprendre que nous ayons fait une confiance aveugle à Michelson ? Qu’ensuite nous ayons persisté dans l’erreur au nom d’un principe mal appliqué ?

Compte tenu des progrès de la technologie et de nos connaissances, nous devons constamment vérifier les hypothèses sur lesquelles reposent nos théories, et en particulier la contraction de Lorentz.

               Que penseront de nous nos descendants s’ils apprennent que nous avons négligé une tâche aussi fondamentale ?

 

Pierre Fuerxer

 

Ancien adjoint militaire au directeur de Centre National d’Études des Télécommunications,

Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

 

 

Prévisions économiques 2016-2020

 

            Le modèle Oméga-Allais fait des prévisions sur la base des mécanismes de l’économie réelle. Il extrapole l’évolution  de l’économie à partir d’une modélisation du comportement dynamique des acteurs économiques, les entrepreneurs et les consommateurs.

            Cette démarche correspond à celle adoptée par Maurice Allais pour prédire la demande de monnaie avec son modèle « Héréditaire, Relativiste et Logistique » (voir l’article de Philippe Bourcier de Carbon ).

Des prévisions à 4 ou 5 ans ne peuvent tenir compte des aléas conjoncturels liés aux variations des marchés, des taux d’intérêt, du prix du pétrole et des mesures d’incitation fiscales. Nous ne publions donc qu’une fois par an de nouvelles prévisions sur quatre ou cinq ans qui ne peuvent tenir compte de ces incitations.

 

Rappel des prévisions faites fin 2014:

            En 2015, nous avions fait des prévisions sur la base des séries économiques en base 2005 publiées par l’INSEE. Ces données statistiques avaient été prises en compte jusqu’en fin 2014.

Prévisions faites à partir de fin 2014Figure 1 : Prévisions faites à partir de fin 2014.

  • La courbe verte correspond aux valeurs de PIB en base 2005 publiées en 2014 par l’INSEE.
  • La courbe bleue était la prévision faite à partir de 2005, en tenant compte de la fuite des capitaux publiée par la Banque de France (valeurs annuelles connues jusqu’en 2010). Ces prévisions étaient validées jusqu’en 2015, soit sur 10 ans.
  • La courbe rouge était une prévision faite en supposant la fuite des capitaux terminée après 2010. Compte tenu du délai moyen entre les décisions d’investir et la croissance de la production, l’économie était alors supposé libre de toute influence extérieure postérieure à 2010.

            Evidemment, ces prévisions  supposaient  la constance des influences conjoncturelles extérieures : croissance de la dette, taux d’intérêt, prix du pétrole qui ont un effet quasi immédiat…

Prévisions faites fin 2015 :

            Nous pouvons mettre à jour ces prévisions à long terme faites fin 2014 en introduisant dans le modèle les données de PIB observées en 2015. Les résultats sont les suivants :

Prévisions fin 2015Figure 2 : Prévisions fin 2015.

             Sur le fond, ces prévisions sont évidemment très voisines, mais ne peuvent être directement superposées en raison de nombreuses  modifications des séries statistiques :

  • Les montants ne sont plus en euros 2005 mais en euros 2010,
  • La série de valeurs du PIB publiées par L’INSEE sont en base 2010. Elle a été ajustée pour neutraliser les effets des différences entre les bases 2005 et 2010.
  • La hausse du périmètre de PIB introduite par les directives européennes a été intégrée.

 

La modification des bases de l’INSEE conduit en effet à une forte croissance apparente du PIB qui apparaît dans la figure suivante (figure 3).

Figure 3 :

  • La courbe rouge correspond aux valeurs publiées en base 2005,
  • La courbe bleue correspond aux valeurs en base 2010.
  • Les deux courbes sont recalées pour tenir compte de la variation de l’EURO.

 

La croissance observée depuis 2005 apparaît essentiellement due à l’évolution progressive de la base sur laquelle le PIB est calculé. Elle est donc largement artificielle.

 

Evolution entre ces prévisions :

Comme cela a été dit, ce modèle de prévision ne prend en compte ni les fluctuations liées à la conjoncture internationale,  ni celles résultant des effets à court terme des différentes incitations monétaires et fiscales.

La conjoncture actuelle est exceptionnellement favorable. Ceci a retardé la baisse attendue du PIB. Toutefois, le modèle Oméga-Allais n’a pas changé d’orientation. Il continue à prévoir pour 2020 une forte baisse du PIB.

L’investissement restant inférieur au niveau nécessaire au maintien de la production industrielle, la tendance ne peut s’inverser que très temporairement en raison de mesures conjoncturelles dont les conséquences à long terme risquent d’être catastrophiques.

Un retour à une conjoncture économique mondiale moins favorable (prix du pétrole et taux d’intérêt) conduirait mécaniquement à une baisse du PIB de l’ordre de 7% et pourrait amorcer une crise d’une ampleur incomparable avec celle de 2007-2008.

Pierre Fuerxer,

Membre de l’AIRAMA

 

 

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Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une interview de l’auteur publiée initialement par le site Médias-Presse-Info et repris ici le 5 juin.


À propos du Brexit : un brouhaha politico-médiatique soigneusement alimenté

Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes (Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique sur la finance internationale. L’emblématique allocution de Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la City (1). Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y a de quoi, pour le moins, sourire…

Une autre facette de la narrative politico-médiatique est l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un pays des institutions européennes (2). Le Brexit sonnerait donc le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de l’Union Européenne, dont la perte d’indépendance serait exclusivement imputable aux actuelles institutions européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union Européenne et le début d’une grande victoire générale des peuples européens sur leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.

Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un titre.

D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains − John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites européennes suite à l’inquiétant  Brexit − et la faction pro-américaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au développement de l’empire américain ; cette faction de l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il est évident que cette partie de la population, auto-proclamée élite politique, dont les éléments sont encore – pour une large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des institutions européennes ; avec au surplus un risque de contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation mondiale par cette partie de l’élite. La faction pro-américaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie ; il agit, par le biais des banques et des institutions monétaires internationales, en tout point de la planète comme s’il était chez lui.

D’autre part parce que la prochaine dislocation des institutions européennes, annoncée comme imminente par les médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis à la domination des instances technocratiques unionesques.

Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le double discours de certaines élites qui abondent dans un sens et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de conquérir le pouvoir (3). Il est loisible de soupçonner Peter Sutherland (4), mais aussi Christine Lagarde du FMI (5) de ce type de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland, il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du discours de cet individu.

D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au contraire, renforcer l’Union Européenne (6) ; de tels individus allant même jusqu’à édicter des conditions pour le renforcement de ladite union.

Les élites bancaires et financières mondiales, qui se sont appuyées pour un temps (assez long) sur la frange des partisans de la domination américaine, n’ont et n’auront jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés partisans de la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique – afin de poursuivre leur stratégie de long terme.

Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle, à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de l’Union Européenne, après le retrait anglais.

La réalité institutionnelle « européenne » post-Brexit

Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des autres pays membres de l’Union Européenne.

Le cas anglais

La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée par les principaux méfaits des institutions européennes puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro. D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que réellement à la réalité civile issue des traités européens successifs.

S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de l’Union Européenne ne changera absolument rien à la quasi fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire (7), que paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux (8).

S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant), les finances – bourse et livre sterling – britanniques, celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers chinois.

La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement, une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble (9) – à l’exception notable des récents acquéreurs de biens immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.

Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par une baisse durable de l’immobilier britannique.

Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne change, concrètement, pas grand-chose à la situation géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands capitaux prospérant à la City et à Wall Street.

Les autres pays membres de l’UE – dont la France : vers davantage d’intégration européenne et de désintégration des États-nations ?

Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine (ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas sur la longue – centenaire – histoire des institutions européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz (10), le sociologue Pierre Hillard (11), ou encore le politicien François Asselineau (12).

Peu importe donc la domination opérée par et sur la superstructure européenne, la seule domination qui compte réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce stade, certains de la validité d’une telle interprétation des choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des armées d’hommes.

Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché transatlantique est le continuum logique de ces institutions. Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question pour les instances germano-européennes de renoncer à ces grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union Européenne (13).

Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe probablement le début de la fin de l’Union Européenne sous domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de l’intégration européenne et le cortège de désintégration des États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la domination américaine sur les instances européennes va s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte. Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore plus financière, des instances européennes au détriment de la domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant plus probable que les élites dirigeantes des pays européens sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que l’on retrouve à la City).

La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libre-échange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union Européenne en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et, justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau départ européen vers d’avantage d’intégration.

Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes encore plus intégrées (14). La souveraineté de la France et des autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN, sa dissuasion nucléaire etc.

Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que nous les connaissons actuellement est leur valeur expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une expérience institutionnelle faite à un moment donné.

Ce que révèle le Brexit : une permanence de la stratégie et un changement de tactique

Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée – des processus de modifications juridiques en cours au niveau international, il apparaît utile de faire un bref tour d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel historique des principales avancées institutionnelles en matière monétaire, financière et économique au cours des derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une considérable accélération à compter de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694, 1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
  • Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale aux USA ;
  • Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et dossiers de la part d’un quelconque État ;
  • Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 : FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
  • Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
  • Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui officialisent le libre-échange en droit international public ; l’UE devenant la manifestation politique du principe du libre-échange ;
  • Création du système européen des banques centrales et de l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union Européenne ;

Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique – que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique, comportant la signature de multiples traités multilatéraux.

Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à fait improbable que le Brexit opère une quelconque modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite, qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même : la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à l’organisation d’un gouvernement mondial.

Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement de l’Union Européenne – et surtout de l’empire américain qui est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie mondialiste pour parvenir à ses fins.

Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie – qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses objectifs de long terme : moindre résistance sociale, politique et économique des peuples dominés. L’Union Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois : ils accélèrent la chute de l’empire américain (15) tout en progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue, la désintégration de la domination américaine sur l’Europe, dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait, finalement, être une étape nécessaire et indispensable.

Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que s’étonner de la permanence des méthodes de domination employées par la petite caste des dominants, représentée par les principaux propriétaires des banques internationales.

En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le phénomène du développement et de la concentration des richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de figure, un pacte oligarchique a permis le développement soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la grâce du libre-échange l’usine du monde (16). Souvenons-nous en effet que les principales élites américaines, au premier titre desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de développement industriel – combinée au principe du libre-échange rendu possible par le système politique fédéral en vigueur dans ce pays.

La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit également sa fulgurante ascension économique dans le dernier tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide financière des banques – et autres investisseurs extérieurs – et de la généralisation au niveau international cette fois-ci du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de circulation des capitaux est rendue possible par la combinaison de la généralisation du principe de libre-échange avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement entretenus dans et par les paradis fiscaux (17).

Les institutions européennes : un laboratoire in vivo

Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans le cadre de la permanence de la stratégie de planification mondiale), il est tentant de considérer les institutions européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.

D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non ruban  ou autre chose encore… –  bientôt transformé en système monétaire européen, lequel a précédé le système européen des banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de l’eurozone.

Un pas plus loin, les institutions européennes furent une expérience unique de monnaie dite commune  sans gouvernement économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.

D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la défunte URSS, la création des institutions européennes est contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ; cette particularité fait que l’Union Européenne pourrait bien préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial superposé à des structures juridiques de type fédéral composées de blocs géographiques (18) dépourvus de frontières capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être politique serait d’être des courroies de transmission pour un gouvernement central, l’ensemble du système permettant un contrôle effectif des populations.

Enfin, les institutions européennes représentent une expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation facilite la création de chocs économiques et monétaires à répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir, lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.

Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union Européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette alliance est le pendant militaire des institutions européennes (à usage civil et financier).

L’OTAN : rôle et perspective d’évolution

L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux rôles essentiels.

Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la planète en partageant les frais financier et humains avec les pays membres de l’alliance (19) ; en réalité il s’agit, de plus en plus, pour les USA de faire financer leur domination militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement, l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non américains est un moyen simple et efficace pour les USA de s’assurer de la loyauté interne des États membres de l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet aux USA de liquider le problème européen (20).

Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et économiquement condamné par les élites bancaires internationales, il devient intéressant de se poser la question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre les choses dans une perspective temporelle.

D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin – d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place centrale dans le développement du phénomène d’asservissement. Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet avenir ne se présente pas de façon favorable pour les populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante restera aux commandes du monde).

Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ? Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence des considérables avancées technologiques et robotiques ; la même tendance se dessine en matière militaire où les drones tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions, les avions.

Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité – on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer son indépendance (21), non plus de la domination américaine vouée à disparaître, mais de la domination financière, au contraire promise à un bel avenir.

Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans lequel la domination pourra être assurée non plus par des hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour où les armées composées d’humains seront reléguées dans les brocantes de l’histoire.

Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite financière internationale sans réelle attache géographique.

Un principe intangible : celui qui tient la monnaie tient les économies et les politiques

On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique, auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de conséquence, celles de la politique.

Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière (22) : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois » (23).

L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président de la Commission Européenne dans une grande banque multinationale (24) – notons au passage que ledit Barroso est passé d’un maoïsme passionné (25) à Goldman Sachs sans état d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des choses ; une sorte de corruption structurelle et non conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou de la direction de banques centrales – officiellement mais à tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de l’ancien président de la République Georges Pompidou.

La voie conceptuelle d’une sortie effective de la mondialisation oligarchique

La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la vie en société et le concept de pouvoir.

La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour devenir intégralement incluse dans les concepts économiques. Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus par les économistes – toutes écoles confondues – et les financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait économique.

Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on veut bien considérer que le fait politique est l’organisation des rapports régissant la vie en commun, le fait économique s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire dépendre le fait politique du fait économique est une très étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant – dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut que le fait politique soit intégralement soumis au fait économique. C’est à la condition de cette prise de conscience collective que la politique retrouvera ses lettres de noblesses et les humains leur droit de cité dans le gouvernement des hommes.

La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui permettra ensuite à une éventuelle volonté politique d’inverser le processus.

Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – (26) conjuguée au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement autorisé à se mettre en place (27) sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.

Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la continuation de la mise sous tutelle financière, économique, juridique et politique de ces derniers.

À moyen-terme, la suite logique sera une sorte d’internationalisation du phénomène de la crise grecque (28) et de disparition des concepts même d’État et de nation.

Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme (perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs propres vies) et la disparition de la dignité humaine continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute résistance organisée.

Valérie Bugault

 

 

 

 

 

Liens :

[1] Cf. https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une ancienne trader d’origine allemande : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx

 

[2] Cf. par exemple : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater

 

[3] Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la défaite française à la bataille de Waterloo : http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiales_a32261.html

 

[4] Cf. http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-president-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/ ; https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704

 

[5] Cf. https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revoit-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/

 

[6] Cf. Georges Soros : http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c

 

[7] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192

 

[8] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes ; http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-five-eyes/

 

[9] Cf. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-brexit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilier-londonien-2406-837843.html ; http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-immobiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6-be92-6642240b8ece/?pagination=4

 

[10] Cf. sous forme de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0 ; https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de livre : https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1960/dp/2370710012

 

[11] Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresistible_par_Pierre_Hillard-424323.html

 

[12] Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2 ; https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA

 

[13] Cf. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-transatlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-le-brexit_4967374_3234.html ; https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncker

 

[14] Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ; https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/

 

[15] Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html : Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le cheval de Troie chinois dans l’Union Européenne au détriment de la suprématie états-unienne

 

[16] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange ; ainsi que http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-propriete-privee

 

[17] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux mais aussi http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange

 

[18] Cf. Voir en ce sens, Pierre Hillard : http://www.voltairenet.org/article164176.html

 

[19] Cf. en ce sens l’amiral Debray : https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debray

 

[20] Cf. Xavier Moreau : http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotan-de-separer-la-russie-de-leurope/

 

[21] Cf. pour un exemple d’actualité : http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-le-silence/

 

[22] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild

 

[23] Cité par exemple ici : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbing-song/

 

[24] Cf. http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-barroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html ; http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de-barroso-chez-goldman-sachs-fait-polemique-09-07-2016-5955039.php

 

[25] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM

 

[26] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-du-desordre-politique-global ; http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales

 

[27] Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12

 

[28] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak ; écouter Myret Zaki : https://www.youtube.com/watch?v=aovjo2zILYQ

 

 

 

Les politiques monétaires non-conventionnelles et l’héritage scientifique de Maurice Allais

Bertrand Munier

Professeur Émérite à l’Université de Paris I
Président du Conseil Scientifique de la Fondation Maurice Allais

 

Présentation lors de l’Atelier Maurice Allais du 17 juin 2016

 

 

 

 

Allais : psychologie en monnaie

Maurice Allais et la Science économiqueCet article (d’avril-mai 2009) a été publié en pages 113-126 sous le chapitre 6 du livre collectif « Maurice ALLAIS et la science économique » aux édition Clement Juglar en 2010.

* * *

Psychologie et Monnaie : de la critique de l’Utilité espérée à l’approche « héréditaire, relativiste et logistique » de Maurice Allais qui a révolutionné la Théorie de la Dynamique monétaire in Maurice Allais et la Science économique, sous la direction de Arnaud Diemer, Jérôme Lallement, et Bertrand Munier (pp.113-126), Clément Juglar, Paris, mai 2010.

 

 


 

 

Psychologie et Monnaie (1) : de la Critique de
l’ “Utilité Espérée” à l’approche
“Héréditaire, Relativiste et Logistique” de Maurice Allais (2),
qui a révolutionné la Théorie de la Dynamique Monétaire.

 

 

Par Philippe Bourcier de Carbon

 

Toutes les sciences ont progressé lorsque, au lieu de se quereller sur les premiers principes, on a commencé à s’attacher aux résultats. L’expérience montre que les opinions des gens “compétents” sont souvent tout à fait incompatibles avec les réalités, et que l’histoire des sciences est l’histoire des erreurs des gens “compétents”. Pour ce qui est de la “vérité” d’une théorie, nul autre critère ne peut être invoqué que sa concordance avec les faits. Entre deux théories, nous choisirons celle qui demeure au plus près de la réalité.

Vilfredo Pareto

 

 

As regards the criticism raised an in the last analysis, it would seem that the better the results of a theory, the more doubtful they should be considered. “Too good to be true”, such is the principle to which finally the scientific philosophy of the critics of the hereditary and relativistic theory seems to boil down. If science were based on this criterion, the best theories of physics, such as Newton’s theory of gravitation or Planck’s theory of quanta, would have to be rejected. But, as it would seem, the results of the commonly accepted theories are “too bad to be untrue”.

Maurice Allais, 1986 {15b} p.37.

 

 

Факти упрямая Вешь !

Vladimir Illyitch Oulianov-Lénine, 1905 in Что делать ?

 

 

 

INTRODUCTION : De la Valeur à l’Utilité et à la critique de l’Utilité Espérée

 

La quête de rationalité recelée par les comportements humains, la recherche de normes de conduite devant l’appréciation de l’incertain, de l’aléatoire, ou du différé, comme la passion de rendre compte des comportements collectifs n’ont pu manquer de placer dès l’origine l’introspection et la psychologie positive au cœur des réflexions fondatrices de la Science Économique.

Science des échanges et des lois de de la coopération organisée entre les hommes, l’Économie soulève d’abord en effet, implicitement ou explicitement, la question du processus de la formation ou de la perception de la « Valeur » au sein d’un groupe humain, notion centrale, seule à même de saisir la finalité des comportements.

 

Depuis la publication du célèbre essai de Pierre Nicole La Logique ou l’Art de Penser, les mathématiciens et philosophes du XVIIème (Pascal, Fermat, Huyghens, Jacob Bernoulli…) avaient fait émerger peu à peu à partir de la notion de fréquence, le concept de Probabilité, puis celui d’Espérance mathématique et de « Valeur » d’un jeu de hasard. On sait comment, de Jacob Bernouilli à Karl Friedrich Gauss et Pierre Simon Laplace, du XVIIIème au XIXème siècle, cette démarche débouchera sur la découverte fondamentale de la Loi Normale des écarts ou Loi des grands nombres qui bouleversera définitivement le champ des Sciences.

 

Les travaux des philosophes utilitaristes anglais et écossais du XVIIIème siècle (Hume, Bentham…), avaient ouvert la voie à l’émergence de la notion d’Utilité économique, approche rationnelle et opérationnelle de la notion de Valeur économique, qui fut largement explorée au XIXème siècle par les marginalistes anglo-saxons et autrichiens (Stanley Jevons, Francis Edgeworth, Böhm-Bawerk, Von Wieser…), et fut surtout généralisée et systématisée par le Professeur de Lausanne, Vilfredo Pareto.

 

Or, dans le prolongement des réflexions sur la notion de conduite rationnelle face à l’incertain, à la suite des réflexions des « Lumières » et des mathématiciens du XVIIIème siècle (d’Alembert, Montmort, Nicolas et Daniel Bernoulli…), Daniel Bernoulli avait dû introduire, dès 1763, la notion d’Espérance morale (adoptée et généralisée au XIXème siècle par Pierre Simon Laplace) pour lever le Paradoxe de Saint Petersbourg, en proposant une règle de décision rationnelle pour le cas d’un jeu de pile ou face à l’Espérance mathématique théoriquement infinie, par la prise en compte de la fortune totale du joueur.

 

La rationalisation de la décision économique face au risque et à l’incertain procédait ainsi de la rencontre, devenue naturelle et inévitable, entre ces notions d’Utilité et d’Espérance morale : les travaux de John Von Neumann, l’inventeur de la Recherche Opérationnelle appliquée aux opérations navales du second conflit mondial, associé à Oskar Morgenstern, avaient en effet, dès avant les années 1950, étendu la théorie des jeux à l’Économie. Et, dans la ligne de ces réflexions, ce sera spécifiquement l’objet des essais de l’École américaine du début des années 50, avec M. Friedman, P. Samuelson, L. Savage, J. Marschak, que de tenter de fonder et de théoriser la notion d’Utilité Espérée.

 

 

LA RÉFUTATION PAR LA PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE : l’« Allais’ Paradox » (1952)

 

En France, le jeune Maurice Allais, ancien élève de l’École Polytechnique venait tout juste de publier son magistral « Économie et Intérêt » {3}, où il se montrait le disciple résolu de Vilfredo Pareto. Issu du corps de Ingénieurs de Mines, il avait déjà publié en 1943 un ouvrage de plus de 1.500 pages « À la Recherche d’une Discipline Économique », lequel, d’emblée, l’avait propulsé parmi les plus grands noms de l’économie de l’époque, et lui vaudra, 45 ans plus tard, à l’âge de 77 ans, d’être, enfin, le premier Français distingué par le Prix Nobel d’Économie. C’est alors que notre jeune économiste devait intervenir de manière décisive dans le débat sur l’Utilité Espérée ouvert par l’École américaine, en organisant à Paris en 1952 un colloque du CNRS sur le Risque, et en obtenant les participations de Paul Samuelson, de Milton Friedman, de Jacob Marschak, de Léonard Savage, de Bruno de Finetti, entr’autres.

 

Dédaignant en effet les délices et subtilités des appareils mathématiques, Maurice Allais porta alors d’emblée la réflexion au cœur de l’axiomatique, explicite ou implicite, qui fondait la théorie de l’Utilité Espérée proposée par l’École américaine, pour la réfuter victorieusement en mettant en évidence, à l’épreuve de l’expérience, son caractère artificiel et arbitraire, voire même, dans certaines configurations, entièrement contraire à la psychologie humaine effective {4} et {5}.

 

De fait, cherchant toujours, dans sa volonté de pragmatisme, à faire prévaloir les faits d’expérience face aux théoriciens anglo-saxons, Maurice Allais conçoit, à l’occasion de ce colloque ainsi devenu historique, des batteries de loteries simples ou conditionnelles, aux espérances mathématiquement équivalentes, auxquelles il soumet ses collègues présents au Congrès. Ce sont ces loteries, restées célèbres depuis lors, qui ont révélé expérimentalement des comportements psychologiques échappant systématiquement à l’axiomatique néo-Bernoullienne poposée par l’École Anglo-saxonne.

 

À peine la théorie de l’Utilité Espérée venait elle d’être considérée comme fermement établie par l’Establishment de la Science économique, que le désormais fameux « Allais’ Paradox » la ruinait en effet, en faisant apparaître que, contrairement à cette théorie, les comportements réels s’avéraient systématiquement déviés par un facteur psychologique proche de la préférence pour la sécurité au voisinage de la certitude {6}.

 

Cet effet, connu et enseigné depuis 50 ans outre-Atlantique, bien que toujours largement ignoré en France, hormis des initiés, a bouleversé depuis lors la théorie de la décision face au risque, et Maurice Allais en a déduit une généralisation au cas du Risque des conditions de l’Équilibre général, ainsi qu’une reformulation de son approche de l’efficacité économique maximale.

