Mois : novembre 2018

Le mécanisme de la privatisation qui illustre la disparition d’État

Le mécanisme de la privatisation :

Introduction :

Contrairement à ce que de nombreux commentateurs pensent, les mécanismes fondamentaux de l’économie sont extrêmement simples.

Bien évidemment, les experts financiers inventent des règles et de dispositifs opaques pour le grand public. Les statisticiens, dans le but de décrire de mieux en mieux notre nation et son économie, diversifient leurs statistiques et améliorent leurs agrégats. Ces  modifications perpétuelles ont pour résultat de dérouter le public qui renonce souvent à comprendre et fait confiance aux experts.

Dans un premier temps, cet article explique sur la base de modèles mathématiques élémentaires que la réalité est biens plus simple qu’on ne le pense. Ensuite, il applique ce modèle aux données statistiques les plus récentes. Enfin, il explicite comment les mesures prises depuis 1973 ont conduit naturellement à la perte quasi-totale de notre indépendance, et finalement à une quasi-privatisation de l’état lui-même et des entreprises nationales.

 

Le fonctionnement normal de la monnaie :

Considérons une économie en croissance constante. Son PIB (Produit Intérieur Brut) est donc en croissance exponentielle.

Figure 1 : Exemple de croissance du PIB

  • Courbe bleue : Valeurs successives du PIB.
  • Courbe rouge : excès de PIB.

 

Un PIB de valeur unité en 1974 augmente de 2% par an. Il augmente au cours du temps de façon exponentielle. La masse monétaire doit donc augmenter régulièrement de façon à s’adapter au niveau de l’activité économique. Autrement dit, il faut ajuster le volume de la monnaie en circulation à l’activité économique.  En admettant, toujours pour simplifier l’exposé, que la masse monétaire nécessaire est égale au PIB annuel (valeur couramment observée dans les nations indépendantes), l’état doit augmenter chaque année la masse monétaire de l’accroissement du PIB national.

Bien évidemment, cette croissance de la masse monétaire est également nécessaire, que l’augmentation du PIB soit réelle ou simplement due à une dépréciation de la monnaie.

 

Dans un état souverain, l’état augmente la masse monétaire ex-nihilo grâce aux DTS (Droits de Tirage Spéciaux). S’il crée exactement la quantité de monnaie nécessaire à l’économie, les prix sont stables. S’il en crée davantage, la monnaie se déprécie, les prix augmentent et un ajustement des taux de change doit intervenir.

 

 

La création de la dette :

Depuis que l’état s’est interdit de procéder aux augmentations nécessaires de la masse monétaire par le mécanisme des DTS, il doit emprunter aux banques les sommes nécessaires. Celles-ci procèdent également par création ex-nihilo de cette monnaie. En revanche, elles transforment ce service en dette de l’état et exigent le versement d’un intérêt.

Supposons qu’elles exigent un intérêt de 2% égal au taux de croissance du PIB. La dette augmente de plus en plus vite au cours du temps.

Figure 2 : Augmentation de la dette avec un intérêt de 2%

  • Courbe bleue : Valeurs successives du PIB.
  • Courbe rouge : Dette au cours du temps

 

Cet intérêt identique au taux de croissance du PIB semble  modique. En réalité, il conduit en une trentaine d’années à une dette indue de 100% du PIB.

 

Des conséquences catastrophiques :

En comparant l’état à une entreprise dont la masse monétaire serait le fond de roulement, la nation qui était propriétaire de son entreprise perd son bien et devient quasiment « locataire » de son territoire.

Sa part du capital social se réduit au cours du temps. La nation est ainsi progressivement privatisée. Vers 2005, l’état perd la majorité au capital et paye un loyer déjà important, les citoyens devenant ses sous-locataires !

 

Figure 3 : Taux de participation de l’état

 

On démontrerait facilement que, lorsque les taux d’intérêt de la dette et du PIB sont dans un rapport constant, cette « privatisation partielle » ne dépend que de la croissance apparente du PIB.  Son rythme d’évolution temporelle ne joue alors aucun rôle.

Application à la dette française :

Considérons la variation du PIB depuis 1974. Nous constatons que sa variation moyenne est de 2% par an.

Figure 4 : Variation du PIB trimestriel depuis 1974

  • En rouge : Valeurs de l’INSEE.
    • En bleu : Approximation exponentielle.

 

Un calcul approché du niveau de la dette conduit aux résultats suivants :

Figure 5 : Évolution de la dette depuis 2014

  • En rouge : Valeurs du PIB annuel en trimestres glissants.
  • En bleu : Calcul approché de la dette,
  • Tirets verts : Prévision depuis 1974,
  • En  vert : Recalage en 2004.

 

Ces résultats montrent clairement que la dette publique n’est pas un phénomène complexe, mais le résultat mécanique d’une décision politique prise en 1973-1974.

 

Il reste à expliquer les modifications intervenues depuis 2010 :

  • Une augmentation injustifiée apparaît. Le transfert de la dette grecque à la BCE a sans doute joué un rôle, mais l’essentiel a certainement été la baisse des ressources fiscales pendant la crise de 2008.
  • La limitation de la dette à une valeur inférieure à 100% du PIB, qui est sans doute liée à une compagne de privatisation de biens publics.

 

L’étude de ces points accessoires sort de l’objet de ce document et ne pourrait qu’embrouiller l’exposé. Elle n’est donc pas développée dans ce document.

Conclusion :

            Cette analyse de la dette publique montre clairement qu’elle résulte d’une décision politique ancienne. Celle-ci a été camouflée sous différents prétextes vertueux. Les anciens se souviennent des raisons avancées à l’époque : éviter un recours excessif à la planche à billets, nous permettre de faire des investissement qui n’auraient  pas été possibles sans faire appel aux financements étrangers …

            Bien évidemment, l’analyse objective des faits réels montre clairement que l’abandon des DTS (avances non remboursables de la B.D.F.) avait d’autres raisons. En réalité, les réformes successives introduites dans les finances publiques n’ont eu qu’un seul objectif : déposséder, au profit des banques, les gouvernements futurs de leur pouvoir économique.

 

            N’oublions pas que la causalité économique et la causalité banquaire n’ont rien en commun. Les entreprises, qu’elle soient grandes ou unipersonnelles, les particuliers, doivent économiser pour créer ou pérenniser leur activité. Un salarié travaille avant d’être payé, un entrepreneur achète des machines et des fournitures avant d’espérer produire et vendre…     Ils travaillent dans le temps long. Leurs actifs sont des biens réels et l’épargne précède le revenu. Comme dans la vie courante, les dépôts monétaires précèdent les dépenses.

 

            L’univers bancaire, que nous appellerons « La Banque » est fort différent. Il monétise toute sortes de promesses de payer. Il place dans ses actifs les reconnaissances de dette de ses clients et dans le passif la monnaie correspondante qu’ils créent eux-mêmes…

Ce processus est immédiat. Selon le point de vue de la banque, les dettes créent les dépôts qui entrent naturellement dans la masse monétaire qui, à son tour, fait fonctionner l’économie en permettant le commerce. Est-il étonnant alors que les points de vue économiques et  bancaires soient incompatibles ?

 

            L’étude des conséquences de la mondialisation bancaire est plus complexe. Encore plus que les données économiques de base, les statistiques monétaires sont difficiles à analyser. Les changements perpétuels des monnaies et des bases statistiques rendent difficile les analyses économiques à long terme.

Des données importantes comme la masse monétaire ne sont plus publiées par les pays de la « Zone Euro ». Les données de l’ensemble de ces pays sont absentes des statistiques de la banque mondiale qui ne peut même pas présenter une valeur relative à l’UE toute entière.

 Il y a toujours des raison aux disparitions de données statistiques ou à leurs modifications. 

A nous de les trouver !

 

Une seule attitude peut nous permettre de comprendre les véritables raisons de réformes proposées : adopter une méthode d’analyse ne suivant pas les approches officielles.