 

À 41 ans Maurice Allais venait ainsi, dès 1952, « de poser les bases d’un nouveau domaine de recherche » en introduisant les facteurs psychologiques dans l’analyse des décisions en incertitudes, et tout spécialement sous la forme de vérifications expérimentales, tant, malgré tout, force finit toujours par rester au vieil adage : Contra factum non valet argumentum !… {1}.

 

Mais notre économiste n’allait pas tarder à effectuer une nouvelle percée majeure dans le domaine de la psychologie collective expérimentale des sociétés, à l’intime des processus réels de l’économie.

 

 

LA PSYCHOLOGIE AU CŒUR DES PHÉNOMÈNES MONÉTAIRES :
La reformulation Héréditaire, Relativiste et Logistique (HRL) de la théorie quantitative {9} à {10bis}.

 

Depuis 1952 la méditation sur les lois psychologiques sous-jacentes aux notions de Valeur et d’Utilité économiques ne devait plus quitter les réflexions de notre économiste, singulièrement à propos des thèmes concernant la théorie du Capital, la théorie de l’Intérêt, et bien sûr, la théorie de la Dynamique monétaire.

 

On sait que, pour ce qui est de la monnaie, les diverses écoles économiques se sont distinguées à partir de leurs interprétations divergentes de l’équation comptable de base de la théorie quantitative de la monnaie :

MV = PQ = D

 

Cette équation en effet n’exprime qu’une simple identité comptable, à savoir qu’au cours d’une période de temps donnée, la masse M des signes monétaires immédiatement mobilisables (et mobilisés) pour réaliser une transaction, multiplié par la vitesse moyenne V de circulation de l’unité monétaire (qui est aussi l’inverse de la durée moyenne T, entre la recette et la dépense, de rétention d’une unité monétaire) n’est autre que l’ensemble des transactions Q réalisées au cours de la période, valorisées aux prix P obtenus correspondants, volume financier QP qui représente également la Dépense globale D réalisée au cours de la période.

 

Les série statistiques économiques et monétaires disponibles fournissent des évaluations régulières de la masse monétaire en circulation M(t), ainsi que des taux de croissance annuels, trimestriels ou mensuels p(t) et q(t) de l’indice des prix et de la production : p = dP/Pdt et q = dQ/Qdt.

 

Les données statistiques disponibles présentent aussi ordinairement les séries historiques des revenus nationaux R(t) dont le taux d’expansion dR/Rdt peut être assimilé à celui de la dépense globale D(t) :

dR/Rdt = dD/Ddt

 

Les annuaires statistiques fournissent donc les taux de croissance du Revenu national R(t), tels que :

dR/Rdt = x(t) = dD/Ddt = p(t) + q(t)

 

Au cours des hyperinflations historiques, la production reste quasiment constante (q ~ 0), tandis que les prix s’envolent, et par conséquent, au cours de ces périodes le taux de croissance de la dépense globale D(t) est pratiquement équivalent à celui des prix : x(t) ~ p(t).

 

Par ailleurs, dans la pratique, les comportements psychologiques des agents économiques face à la monnaie les conduisent à désirer détenir à l’instant t un certain volume d’Encaisses monétaires, ou Encaisses désirées, en vue de réaliser leurs transactions, c’est à dire à formuler une Demande de Monnaie MD(t) peu différente de la monnaie effectivement disponible, M(t) :      MD(t) ~ M(t)

 

Dès 1953, Maurice Allais s’emploie à construire un modèle explicatif de cette demande de monnaie MD(t), qui puisse être corroboré par la confrontation avec les séries statistiques disponibles {7} et {8}.

 

Pour cela il est d’emblée amené à chercher à expliquer l’Encaisse Désirée Relative de monnaie, ou proportion ΦD(t) de la Dépense globale D(t) que les agents désirent détenir sous forme de monnaie :

MD  =  D   (ΦD>0)

 

Maurice Allais commence en effet par constater que cette variable ΦD qui constitue aussi l’inverse de la vitesse désirée de circulation VD de l’unité monétaire, ou encore la durée moyenne désirée TD de rétention de l’unité monétaire entre recettes et dépenses, n’est autre que la variable d’ajustement qui traduit la psychologie collective devant le signe monétaire du groupe confronté à la réalité de la dépense globale D(t) du moment.

C’est donc cette psychologie collective qu’il s’agit de déchiffrer.

 

Pour ce faire, il constate ensuite que seule la dépense globale D(t) du moment constitue la contrainte objective, l’invariant psychologique sur lequel seront ancrées les appréciations collectives de la situation face à la monnaie, et que ces appréciations psychologiques ne pourront ainsi manquer d’être directement tributaires du taux d’expansion x de cette dépense globale : 

x = dD/Ddt

 

Mais l’intuition première qui ne cessera depuis les années 50 de guider Maurice Allais, et qu’il ne cessera de confronter avec les séries statistiques de l’histoire monétaire des XIXème et XXème siècles, consistera à considérer que cette attitude psychologique collective ne peut que procéder d’un effet de mémoire collective, consciente ou inconsciente, des expériences passées de la société face aux taux de variation x de cette même dépense globale D : c’est l’approche « Héréditaire » de la dynamique monétaire {7b} et {8b}.

 

L’approche Héréditaire de la dynamique monétaire.

Cherchant à synthétiser le plus directement possible cet effet de mémoire collective des taux passés d’expansion de la Dépense globale, Allais construit un indicateur Z(t) — qu’il baptise « Coefficient d’expansion psychologique » basé sur la somme, jusqu’à l’instant t, des taux d’expansion passés x(t), déflatés par une fonction d’oubli de taux d’oubli instantané χ(t) qui pondère en fonction exponentielle de leur fraîcheur l’effet actuel du souvenir de ces taux passés sur l’attitude psychologique présente de la collectivité face à la monnaie.

 

Cette définition héréditaire du Coefficient d’expansion psychologique Z(t) conduit à l’équation différentielle qui traduit son caractère héréditaire, en exprimant que son accroissement instantané dZ n’est autre que l’accroissement relatif x(t)dt de la dépense globale D(t) diminué de l’oubli χ(t)Z(t)dt de Z(t), ce qui s’écrit :

dZ = (x – χZ)dt                  (1 : Équation Héréditaire) (3)

 

Le cas très particulier et tout théorique de la dynamique monétaire stationnaire, c’est à dire le cas où la Dépense globale D(t) ne dépend plus du temps, c’est à dire encore le cas où les taux d’expansion x restent toujours nuls, ne peut bien sûr manquer de constituer le terme de référence des distorsions de la psychologie collective face à la monnaie, qu’Allais cherche à modéliser, puisque ces dernières ont alors disparu, et que le « Coefficient d’expansion psychologique » Z s’est alors, évidemment, annulé lui aussi : Z0 = 0.

 

Il notera ainsi Φl’Encaisse Désirée Relative de monnaie constante, qui n’est autre que la durée moyenne désirée constante T0 de rétention de l’unité monétaire entre recettes et dépenses, adoptée par la collectivité dans ce cas du régime monétaire stationnaire, terme de référence des distorsions de la psychologie collective ; et de même il notera χ0 la valeur, alors constante elle aussi, du taux d’oubli instantané χ(t) de la fonction d’oubli de la collectivité ainsi placée dans un tel environnement monétaire stationnaire.

 

Il ressort dès lors de cette démarche, qu’à tout moment t, les rapports ΦD(t)0 (= TD(t)/T0) ou encore χ0/χ(t), ne traduisent plus que les seules distorsions psychologiques héréditaires pures de la collectivité face à la monnaie, et que par suite, ils ne constituent plus que des fonctions psychologiques pures du seul Coefficient d’expansion psychologique héréditaire Z(t) à l’instant t.

 

La dimension Relativiste de la dynamique monétaire

Maurice Allais complète alors {9b} et {10} son approche Héréditaire des phénomènes monétaires par une hypothèse Relativiste portant sur l’existence d’une échelle de temps psychologique collectif (t’).

Partant en effet du constat que

« sur le plan économique l’échelle du temps ne peut être évidemment la même pour les opérateurs exerçant au cours d’une période de stabilité des prix, et pour ceux qui doivent décider lors d’une période où les prix changent d’heure en heure, comme ce fut le cas au cours de l’hyperinflation allemande de 1923 » {10b},

il en conclut qu’il doit donc exister une échelle de temps de la psychologie collective (t’), propre aux phénomènes monétaires, qui peut être définie, par rapport au temps physique ou historique (t) en formulant l’hypothèse Relativiste de la constance de l’oubli par unité de temps psychologique t’.

Ainsi cette hypothèse naturelle de la Relativité du temps (t’) de la psychologie collective s’exprime par la relation :

χ(t)dt = χ0dt’, ou dt’ = [χ(t)/χ0]dt,

qui conduit à l’invariance dans le temps des produits :

χ(t)TD(t) = χ0T0    ou encore    χ(t)ΦD(t) = χ0Φ0.

 

L’hypothèse Relativiste de Maurice Allais revient donc à admettre à tout moment t la proportionnalité de la vitesse de circulation de l’Encaisse désirée VD(t) avec le taux d’oubli instantané χ(t), et dès lors la formulation Héréditaire et Relativiste de la théorie quantitative de la monnaie conduit à écrire à tout instant t :

ΦD0 = χ0/χ = Ψ(Z) = TD/T0     avec    Ψ0 = Ψ(0) = 1            (2 : Équation Relativiste)

 

La durée moyenne désirée TD de rétention de l’unité monétaire entre recettes et dépenses se réduisant lorsque l’expansion s’accélère, la fonction psychologique héréditaire et relativiste Ψ(Z), ne peut être qu’une fonction monotone décroissante en Z.

 

Le caractère Logistique de la dynamique monétaire

Enfin, pour achever de spécifier sa modélisation de l’attitude psychologique collective de la société face à la monnaie, Maurice Allais formule la troisième hypothèse fondamentale de son approche, l’hypothèse de l’effet psychologique Logistique sur l’Encaisse désirée relative {9c}{10d} et {10bis.b}, en postulant que le taux d’expansion de l’Encaisse Désirée Relative : DDdt = dΨ/Ψdt  correspond à l’accroissement instantané du Coefficient d’expansion psychologique dZ/dt, multiplié par un facteur proportionnel à l’écart relatif entre cette Encaisse désirée relative et son maximum, supposé déterminé et fini. Cette hypothèse, qui exprime un effet de saturation de la fonction de distorsion psychologique Ψ(Z) pour les valeurs extrêmes de l’indicateur psychologique Z, conduit à écrire pour cette fonction psychologique Ψ(Z) l’équation suivante :

DDdt = dΨ/Ψdt = – α[M – Ψ)/ΨM]dZ/dt  où  0<Ψ<ΨM        (3 : Équation Logistique)

 

dont la solution Ψ(Z) est la fonction logistique à deux paramètres (α > 0, b > 0) en Z :

Ψ(Z) = (1 + b)/[1 + beαZ]    où    ΨM  = (1 + b)

 

Maurice Allais confronte alors {10c} son modèle HRL, dépendant a priori de trois paramètres positifs α, b, et χ0, et construit autour des trois équations qui expriment le plus naturellement possible les trois hypothèses qui fondent son approche Héréditaire, Relativiste et Logistique de la psychologie collective face à la monnaie, avec les données historiques de quinze séries temporelles réelles des XIXème et XXème siècles concernant la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne, ainsi que les sept hyperinflations suivantes observées sous des régimes fort différents :

  • Allemagne (1919-23),
  • Autriche (1921-22),
  • Grèce (1941-44),
  • Hongrie I (1921-24),
  • Hongrie II (1945-46),
  • Pologne (1921-24),
  • URSS (1922-24).

 

La confrontation systématique de son modèle HRL, dépendant des trois paramètres positifs α, b, et χ0, avec toutes les valeurs disponibles des données historiques réelles, conduit Maurice Allais à adopter la forme la plus simple possible pour la fonction logistique Ψ(Z), en conférant du même coup un statut universel dans le temps et dans l’espace à la relation entre les encaisses désirées relatives ΦD(Z) et le coefficient d’expansion psychologique Zc’est-à-dire en énonçant une sorte de loi universelle de la psychologie collective des sociétés humaines — par l’énoncé de trois nouveaux postulats qui déterminent les valeurs universelles de ces trois paramètres positifs α, b, et χ0.