 

 

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA

 

 

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Le financement de l’économie

Une nécessité économique

Pour prendre en compte les contraintes financières, le prédicteur économique OMEGA original doit être complété par un modèle financier.

En effet, de façon à clarifier l’analyse  du système économique, ce modèle avait été construit sur des « données réelles » supposées indépendantes des fluctuations monétaires. À ce stade, il était évidemment hors de question de tenter de décrire de façon détaillée tous les mécanismes financiers intervenant dans une économie nationale en interaction avec le reste du monde.

Figure 1 : Structure de modèle complet.

Le modèle initial a donc été complété en maintenant autant que possible un choix fondamental : séparer le plus possible les aspects économiques et financiers. Le prédicteur Oméga est lié par seulement deux entrées à un modèle financier : l’incitation à investir et l’incitation à consommer.

Le modèle décrit simplement les réponses temporelles du système économique à ces incitations. Elles ont montré que toute mesure autoritaire conduit à une modification transitoire de l’investissement et de la consommation.

Le modèle OMEGA, ainsi complété, a clairement démontré que seule l’augmentation de la part de l’investissement dans le revenu national permet d’augmenter la production et de conduire à une croissance durable. Comment l’état peut-il intervenir dans ce partage des ressources entre consommation et investissement ? Nous devrons distinguer deux cas bien différents.

Des lois économiques incontournables

Pour préciser le propos, considérons un agriculteur de l’âge de pierre tirant ses revenus de la culture du blé. Il vit dans une société ignorant la notion de monnaie et des prestations sociales. Il apporte sa contribution à la vie de son village. S’il se rend compte que son groupe a besoin de davantage de blé, il sait qu’il doit défricher davantage de terrain puis le mettre en culture. Il s’investit dans cette tâche avant de tirer quelque profit de son travail. Il sait parfaitement qu’il va devoir travailler plus et qu’il devra conserver plus de semences. Sa production sera alors transitoirement réduite.

Aujourd’hui, la présence de la monnaie rend les choses moins visibles, mais ces lois économiques restent incontournables. Le modèle Oméga décrit une relation statistique entre investissement et production.

Considérons un investissement exceptionnel intervenant au cours d’une période donnée. Nous supposons que les dépenses correspondent à la courbe gaussienne en pointillés bleus dans la figure 2. La production résultant de cet investissement correspond à la courbe rouge. Elles conduisent au versement de salaires, donc à augmentent les revenus. La demande totale est donc la courbe de droite en bleu, somme des deux précédentes.

Figure 2 : Effet d’un investissement exceptionnel au cours du temps en années.

  • Courbe pointillée bleue : Investissement exceptionnel,
  • Courbe rouge : Production,
  • Courbe bleue : demande totale.

Le modèle Oméga rend compte de ce mécanisme fondamental.

Figure 3 : Effet d’un investissement au cours du temps en années.

  • Courbe en pointillé bleu : dépenses d’investissement,
  • Courbe rouge : Production induite pas l’investissement.

En supposant la production des biens de consommation et d’investissement effectuée par des entreprises différentes, les revenus des premiers subissent une réduction temporaire (figure 4).

Figure 4 : Revenu des industries produisant des biens de consommation.

Le revenu de ceux-ci subira donc une réduction temporaire (Figure 5).

Figure 5 : Réduction transitoire des revenus au cours du temps (en années).

  • Courbe rouge : Investissement total,
  • Courbe pointillée bleue : production nouvelle,
  • Courbe en tirets verts : Bilan temporel.     

Ceci n’est pas différent de ce qui se passait dans le village de notre agriculteur à l’âge de pierre. Cependant, l’introduction de la monnaie, nécessaire aux échanges dans une société moderne va tout changer.

Cette monnaie, crée par une autorité, la nation puis des entités supranationales, et acceptée comme moyen de valorisation des produits et services va apporter beaucoup de souplesse, mais aussi permettre de nombreuses manipulations. Elle va, en particulier effacer la réduction temporaire du revenu perçu par notre agriculteur, mais cela ne se fait pas sans contrepartie.

Pour modifier la part des investissements dans le revenu national, l’état dispose de très nombreux moyens : des mesures fiscales, des subventions… Tous ces moyens d’action conduisent à des transferts de richesse entre les acteurs économiques, tant investisseurs que consommateurs. Les conséquences de ses décisions dépendent fortement du monde financier.

Selon le groupe homogène concerné, nation solidaire, ensembles régionaux et bientôt au monde entier, l’usage de la monnaie va être différent. Dans tous les cas, elle sera un élément fondamental de la politique économique. Les états perdront progressivement leur rôle et dépendront de leur environnement.

Les modes d’action de l’état souverain

Un tel état dispose de sa propre monnaie. Il régule ses échanges avec les autres états grâce à des taux de changes ajustés régulièrement. Ceci lui permet d’équilibrer ses échanges extérieurs. Il n’a donc pas de  dettes extérieures.

Toutes les actions de cet état conduisent à arbitrer entre les différents groupes de pression et à promouvoir une politique économique cohérente. Toute son action consiste à ajuster les deux paramètres d’entré du modèle Omega : l’incitation à investir et l’incitation à consommer.

De plus, cet état dispose du droit de modifier la quantité de monnaie en circulation, ce qui lui permet d’agir sur l’évolution des prix. À cette fin, il peut créer de la monnaie « ex-nihilo » et utiliser librement ce droit pour ajuster son volume aux besoins de l’économie, ou financer des dépenses imprévues. Toutefois, il ne doit,  en aucun cas, engager des dépenses injustifiées, ce qui provoquerait l’hyperinflation tant redoutée des épargnants.

Lors d’une période d’investissement exceptionnelle, un tel état peut maintenir le revenu nominal des citoyens puis restituer leurs revenus à ceux qui ont été lésés lorsque la croissance de la production le rend possible.

Les modes d’action d’un état ne contrôlant pas sa monnaie

Il s’agit des états ayant renoncé à une monnaie nationale, donc des états appartenant à la Zone Euro. Ils n’ont pratiquement plus aucune possibilité d’intervention dans le domaine économique. Cette catégorie comprend également ceux qui, comme la France depuis 1974,  ne disposent plus du droit de battre monnaie, c’est-à-dire de créer « ex-nihilo » de la monnaie.

Contrairement aux états précédents, ceux-ci sont progressivement endettés. Il faut donc chercher l’origine de ces dettes et estimer leurs conséquences à long terme.

L’origine de la dette

Comme nous allons le démontrer, cette prérogative du prince est en effet indissociable du pouvoir économique réel.

Figure 6 : Évolution de la dette depuis 2014.

  • En rouge : Valeurs du PIB annuel en trimestres glissants.
  • En bleu : Calcul approché de la dette,
  • Tirets verts : Prévision depuis 1974,
  • En  vert : Recalage en 2004.

 

Depuis que l’état a renoncé à recevoir des avances non remboursables de la Banque de France (alors désignées par le sigle DTS : Droits de Tirages Spéciaux), il n’a pu ajuster le volume de la masse monétaire sans faire des emprunts auprès des banques privées qui ont conservé le droit de créer « ex-nihilo » de la monnaie.

Au lieu d’utiliser à cette fin « la planche à billets », l’ajustement de la masse monétaire au niveau de l’activité économique a été fait par des emprunts dont l’accumulation a conduit à la dette actuelle. De 1974 à 2010, la dette se calcule simplement en ajoutant, trimestre après trimestre, à la dette antérieure. Elle se calcule sur la base du financement nécessaire de l’augmentation du PIB, et majorée des intérêts dus sur  les sommes déjà empruntées (Il serait facile d’expliquer par les événements postérieures à 2008 l’évolution les différences observée ces dernières années).

Il est permis de se demander pourquoi nos responsables politiques, en renonçant à battre monnaie, ont créé une dette inutile, injuste et de toutes façon impossible à rembourser ?

 

Le mécanisme sous-jacent

 La remarquable corrélation entre la croissance du PIB et celle de la dette est surprenante. L’ajustement de la monnaie aux besoins de l’économie n’aurait-elle pas dû se faire autrement ? Par la seule  croissance de la masse monétaire ? 