 

Postulat asymptotique

Maurice Allais énonce d’abord son postulat asymptotique : pour les très grandes valeurs de Z, et donc lorsque la fonction logistique Ψ(Z) devient très faible, comme du reste la durée moyenne désirée TD de rétention de l’unité monétaire qui lui est proportionnelle, situation caractéristique de la fin des hyperinflations, pour lesquelles l’effet héréditaire disparaît dans les comportements, seul comptant alors la situation de l’heure, le taux d’accroissement de l’encaisse désirée DDdt (= dΨ/Ψdt) en vient à prendre une valeur postulée directement équivalente à l’opposé de l’accroissement instantané du coefficient d’expansion psychologique ( –dZ/dt).

Compte tenu de l’équation logistique 3, ce postulat fixe à l’unité la valeur du paramètre α : α = 1

 

Postulat de symétrie psychologique conjoncturelle autour de la stationnarité

Il poursuit par l’énoncé de son postulat de symétrie psychologique conjoncturelle : autour de la stabilité, pour laquelle le coefficient d’expansion psychologique est nul (Z = 0), l’intensité du comportement différentiel des opérateurs est postulée être identique pour les accroissements, comme pour les réductions, dZ du coefficient d’expansion psychologique, ce qui entraîne que la dérivée dΨ/dZ soit une fonction paire de Z au voisinage de Z = 0 (état stationnaire).

Ce postulat exige la valeur unité pour le paramètre b : b = 1 , le point Z = 0 et Ψ(0) = 1 , caractérisant l’état stationnaire, devenant dès lors le centre de symétrie de l’unique Loi logistique universelle décroissante Ψ(Z) qui traduit la distorsion psychologique collective déterminant dans toutes les sociétés humaines l’encaisse désirée relative en fonction du coefficient d’expansion psychologique Z :

Ψ(Z) = 2/[1 + eZ]  donc :  Ψ<2  (4 : Loi logistique universelle de distorsion psychologique)

 

Postulat de symétrie psychologique temporelle générale

Enfin Maurice Allais, propose son dernier postulat, qui élargit encore la portée de son approche HRL de la psychologie collective des sociétés, en énonçant son postulat de symétrie psychologique temporelle générale : les opérateurs économiques sont supposés tenir compte du passé dans leurs décisions comme il tiennent compte de l’avenir, postulat qui identifie le taux d’oubli instantané χ(t) au taux d’intérêt psychologique instantané i(t) :

χ(t) ≡ i(t) .

 

En conséquence, à partir des données financières de bonnes qualités portant sur la période 1880-1956 aux États-Unis, Maurice Allais établit une première évaluation de la valeur i0 = χ0 à environ 5% par an, ou 0,004 par mois (4), correspondant à la valeur universelle du taux d’intérêt psychologique instantané ou du taux d’oubli instantané en période de stabilité (Z = 0).

 

Du reste, une telle valeur du taux instantané d’oubli lors d’un régime monétaire stationnaire χ0, donc en l’absence de distorsion psychologique (Z = 0), de 0,004 par mois, correspond à un taux d’oubli quasi-total de la part des acteurs économiques (d’environ 99%) de la situation prévalant un siècle auparavant, soit une disparition totale de la mémoire collective au bout d’une période couvrant trois générations.

En fait la période moyenne θ0, dont la société tient habituellement compte (5) en pratique, consciemment ou non, dans ses décisions en l’absence de distorsions psychologiques (Z0 = 0), couvre environ les 20 dernières années (= 1/χ0) pour un taux d’intérêt ou d’oubli à l’équilibre i0 = χ0 = 0,004 par mois, soit environ 5% par an.

 

Mais la logistique universelle Ψ précise aussi alors que les taux psychologiques χ(t) ≡ i(t) ne peuvent être inférieurs à i0/2, soit à 0,002 par mois, c’est à dire que les taux d’intérêt psychologique instantanés restent supérieurs à 2,5% l’an, ce qui entraîne que la période prise compte en pratique par les collectivités humaines, pour le futur comme pour le passé, ne saurait en fait excéder 40 ans.

 

Cet horizon psychologique maximum correspond, aujourd’hui en France, à l’espérance de vie d’un homme de 36 à 37 ans, et d’une femme de 40 à 41 ans.

 

L’approche HRL de Maurice Allais propose ainsi — par l’énoncé de ses trois derniers postulats — de reconnaître un même modèle permanent et universel de psychologie collective à l’œuvre derrière les comportements historiques des sociétés humaines face à la monnaie réellement observés.

 

Ce modèle universel est alors synthétisé, par la loi logistique de distorsions psychologiques (équations n°4 et 3) d’une part, et par la loi héréditaire (équation n°1) d’autre part, qui est ainsi devenue :

dZ/dt = x(t) – 0.002[1 + eZ]Z

 

avec (en raison de l’équation relativiste 2 et de la fonction psychologique universelle 4) :

ΦD = Φ0Ψ(Z) = 2Φ0/[1 + eZ]

 

Les valeurs des masses monétaires (comme celles des autres éléments de la dynamique monétaire, tels les vitesses de circulation, les taux de croissance du revenu national, ou les mouvements des taux d’intérêt…) calculées selon ce modèle HRL universel, proposé par Maurice Allais, s’avèrent {2} étonnamment proches des valeurs des séries temporelles des masses monétaires réelles publiées dans les annuaires des XIXème et XXème siècles des différents pays, une fois estimées les valeurs Φ0 correspondantes, et une fois calées les valeurs initiales Z1 du coefficient Z, de telle sorte que soient pour chaque série rendues minimum les sommes des carrés des différences entre les logarithmes des valeurs calculées M* et ceux des valeurs réelles correspondantes des séries M réelles.

 

Or, une fois estimées pour chaque série les deux valeurs optimum de Φ0  et ZI, le calcul de la série des valeurs M*(t), à partir des séries réelles des revenus nationaux R(t) des annuaires (ou des P(t) dans le cas des hyperinflations pour lesquelles on ne dispose plus des séries R(t)), demeure totalement indépendant des séries des masses monétaires réelles M(t). Les processus d’ajustements du modèle HRL universel de Maurice Allais aux séries monétaires historiques réelles ne recèlent donc aucune circularité, et les coïncidences extraordinaires entre les séries calculées par le modèle universel HRL et les séries historiques réelles ne peuvent que contraindre tout esprit scientifique de bonne foi à s’interroger sur la réalité et l’universalité du phénomène de psychologie collective que ce modèle HRL de Maurice Allais met ainsi en lumière, comme l’illustre l’échantillon des deux graphiques joints en annexe.

 

Les coïncidences des séries calculées par l’approche HRL, à partir de l’estimation des deux seuls paramètres Φ0  et ZI, avec les séries temporelles historiques apparaissent en effet d’autant plus spectaculaires, si l’on considère que les plages des valeurs des séries réelles peuvent être d’ordres de grandeur très divers : ainsi, sur la période 1918-1941, l’indice du revenu national des États-Unis a évolué entre les valeurs 1,68 et 2,84 , alors que l’indice des prix a varié de 15 à 1,09.109 de décembre 1919 à octobre 1923 au cours de l’hyperinflation allemande, et même de 105 à 4.1029 (chiffre astronomique) de juillet 1945 à juillet 1946, au cours de celle de Hongrie.

 

Ces résultats démontrent que les sociétés, placées dans des contextes très divers, en situations courantes ou plongées dans l’hyperinflation, sous régimes capitalistes ou communistes, se comportent de la même façon, aujourd’hui comme par le passé, face à la monnaie, ce qui souligne bien l’existence de structures, invariantes dans l’espace et dans le temps, de la psychologie collective des sociétés face aux signes monétaires.

 

Vilfredo Pareto avait déjà du reste fait apparaître de telles structures permanentes de la psychologie collective en énonçant sa célèbre loi de répartition des revenus dans les sociétés.

 

 

VERS UNE THÉORIE GÉNÉRALE DE L’ACTUALISATION : Au cœur de la psychologie des comportements économiques  {11}{12}{13}{14} et {15}.

 

L’identité formelle de l’expression mathématique de l’hypothèse Héréditaire (équation 1) de son approche, avec celle de la valeur actuelle capitalisée V(t) d’un flux de revenus instantanés futurs r(t), lorsque l’on inverse le sens du temps, dt devenant –dt , invitait par ailleurs Maurice Allais à énoncer son postulat de symétrie psychologique temporelle générale, assimilant le taux d’oubli instantané χ au taux d’intérêt psychologique instantané i .

 

Pour le vérifier aisément, il suffit en effet d’exprimer que l’accroissement instantané dV de cette valeur actuelle capitalisée n’est autre que l’excès de l’intérêt instantané au taux i(t) produit par cette valeur actuelle capitalisée i(t)V(t)dt sur le revenu non capitalisé instantané r(t)dt attendu, ce qui s’écrit :

dV = (iV – r)dt   soit   dV = (r – iV)dτ   si τ = -t   (1’ : Équation d’actualisation)

 

En identifiant ainsi le taux d’intérêt i(t) au taux d’oubli χ(t), distordu par les effets de la valeur Z(t) prise par le coefficient d’expansion psychologique de la collectivité, Maurice Allais pose les fondements d’une théorie générale de l’actualisation psychologique du passé ou de l’avenir au sein des sociétés, c’est à dire d’une théorie temporelle de la valeur, encore à expliciter entièrement.

 

En dévoilant la nature psychologique profonde de l’intérêt, il refonde la théorie de l’intérêt qui n’est plus ontologiquement réduit à la seule valeur d’équilibre du marché de l’épargne, comme l’affirmait John Maynard Keynes.

Bien au contraire, Maurice Allais la renouvelle entièrement {12b} en soulignant que ce sont précisément les écarts des valeurs du taux d’intérêt psychologique instantané, lequel fonde la perception collective de l’intérêt, avec celles des taux d’intérêt observés sur les marchés financiers de court et de long termes, qui jouent un rôle dynamique, dès lors explicitable, dans l’évolution de ces marchés, et donc de l’économie.

 

Ce faisant, Maurice Allais refonde, sur l’expérience des séries temporelles historiques, l’intuition de Ludwig Von Mises qui soutenait que

« l’intérêt n’est pas d’abord le prix payé pour la disposition du capital, mais qu’à l’inverse, c’est le phénomène psychologique qui génère l’intérêt qui explique pourquoi des méthodes de production moins consommatrices en temps sont mises en œuvre en dépit du fait que des méthodes plus consommatrices en temps de travail pourraient être d’un meilleur rendement..(..)..L’intérêt n’est pas plus le moteur de l’épargne, qu’il n’est la récompense ou la compensation pour une consommation différée, c’est le rapport d’appréciation des biens futurs en termes de biens actuels. Le marché des capitaux ne détermine pas le taux d’intérêt : il ajuste seulement le taux d’intérêt des prêts au taux originaire d’appréciation des biens futurs en termes de biens actuels » {12c}.

 

C’est donc, pour Maurice Allais, comme pour Ludwig Von Mises, le processus psychologique collectif de l’actualisation qui fonde en réalité l’intérêt, et non l’inverse.

 

Du reste, coefficient d’expansion psychologique Z, qui peut être aisément calculé à tout instant dans une économie, fournit une mesure de l’appréciation collective de la conjoncture.

 

Il est donc certain que le calcul systématique de cet indice dans tous les pays développés, apporterait un très grand progrès dans les analyses, comme dans les prévisions économiques, et serait d’un grand secours pour les autorités dans leur définition des politiques appropriées.

 

Ainsi par exemple, les écarts entre les séries des volumes M observés et M* calculés par le modèle HRL de la masse monétaire, reflètent les écarts entre les encaisses détenues M et désirées MD.

Or cet écart (M – M*) = (M – MD), qu’Allais appelle le « gap » joue un rôle décisif, inflationniste ou déflationniste, dans la dynamique monétaire, car il demeure, en première approximation proportionnel, à l’accroissement instantané de la dépense globale D(t) :

dD = λ(M – M*)dt  [10, p.144].

 

La détermination systématique de ce « gap » est donc susceptible d’éclairer très utilement les décisions des banques centrales, dans leurs politiques monétaires.

 

Par ailleurs, l’approche HRL de la dynamique monétaire de Maurice Allais peut être appliquée au marché d’un bien quelconque, et en particulier aux marchés boursiers et financiers. Les trois principales hypothèses, héréditaires, relativistes et logistiques de cette approche sont en effet aisément transposables à de telles études, en calculant des indices d’expansion psychologique convenables pour les marchés étudiés.