En réalité, nous devons nous souvenir que le PIB est un flux de biens et services. La masse monétaire correspond à ce flux, mais à un stock de dépôts à court terme. Si la vitesse de rotation de la monnaie est V, exprimée en mois, trimestres ou années, nous pouvons écrire :

PIB = M x V

Pour de nombreuses raisons économiques et psychologiques, il est impératif que les prix soient stables ou en légère croissance. Que l’augmentation du PIB soit réelle  ou seulement apparente, il faut que le flux monétaire augmente dans la même proportion que celui de l’offre. Ceci ne peut être fait qu’en ajoutant un flux de demande égal à l’augmentation de celui de l’offre.

Le flux de demande correspondant entre naturellement dans la sphère financière, et ajuste la masse monétaire aux besoins de l’économie, quelle que soit sa vitesse de rotation. Il faut donc, année après année, injecter un flux monétaire égal à l’augmentation du PIB. L’état réalise cette injection monétaire de la manière la plus simple du monde, en distribuant plus d’argent qu’il n’en reçoit. Si l’état ne peut plus créer de  monnaie, les banques pourraient créer elles-mêmes la monnaie nécessaire, « ex-nihilo« , mais dans ce cas elles ne seraient pas rémunérées pour le faire et l’état n’aurait plus de dette…

Le pouvoir a changé de mains ! Sans droit de battre monnaie, un état est réduit au statut de simple citoyen. Il ne dispose  plus que d’une apparence de pouvoir régalien !

Conclusion :          

            Il n’y a pas de politique économique possible sans souveraineté. Sans souveraineté monétaire, un état doit se soumettre au bon vouloir de ses créanciers. Un état ayant retrouvé son autorité, associé à un système bancaire au servi des citoyens et des entreprises constitueraient un ensemble œuvrant efficacement au bien commun.

            Sans cette restauration de l’état, la soumission diffuse de la nation à des intérêts étrangers va progressivement toucher tous les domaines. Le libre-échange permet ma mise en concurrence des entreprises et des citoyens du monde entier.

            Nous voyons tous les jours les effets du laisser-fairisme dénoncé en son temps par Maurice Allais et bien d’autres observateurs impartiaux du monde moderne.

 

Pierre FUERXER

Membre de l’AIRAMA.

 

 

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L’emploi Industriel qui montre que le chômage résulte d’un choix

La perte des emplois industriels

Introduction :

Maurice Allais a exposé dans un livre publié en 2007 avec le titre « La mondialisation, la destruction des emplois et la croissance ».  Plus de dix ans plus tard, « l’évidence empirique » sur laquelle il basait son argumentation est de plus en plus claire.

Figure 1 : courbes présentées dans la presse par Maurice Allais

 

Une précédente mise à jour :

En janvier 2017, une mise à jour faite à partir des dernières statistiques de l’INSEE confirmait les prévisions de Maurice Allais.

Figure 2 : Emploi industriel : Projection faite en janvier 2017.

Cette projection conduisait à un emploi industriel nul en 2045. Il est évident qu’une telle extrapolation ne peut être retenue. Il est bien certain que l’évolution actuelle ne pourra se poursuivre indéfiniment. Il reste toutefois à observer jusqu’à quel point cette tendance pourra se poursuivre et à anticiper les mesures qui permettront de faire face au choc qui accompagnera la fin de cette période de désindustrialisation.

 

Évolution de la population française :

Même si le vieillissement de la population est un fait indiscutable, la population française ne cesse de croître.

Figure 3 : Population totale selon l’INSEE

La répartition en tranches d’âge permet d’observer son vieillissement. Compte tenu de l’accroissement constant du temps partiel, les nombres d’actifs et de chômeurs ne sont plus significatifs. Ainsi, le volume de la population active n’est plus publié. Nous allons donc considérer l’emploi total et sa répartition sur la base des équivalents temps plein.