 

Quoique l’on puisse penser par ailleurs du « pouvoir d’explication » des phénomènes monétaires qu’apporte l’approche HRL de Maurice Allais, le fait demeure que cette approche met bel et bien en lumière des permanences numériques extraordinaires recelées par les séries statistiques monétaires réellement observées et publiées, et que le temps finira bientôt certainement par venir, en dépit de l’opiniâtreté des résistances, où, pour mener leurs analyses, les économistes entreprendront aussi couramment des calculs d’effets de mémoire que des calculs classiques d’actualisation {15c}.

 

 

L’HÉRITAGE ACTUEL DE L’« ALLAIS PARADOX » DANS LE CHAMP DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE : Daniel Kahneman, Prix Nobel 2002.

 

Si l’approche HRL de Maurice Allais — en dépit de son efficience éclatante face aux données observées, et bien que fort bien connue de ses pairs — n’a toujours pas, depuis près de quarante ans, rencontré la reconnaissance officielle qu’elle mérite, ses travaux sur les facteurs psychologiques collectifs des comportements économiques, ont en revanche — singulièrement depuis que l’« Allais paradox » est régulièrement enseigné dans les universités anglo-saxonnes — fécondé les recherches des économistes anglophones.

 

C’est ainsi qu’en 2002, l’Académie Royale de Suède a distingué l’œuvre du Professeur de Princeton et de l’Université de Jérusalem Daniel Kahneman

« pour avoir intégré dans les sciences économiques des aperçus provenant du champ de la recherche en psychologie, tout spécialement en ce qui concerne la formation du jugement humain et la prise de décision dans un environnement incertain »

en lui décernant le Prix Nobel de Sciences Économiques particulièrement pour la théorie des perspectives, base de la finance comportementale, ce prix étant partagé cette année là avec le Professeur Vernon L. Smith de l’Université George Mason de Virginie.

 

Par ses travaux menés depuis la fin des années 70 avec Amos Tversky et d’autre psychologues, le Professeur de Princeton a en effet développé l’économie comportementale (Behavioral Economics) et a apporté des prolongements à la théorie des jugements et des décisions en univers incertain.

 

Comme le souligne l’analyse de ses apports publiée par la Revue d’Économie Politique (6), la théorie des perspectives s’inscrit comme une théorie subjective de l’Utilité Espérée, en tentant de renouveler le débat sur le sujet de l’Utilité Espérée après la réfutation expérimentale de l’axiomatique initiale de cette théorie révélée par l’ Allais’ Paradox.

 

 

CONCLUSION : La malfaisance cynique et désinvolte d’un silence consensuel.

 

Voici en effet plus de quarante ans que Maurice Allais a publié, à 55 ans, son modèle HRL universel de psychologie collective face à la monnaie qui a révolutionné la dynamique monétaire {9d}{10e} et {10bis.c}.

 

Voici plus de trois décennies qu’il n’a cessé de publier régulièrement des articles sur le sujet dans les grandes revues de l’establishment anglo-saxon de la Science économique, en ayant, dans leurs colonnes, toujours fourni tous éclaircissements demandés, et répondu publiquement, et chaque fois victorieusement, aux critiques dont il a pu être l’objet de la part de ses collègues les plus éminents… En vain, semblerait-il ?

 

Car depuis plus de 40 ans aucune reconnaissance publique de la percée HRL, décisive dans l’analyse des mécanismes de la psychologie collective des sociétés devant la monnaie, ne lui a été rendue à ce jour par la communauté des économistes.

 

À la faveur de ce silence convenu, l’approche HRL de Maurice Allais est désormais couramment, mais clandestinement, mise en œuvre par les bureaux d’analyse des banques centrales des grands pays, par ceux des grandes compagnies d’assurances, comme par les grands cabinets qui interviennent sur les marchés financiers.

 

Maintenir un silence officiel sur l’approche HRL de Maurice Allais, offre ainsi l’avantage de conserver ces clés incomparables d’analyses des marchés monétaires et financiers hors du champ des études universitaires, et donc d’en conserver le monopole en les confisquant à l’usage exclusif de clubs d’initiés. On peut comprendre tout l’intérêt d’une telle discrétion.

 

Mais, bien mieux encore, le silence de la communauté des économistes se prolongeant sur le sujet, en France, comme à l’étranger, il arrive même à présent que l’on puisse lire, dans les colonnes des grandes revues d’Économie, des analyses où l’auteur en vient à s’approprier cyniquement tel ou tel point fort et original de l’approche HRL de Maurice Allais, sans aucune référence sur l’origine de son inspiration… Est-ce ainsi désormais que carrières et réputations devraient donc se construire ?

 

Aujourd’hui en 2009, Maurice Allais, qui s’astreint à pratiquer encore la natation et l’exercice quotidien, demeurant ainsi dans une santé enviable, s’acharne à poursuivre la publication de son œuvre (7) — dans l’indifférence, semble-t-il, de ses collègues français et étrangers — à raison d’un livre de près d’un millier de pages tous les deux ou trois ans.

Il va aujourd’hui sur ses 98 ans, et les dernières tables de mortalité du moment en France publiées par l’INSEE ne lui accordent plus qu’une espérance de vie de l’ordre de 3 ans à peine…

 

Décidément, l’establishment scientifique de l’économie semblerait être devenu autiste à propos de Maurice Allais, ou serait-ce que, plus encore que d’autres milieux professionnels (8), il serait devenu désormais parfaitement indifférent au scandale ?

 

Il est vrai que les hommes exceptionnels ont toujours beaucoup dérangé….

 

Philippe Bourcier de Carbon,
président de l’AIRAMA

 

 

 

 

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Pour en savoir plus, références bibliographiques

 

               {1} Maurice Allais : Site internet « Maurice Allais » : http://allais.maurice.free.fr

               {2} Maurice Allais : « Fondements de la dynamique monétaire. », 1.302 pages, Clément Juglar, Paris, mai 2001

               {3} Maurice Allais : « Économie et Intérêt. », première édition : 2 volumes, 800 pages Imprimerie Nationale, Paris, 1947, deuxième édition avec une Introduction (pp. 19-265), ainsi que des Appréciations (111 pages), Clément Juglar, Paris, 1998.

               {4} Maurice Allais : « Le comportement de l’Homme Rationnel devant le Risque. Critique des Postulats et Axiomes de l’École Américaine. », Économetrica, octobre 1953, pp.503-546.

               {5} Maurice Allais : « La Psychologie de l’Homme Rationnel devant le Risque. La Théorie et l’Expérience (sondage sur la psychologie du risque. », Journal de la Société de Statistiques de Paris, janvier-mars 1953, pp. 47-73.

               {6} Maurice Allais : « Expected Utility Hypothesis and the Allais Paradox ; Contemporary Discussions of Decisions under Uncertainty with Allais’ Rejoinder. », Maurice Allais and Ole Hagen Editors, Reidel Publishing Company, DordRecht, 1979, 714 pages.

               {7}{7b} Maurice Allais : « Illustration de la Théorie des Cycles Economiques par des Modèles Monétaires non Linéaires. », Communication au Congrès Européen de la Société d’Économétrie, Innsbrück 1953. Résumé publié dans Économetrica, janvier 1954, pp. 116-120.

               {8}{8b} Maurice Allais : « Explication des Cycles Économiques par un Modèle Monétaire non Linéaire à Régulation Retardée. », Mémoire présenté au Congrès Européen de la Société d’Économétrie, Uppsala 1954. Metroéconomica, volume VIII, avril 1956, Fascicule 1, pp. 4-83.

               {9}{9b}{9c}{9d} Maurice Allais : « Des Effets Héréditaires et de la Relativité du Temps dans les Sciences Sociales. Application à la Théorie des phénomènes Monétaires. », Mémoire remis au Centre National de la Recherche Scientifique, Paris, 31 décembre 1963, 1.300 pages.

               {10}{10b}{10c}{10d}{10e} Maurice Allais : « Reformulation de la Théorie Quantitative de la Monnaie. », SEDEIS, Paris, septembre 1965, 186 pages.

               {10bis}{10bis.b}{10bis.c} Maurice Allais : « A Restatement of the Quantity Theory of Money. », American Economic Review, Vol. LIV, n°5 Décembre 1966, pp. 1123-1256.

               {11} Maurice Allais : « Forgetfulness and Interest. », Journal of Money, Credit and Banking, février 1972, pp. 40-71.

               {12}{12b}{12c} Maurice Allais : « The Psychological Rate of Interest. », Journal of Money, Credit and Banking, août 1974, pp. 285-331.

               {13} Maurice Allais : « La Formulation Héréditaire et Relativiste de la Demande de Monnaie et du Taux d’Intérêt. », Conférence et Séminaire des 5 et 6 mai 1980, Département d’Économétrie de l’Université de Genève, reproduits dans « Fondements de l’Analyse Monétaire et Conjoncturelle », V, pp. 105-177, Allais, ENSMP, Paris 1980.

               {14} Maurice Allais : « A New Empirical Approache of the Hereditary and Relativistic Theory of the Demand for Money. », in Articole in Memoria di Tullio Bagiotti, A. Agnati, D. Cantarelli, et A. Montesano, edit., Rivista Internazionale di Scienze Economiche e Commerciali, Oct.-Nov. 1985, n°10-11, pp. 905-948.

               {15}{15b}{15c} Maurice Allais : « The Empirical Approaches of the Hereditary and Relativistic Theory of the Demand for Money : Results, Interpretation, Criticisms, and Rejoinders. », Economia della Scelte Pubbliche, Journal of Public Finance and Public Choice (Fondazione Luigi Einaudi), 1986, pp. 3-83.

               {16} Philippe Bourcier de Carbon : « Maurice Allais, Prix Nobel d’Économie 1988 », Revue des Deux Mondes, janvier 1990, pp. 91-105.

               {17} Philippe Bourcier de Carbon : « Enjeux économiques, financiers et éthiques dans les sociétés modernes vieillissantes : Quelques pistes de réflexion« , Communication au Colloque Enjeux financiers et Éthique du 6 novembre 2002, CNAM, CNPF, CCEF, numéro spécial de Finance et Gestion, (à paraître), Paris, Mai 2003.

 

 

 

 

 

 


[1] Les numéros placés entre accolade { } renvoient aux références bibliographiques.

[2] Cf. {2}.

[3] Dont la solution est :   équation

[4] Exactement 4,87% : cf. Maurice Allais : « The Influence of the Capital Output Ratio on the Real National Income«  Économétrica, octobre 1962, p.714.

[5] Valeur moyenne pondérée du temps t, déflaté par un taux d’oubli instantané correspondant à 0,004 par mois.

[6] Christian Gollier, Denis J. Hilton, Eric Raufaste : “Daniel Kahneman et l’analyse de la décision face au risqué”, REP, 113 (3) mai-juin 2003.

[7] Une association internationale de personnalités scientifiques françaises et étrangères s’est du reste constituée pour l’aider dans cette tâche : l’AIRAMA Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Économie :

le site de Maurice Allais : http://allais.maurice.free.fr/

le site de présentation de l’AIRAMA et de ses objectifs : http://allais.maurice.free.fr/AIRAMA/Qui.htm

http://allais.maurice.free.fr/AIRAMA/objectifs.htm

[8] Maurice Allais, qui est aussi un très grand physicien — ce qui fait de lui un économiste toujours beaucoup plus soucieux des faits d’obsevation et des enseignements de l’expérience que de la théoriea, après des difficultés réellement bien étranges, obtenu finalement de l’Académie des Sciences la publication de trois Communications au CRAS dans le domaine de la Physique :

  • – Communication du 23 Janvier 1997 : « Des régularités très significatives dans les observations interférométriques de Dayton C. Miller 1925-1926« .
  • – Communication du 26 Avril 1999 : « Nouvelles régularités très significatives dans les observations interférométriques de Dayton C. Miller 1925-1926« .
  • – Communication du de Décembre 2000 : « L’origine des régularités constatées dans les observations interférométriques de Dayton C. Miller 1925-1926 : variations de température ou anisotropie de l’espace ?  » Dans cette communication, Maurice Allais réfute toutes les critiques qui ont pu être faites sur les travaux de Miller, depuis Shankland (1955) jusqu’à nos jours.

Parallèlement à la publication de ses trois communications exceptionnelles dans le Bulletin des Compte-rendus de l’Académie des Sciences, Maurice Allais a publié, aux Éditions Clément Juglar à Paris, en mars 1997, un ouvrage de physique de 757 pages, sous le titre « L’Anisotropie de l’espace : La nécessaire révision de certains postulats des théories contemporaines. Tome I les données de l’expérience », ouvrage qui DEVAIT susciter les commentaires, remarques ou critiques des professionnels de la Physique, mais qui – là encore – n’a rencontré depuis plus de dix ans qu’un silence convenu et hostile… Décidément… !