Figure 4 : Emploi total (équivalent temps plein)

 

L’évolution de l’emploi industriel correspond strictement à la tendance prédite par Maurice Allais il y a près de dix ans.

Figure 5 : Évolution de l’emploi industriel

Le taux d’emploi industriels correspond alors à la figure suivante :

Figure 6 : taux d’emploi industriel dans l’emploi total

Ce taux, qui était de plus de 35 % en 1948 est maintenant de l’ordre de 10%. Il subit à une réduction légèrement plus forte par rapport à l’ensemble de la population, en raison de son vieillissement qui réduit la part des  actifs. Sur cette courbe, la cassure de 1974 apparaît nettement.

Dans ces conditions, il est facile de constater qu’en tenant compte du vieillissement de la population, la décroissance du niveau de l’emploi industriel réel est conforme aux prévisions de Maurice Allais, et strictement celui constaté en janvier 2017. Sur cette courbe, le ralentissement apparent de la désindustrialisation n’est dû qu’au vieillissement de la population. En effet celui-ci réduit la part de la population active dans la population totale.

Figure 7 : Taux d’emploi industriel par rapport à la population totale

Il reste à expliquer les vraies raisons de cette réduction de l’emploi industriel.  En effet, celle-ci ne peut être attribuée aux seuls progrès techniques et au développement des robots.

 

PIB ou valeur ajoutée ?

Pendant longtemps, le PIB (Produit Intérieur Brut),  malgré ses nombreux défauts, a été la mesure de l’activité économique.

Aujourd’hui, l’INSEE publie des mesures détaillées de la valeur ajoutée. Des données détaillées relatives aux diverses activités économique sont maintenant disponibles.

Nous les avons regroupées en trois domaines différents (Figure 8).

Figure 8 : Répartition de la valeur ajoutée

  • En bleu : Activité commerciales
  • En vert : Activités de service,
  • En rouge : Activité industrielles.

Le niveau des activités agricoles n’a pas été tracé compte tenu de sa très faible valeur.

Les pourcentages des valeurs ajoutées  industrielles et agricoles correspondent au graphique suivant (figure 9).

Figure 9 : Industrie et agriculture

  • Courbe bleue : Industrie,
  • Courbe rouge : Agriculture.

Elles sont très petites derrière les activités de service au sens global, en incluant les services commerciaux et les autres services, notamment aux entreprises (figure 10).

 

Figure 10 : Part des activités de service

Le transitoire présent sur les courbes correspond à mai 1968, période pendant laquelle l’activité industrielle a été fortement perturbée.

La répartition de la valeur ajoutée telle qu’elle apparaît dans les statistiques de l’INSEE  est donc bien plus instructive que celle du PIB. La somme des revenus pouvant être supérieure à la valeur ajoutée totale qui est la production réelle.

 

Le chômage importé :

En 2012, nous avions montré que les seules importations chinoises correspondaient à la perte de 2,7 millions d’emplois. Si nous ajoutons ces emplois à la valeur constatée en 2012, les courbes des figures 5 et 7 sont modifiées de la façon suivante (figures 11 et 12).

Figure 11 : Part des emplois industriels corrigé pour 2012

Figure 12 : Taux d’emploi industriel corrigé pour 2012

Ces courbes démontrent que  le chômage importé résultant des seules importations chinoises suffit à compenser la réduction de l’emploi industriel observée depuis 1974. Il est certain que si ce calcul avait été fait sur l’ensemble des importations, l’emploi industriel corrigé de l’effet des importations aurait poursuivi sa croissance au-delà de 1974.

La réduction de l’emploi industriel est donc clairement la conséquence d’une politique qui a, sciemment ou non, créé un chômage de masse.

 

Conclusion :

Cette analyse montre que le chômage de masse n’est pas une fatalité. Il résulte de d’une politique délibérée, le libéralisme, qui conduit naturellement à la mise en concurrence des travailleurs et des régimes sociaux du monde entier.

À la suite de mai 1968, la compétitivité de l’économie française n’a pu être rétablie que grâce à deux dévaluations du franc et une réévaluation du Mark. Toutefois, comme le modèle OMEGA l’a très clairement expliqué, ces événements ont conduit à une réduction de la croissance six ans plus tard.

En 1973-74, l’abandon  de notre souveraineté monétaire par le président Pompidou et Valery Giscard d’Estaing a eu des conséquences catastrophiques à long terme. Ne pouvant plus ajuster la compétitivité nationale en dévaluant le franc, nos gouvernements ont mené une politique mondialiste irresponsable. Le maintien du pouvoir d’achat des salariés et des revenus des capitaux s’est fait grâce à des expédients : exportations d’armes, importations en provenance des pays à faibles coûts salariaux, vente d’entreprises… Le recours aux banques privées pour ajuster la monnaie a introduit une dette publique totalement injustifiée, comme Maurice Allais et de nombreux économistes l’ont démontré. Globalement, cette politique a conduit inéluctablement à une augmentation du chômage.

L’adoption de l’EURO (€) a été présentée comme la solution finale aux problèmes des états européens. Force est de constater qu’il n’en est rien. Le mondialisme continue à détruire méthodiquement l’économie française et d’autres états européens.

On nous assure que la réduction de l’emploi industriel est un phénomène inévitable, une conséquence des progrès de la technologie, et en particulier du développement des robots industriels. En réalité, des emplois sont créés dans d’autres pays. Tout se passe comme si nous avions décidé de délocaliser notre industrie en transférant nos capitaux à l’étranger en vue d’y réaliser, à moindre coût, les produits demandés par notre marché intérieur.

Le déficit de notre balance commerciale et la croissance du chômage sont alors inévitables. N’est-il pas temps d’abandonner une politique qui, selon l’expression de Maurice Allais, a fait la « démonstration empirique » de sa nocivité ?

 

Pierre Fuerxer,

Membre de l’AIRAMA.

 

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Efficacité économique et justice sociale selon Maurice Allais

Maurice Allais occupe une place singulière au sein de l’école des économistes libéraux par son constant souci d’analyser les effets de celle-ci sur la répartition des revenus et des richesses. Il démontre que seules la liberté d’entreprendre et la liberté d’accès aux marchés peuvent réaliser ou approcher l’efficacité économique optimale dans l’allocation des ressources. Il souligne la nécessité absolue de préserver la justice sociale, en particulier par une fiscalité refondée.

in « La Jaune et la Rouge » Magazine N°687 Septembre 2013 – Fiscalité : les nouvelles formules

Considérant qu’un État impartial constituait le garant en dernier ressort du bien commun des sociétés et de leur pérennité, les réflexions de Maurice Allais étaient guidées par le souci de tarir les revenus « indus » qui ne provenaient pas de réels services économiques apportés à la collectivité, en éliminant fiscalement les situations de rentes.

Il propose tout particulièrement de rétrocéder à l’État la rente annuelle de la création de monnaie ex nihilo engendrée par le système du crédit pratiqué par le secteur bancaire et financier actuel.

REPÈRES
Maurice Allais (31), disparu en 2010, est le seul économiste français titulaire du prix Nobel de sciences économiques. Il lui a été décerné en 1988 pour « ses contributions à la théorie des marchés et à l’utilisation efficace des ressources ». Cet esprit encyclopédique et rigoureux est également reconnu pour avoir offert une refonte cohérente des principaux pans de la théorie économique, de la théorie de l’équilibre, des marchés et de l’intérêt, à la théorie de la monnaie et des anticipations.

Réformer le système bancaire et financier

Maurice Allais propose, en préalable à toute refonte de la fiscalité, la réforme du système bancaire et financier. Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes.

La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la banque centrale indépendante des gouvernements doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création monétaire bancaire. Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.

Banques de dépôts, de prêt et d’affaires

Les principes de la réforme du système du crédit que propose Allais peuvent donc se résumer comme il l’écrit lui-même :

« Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui, et leur attribution selon trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul
  • des banques de dépôts assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

  • des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

  • des banques d’affaires empruntant directement auprès du public, ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises.