 

 

La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse

Libre Journal des sciences et des techniques du 3 juin 2016 : “La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse”

Paul Deheuvels recevait Philippe Bourcier de Carbon, démographe, fondateur de l’AIRAMA, Christian Gomez, banquier international et François de Siebenthal, banquier international, économiste, sur le thème : « La monnaie et la crise financière : le point de vue suisse ».

Première partie

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Seconde partie

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Le Brexit, et si la City était pour ?

Jean-Michel Vernochet reçoit aujourd’hui Valérie Bugault, pour analyser les suites du Brexit. Valérie Bugault pense que les élites financières avaient anticipé le Brexit, qui faisait partie de leurs plans de réorganisation de la finance mondiale, abandon du dollar et recentrage de la City sur l’Extrême Orient.

 

 

Pour appuyer l’analyse de Valérie Bugault, nous vous renvoyons à sa série, Décryptage du système économique global, publiée sur note site en février 2016.

 

 

Une reprise réelle ou fictive ?

Dans une période pré-électorale, les indicateurs économiques ont toujours été l’objet de polémiques. Les commentateurs focalisent leur attention sur l’évolution de quelques données macro-économiques sans en étudier les causes de leurs variations.

Les responsables politiques veulent à tout prix montrer que leur action a permis le redressement de l’économie. La majorité au pouvoir assure que sa politique, quelle qu’aient été ses résultats, va assurer la croissance du PIB, la réduction du chômage, en un mot la prospérité du pays. Bien évidemment, les oppositions présentent des solutions différentes, ou simplement des variantes de la politique menée par l’équipe sortante.

En fin de compte, une forme de politiquement correct s’impose au nom d’une mondialisation irréversible à laquelle les nations devraient se soumettre aveuglément. Pourquoi ne pas chercher, en appliquant les résultats de la science économique, à élaborer une politique économique nationale ? Pourquoi les états devraient se résigner à l’impuissance alors que la science économique met à leur disposition les outils permettant de prendre les bonnes décisions ?

 

Les outils théoriques :

Maurice Allais, fidèle à sa notion d’évidence empirique, avait décrit dès 1999 les premiers effets de la mondialisation. Aujourd’hui, le modèle Oméga-Allais permet d’expliquer  ses intuitions.

 

La cassure de 1974 :

Sur les données de 1955 à 1993, Maurice Allais explicitait l’effet sur le Produit Intérieur Brut et  l’emploi industriel de la cassure de 1974.

 

Figure 1

Figure 1

 

Ainsi, le taux de croissance français avait été divisé par deux en 1974, bien que notre indépendance monétaire ait laissé aux gouvernants des moyens d’action économique (création monétaire et dévaluation) qu’ils n’ont plus aujourd’hui.

Le modèle Oméga-Allais permet de décrire l’effet des désinvestissements résultant des événements de 1968, et d’en déterminer avec précision les conséquences à long terme :

Figure 2a Figure 2b
Produit intérieur brut Emploi industriel

Figure 2

 

Par ailleurs, le modèle démontre que cette cassure de 1974 est directement liée aux événements de mai 1968. Celle-ci apparaît clairement comme la conséquence à long terme d’un premier désinvestissement, lié à l’arrêt temporaire de l’industrie et aux accords de grenelle, dont les effets sur le PIB n’ont été perceptibles que six ans plus tard.

 

La cassure de 2007 :

Maurice Allais, européen convaincu, avait critiqué dès 1992 les « Erreurs et impasses de la construction Européenne ». Les conséquences, parfaitement prévisibles, de ces erreurs ont conduit aux difficultés actuelles. La libéralisation non préparée des transferts de capitaux à conduit à un désinvestissement en France dont les effets étaient tout autant prévisibles.

 

Figure 3

Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997(estimé par interpolation avant 2012).

Figure 3

 

En 2013, un calcul prenant en compte un désinvestissement unique de 110 M€ effectué en 2000 conduisait aux valeurs de PIB observées. Les résultats ont été présentés fin 2013 lors d’une conférence de presse à la Maison de l’Amérique Latine.

Figure 4

Figure 4 : Prévision de 2007 à 20013.

 

Ce test valide parfaitement le fonctionnement du prédicteur Oméga-Allais qui fournit d’excellentes prévisions à cinq ans. Nous constatons que sur les données de 2007, le modèle prédit très précisément les valeurs de PIB qui seront effectivement observées.

Comme pour la cassure de 1974, ce fait montre que la cause principale de cette crise est la libéralisation des mouvements de capitaux, et non les effets de fluctuations économiques mondiales.

 

 

Les limites d’une prédiction :

Les prévisions faites par le modèle supposent implicitement que l’influence des événements monétaire extérieurs sur l’économie a été prise en compte. En effet, au cours de cette période, le déficit de la balance commerciale a été compensé par l’accroissement de la dette publique et la vente de biens du patrimoine national. De même, la mondialisation a permis aux entreprises de faire face à leurs besoins financiers grâce à des investisseurs étrangers, donc en fait de nouvelles dettes. Toutefois, l’accumulation de ces dettes n’a pas donné lieu à une crise ouverte.

Une logique comptable qui considère la vente du patrimoine comme une ressource, sans faire de différence entre une gestion rigoureuse et l’abandon d’un patrimoine stratégique dont les conséquences n’apparaîtront qu’à long terme, a masqué temporairement les conséquences de nombreux renoncements.

Le poids de ce que Maurice Allais appelait « les rentes de situation » est donc encore peu visible, mais ne peut que s’alourdir à terme. Maintenant, nous ne dépendons plus de l’étranger que pour notre approvisionnement en matières premières, en particulier en pétrole, mais aussi en technologies que nous ne maitrisons plus et en capitaux dont nos entreprises ont besoin. Le répit lié à la baisse du prix du pétrole et au coût du crédit sera de courte durée…

Le modèle Oméga-Allais permet de déterminer l’effet à long terme d’une incitation à investir. De même, il permet de chiffrer l’effet quasi immédiat d’une distribution de revenu, fruit supposé de la croissance… L’analyse de la réponse transitoire du modèle montre que, faute de pouvoir utiliser les leviers auquel notre pays a choisi de renoncer (en particulier la dévaluation, la création monétaire par la Banque de France, les droits de douane…), les différentes incitations gouvernementales ne peuvent avoir d’effet à long terme notable.

 

Des prévisions fiables à cinq ans ?

Le prédicteur Oméga-Allais a été construit sur une modélisation réaliste du comportement des acteurs économiques : entrepreneurs et consommateurs. L’exemple des crises (1974 et 2007) a validé l’existence d’un délai de six ans entre les décisions des entrepreneurs et les variations du PIB. En effet, la croissance n’a été réduite que six ans après les désinvestissements important qui en ont été la cause. Il n’y a donc pas de raison de penser que ce modèle ne puisse prédire l’évolution à cinq ans de l’économie, en l’absence de crise monétaire Majeure susceptible de paralyser le pays.

En 2015, nous avons donc refait de nouvelles prévisions sur la base des séries économiques mises à jour. La courbe verte correspond aux valeurs de PIB publiées fin 2015 par l’INSEE.

 

Figure 5

Figure 5 : Prévisions fin 2014.

 

La courbe bleue correspond aux prévisions faites depuis 2005, en tenant compte des désinvestissements en France comptabilisés par la Banque de France. La courbe rouge correspond à une prévision brute faite à partir de 2015, sans tenir compte des désinvestissements passés.

Ces deux prévisions sont très voisines. En effet, quinze ans après la libéralisation des transferts de capitaux au sein de l’UE, les effets du choc économique que cette décision a produit en France sont largement amortis. Il n’est donc plus strictement nécessaire de prendre en compte, dans l’initialisation du prédicteur  les valeurs du désinvestissement observé actuellement par la Banque de France.

 

 

Les conditions d’une bonne prédiction :

Les exemples précédents ont montré que l’évolution à cinq ans de notre économie a été prévisible des années 60 à nos jours, en ne faisant intervenir que de rares événements perturbateurs : mai 1968, la libéralisation des transferts de capitaux en l’an 2000. Les crises moins violentes dont parlent les commentateurs ne sont souvent que des fluctuations naturelles d’une activité économique largement prévisible. Seuls les événements majeurs, liés au contexte international ou à des événements politiques graves, ont une réelle influence sur l’économie.

 

En effet, des événements comme la crise de 1929, qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, ou des guerres peuvent conduire à de véritables ruptures des équilibres économiques dont les conséquences restent imprévisibles. Dans notre pays, la crise de 1968 ou la construction européenne ont eu des conséquences moins dramatiques, mais très importantes à long terme.

 

Une bonne connaissance du passée :

Une bonne connaissance de l’évolution passée de l’économie est indispensable à l’établissement de prévisions à long terme. Le prédicteur Oméga-Allais permet de mettre en évidence cette nécessité.

Considérons un prédicteur initialement dans un état stable. Excitons-le par une perturbation externe au temps t = 0. Observons son évolution naturelle au cours du temps. Faisons ensuite une série de prévisions à partir des instants t1, t2, t3,… Le prédicteur extrapole alors la suite des valeurs observées au-delà des temps t1, t2, t3,…

 

Figure 6

Figure 6 : Effets transitoires des chocs externes.

 

Les courbes de la figure 6 correspondent à l’évolution d’une variable interne du système économique (par exemple le PIB) et aux prédictions associées. La courbe rouge en trait plein correspond à l’évolution du système. C’est la série économique à prévoir.

Au cours du temps, le prédicteur  prend en compte les valeurs économiques disponibles les plus récentes. Les courbes en pointillé correspondent aux prévisions économiques  successives faites par le prédicteur aux temps 2, 3, 5, 10 et 15, sans tenir compte de là perturbation initiale du système économique (courbes pointillées rouge, bleue, verte, cyan et marron).

Nous constatons que les prédictions ne deviennent précise que 15 ans après la fin  de la perturbation initiale du système économique. L’évolution de l’économie dépend donc des perturbations passées dont l’identification au cours des quinze dernières années est indispensable.

 

La nécessaire stabilité des agrégats statistiques :

D’autre part, il est essentiel que les séries économiques soient cohérentes dans le temps, c’est-à-dire que les agrégats statiques ne soient pas modifiés au cours de la quinzaine d’années précédant  le début de la période à prédire. Si tel n’est pas le cas, la qualité des prédictions est très dégradée.

Naturellement, les organismes officiels affinent constamment leurs outils. Les bases statistiques sont régulièrement modifiées pour tenir compte de l’évolution de la société. Des changements de base ont donc lieu régulièrement, actuellement tous les 5 ans (1995,2000, 2005, 2010).

Les dernières bases statistiques retenues par l’INSEE ont été modifiées conformément à une directive Européenne. Ces modifications ont été introduites progressivement de façon à assurer la continuité apparente des séries statistiques. La figure 7 présente les deux dernières séries de valeurs du PIB en bases 2005 et 2010.

Curieusement, ces deux courbes différent dans deux périodes distinctes. Dans les années 50, ce qui n’a pas d’importance réelle. Pour la période postérieure à 2005, ce qui est préoccupant car les séries sont fortement différentes en base 2005 et en base 2010.

 

Figure 7

Figure 7 : statistiques du PIB : courbe rouge : base 2005, courbe bleue : base 2010.

 

Figure 8

Figure 8 : Détail des valeurs de 1995 à 2015.

 

Il y a là une anomalie qui doit être expliquée. En effet, l’INSEE explique la variation du PIB entre ces deux séries numérique par l’introduction progressive des nouveaux agrégats.

Selon l’INSEE, le changement de  base a conduit à reconstruire l’ensemble des comptes trimestriels, c’est-à-dire à ré-estimer tous les modèles à partir des comptes annuels et des indicateurs conjoncturels, sur l’ensemble de la période 1980-2013.

En base 2010, l’Insee comptabilise en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D. Traiter en investissement les dépenses de R&D permettrait de mieux rendre compte du poids de plus en plus important des actifs tirés de la propriété intellectuelle dans l’économie d’aujourd’hui.

La base 2010 se caractérise par des innovations importantes sur le plan conceptuel dans les comptes non financiers :

  • Une définition élargie des actifs et de l’investissement,
  • Les échanges internationaux sont comptés différemment (un produit n’étant pas passé physiquement sur le territoire national peut être comptabilisé comme importé puis exporté).

 

En fin de compte, l’INSEE prend en compte la financiarisation croissante de l’économie.

Cependant, la différence entre les deux séries, qui reste à expliquer, est beaucoup plus grande que les 3,2% annoncés.