 
« Dans son principe, une telle réforme rendrait impossible la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire, ainsi que l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long.

Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courte que celle correspondant aux fonds empruntés. Les banques de prêt et les banques d’affaires serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui. »

Une condition de survie

« Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de six conditions tout à fait fondamentales :

  • l’impossibilité de toute création monétaire en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires indépendantes des gouvernements ;

  • la suppression de tout déséquilibre résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

  • l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires indépendantes des gouvernements;

  • une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles ;

  • l’attribution à l’État des gains provenant de la création monétaire, et l’allégement en conséquence des impôts actuels ;

  • un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire et de ses implications.

 
Cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité. »

Dès lors, la fiscalité doit être refondée en considérant que les impôts payés par les ménages et les entreprises sont « la rémunération des services de toutes sortes que leur rend l’État et qu’il est seul à même de leur rendre ».

Les sept principes de la fiscalité

  • Principe individualiste : l’impôt ne doit pas rechercher l’égalité des conditions, mais celle des chances.
  • Principe de non-discrimination : l’impôt doit être établi suivant des règles qui soient les mêmes pour tous.
  • Principe d’impersonnalité : l’impôt ne doit pas impliquer des recherches inquisitoriales sur les personnes.
  • Principe de neutralité et d’efficacité économiques : l’impôt ne doit pas pénaliser les choix les plus efficaces pour l’économie. Les entreprises en perte devraient être pénalisées, et non celles qui font des bénéfices.
  • Principe de légitimité : l’impôt doit frapper autant que possible les revenus «non gagnés» qui ne correspondent pas à un service effectivement rendu tels, par exemple, ceux provenant de l’appropriation des plus-values foncières résultant de la croissance démographique.
  • Principe d’exclusion d’une double imposition : un revenu ou un bien ne saurait être taxé plusieurs fois.
  • Principe de non-arbitraire et de transparence : le système fiscal doit répondre à des principes simples et peu coûteux d’application.

Une fiscalité tripolaire

Allais propose la suppression totale des impôts actuels sur les revenus des personnes physiques, sur les entreprises, sur les successions et donations, comme sur le patrimoine et les plus-values. On les remplacerait par une fiscalité tripolaire répondant aux « sept principes » (voir encadré ci-dessus).

Peu vulnérable à la fraude, elle se prêterait à un contrôle facile du Parlement.

Il propose donc une taxe annuelle de l’ordre de 2% sur les seuls biens physiques, à l’exclusion des créances, actions et obligations notamment, à l’exclusion de toute double imposition et de toute exemption.

L’impôt doit être établi suivant des règles qui soient les mêmes pour tous

Il propose aussi l’attribution à l’État, et à l’État seul, des profits provenant actuellement de l’augmentation de la masse monétaire par la création des moyens de paiement issus du mécanisme actuel du crédit, selon les principes de la réforme proposée (de l’ordre de 4% à 5% du revenu national en régime de croissance de 4 % et d’inflation de 2 %).

Allais propose enfin une taxe générale sur les biens de consommation de taux uniforme pour assurer les dépenses publiques non couvertes par les deux postes précédents. Il précise que, « contrairement à ce que l’on pourrait penser, les charges correspondant à l’impôt proposé sur le capital ne différeraient que d’un quart environ de celles qui le grèvent déjà en réalité dans le système actuel ».

Des ordres de grandeur réalistes

Allais chiffre avec réalisme les ordres de grandeur de ses réformes, et prend bien soin de présenter le catalogue des principales objections qui leur ont été opposées pour les réfuter une à une. Il démontre comment cette double réforme constituerait un puissant stimulant au retour de la croissance économique en mobilisant les initiatives économiquement les plus efficaces, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle ère de prospérité et de justice.

Par une double réforme du crédit et de la fiscalité répondant aux principes clairement énoncés ici, la France offrirait au monde un exemple libérateur d’une puissance irrésistible face aux oppressions qui semblent vouloir aujourd’hui effrontément s’affranchir de tout contrôle des peuples, dans une dangereuse hubrys.