 

Les effets de la politique monétaire:

Des événements monétaires importants ou lieu ces derniers temps :

  • La baisse du prix du pétrole et de l’Euro,
  • La réduction historique de coût de crédit aux États Unis puis en Europe.

 

Ces décisions correspondent à des objectifs conjoncturels, liés à l’évolution des échanges mondiaux et aux politiques des différents intervenants. Elles tiennent compte également à des échéances électorales françaises et européennes.

Ces changements ont eu sur l’économie française des effets incontestables :

  • Une réduction du déficit de la balance commerciale,
  • Une réduction du coût des dettes de l’état et des entreprises,
  • Une relance de la construction et de la consommation.

 

Ces évolutions monétaires liées à l’évolution de l’économie mondiales expliquent la croissance récente du PIB. La réduction de toutes ces dépenses conduit mécaniquement  à une hausse de la demande intérieure, donc du PIB.

La France va donc mieux puisque ses dettes lui coutent moins cher, mais cela ne signifie pas que l’économie française aille mieux ! Pour étudier l’évolution du système économique, est donc indispensable de séparer les tendances à long terme propres au système économique des effets quasi-immédiats des fluctuations monétaires mondiales.

 

 

Quelles prévisions faire fin 2015 ?

Nous pouvons maintenant mettre à jour les prévisions faites fin 2014. Les résultats sont les suivants :

 

Figure 9

Figure 9 : Prévisions fin 2015.

 

Ces deux prévisions sont évidemment très voisines. Elles ne peuvent être directement superposées en raison de nombreuses modifications de détail entre les séries statistiques :

  • Les montants ne sont plus en euros 2005 mais en euros 2010,
  • La série de valeurs du PIB a été modifiée pour neutraliser les effets à court terme de la conjoncture mondiale sur notre économie (en particulier celle des taux d’intérêt),
  • La hausse du périmètre de PIB introduite par les directives européennes a été intégrée.

 

 

Enfin, ces prévisions supposent l’invariance de l’environnement international actuellement très favorable. Un retour aux conditions précédentes (prix du pétrole et taux d’intérêt) conduirait rapidement à une baisse de 7% du PIB.

Année après année, un effort de réduction de la dette ne manquerait pas de réduire non seulement le PIB, mais aussi la croissance, c’est-à-dire enfoncer l’économie française dans une récession de plus en plus grave.

 

 

Conclusion :

Il ne faut pas nier que les perspectives d’évolution à long terme de l’économie française ne sont pas bonnes bien que notre pays ait des atouts et que nous disposons d’outils théoriques permettant de concevoir puis valider une politique économique ambitieuse.

Depuis le début des années 90, Maurice Allais n’a pas cessé d’alerter l’opinion sur les erreurs commises dans la construction européenne. Vingt cinq ans plus tard, il faut reconnaître que ses critiques étaient justifiées.

La plupart des européens, et en particulier des français, ne savent pas identifier les causes de la crise européenne. Toutefois, ils comprennent  que l’Europe n’a pas tenu ses promesses.  Bien loin des théories économiques, « l’évidence empirique » chère à Maurice Allais leur prouve qu’il faut changer de méthode. Une véritable reprise de notre économie ne sera possible qu’en adoptant une politique économique radicalement nouvelle. La poursuite de la politique économique actuelle ne peut conduire qu’à un déclin de plus en plus rapide de notre économie, entrecoupé de rémissions artificielles liées à des mesures conjoncturelles associées aux échéances électorales.

La science économique montre qu’un redressement est possible mais que l’effet des mesures courageuses à prendre ne sera visible qu’après un délai de cinq à dix ans. Est-ce compatible avec le fonctionnement de notre démocratie ?

La condition préalable à un redressement de notre économie est que nous puissions à nouveau utiliser les outils dont la construction européenne nous à privés : une monnaie indépendante, le contrôle de la création monétaire, la possibilité d’actions sectorielles par des cotas d’importation et la fixation de droits de douane…

Sans un changement radical de politique économique, il ne pourra y avoir aucune reprise durable.

 

Pierre FUERXER
Membre de l’AIRAMA.

 

 

 

Une prévision à long terme est-elle possible ?

 

               Dans une période pré-électorale, les indicateurs économiques ont toujours été l’objet de polémiques. Les commentateurs focalisent leur attention sur l’évolution à court terme de quelques données macro-économiques sans étudier les causes de leurs variations.

Les responsables politiques veulent à tout prix montrer que sur une courte période leur action a permis le redressement de l’économie. La majorité au pouvoir assure que sa politique, quels qu’aient été ses résultats, va assurer la croissance du PIB, la réduction du chômage, en un mot la prospérité du pays. Bien évidemment, les oppositions présentent des  solutions différentes, ou simplement des variantes de la politique menée par l’équipe sortante.

En fin de compte, une forme de politiquement correct s’impose au nom d’une mondialisation irréversible à laquelle les nations devraient se soumettre aveuglément. Pourquoi ne cherche-t-on pas, en appliquant les résultats de la science économique,  à élaborer une politique économique nationale ? Pourquoi  les états devraient se résigner à  l’impuissance alors que la science économique met à leur disposition les outils qui leur permettait de prendre les bonnes décisions?

Les outils théoriques existent :

Maurice Allais, fidèle à sa notion d’évidence empirique, avait décrit dès 1999 les premiers effets de la mondialisation. Aujourd’hui, le modèle Oméga -Allais permet d’expliquer  ses intuitions.

La cassure de 1974 :

               Sur les données de 1955 à 1993, Maurice Allais explicitait l’effet sur le Produit Intérieur Brut et  l’emploi industriel de la cassure de 1974.

Cassure de 1974

Figure 1 : Cassure de 1974.

               Ainsi, le taux de croissance français avait été divisé par deux en 1974, bien que notre indépendance monétaire ait laissé aux gouvernants des moyens d’action économique (création monétaire et dévaluation) qu’ils n’ont plus aujourd’hui.

               Le modèle Oméga-Allais permet de décrire l’effet des désinvestissements résultant des événements de 1968, et d’en déterminer avec précision les conséquences à long terme :

Produit intérieur brut : Emploi industriel :

Figure 2 : Cassure de 1974 prédite par le modèle Oméga-Allais.

 

Par ailleurs, le modèle démontre que cette cassure de 1974 est directement liée aux événements de mai 1968. Celle-ci apparaît clairement comme la conséquence à long terme d’un premier désinvestissement, lié à l’arrêt temporaire de l’industrie et aux accords de grenelle, dont les effets sur le PIB n’ont été perceptibles que six ans plus tard.

La cassure de 2007 :

               Maurice Allais, européen convaincu, avait critiqué dès 1992  les « Erreurs et impasses de la construction Européenne ». Les conséquences, parfaitement prévisibles, de ces erreurs ont conduit aux difficultés actuelles. La libéralisation non préparée des transferts de capitaux à conduit à un désinvestissement en France dont les effets étaient tout autant prévisibles.

Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997Figure 3 : Désinvestissement trimestriel en France depuis 1997

(estimé par interpolation avant 2012).

               En 2013, un calcul prenant en compte un désinvestissement unique de 110 M€ effectué en 2000 conduisait aux valeurs de PIB observées. Les résultats ont été présentés fin 2013 lors d’une conférence de presse à la Maison de l’Amérique Latine.

Prévision de 2007 à 20013Figure 4 : Prévision de 2007 à 20013.

               – La courbe bleue représente la série de valeurs de PIB publiée par L’INSEE,

               – La courbe rouge est la prévision brute, ne tenant pas compte du désinvestissement,

               – La courbe verte celle obtenue en prenant en compte le désinvestissement de l’an 2000.

 

               Ce test valide parfaitement le fonctionnement du prédicteur Oméga-Allais qui fournit d’excellentes prévisions à cinq ans. Nous constatons que sur les données de 2007, le modèle prédit très précisément les valeurs de PIB qui seront effectivement observées.

               Le modèle montre que la cause principale de cette crise est la libéralisation des mouvements de capitaux qui a conduit, en l’an 2000, à une fuite importante des capitaux. Elle était donc parfaitement prévisible et ne résultait pas des fluctuations économiques mondiales.

Les raisons de ces performances :

               Les performances du modèle Oméga-Allais ne doivent rien au hasard. Elles résultent d’une modélisation aussi précise que possible des relations temporelles entre un petit nombre de variables économiques.

               Cette méthode originale peut surprendre. En effet, elle est à contre courant de l’évolution actuelle. Depuis que les ordinateurs sont devenus capables de traiter de grandes quantités de données, les spécialistes cherchent à décrire de façon de plus en plus précise les systèmes et simulent leur fonctionnement. La simulation envahit tous les domaines,  l’automatique, la météorologie, l’écologie…  et bien évidemment les domaines économiques et monétaires.

               Ce n’est que récemment, qu’en décrivant de plus en plus finement l’atmosphère, les météorologues sont parvenus à établir des prévisions à cinq jours de qualité. Pouvons-nous espérer, en adoptant des méthodes analogues, faire des prévisions économiques fiables à cinq ans ?

               Les particularité des domaines économiques et monétaires interdisent-elles d’adopter en une approche analogue à celle des météorologues ?

Une bonne connaissance du passé :

               Une bonne connaissance de l’évolution passée de l’économie est indispensable à l’établissement de prévisions à long terme. Le prédicteur Oméga-Allais permet de mettre en évidence cette nécessité.

               Considérons ce prédicteur initialement dans un état stable que nous prenons comme origine. Excitons le prédicteur par une perturbation externe au temps t = 0. Observons son évolution au cours du temps. Faisons ensuite une série de prévisions à partir des instants t1, t2, t3,… Le prédicteur extrapole alors la suite des valeurs observées au-delà des temps t1, t2, t3,…

Effets transitoires des chocs externesFigure 6 : Effets transitoires des chocs externes.

               Les courbes de la figure 6 correspondent à l’évolution de la variable retenue (ici le PIB) et des prédictions associées. On suppose que le système était dans un état stable. La courbe rouge en trait plein correspond à l’évolution du système après une perturbation commençant à l’instant t=0. C’est la série économique à prévoir.

Au cours du temps, le prédicteur  prend  en compte les valeurs économiques déjà publiées, puis prolonge cette série par ses prévisions. Les courbes en pointillé (rouges, bleues, vertes, cyan et marron) correspondent aux prévisions économiques  successives faites à partir des temps 2, 3, 5, 10 et 15 ans. Celles-ci ne sont faites  partir de la seule série à prédire, ici le PIB, sans tenir compte des éventuelles perturbations exogènes.

               Le PIB, initialement stable, commence à évoluer à partir du temps t=0. Nous constatons que les prédictions ne deviennent de plus en plus précise, et excellentes 15 ans après la fin  de la perturbation initiale. L’évolution de l’économie dépend donc des perturbations intervenues au cours des quinze années précédant  le début de la prédiction.

               Nous ne pouvons donc faire de prévisions de qualité que si nous disposons des valeurs prises par les variables économiques au cours des 15 années passées (Si nous utilisons des statistiques trimestrielles, nous devons disposer des 60 dernières valeurs).

Le choix des variables internes et de leurs relations :

               En météorologie, il est nécessaire de choisir un ensemble de valeurs internes décrivant l’état de l’atmosphère. Les paramètres météorologiques sont faciles à définir mais difficiles à collecter. 

En économie, les variables sont à la fois difficiles à définir et à collecter. Certaines comme les stratégies des entrepreneurs et les désirs des consommateurs ne peuvent être mesurés directement, alors même qu’elles ont un effet direct sur l’évolution économique.

               Si l’état initial de l’atmosphère était parfaitement connu, les lois de la physique permettraient de prévoir son évolution à long terme. Bien que très complexe, les calculs sont facilités par le fait que chaque élément n’est en liaison qu’avec ses voisins directs.

               Si l’état initial de l’économie était parfaitement connu, y compris les variables psychologiques non mesurables directement, il n’existe pas de lois permettant de prévoir avec certitude l’évolution économique à long terme. Par ailleurs, le réseau de relations entre les différentes variables économiques est nécessairement plus complexe, chacune pouvant subir, directement ou indirectement, de nombreuses influences.

Le mur de la complexité :

               Une approche classique de la modélisation économique butte sur de nombreux obstacles. Tout d’abord, nous constatons que les relations entre variables internes ne peuvent pas être établies par les méthodes d’apprentissage. En effet, comme le modèle Oméga-Allais le démontre, l’économie n’est stabilisée qu’au bout de 15 ans, soit approximativement deux cycles de Juglar. L’estimation par apprentissage  des relations entre variables économiques nécessiterait au moins un siècle de données! Si les statistiques nécessaires existaient, il faudrait en plus être certain que le système économique n’a pas évolué au cours de cette longue période.

               Par ailleurs, le système économique est complexe. Il existe entre les variables internes de nombreuses interactions. Il est alors extrêmement difficile de construire un prédicteur ne comprenant qu’un nombre minimal de relations causales.

               Le modèle Oméga-Allais est construit sur trois fonctions principales et une structure simple. Malgré cette simplicité, l’ajustement du modèle n’aurait pu être fait sans ajouter une connaissance à priori, en particulier des lois statistiques, qui jouent un rôle équivalent à celui des lois de la physique en météorologie. Le modèle a donc été construit sur des fonctions mathématiques causales (ou quasi-causales) dont l’assemblage conduit à un prédicteur fiable.

               Grâce à ce choix, le modèle Oméga-Allais évite de buter sur le mur de la complexité qui interdit d’identifier, avec des séries d’apprentissage de 60 données par variable, les coefficients d’une matrice d’interactions entre ces « N » variables.

(En effet, pour faire cette identification par une méthode classique, nous disposons de Nx60 données passées pour prédire les N valeurs actuelles. En appelant « n » le nombre moyen de connexion reliant les variable à prédire aux  valeurs passées des entrées, le nombre de fonctions temporelles à identifier est « Nxn », le nombre de coefficients « 60xNxn » étant toujours supérieur aux nombre de données pour un temps d’apprentissage inférieur au siècle. Il est donc indispensable d’ajouter des informations à priori pour réaliser un prédicteur économique).

 

En conservant la démarche adoptée dans le modèle Oméga-Allais, il est possible de prendre en compte les influences externes, en particulier les fluctuations monétaires, les cours des matières premières, la politique économique, la fiscalité…  Pour conserver la structure du modèle initial, ces influences peuvent être décrites par seulement deux variables externes agissant sur la consommation et l’investissement.

La modélisation du monde financier est possible, mais son fonctionnement est moins prévisible. Comment modélise-t-on les banquiers, les responsables politiques ou encore les traders ?

Une augmentation du nombre des variables internes au modèle Oméga-Allais permettrait sans doute de faire des prévisions sectorielles, mais ceci doit être fait avec prudence. En effet, il deviendrait difficile de vérifier l’effet des couplages entre les fluctuations sectorielles sur la stabilité globale du modèle, et donc sur des prévisions à long terme dont l’établissement reste un objectif économique prioritaire. Le plus raisonnable serait de faire comme dans la programmation budgétaire. Partir des extrapolations sectorielles et les corriger si leur somme n’est pas compatible avec l’évolution économique globale prévisible.

L’instabilité des agrégats statistiques :

Pour faire des prévisions à long terme crédibles, il est essentiel que les séries économiques soient cohérentes dans le temps, c’est-à-dire que les agrégats statiques ne soient pas modifiés au cours de la quinzaine d’années précédant  le début de la période à prédire.  Si tel n’est pas le cas, la qualité des prédictions peut être très dégradée.

               Naturellement, les organismes officiels affinent constamment leurs outils. Les bases statistiques sont régulièrement modifiées pour tenir compte de l’évolution de la société. Des changements de base ont donc lieu régulièrement, actuellement tous les 5 ans (1995,2000, 2005, 2010).

statistiques du PIBFigure 7 : statistiques du PIB : courbe rouge : base 2005, courbe bleue : base 2010.

               Les dernières bases statistiques retenues par l’INSEE ont été modifiées conformément à une directive Européenne. Ces modifications ont été introduites progressivement de façon à assurer la continuité apparente des séries statistiques. La figure 7 présente les deux dernières séries de valeurs du PIB en bases 2005 et 2010.

Curieusement, ces deux  courbes diffèrent dans deux périodes distinctes. Dans les années 50, ce qui n’a pas d’importance réelle. Pour la période postérieure à 2005, ce qui est préoccupant car les séries en base 2005 et en base 2010 sont fortement différentes.

Détail des valeurs de 1995 à 2015Figure 8 : Détail des valeurs de 1995 à 2015.

               Il y a là une anomalie qui doit être expliquée. En effet, l’INSEE justifie la variation du PIB entre ces deux séries numérique par l’introduction progressive des nouveaux agrégats.

Selon l’INSEE, le changement de  base a conduit à reconstruire l’ensemble des comptes trimestriels, c’est-à-dire à ré-estimer tous les modèles à partir des comptes annuels et des indicateurs conjoncturels, sur l’ensemble de la période 1980-2013.

En base 2010, l’Insee comptabilise en investissement les sommes que les agents économiques (entreprises privées, mais aussi organismes publics) dépensent pour la R&D. Traiter en investissement les dépenses de R&D permettrait de mieux rendre compte du poids de plus en plus important des actifs tirés de la propriété intellectuelle dans l’économie d’aujourd’hui.

La base 2010 se caractérise par des innovations importantes sur le plan conceptuel dans les comptes non financiers :

  • Une définition élargie des actifs et de l’investissement,
  • Les échanges internationaux sont comptés différemment (un produit n’étant pas passé physiquement sur le territoire national peut être comptabilisé comme importé puis exporté).

 

En fin de compte, l’INSEE prend en compte la financiarisation croissante de l’économie. Cependant, la différence entre les deux séries,  qui reste à expliquer,  est beaucoup plus grande que les 3,2% annoncés.

Il est certain qu’en introduisant ainsi une instabilité statistique, les incessantes modifications des agrégats rendent de plus en plus difficile une prévision économique à long terme.

Les limites d’une prédiction :

               Les prévisions faites par le modèle supposent implicitement que l’influence des événements monétaires extérieurs sur l’économie a  été neutralisée. En effet, au cours de ces dernières années, le déficit de la balance commerciale a été compensé par  l’accroissement de la dette publique et la vente de biens du patrimoine national. De même, la mondialisation a permis aux entreprises de faire face à leurs besoins financiers grâce à des investisseurs étrangers, donc en fait de nouvelles dettes. Toutefois, l’accumulation de ces dettes n’a pas donné lieu à une crise ouverte.

               Une logique comptable qui considère la vente du patrimoine comme une ressource, sans faire de différence entre une gestion rigoureuse et l’abandon d’un patrimoine stratégique dont les conséquences ont été temporairement masquées, mais apparaîtront à long terme.

               Le poids de ce que Maurice Allais appelait « les rentes de situation » est donc encore peu visible, mais ne peut que s’alourdir à terme. Maintenant, nous ne dépendons plus de l’étranger que pour notre approvisionnement en  matières premières, en particulier en pétrole, mais aussi en technologies que nous ne maitrisons plus et en capitaux dont nos entreprises ont besoin.  Le répit lié à la baisse du prix du pétrole et au coût du crédit sera de courte durée…

               Le modèle Oméga-Allais permet de déterminer l’effet à long terme d’une incitation à investir. De même, il permet de chiffrer l’effet quasi immédiat d’une distribution de revenu, fruit supposé de la croissance…  L’analyse de la réponse transitoire  du modèle montre que, faute de pouvoir utiliser les leviers auquel notre pays a choisi de renoncer (en particulier la dévaluation, la création monétaire par la Banque de France, les droits de douane…), les différentes incitations gouvernementales ne peuvent avoir d’effet à long terme notable.

               Il faut donc compléter le prédicteur  économique par un prédicteur monétaire et financier.

Des prévisions fiables à cinq ans ?

               Le prédicteur Oméga-Allais a été construit sur une modélisation réaliste du comportement des acteurs économiques : entrepreneurs et consommateurs. L’exemple des  crises (1974 et 2007) a validé l’existence d’un délai de six ans entre les décisions des entrepreneurs et les variations du PIB. En effet, après 1968, la croissance n’a été réduite que six ans après les désinvestissements importants qui en ont été la cause.  Il n’y a donc pas de raison de penser que ce modèle ne puisse prédire l’évolution à cinq ans de l’économie, en l’absence de crise monétaire Majeure susceptible de paralyser le pays.

Les conditions d’une bonne prédiction :

               Les exemples précédents ont montré que l’évolution à cinq ans de notre économie a été prévisible des années 60 à nos jours, en ne faisant intervenir que de rares événements perturbateurs : les événements de mai 1968, la libéralisation des transferts de capitaux en l’an 2000. Les crises moins violentes dont parlent les commentateurs  ne sont souvent que des fluctuations naturelles d’une activité économique largement prévisible. Seuls les événements majeurs, liés au contexte international ou à des événements politiques graves, ont une réelle influence sur l’économie.

               En effet, des événements comme la crise de 1929, qui a conduit Maurice Allais à s’intéresser à l’économie, ou des guerres produisent des  ruptures des équilibres économiques dont les conséquences restent imprévisibles. Dans notre pays, la crise de 1968 ou la construction européenne ont eu des conséquences moins dramatiques, mais très néfastes à long terme.

Les effets de la politique monétaire :

               Des événements monétaires importants ou lieu ces derniers temps :

  • La baisse du prix du pétrole et de l’Euro,
  • La réduction historique de coût de crédit aux Etats Unis puis en Europe.

 

Ces décisions correspondent à des objectifs conjoncturels, liés à l’évolution des échanges mondiaux et aux politiques des différents intervenants. Elles tiennent compte également à des échéances électorales françaises et européennes. 

Ces changements ont eu sur l’économie française des effets  incontestables :

  • Une réduction du déficit de la balance commerciale,
  • Une réduction du coût des dettes de l’état et des entreprises,
  • Une relance de la construction et de la consommation.

 

Ces évolutions monétaires, liées à la conjoncture économique mondiales, expliquent la croissance récente du PIB. La réduction des dépenses liées aux rentes externes a conduit mécaniquement  à une hausse de la demande intérieure, donc du PIB.

               La France va donc mieux puisque ses dettes lui coutent moins cher, mais cela ne signifie pas que l’économie française aille mieux ! Pour étudier l’évolution du système économique, il est donc indispensable de séparer les tendances à long terme, propres au système économique, des effets quasi-immédiats des fluctuations monétaires mondiales et des politiques de relance par la dette.

Année après année, un effort de réduction de la dette sans augmentation de l’investissement ne manquerait pas de réduire non seulement le PIB, mais aussi la croissance, c’est-à-dire d’enfoncer l’économie française dans une récession de plus en plus grave.

Conclusion :

               Il ne faut pas nier que les perspectives d’évolution à long terme de l’économie française ne sont pas bonnes bien que notre pays ait des atouts, mais nous disposons d’outils théoriques permettant de concevoir puis valider une politique économique ambitieuse.

               Depuis le début des années 90, Maurice Allais n’a pas cessé d’alerter l’opinion sur les erreurs commises dans la construction européenne. Vingt cinq ans plus tard, il faut reconnaître que ses  critiques étaient justifiées.

               La plupart des européens, et en particulier des français, ne savent pas identifier les causes de la crise européenne. Toutefois, ils comprennent  que  l’Europe n’a pas tenu ses promesses.  Bien loin des théories économiques, « l’évidence empirique » chère à Maurice Allais leur prouve qu’il faut changer de méthode.

Une véritable reprise de notre économie ne sera possible qu’en adoptant une politique économique radicalement nouvelle. La poursuite de la politique économique actuelle ne peut conduire qu’à un déclin de plus en plus rapide de notre économie, entrecoupé de rémissions artificielles liées à des mesures conjoncturelles associées aux échéances électorales.  

La science économique montre qu’un redressement est possible mais que l’effet des mesures courageuses à prendre ne sera visible qu’après un délai de cinq à dix ans. Est-ce compatible avec le fonctionnement de notre démocratie ?

               La condition préalable à un redressement de notre économie est que nous décidions d’utiliser à nouveau les outils dont la construction européenne nous à privés : une monnaie indépendante, le contrôle de la création monétaire, la possibilité d’actions sectorielles par des cotas d’importation et la fixation de droits de douane…

               Sans un changement radical de politique économique, il ne pourra y avoir aucune reprise durable. Il s’agit là d’une intuition que la science économique confirme pleinement.  Malheureusement, elle permet d’affirmer que les efforts de redressement que nous entreprendrons ne produiront pas d’effets sensibles avant cinq ou six ans.

               Oui, il est possible de faire des prévisions économiques à long terme. Les outils permettant de les faire existent. Ils montrent qu’un véritable redressement de notre économie prendra de nombreuses années. Nos compatriotes auront-ils le courage d’attendre ?

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA

 

 

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